Discourse of Matters pertaining to Religion
2. II faut savoir que la première édition date de 1842 et que, sauf quelques changements peu importants, tenant surtout à ce que depuis lors Parker se prononça positivement contre Tauthenticité du quatrième évangile , ses idées sont restées essentiellement les mêmes. On pourra juger du caractère véritablement avancé de sa théologie, en voyant qu'il y a plus de vingt ans^ le jeune théologien de la Nouvelle -Angleterre professait déjà des opinions et des vues dont l'apparition, récente encore parmi nous, a fait Teffet d'une nouveauté inouïe, et qui commencent seulement à se frayer un certain accès au milieu des cercles intelligents de la vieille Europe.
Li\Te ^^ — De la Religion ex général. — Toutes les institutions humaines sont provenues d'un principe inhérent à la nature humaine. Rien dans la société qui ne soit aussi en i*homme. La it*ligion ne fait pas et ne saurait faire exception. Il est aussi irrationnel de Fattribuer aux artifices des prêtres et des princes, quoiqu'ils en aient bien souvent abusé, que de prendi-e Fart et les ruses des marchands pour la cause du commerce. Il y a donc en l'homme un principe religieux naturel.
A ce principe religieux naturel qui, considéré de plus près, a pour contenu principal le sentiment d'un infini parfait dont nous dépendons, doit correspondre un objet adéquat. Nous ne pouvons conœvoir une tendance sans objet. C'est poui*quoi l'homme croit en Dieu par une intuition spontanée de sa raison. Les arguments ordinairement allégués pour prouver l'existence de Dieu peuvent confirmer, mais ils ne sauraient engendrer cette foi intuitive.
Quant à la conception déterminée que nous nous
forniotis de Dieu, elle est nécessairement inférieure
la i-f^alîté, le fini ne pouvant comprendre rinflnii
le là tout ii la fois la ponnanenoe, l'universalité de
lëe intuitive de Dieu tout le long de rhistoire4 et
iDanmtimbfr^ ^arii^sdes conceptions que les »milii?3 m fonfc W(^^^^ '^ épouvantables
SW
abus que rhomme a si souvent commis au nom de la religion prouvent la profondeur et la puissance de cette tendance instinctive de la nature humaine bien plus encore qu'ils ne plaident contre elle.
Il ne faut pas plus confondre la religion, qui est un fait, avec la théologie, qui est la science de ce fait, que les étoiles avec l'astronomie.
Il y a trois grandes formes historiques de la religion : le fétichisme, le polythéisme et le monothéisme. Le premier consiste dans l'adoration des objets visibles. C'est un culte immédiat de la nature, ou plutôt de certains phénomènes de la nature qui éveillent dans l'esprit humain le sens du mystère, ou de la crainte, ou Ae la reconnaissance, etc. Il tend toutefois à généraliser les objets de l'adoration jusqu'à ce qu'il ait fait une divinité de chacune des grandes divisions de la nature visible : le ciel, la terre, la mer. Cette forme de religion n'a que trèspeu de valeur morale, si elle en a.
Le polythéisme consiste dans l'adoration de plusieurs divinités issues de la personnification des forces matérielles et morales du monde, les premières cédant toujours plus de terrain à celles-ci. Il faut noter l'opulence de ses formes et de ses symboles, son charme puissant, surtout en Grèce, et sa tendance, plus ou moins inconsciente, soit vci's le panthéisme, soit vers le monothéisme. A
son ombre se constitue le sacerdoce, avec ses bienfaits relatifs et ses abus. La guerre est Télat normal de la nature et du genre humain , comme des divinités entre elles. L'esclavage est à Torigine un progrès sur la guerre d'anéantissement, et avec lui commence le travail, la production surabondante et, dès lors, le commerce. L*Élat et la religion sont un, que cette unité soit ou non fondée sur une théocratie. Le polythéisme tantôt arrête, tantôt favorise le développement moral. C'est surtout au point de vue de la moralité domestique et intérieure comme à celui de la moralité univei'selle ou humanitaire qu'il est en défaut. Il n'inspire guère que des vertus civiques.
