CHAPITRE XV. iiiï
du Christ; les forçant, par le glaive et les plus horribles tortures, à accepter une doctrine dont ils ne concevaient pas les avantages. Non , la raison refuse de croire que le Dieu de bonté, de justice et de miséricorde ait pu envoyer Jésus dans ce monde pour être la cause première d'événements aussi affligeants, souvent fondés sur une simple interprétation du texte de la Bible , que chacun doit avoir du moins la liberté d'expliquer comme il Teutend dans le fond de sa conscience.
Or comment les Israélites , qui prétendaient être le seul peuple de Dieu a qui TÉternel révéla par la voix de Moïses et des Prophètes les vrais dogmes du culte qu'il voulait qu'on lui rendity pouvaient-ils accepter la doctrine chrétienne qui établissait la Trinité^ et par elle la divinité de Jésus-Christ ; tandis que le premier article de leur foi fondamentale, écrit, suivant eux , par la main même de TEternel , défendait de croire k un autre Dieu que lui? et ils le purent d'autant moins que tous les habitants de Nazareth et les membres de la famille même de Jésus savaient que ce fondateur de la doctrine qu'on voulait leur imposer comme divinité était le fils de Joseph. Aussi ont-ils préféré souffrir la plus injuste réprobation qui jusqu'à ce jour a partout pesé sur eux, plutôt que de consentir à modifier le dogme fondamental sacré de leur doctrine religieuse, qui leur commande de ne croire qu'à un seul Dieu, le Créateur de l'univers.
Enfi[i,si Jésus-Christ avait été l'epvoyé de Dieu , il eût parlé au peuple, encore si grossier et si ignorant, dans un langage plus facile k comprendre que celui des paraboles, le plus souvent si obscur, dans lequel il lui exposait ses principes. Or cette forme qu'il donnait à ses enseignements eut ce désavantage, que ses propres apôtres ne l'ont d'ordinaire pas compris, ayant conservé jusqu'à sa mort une idée toute fausse du but qu'il s'était proposé d'atteindre. Cela est si vrai que, même pour la belle parabole du semeur (Saint Matthieu (Chap. XIII, 1), et Saint Marc (Chap. IV, 1), la plus facile à comprendre au premier instant, ses disciples
\%6 THiOLOÇIB DE LA HATURË.
ont été obligés, tant leur intelligence était bornée par le manqne d'éducation , (Je Ipî djeipander ce qu'il voulait dire par 1^ (Saint Marc , Y^pet 10) , et ce ne fut qu'a eux seuls qu'il en (Jonna l'explication , après qu'ils lui eurent exprimé le désjr de savoir ce que cette histoire signifiait; tandis qu'il tae voulut pas l'expliquer au public, qui devait cependant en profiter aussi; S^int Matthieu disant, k l'occasion de cette même parabole, Vefset 10 : « Alors les disciples s' étant approchés , lui dirent : Pourauoi leur pafles-tu par dès similitudes? »
1 1 . « J7 répondit et leur dit : Parce qu'il vous est donné de connaUre les mystères dp royaume des deux , mais cela ne leur est poir^t donné, »
12. « Car on donnera à pelui qui a déjà^ et il aura encore davantage; mais pour celui qui n'a pas ^ on lui ôtera même ce quil a. »
13. « Cest à cause de cpla que je leur parle en similitude ^ parce qu'en voyant ils ne voient points et qu'en entendant ils ^ n entendent et ne comprennent point. »
Tandis que c'est précisément k ses disciples, censés plus intelligents que la multitude, qu'il aurait pu parler dans un stylé figuré, et s'expliquer au contraire clairement dans le langage ordinaire quand il s'adressait au peuple ; car que peut-on enseigner à des gens, quand, expressément, on cherche à ne pas être compris? Ce passage des Évangiles renferme, comme on voit, un singulier non-sens.
