‹ Theodore Parker, sa vie et ses œuvresChapitre 29 sur 29 · PARABOLE · texte numérisé non relu

PARABOLE

Ce morceau est une des premières productions de Théodore Parker et le peint déjà tout entier. Il parut dans le Dial d'octobre 1840. Cette parabole était aussi une prophétie.

Un jour Abdiel vint rendre visite à Paul, qui était de retour à Tarse après son voyage de Damas. Il le trouva assis et pensif sur le seuil de sa maison: les Instruments de son métier et ses livres favoris gisaient négligemment sur le sol derrière lui. « J'apprends d'étranges choses sur ton compte, » dit froidement le Rabbin, « tu es devenu sectateur du Nazaréen! Quelle carrière vas -tu poursuivre après cette belle conversion ?» — « J'irai prêcher l'Évangile à toutes les nations, » répondit doucement le nouveau converti, « je pars demain. »

Le Rabbin, qui nourrissait une secrète aigreur contre

Paul, le regarda avec une incrédulité affectée et lui dit: ff Sais-tu le sacrifice que tu fais ? D te faut renoncer à ton père et à tes amis, à la société des grands et des sages. Tu vas au-devant de rudes épreuves et de graves dangers. Tu seras pauvre, stigmatisé de noms offensants, persécuté, flagellé, peut-être mis à mort. » — « Rien de tout cela ne m'émeut, » répondit-il, « j'ai fait mon calcul. Je n'estime pas la vie la moitié autant que robservation de la loi de Dieu et que la proclamation de la vérité en dépit de tous les hommes. Je marcherai à la lumière de Dieu, sans peur. Je ne suis plus esclave de la vieille loi de péché et de mort, je suis un affranchi de Dieu, rendu libre par la loi de Tesprit de vie qui est en Jésus^*Christ. » — « Ici », répliqua le Rabbin, t tu acquerras du bien-être et de la renommée; dans ta nouvelle œuvre tu n'auras que de la peine, l'infamie et la mort. » — « La voix de Dieu me dit : Va ! » s'écria l'apôtre avec fermeté, « je suis prêt à dépenser et à me dépenser pour la vérité. »

a Meurs donc, » rugit le Rabbin, « meurs comme un Nazaréen insensé, comme un athée que tu es. Celui qui s'adonne aux nouveautés, préférant de sottes convictions et cette lubie de conscience au bien-être solide et à ravis de ses amis, mérite le gibet. Meurs dans ta folie. Désormais je te désavoue; ne m'appelle plus ton ami. » Les années passèrent. La parole divine grandit et prévalut. Un jour une rumeur se répandit sur la place de Tarse et circula bientôt de bouche en bouche : « Paul l'apostat est en prison à Rome et attend tous les

jours l'ordre qui l'enverra aux lions. Sa prochaine épreuve sera la dernière. » Et Abdiel dit aux vieilles femmes dans la synagogue : «c Je savais bien qu'il en viendrait là. Comme il eût été plus sage en restant ici dans son commerce et dans les anciennes voies de nos pères et des prophètes, sans se monter la t^te avec cette lubie de conscience I II aurait pu vivre honorablement dans Tarse jusqu'à un âge avancé , il serait père de fils et de filles, et on l'eût appelé Rabbi dans les rues. »

C'est ainsi qu'on parlait à Tarse. Au même moment Paul, dans sa prison de Rome, était assis tout consolé. Le Seigneur se présenta devant lui en vision et lui dit : a Paul , ne crains pas. Tu as combattu le bon combat. Je suis avec toi jusqu'à la fin du monde. » Le tranquille vieillard répondit : « Je sais qui j'ai servi, et je suis entièrement persuadé que Dieu gardera ce que je lui ai confié. Je n'ai pas l'esprit de crainte, mais d'amour, et mon intelligence est saine. Je finirai ma course avec joie, car je vois la couronne de justice descendre sur ma tête, et maintenant mon salut est plus parfait, mon espoir plus ardent que lorsque je crus pour la première fois. »

Et dans son cœur retentit la même voix qui avait naguère parlé sur la montagne de la Transfiguration : « Toi aussi, tu es mon fils bien-aimé, en qui je me suis complu. »

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