Avec le monothéisme apparaissent les grandes idées d'humanité, de droit égal pour tous, de liberté et d'idéal moral absolu. Car le Dieu unique doit être parfait en sagesse, en amour, en volonté. Mais là aussi, là surtout, il faut revenir à la distinction déjà faite entre l'identité de l'idée monothéiste à travers les âges et les nombreuses conceptions, si souvent inférieures, grossières même, que l'homme s'en est faites. Le monothéisme primitif des Hébreux est encore très-incomplet et. n'exclut nullement l'existence d'autres dieux que Jéhovah. Lorsque Jéhovah seul est regardé comme vrai Dieu, il s'en faut encore bien que le caractère
qui lui est attribué soit celui de la perfection. L'Ancien Testament le représente sous des traits^ fort peu spirituels et vénérables. Mais, de Moïse à Jésus-Christ, la ligne du monothéisme toujours Ijlus pur et plus élevé se prolonge jusqu'à ce qu'elle arrive à la conception du Père céleste.
Il est certaines questions étroitement rattachées à la religion, celles, entre autres, de l'état primitif du genre humain et de l'immortalité. Quant à la première, tout concourt à prouver que les hommes, qu'ils descendent ou non d'un seul couple primitif (la solution de cette question obscure ne change rien au fait de l'unité spirituelle du genre humain), ont débuté sur la terre par un état extrêmement bas, tout voisin de l'animalité. Les mythes de l'Éden, de l'âge d'or et autres semblables, contredits par d'autres souvenirs encore plus anciens, s'expliquent par la tendance à idéaliser le passé, et ne répondent à rien de réel. Le royaume de Dieu n'est pas en arrière, il est en avant.
Quant à la doctrine de l'immortalité, elle est presque aussi générale qiie la foi en Dieu, et dérive* comme celle-ci, de la tendance de la nature humaine vers l'infini. 11 faut ici, de même qu'en parlant de la foi en Dieu, distinguer fortement entre ridée et la conception de la vie future. Celle-ci, aussi bien que les arguments avancés pour la dé*
montrer, peut être fort défectueuse. La foi en T immortalité, d'abord très-vague et parfois même indirectement niée dans plusieure livres de l'Ancien Testament, va toujours en s'affermissant et en se précisant, surtout depuis la captivité. On peut suivre les marques d'un développement analogue chez les autres peuples. Si la doctrine de l'Église qui voue à l'éternelle damnation la grande masse des hommes était vraie, le don de l'immortalité fait par Dieu à notre race serait une malédiction bien plus qu'une pr^gative.
La religion, selon qu'elle tourne en superetition, en fanatisme, ou bien en piété réelle, en amour de Dieu, est ou la plus redoutable des puissances qui régissent la marche des choses humaines, ou le plus grand, le plus salutaire, le plus suave des bienfaits divins*.
Livre II. — RELAtiON du sentiment relicieux avec Dieu. — Dieu infiniment parfait, voilà ce que le sentiment religieux requiert. Si, en disant que Dieu est personnel, on entend qu'il est supérieur aux limitationsdes êtres inconscients; si, en disant qu'il est impersonnel, on veut dire qu'il est supérieur aux limitations de notre personnalité, on a raison. Mais
i. Voir le morceau traduit à la fin du volume sous le titre de Joie rsligieuse.
si; en se servant de ces deux termes, on prétend reporter sur lui les limitations de la personnalité ou celles de l'inconscience, on a tort. En tant que perfection infinie, nous devons attribuer à Dieu la toute-puissance, la toute présence (immanence), la justice, Tamour, la sainteté. La nature entière est donc une révélation de l'Être qui pénètre et dirige toutes choses. Les forces de la nature sont ses modes d'action. De là Tuniformité et la stabilité des lois de la nature.
