DE LA RELIGION
La religion est la continuation et le prolongement des principes de la famille hors de la famille, dans et entre les groupes et les individus de son espèce qui lui sont étrangers, pour la formation, la conservation et le gouvernement de la société politique. Or, dans la famille et entre les individus de môme sang et de même nom, les principes ou les procédés et formes de fréquentation et de vie sont divers et mesurés sur la proximité ou l'éloignement de parenté que les individus et groupes ont les uns avec les autres. Les enfants et le père et la mère se traitent d'une cerjlaine manière: les enfants ont toujours du respect pour eux et en même temps une grande liberté, et cela est nécessaire puisqu'ils vivent en présence et en contact. Les neveux ont un respect d'une certaine nature et des formes pour leurs oncles , et leurs oncles un langage et des procédés avec eux qui leur sont propres. Les cousins germains sont entre eux dans des rapports de politesse et d'attention s'ils vivent un peu écartés les uns des autres et dans des rapports de frères, s'ils vivent dans les mêmes enclos d'habitation et ensemble. Les autres cousins plus éloignés et les arrière-parents se voient entre
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eux avec plus d'attentions que les autres membres do la société ; mais ils voient et doivent voir ces derniers avec des formes qui, pour être plus libres ou moins attentionnées, n'en sont pas moins plemes d'égards et de politesse.
Aujourd'hui la société périclite, la société soufiFre immensément de n'avoir pas une idée religieuse vraie et un culte approprié à cette idée, culte nécessairement très varié, tant pour la famille et les pénates que pour la société générale.
Voilà les règles sociales , les manières spirituelles et matérielles des individus du groupe ou de la famille de même sang entre eux , ou les uns pour les autres , et puis de tous les individus de la société entre eux ! Ces formes et manières et les sentiments animiques qui les accompagnent, sont la nature même ou la vie dans la nature. Si une société en est privée , si elle est ,en dehors de ces formes, d'une manière absolue, comme la société présente, c'est que cette société est privée absolument de dogmes par une grande ignorance ou une insuffisance de sa loi religieuse qui ne les contient pas. — Alors aussi cette société est dans la confusion et le malheur, et ne peut qu'y être. Et elle ne peut y remédier que par une autre loi. Une rectiOcation de l'ancienne est insuffisante, parce qu'une religion ne se redresse pas dans ses dogmes premiers : elle contient la vérité ou elle est à côté. Si elle est à côté, et qu'elle viole ou méconnaisse la nature des choses , c'est en lui substituant une donnée générale et un culte nouveau que la société se remet sur sa base , sur la base que la nature lui assigne, comme toutes les autres espèces, chacune dans la sphère et dans la place que cette nature leur a données et qui s'y maintiennent avec soin par l'instinct.
Or, la société présente est privée absolument de ces formes et de ces principes; et c'est aux natures fortes à les lui montrer avec exemple, et elle, à comprendre et à se redresser pour rentrer dans le bonheur.