Cette habitude qu'avait Jésus-Christ de parler le plus souvent par paraboles, est vraiment déplorable; car il est évident que s'il s'était exprimé dans le style ordinaire , intelligible pour tout le monde, il eût été non-seulement mieux compris de ses propres Apôtres, mais les Docteurs de la loi, les Sacrificateurs, les Magistrats qui l'ont condamné et la masse du peuple Teussent également compris et ne lui eussent très-certainement pas opposé tant d'obstacles ; en même t^mps que les persécutions dont lui et ses disciples ont eu à
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souffrir n^auraient pas eu lieu; ce qui eût permis au christianisme de faire de plus rapides progrès, sans qu'on n'eût eu à déplorer le martyre de son fondateur et les massacres de ses premiers convertis. En même temps que les nombreuses guerres de religion , avec toutes les abominations qu*on y a commises , eussent en grande partie été évitées ; excès qui ont généralement eu pour cause de simples différences d'interprétation de TÉvangile; tandis que la vérité dans laquelle tous les partis se seraient ré^nis, aurait pu être si facilement dite dès l'origine; d'où le christianisme serait devenu en peu de temps la doctrine religieuse universelle par la sublimité de ses prmcipes. En effet, si Jésus-Christ s'était partout exprimé dans le style ordinaire de la conversation compréhensible à tout le monde, en formulant nettement, avec lucidité, les principes de sa doctrine, il eût certes mieux atteint son but ; et Ton ne voit pas pourquoi , lorsqu'il adressait son enseignement k des gens encore enfoncés dans la barbarie de l'ignorance , il s'exprimait en paroles Qgurées; pt cela, précisément avec l'intention de ne [las être compris de tous , ainsi qu'il l'a dit au passage cité un peu plus haut. D'où est résulté que plusieurs de ses disciples l'abandonnèrent par cela même qu'il s'exprimait quelquefois de façon que ce qu'il sen^blait leur dire leur paraissait des abominations^ que le sentiment de 1^ plus vulgaire humanité leur défendait d'écouter davantage; ainsi que cela est formellement rapporté dans rÉvangije de Saint Jeain , Chap. YI, où Jésus-Christ dit au Yerseï 51 : c Je suU le pain vivant, qui est descendu du ciel: si quelquun tf^ange de ce pain, il mvra éternellement ; et le pain que je donnerai , c*est ma chair j que je donnerai pour la vie du monde. »
52. « Les Juifs donc disputaient entre eux^ disant : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger? »
53. a Jésus leur dit : En vérité , en vérité je vous le dis : Si vous ne mxingez la chair du Fils de l Homme, et si vous ne buvez son sang^ vous n'aurez point la vie en vous-mêmes. »
H^ tttÉoLo&tE D£ La Nature.
44. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sdng , a la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour, »
60. « Plusieurs de ses disciples Voyant oui , dirent entre eux : Cette parole est dure; qui peut l'écouter? »
66. « Dès cette heure-là plusieurs de ses disciples se retiré^ rent , et n'allèrent plus avec lui. »
On comprend aujourd'hui , après de longues controverses qui durent encore et qui ont fait couler d'immenses flotfs de sang répandus pour défendre les divers commentaires aux* quels a principalement donné lieu cette phrase de Jésus- Christ, répétée sacramentellement dans la Sainte Cène , que le Sauveur voulait dire par h que, pour arriver k la vie éternelle, on devra s'identifier avec lui par l'esprit et la foi^ comme la nourriture s'identifie avec le corps de celui qui la mange. Mais ce sens parabolique n'était pas celui que les gens qui l'écoutaient attachèrent à ces mots si révoltants dans leur sens propre; et ce qui justifie pleinement les disciples qui, indignés d'une semblable proposition, n'ont pas voulu le suivre, est que Jésus voyant le sentiment de réprobation qui s'est élevé dans leur cœur, au lieu de chercher à détruire par quelques explications le mauvais effet qu'il avait produit, répéta au contraire ces choquantes paroles sans exprimer, du reste, sa véritable pensée, ainsi qu'on le trouve au chapitre cité , où il est dit au Verset 61 : <x Mais Jésus connaissant en lui-même que ses disciples murmurère^it de cela , leur dit : Ceci vous scandalise-t-il? »
Dans d'autres passages encore Jésus-Christ s'exprime de même en termes figurés non moins faits pour exciter la désapprobation de ceux qui ne le comprenaient pas, et le nombre en devait être grand , sans en excepter les Apôtres eux-mêmes.