Mais Dieu est en Thomme non moins que dans la nature, et de même qu*à chaque besoin de l'être vivant Dieu fait correspondre dans la nature un objet qui le satisfasse, de même, à notre besoin religieux, il fournit une satisfaction naturelle. C'est la communion de l'âme avec Dieu par le moyen du sentiment religieux, de laquelle aussi dérive le phénomène de l'inspiration. Un tel point de vue écarte aussi bien ce déisme naturaliste qui sépare Dieu du monde, n'admet pas de rapport actuel entre l'homme et Dieu, et réduit la religion à une forme, peut-être utile, mais vide et glacée, que le supernaturalisme qui n'admet de révélation de Dieu à l'homme que moyennant le miracle. La vraie notion, celle du spiritualisme, admet l'action permanente de Dieu sur et dans l'âme humaine, action grâce à laquelle l'âme perçoit directement,
intuitivement, les vérités rationnelles et morales.* Mais rinspiration, supposant la coopération de Tâme inspirée, diffère selon la race et selon l'individu , qui peut être plus ou moins richement doué, qui peut se servir avec plus ou moins d'énei'gie des facultés qu'il a reçues. La condition essentielle de l'inspiration, c'est que l'homme oIh serve purement la loi de son être spirituel. Le meilleur, le plus sage, le plus religieux, est aussi le plus inspiré. C'est faute de religion ou de inflexion, que l'homme se croit si éloigné de Dieu qu'il a besoin de faire reposer sa foi et son espérance sur l'autorité d'une église ou d'un livre.
Livre III. — Relation du sentiment religieux avec LE CHRISTIANISME. — Le christiduisme est-il la religion absolue, c'est-à-dire l'amour parfait de Dieu et de l'homme, manifesté dans une vie où toutes les facultés humaines se. développent harmonieusement? Pour répondre à cette question, il faut recourir aux enseignements de Jésus lui-même. Pour cela, il faut consulter les évangiles, qui ne prétendent aucunement à cette inspiration miraculeuse que la tradition réclame en leur faveur, et qui auraient tort d'y prétendre, puisriu'en fait iIh se contredisent fréquemment. Cependant et malgn^ tout ce qu'il y a de légendaire et de mythique tUiun leurs récits, il faut bien admettre qu'un «rand ftiH»
•une vie divine, un enseignement des plus élevés, sont à la source du courant traditionnel qu'ils ont recueilli. Laissons de côté le quatrième évangile qui n'est historique, ni en lui-même, ni dans l'intention de son rédacteur. Grâce aux synoptiques (trois premiers évangiles, ainsi nommés de leurs nombreux passages parallèles qu'on peut mettre en regard pour les comparer de plus près), malgré leurs divergences, nous pouvons reconstruire l'enseignement que Jésus rehaussa par sa noble vie, et qui consiste à montrer dans l'amour de Dieu et des hommes le commandement et le bien suprêmes. Pourtant on regrette de devoir constater, à côté d'un incomparable sentiment de la perfection divine, des assertions qui stipulent un enfer éternel, l'existence personnelle du diable, la fin prochaine du monde jointe au retour du Messie triomphant sur les nuées du ciel. Peut-être aussi serait-on en droit de lui reprocher certaines fautes, fort excusables, mais enfin certaines fautes. Mais il n'en est pas moins réel que le principe de la religion éternelle a été proclamé par lui et magnifiquement réalisé dans sa vie. La religion de l'esprit, supérieure aux rîtes, aux prêtres et aux dogmes, a donc fait son apparition avec lui , par lui et en lui.
Il ne faut pas faire reposer l'autorité de la doc-
trine de Jésus sur des miracles qui sont, ou impossibles, ou attestés très-insufflsamment. Los miracles de saint Bernard seraient plus admissibles que ceux du Christ s'il fallait se décider uniquement en pesant les témoignages. D'autre part, si Ton dit que c'est la doctrine qui prouve les miracles, on proclame par cela même leur inutilité. L'autorité de cette doctrine repose entièrement sur sa vérité.
