L'AN MIL
Au commencement du xi« siècle , les esprits rassurés sur la fin du monde, qui ne s'était pas réalisée l'an 1000, devinrent scrutateurs, et la raison dans une certaine mesure ref)rit son empire. Alors aussi elle sentit le besoin d'écarter es ténèbres qui l'annihilaient. Comme le christianisme avait frappé toutes les sciences de mort ou d'atonie , ce qui ne valait guère mieux, qu'il n'avait laissé que la religion à peu près comme l'unique objet des études, ce fut aussi sur elle que s'entama la controverse. Dès l'an mil , on cherchait dans l'Evangile la justification du divorce, on brisait des images à l'intérieur des églises; on enseignait que le salut n'était point attaché au paiement de la dîmo (2). Béranger, archidiacre d'Angers, trésorier et écolâtre de Saint-Martin de Tours, prétendait que le pain et le vin placés sur l'autel n'étaient pas, après la consécration faite par le prêtre, le vrai corps et la vraie substance de Dieu , et cette doctrine faisait des progrès surtout en France (3). Cela se passait au
(1) Matthieu Paris, année 1080, t. 1, p. 42, de la.trad. Huil-« lar'l-Bréholles.
(i) Glab. Rod., HisU de France, t. 10, p. Î3, ($) M. Paris, t. 1, p. 53.
CHAP. II. INKOCENT 111. 357
milieu du xi* siècle. Une Italienne parut à Orléans où elle attaqua le christianisme. Elle enseignait que le baptême n'eifaçait pas la tache du péché ; que Jésus-Christ n'était point né d une vierge , n'avait point souffert et n'était pas ressuscité ; enfin qu'il n'était pas donné au prêtre de changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Ghrit. Cette Italienne convainquit non-seulement beaucoup de gens du peuple , mais encore les bommes les plus distingués du clergé en réputation de savoir et de vertu , et parmi eux Etienne, qui avait été confesseur de la reine Constance. Le réveil de l'esprit humain au moyen âge avait sonné , et la charge contre les ténèbres et le merveilleux qui en naît lut battue parRoscelin , Gilbert de la Porrée et tant d'autres, jusqu'à ce qu'enfin arrivât aussi Abailard.