C'est ainsi que suivant Saint Matthieu, Chap. VI, Jésus
dit à ses disciples : Verset 25. « Je vous dis : Ne soyez
point en souci pour votre vie , de ce que vous mangerez , ou
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de ce que vous boirez; ni pour votre corps , de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture , et le corps plus qvs le vêtement? * ^
26. < Regardez les oiseaux de Vair; car ils ne sèment ni moissonnent , ni n'amassent rien dans les greniers , et votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas beaucoup plus excellents qu'eux? »
27. <x Et qui est-'Ce d'entre vous qui par son souci puisse ajouter une coudée à m taille? »
28. « Et pour ce qui est du vêtement^ pourquoi en êtesvoiLs en souci? Apprenez comment les lis des champs crois^ sent; ils ne travaillent ni ne filent. »
29. < Cependant je vous dis que Salomon même , dans toute sa gloire ^ n'a point été vêtu comme Vun d'eux. »
30. < Si donc Dieu revêt ainsi Vherbe des champs, qui est aujourdhuij et qui demain sera jetée dans le four^ ne vous revêtera-t'il pas beaucoup plutôt , ô gens depeHte foi? »
33. « Mais cherchez preinièremsnt U royaume de Dieu et sa justice yCt toutes ces choses vous seront données par^-dessus.»
Ce précepte d'une religion vraiment trop exaltée ne tend, comme on voit, k rien moins qu'à engager les hommes à vivre dam la plv>s complète oisiveté , k l'état entièrement sauvage comme les animaux des forêts. Si les sauvages des pays chauds nous ofiùrent k peu près l'exemple de ces peuples qui ne travaillent ni ne sèment , quelles sont aussi les souffrances de leur misère , et quelles sont surtout les conditions de leur intelligence , et par suite celles de leur reli^ gion ;dan$ cet état de profond abrutissement dont Jésus-Christ semble avoir regretté que les hommes soient jamais sortis , et auquel il aurait voulu qu'ils retournassent malgré l'instinct de civilisation que le Créateur a mis en eux? Il est vrai que la vertu est de beaucoup préférable a tous les biens matériels de la terre; mais en ne recherchant que Tune on perdrait bientôt aussi l'autre.
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IdO THÉOLOOlf M LA NATURE.
Ci'e84eo(»re par l'effet d'un sentiment religieux, ponssé au delh de toute borne , que Jésufl-Christ exigea d'un de ses disciples d'abaudchner le cadavre de son Père sans sépulture , le dernier devoir de la piété filiale , et de le suivre immédiatement dans ses voyages , ainsi que cela est écrit au Ghap. VIII de Saint Matthieu, au Verset 18, où il est dit : « Or, Jéstis voyant une grande foule du peuple autour de lui , ordonna qu'on passât à Vautre bord du lac. »
SI. « £^ ttfi autre de ses disciples lui dit : Seigneur, permets q%ie faille auparavant ensevelir mon père. »
22. « Mais Jésus lui dit : 5uû-mot , et kUsm les morts ensevdir leur morts. »
Il est évident que le Sauveur a voulu exprimer par Ik que rien au aumde) même les devoirs les plus sacrés de la famille , ne doit empêcher les hommes de suivre la vme de leur salut, ie seul bien auquel ils doivent lendre; mais la circonstance où il exprime ce précepte était toutefois bien mal jchoisie , ce qu'il demanda ayrat été contraire k l'un des principaux commandements de Moïses qui ordonne le, respect ^ l'amour pour les Pères et les Mères ^ et dont Jésus- Christ recommandait lui-même l'observation rigoureuse.
Suivant un antre passage de Saint Matthieu , Chap. X , 32^ Jésus dit :
€ Mais ijfuimnque donc me tonfesêeNt d^Miil les kommeê^ j« le confesserai Uussi devant mon Père qui est auâi> Cieua^. i^
33. a Mmk ^ieonque me reniera devWfii les hmimee^ je le renient amëi devant num Père qui estnucb Cieuàè. »
Celle e)c|>ressiott de vengeance s'Kcdrde bien mul àvnc l'anour eu prochain et l'exbortation au pard^m qu'il exprime aitteurs avec tant de bonté, en cottmiondant d'aimi^ même ses ennemis. Ën4in que devint ici la miséricorde? Ou con^prend toutefois bien que Jéaus^Christ a simplement voulu dire que ceux qui repoussent sa dœtrkie ne sauraient avoir droit à la bienveillanoe divine; maïs cette bien-