L'excellence de la doctrine de Jésus ressort, en particulier, de ce qu'elle autorise pleinement rhomme à s'avancer indéflninoent au delà du point où Jésus est resté lui-même. Tout ce qui s'accorde avec la raison, la conscience et le sentiment religieux est essentiellement chrétien. La religion du Christ est donc une religion de liberté, celle du développement continu, de la poursuite incessante du meilleur et du plus parfait. — Une autre de ses supériorités, c'est qu'elle nous propose, non pas un système, mais une méthode de religion et de vie, savoir l'obéissance à la loi intérieure écrite par Dieu sur les tables de nos cœurs. — De plus elle est éminemment pratique et compte pour rien la confession du dogme, l'accomplissement du rite, en comparaison d'une vie>- sainte et aimante. C'est une religion de la vie quotidienne, du foyer domestique et de la place publique, de la solitude
en pleine campagne et aussi de la participation à la marche simultanée du genre humain. Elle ne connaît rien d'une sainteté vicaire, et si elle nous montre un frère priant avec nous le Père céleste, elle ignore cet attomey, ce procureur plaidant avec Dieu, ou cet innocent, victime expiatoire de péchés qu'il n'a pas commis, l'un et l'autre forgés parla théologie traditionnelle.
Autant qu'on peut reconstituer le portrait du Christ, toute part faite aux limitations et imperfections inévitables de son caractère, on doit s'incliner devant lui comme devant la plus grande âme qui ait passé sur la terre.
La doctrine évangélique monta des bords du lac de Galilée à Jérusalem, à Antioche, à Éphèse, à Athènes, à Corinthe, à Rome, et triompha de tous ses ennemis. Mais, hélas ! ce ne fut pas sans perdre de sa pureté divine par son mélange avec le judaïsme, le paganisme et la politique. Mais elle est éternelle par son principe et elle éliminera dans • son application continue les erreure qui, dès les premiers jours, en ce Jésus lui-même qui la proclama et lui donna vie ef puissance, purent se mêler avec elle.
Livre IV. — Relation du sentiment keligieux avec la RiBLE. — Les immenses et bienfaisants résultats de la diffusion de la Ribie dans le monde doivent avoir
une cause proportionnelle. Mais il ne faut pas la chercher ailleurs que dans la sublimité des ensi»ignements que la Bible contient, et cela n'ôte pas le droit de constater et de repousser les ëlënuMits contradictoires, absurdes ou immoraux, qu'elle renferme aussi. Comme celle du christianisme en général, l'autorité -de la Bible n'est autre que celle de la vérité qu'elle contient et qui se justifie ellemême devant la conscience humaine. Si la Bible doit disparaître au souffle de la critique, c'est qu'elle devait disparaître. Mais elle ne disparaîtra pas, à cause et dans la mesure de la vérité qui est en elle '.
Livre V. — Belation do sentiment religieux avec l'Église. — Jésus ne fonda pas d'église. Mais sa religion, comme toutes les religions, rapprocha ceux qui la possédaient, et la sympathie commuiH» pour sa personne resserra singulièrement cette association religieuse. Au commencement la liberté trônait au sein des réunions chrétiennes. C'est peu à peu que, sur l'organisation républicaine, démocratique des premiers temps, se greffa la hiérarchie épiscopale. Avec Paul qui tâche d'émanciper la chrétienté des formes juives, s'opère, d'autre part,
1. Voir ce qui a été dit plus haut, p. 35, pour compléter Tanalyse de cette partie de Touvrage»
rintroductioD d'an dogme défini, nécessaire, dans le christianisme. Peu à peu la servitude, soit visà-vis du prêtre, soit vis-à-vis du dogme formulé par le prêtre, devient la règle dans l'Église. De là les lion-eurs spirituelles et temporelles de l'Église du moyen âge et la légitimité de la Réforme. — Celleci a scindé d'une manière irrévocable l'unité extérieure de l'Église. Le catholicisme doit sa force et sa part de vérité à ce qu'il reconnaît la continuité de l'action révélatrice et rédemptrice de Dieu parmi les hommes; mais son erreur et sa faiblesse proviennent de ce qu'il prétend renfermer cette action divine dans les cadres de son clergé et dans les formes de sa doctrine; de là son intolérance, sa tyrannie, son effroi de l'examen indépendant, l'état arriéré des populations qui lui sont soumises. — Le mérite du protestantisme est donc d'avoir brisé ce joug intolérable et replacé l'individu dans la position où Jésus voulait qu'il fût, c'est-à-dire en la présence immédiate de Dieu. Son tort fut de vouloir renfermer toute vérité» toute inspiration dans la Bible, et comme celle-ci donnait lieu à plusieurs interprétations, de formuler des confessions de foi obligatoires. De là ses divisions. Ses divei*ses branches, du calvinisme le plus sombre à l'unitarisme le plus large, ont toutes leurs défauts et leurs qualités. Toutes sont trop étroites, trop
esclaves de la lettre biblique. La critique nous délivrera de cette dernière servitude. L'avenir appartient au spiritualisme, qui se propose pour but suprême l'identité de volonté de l'homme avec Dieu, et qui subordonne tout, églises, cultes, formes religieuses, à la grande chose, seule nécessaire, à la seule religion qu'on puisse diœ éternelle : Amour de Dieu et amour de l'homme.
Nous devions à nos lecteurs cette analyse condensée de l'exposition, pleine de mouvement et d'éloquence, que Parker donna de ses doctrines à ses auditeurs de Boston. Que de fois n'avons-nous pas été tentés de substituer à notre sec résumé une traduction continue! Il était également impossible de marquer, chemin faisant, l'incroyable quantité d'auteurs indiqués en note dans le livre et dont le nombre, presque effrayant, nous montre combien le théologien noté d'hérésie avait pris au sérieux son devoir de chercher la vérité avant de renseigner aux autres. Il ne s'agit pas en ce moment de faire une critique de ces vues religieuses. Si j'osais émettre un avis personnel, je dirais que sur certains points, par exemple la genèse des mythologies, le caractère personnel du Christ, son enseignement proprement dit, en général la manière un peu trop hostile selon moi
logiques soulevées. Il fut question d'exclure le pasleur de West-Roïbunr de Fassociation des ministres unitaires de Boston, et dans une séance, à laquelle il assistait, il dut repousser pendant plusieurs heures des accusations aigres-douces, évidemment dictées par le désir de le pousser à une démission volontaire. Quelques membres pourtant témoignèrent quelque sympathie pour sa position et son caractère. Il n'y tint plus et fondit en larmes. Voici ce qu'il écrivait quelques jours après à l'un de ses amis, présent à la séance :
Vous vous trompez un peu, mon cher ami, sur la cause de mes larmes l'autre nuit. Ce n'était pas que vous ou d'autres m'eussiez dit des choses dures. Tous auraient pu m'en dire aussi long qu'ils auraient voulu, je n'en eusse pas cligné l'œil. Ce sont les bonnes choses qu'ont dites B. et G., et ce que votre figure montrait que vous alliez dire vous-même, voilà ce qui m*a fait pleurer. J'eusse pu rendre argument pour argument, coup pour coup, bienveillance pour malveillance, toute la nuit durant. Mais, du moment que quelqu'un prend mon parti et prononce un mot de sympatlii(% je ne suis plus un homme, je pleure comme une fomme...
MuIh laissons ce sujet pénible. J'ai toujours su les r|N(jU(îH (jiin je courais en émettant des opinions confniliM'H h la théologie courante. Je n'ai pas oublié (imii'KM Fnx, nt Prlostley, ni même Abélard, ni saint
Paul. Non pas que je me compare à ces nobles hommes, si ce n*est en ceci que chacun d*eux fut destiné à rester seul, et que je le suis aussi. Je sais ce que Paul ressentait quand il écrivait : « A mon premier interrogatoire, personne ne m^a assisté. » Biais je sais aussi ce que signifie cette parole d*un plus grand que Paul : « Cependant je ne suis pas seul ; car le Père est avec moi. » Si je mourais demain, je pourrais dire :
I hâve the richest, beftt of consolations,
The thought that I hâve given,
To serre the cause of Heayen,
The freshness of my eariy inspirations <.
Je me soucie peu du résultat que cela aura pour moi personnellement. Toute destinée m*est indifférente, pourvu que j'aie Toccasion de faire mon devoir. Sans doute ma vie sera extérieurement une vie de tristesse et de séparation d'avec d'anciens associés (je ne peux plus dire amis). La société, je le sais, va me regarder avec défiance et les ministres avec haine; peu m'importe. Intérieurement, ma vie est et doit être une vie de paix profonde^ d'une satisfation, d'un bien-être tel que toutes mes paroles ne sauraient en décrire le charme. Il n'est pas de peine terrestre qui me trouble au delà d'un moment^ pas de désappointement qui soit capable de me rendre chagrin, triste ou soupçonneux.
i. J'ai la plus riche, la meilleure des consolations, — La pensée qae j'ai donné — Pour servir la cause de Dieu — La fraîcheur de mes premières inst^irationsi
rt) THEODOBE FABILER.
lowi les» toàOJL extéfievriv jfr hes secooe eomme la neige tombée sor Hoa maateaa. Je n^ettsie junaîs pensé qae je lierais asasi henreox éàa& cette rie que je Fai été ces deux denuère» années. Le côté destmcteor de rœavre qtie je me sens appelé à faire est pénible, mais il est léger qnand je pense à la grande tiche de la construction. ^ pensez pas que je sois flatté, comme on le dit, de Toir qœ la foule rient m^entendre. La pensée que je fais ce que je sais être mon devoir est pour moi une riche récompense, je n^n connais pas d^aussi grande. Pourtant j^ai, de plus, la satisfaction de savoir que j'ai réussi à réveUler Tesprit de religion, de foi en Dieu, chez vingt ou vingt-cinq hommes qui, auparavant, n'avaient ni foi, ni religion, ni espérance. Gela seul, et l'expression de leur gratitude (soit de vive voix, soit par lettres, soit par Tentremise d'un ami) compense pour moi tout ce que les ministres du monde entier pourraient dire ou faire contre moi. Mais pourquoi parler de cela? Seulement pour vous montrer que je ne suis pas près de me laisser abattre. Plusieurs de mes ancêtres, il y a deux ou trois cents ans, donnèrent leur tête pour leur religion. Je ne suis pas appelé à une pareille épreuve, et je peux bien porter ma croix plus légère.
Tous ceux qui, éprouvant le besoin de la sympathie dans leur vie quotidienne, se sont vus placés dans raltcrnative de perdre cette joie profonde ou de manquer au devoir, comprendront ce qu'il y a de ii^ignation dans ce langage résolu. Cette fer-
meté lui était nécessaire. Depuis lors et pendant les années qui suivirent son installation à Boston, il fut en butte à une opposition qui aurait découragé tout autre que lui. Les accusations, les injures, les menaces dévotes, la haine de la majorité du peuple ameutée par ses dénonciateurs, tomMrent sur lui comme une avalanche. Des insultes lui furent adressées en public par des hommes qui so vantaient naguère de son amitié. On pria tout haut, dans mainte réunion pieuse, pour qu'il fût ou converti ou puni d'en haut. On refusa , et ci>ci est caractéristique des mœurs américaines, de s'asseoir sur le même canapé, à la même table, Ao monter dans le même omnibus. On le traita on lépreux de l'Église et de la société. Pendant un certain temps, il y eut contre lui une véritable coalition de la presse, patronnée par des coteries rkUi*h et puissantes. On refusait partout ses travaux. 11 ne put pendant plusieurs mois trouver dart* U}éàU' rUnion un seul libraire qui consentit à impiJM^'i ses premiers ouvrages. C'est un éditeur im*^'Ai borgien de New-York qui prit enfin sur hiii^ wu ter raventùre. Non-seulement TAcadémi^ 4^ t^,^ [,jan(iais lui ouvrir ses rangs, oA U é^ f^^, e des premiôTB» ^^^ ^,^..
•intëreiMr ù 4^v,.^
en secret, par des tiers, en se cachant comme pour une mauvaise action.
Rien n'éteignit son courage, et vraiment il y a quelque chose qui fortifie dans la vue de cet homme, qui n'a que son caractère et sa conviction pour résister à toutes les forces sociales réunies contre lui, et qui finit par conjurer leur opposition. N^étant lié que par sa conscience, au-dessus de tout soupçon d'intérêt personnel, n'étant inféodé à aucun parti politique ou religieux, il fut fort, pourrait-on dire , de ce qui était sa faiblesse. H continua à mener de front l'activité pastorale et le travail de cabinet le plus absorbant. Il travaillait en moyenne quinze heures par jour, se tenant au courant de tous les progrès de la science européenne. Critique, exégèse, linguistique, philosophie, archéologie, ethnologie comparée, statistique, il voulait tout connaître et communiquer à ses concitoyens, dans son langage clair et pénétrant, lé fruit de ses veilles laborieuses. C'est peu de temps après àes conférences de Boston que parut sa traduction de V Introduction à V Ancien Testament du professeur De Wette, enrichie, comme nous le savons, de notes et d'éclaircissements considérarables. De plusieurs côtés on commençait à lui demander de venir se faire entendre. Quand on l'avait entendu, il était rare qu'on ne le priât pas de revenir.
et, comme il ne youlait pas que ses paroissiens en souffrissent, c'est aux dépens de ses nuits qu'il parvenait à tenir tête pendant le jour aux exigences de la situation. A la fin sa santé, qui avait déjà souffert de ses excès de travail à l'Université, se trouva fortement ébranlée, et ses amis furent unanimes à lui conseiller une année de repos et un voyage en Europe. Ce devait être pour lui un moyen tout à la fois de rétablir sa santé et d'àgrandir encore le cercle de ses connaissances.
L'année qu'il consacra à ce voyage fut, a-t-il dit lui-même, la plus profitable de sa vie. L'Europe l'intéressa au plus haut degré. Il fit à Londres la connaissance de plusieurs hommes distingués dans les sciences et dans la théologie, enti*e autres du professeur Newman. Paris et la France eurent ensuite leur tour. Notre caractère , nos mœurs, nos monuments, tout, jusqu'aux noms baroques de plusieurs de nos rues, est noté avec une précision surprenante sur son journal de voyage. Voici comment il résume le jugement qu'il porte sur nous, dans une lettre écrite sur un ton humoristique à l'un de ses amis :
Après tout, il y a chez les Français une certaine unité de caractère qui a son mérite. Ils sont toujours gais : gais dans leurs affaires, gais dans leur religion. Leurs
til tbCodoke pareer.
•f£di<;^ m^tef^ nm m ««rl^ portîmlier et toute leur jirr-Lrwccnrf . an iDccuf i ftinir de Delonne, est gaie. l^ TrsBÇi^ t àtae^çnjj Taèmtier? derant le Seigneur » -rsfarriD*- jf- ncc Darid.
% Pauis n f'Blirodit MM. I^aniiron, Lenormant et Jo3<s Simon. Ce dernier, encore jea ne, lui sembla realiser. selon ses propres expressions, le beau îd«al dn professeur Élisant son cours. « Jamais, dît4K je n*ai lu ni entendu d'exposition de doctrines plus lucides que celle de M. Simon , retraçant les idées de Plotin sur la Divinité, bien qu'il me parût pécher un peu sous le rapport de l'exactitude. ^ Son amour de la clarté lui rendait nos bons auteurs particulièrement chers. Il avait beauco«p profité, disait-il, « de la brillante mosaïque de M. Cousin. »
H passa ensuite en Italie, visita Gênes, Pise, Florence. Qui lui eût dît alors que, seize ans plus tard, il viendrait exhaler son dernier soupir dans la ville des Médicis!
Extraits de son journal :
Florence. — La première fois que je visitai la belle <'iKllMft do Santa-Croce, c'était par un jour triste et pluvldux. Ne sachant que faire, j'entrai dans cette maison i\m trrtpaMH^s. Pendant que je copiais des inscrip-" tlouM, li«H prAtros chantaient leur office, et, de temps
à autre, Torgue soupirait une musique qui semblait descendre du ciel. C'était triste, doux, caressant rame.
N'est-il pas curieux que Galilée ait dû être enterré dans cette église et y avoir son monument? Car c*est dans ce cloître que résidait le tribunal qui Ta persécuté. Ainsi va le monde. Les fils de saint François, à qui le pape confia le pouvoir inquisitorial en Toscane, se réunissaient dans le cloître de Santa-Croce. Aujourd'hui le grand-duc de Toscane est heureux de conserver la moindre relique de Galilée, jusqu'à son doigt qui se trouve à la bibliothèque Lauren tienne...
rai maintenant visité la plupart des meneilles de cette charmante ville. Je dois dire que les grandes peintures de Raphaël, la Vierge à la chaise, le Jule$ II, \p Léon X, la Fomarina, m'ont impressionné plus que je n'osais l'espérer. La première fois que j'entrai au palaJM Pitti, je ne savais pas ce que je devais regarder, quand tout à coup mes yeux tombèrent sur la liladone. Quell#$ peinture! Dieu du ciel, quelle peinture! Et quel %ki\W,\ Ten dois dire autant des grandes œuvres du Titi^f», in Madeleine, les Deux Vénus. Mais le Laocoon^ la V^nuM ///^ Médicis, V Apollon ne m'ont pas saii^i autant qtto y* m'y serais attendu. Les statues en généra! sont r'f»fé'f> un peu au-dessous de ce que je m'étai*" imajpné.
Nous pouvons rpconnaîtrp à w d^mî^r iistU l'ami de la vie et du mouvement, f^ *AHU%si\ri* t*%i toujours plus abstraite, plus imfi^rvfriri^l^' *\ti*' \'*
•t THÊODOIE PAIIEI.
pantuTP. Cest préasément ce qui Ëiit sa supériorité aux yeux de ses partisans.
Poonole ei Baies. — JÊemetUo la jeune fille près du Cento Camarelli» qoi filait à la mode antique, cette jolie fille dont Frceiin exailna les superbes dents, à la beauté de laquelle je doDnai un demi-carlin, et qui s'agenouilla pour que nous pusàons bien Toir son collier.
Puis il gagne Rome a la reuve de deux antiquités. »
n n'est pas de cité, excepté Jérusalem et Athènes, qui soit aussi riche que Rome en souvenirs. Deux fois la capitale du monde, la première fois par la puissance païenne, physique; la seconde, par la puissance chrétienne, spirituelle! Les deux fois elle a fait le désert autour d'elle...
Que j'aime à errer le long des rues de Rome, à m'asseoir aux lieux où fut le Forum! Alors, je songe aux armées qui sortaient de la petite ville pour conquérir le monde. Quelles traces ces sombres géants ont laissées sur la terre !••• Mais quel contraste quand on voit cette foule de mendiants et de vauriens! cité du crime depuis les jours de Romulus jusqu'à ceux d'à présent! Toi (|ul lapides les prophètes! Le sang des martyrs est mur toi de tes premiers à tes derniers jours...
NouH Hommes allés voir Sainte-Marie-Majeure. C'est un« égllHo extrêmement riche, mais elle n'a rien d'impoHant. Ce n'est pas une architecture religieuse. Il me
semble que rimitarisme moderne aimerait ce style-là : il est clair, actuel, Tœuvre de cerveaux logiques et démonstratifs, complètement libre de mysticisme...
Nous sommes allés à la prison Aiamertine, où mourut Jugurtha, ainsi que les complices de Gatilina. Cest là aussi que Paul fut prisonnier. Le concierge montre une source qui jaillit, dit- il, tout exprès pour saint Pierre (lequel passa dans ces murs neuf mois avec saint Pajil) et qui lui servit à baptiser quarante-neuf soldats, tous morts martyrs. Une pierre gravée raconte le même événement. Tai goûté de cette eau. Absurdité à part, c'est quelque chose de s'asseoir dans le donjon où Paul fut prisonnier.
Dimanche, 3 mars 18M. -^ Nous avons été présentés au pape en compagnie de quelques autres Américains. 11 était debout, en simple habit de moine, le dos appuyé contre une sorte de table. Il causa avec M. Greene, notre introducteur. U bénit quelques rosaires apportés par les Américains. Nous restâmes environ vingt minutes. Sa figure était bienveillante, et il nous regardait d'un air affable. On parla de Tétat de Rome, de la langue anglaise en Amérique, du fameux cardinal polyglotte de la propagande ^. Le pape fit un signe, et nous nous retirâmes.
Un fait à noter, et qui a de nombreux parallèles. Parker fut un moment amadoué par les manières exquises, la politesse raffinée des hauts