CHAPITRE XVI
la haute dignité de la race humaine , si fièrc de son pouvoir absolu.
L'obserration de la Nature , et les conséquences que nous pouvons en tirer sans prévention , montrent , au contraire , que chaque espèce animale fut créée dans le pur intérêt de sa propre conservation, sauf par elle à chercher à la maintenir elle-même par les moyens mis en son pouvoir, sans prééminence de droit d'aucune espèce. C*est ainsi que tout animal carnassier est, par TefTet même de l'organisation qu'il reçut de la Toute-Puissance divine , dans l'obligation de se nourrir de chair, et souvent de chair vivante, sans laquelle il ne saurait exister, d'où il a le droit naturel de se la procurer partout où il le peut ; et l'espèce humaine, évidemment omnivore, devant se nourrir à la fois de tout, a, en conséquence aussi nécessairement le droit , comme toute autre espèce , de sacrifier k son entretien les objets propres k cette fin. L*homme est, en conséquence, fait, tout aussi bien que la faible gazelle , pour servir de pâture aux lions et aux panthères, sauf par lui de chercher les moyens d'éviter d'aussi dangereux ennemis. Or l'homme a, au même titre que les animaux, le droit de prévenir sa propre destruction par celle des espèces qu'il doit redouter, droit constituant celui de sa légitime défense. Mais il y a loin de là au prétendu droit naturel à la suprématie dans le monde entier , pouvoir dont il s'est simplement emparé , ainsi que je viens de le dire, par l'effet de son intelligence et de son adresse, en y attachant la folle croyance que tout, voire même les astres , n'a été créé que pour servir h sa satisfaction.
Si Dieu, en créant l'espèce humaine telle qu'elle est , lui a donné implicitement le pouvoir de maintenir son existence aux dépens de tous autres Êtres vivants, ce droit ne saurait toutefois pas s'étendre jusqu'au point de lui permettre de les réduire à l'esclavage de la domesticité , et moins encore de leur faire subir le moindre mauvais traitement, les animaux étant, aussi bien que l'homme, Tobj t do rineiïablc bonté
âli THÉOLOGIE DE LA NATURE.
du Créateur. Mais quoi qu'il en soit, si par Teffet de la grande multiplication des hommes sur la terre , il leur est devenu impossible de se passer des avantages qu'ils tirent soit de la propagation des animaux utiles, soit de la destruction des espèces nuisibles aux intérêts de la société humaine , cet égoïsme, déjà fort injuste en lui-même, devrait au moins engager les hommes à traiter les animauxavec douceur etbouté, en témoignage de leur reconnaissance pour les services qu'ils leur rendent. Aussi rien ne saurait jamais justifier les actes de dureté et de brutalité que des personnes inaccessibles k tout sentiment de pitié , et cent fois plus cruelles que les bêtes féroces, se permettent d'exercer envers les malheureux animaux soumis à leur puissance, et tout aussi sensibles que nous à la souffrance du corps; cruautés dont auront à rendre compte devant l'inflexible justice de Dieu, ceux qui s'en rendent coupables. Aussi dit-on que dans ses vieux jours, Haller, le célèbre physiologiste du xvm' siècle, se sentit cruellement tourmenté par les remords qu'il éprouva des nombreux animaux qu'il s'était permis de disséquer tout vifs , dans le but d'éclairer ses recherches scientifiques; atrocités qui se pratiquent encore de nos jours, et cela ouvertement dans des cours publics , sans le moindre avantage pour l'instruction , malgré les lois qui , en Angleterre et depuis peu en France, punissent ceux qui se rendent coupables de mauvais traitements envers les animaux. Tout le monde parle avec horreur des animaux féroces et malfaisants \ mais qui plus que l'homme mérite ces épithëtes injurieuses , lui qui seul, parmi tous les Êtres de la Nature, fait le mal pour l'unique plaisir de le faire, ainsi qu'il le montre non-seulement par son goût pour les émouvants spectacles que lui offrent les courses de taureaux et d'autres combats, même ceux des gladiateurs; mais surtout par celui pour la chasse dont je parlerai un peu plus bas, où souvent il descend jusqu'à la plus hideuse cruauté pour satisfaire ses caprices dans sa passion pour le meurtre;
CBAFITRE XVI. liiT)
et ce qui le prouve , c'est qu'il ne recherche eertaîua espèce 4e chasse que pour Thorrible jouissance de massacrer ; voyant mourir les animaux dans les plus affreux tourment? d'une agonie prolongée, quils contemplent comme l'objet des plus agréables émotions que le cœur puisse éprouver; genre de jouissances que, sans aucun doute, beaucoup étendraient s'ils Fosaient jusqu'à l'assassinat de leurs semblables. En effet, combien n'a*t-on pas d'exemples de braconniers qui ont tué des gardes , ou des gendarmes qui les surprirent en flagrant délit de chasse! Je suis même persuadé qu'un grand nombre de ceux qui se battent dans les révoltas populaires ne le font que pour la satisfaction qu'ils trouvent k tuer des hommeç aaus en être punis par Féobafaud , poussant , dans e^s circonstances, leur passion pour le meurtre jusqu'à exposer leur propre personne à être tuée.
On se sert partout du terme de Brutai«ité pour désigner le ogractère violent et dur ; c'eslrrà-rdire du terme exprimant le caractère ds la brute tandis qu'on emploie celui 4*Hiiva- NiTÉ pour indiquer le caractère et les eentiments doux et bienveillante 'i soi-disant propres à f espèce humaine; mais en bonne logique, et surtout tn morale, ne devrait* on pas ici échanger leur signification ? En effet , quelle est la brute qui , sortant de son cfiraetère naturel , descende jusqu'aux actions grossières et cruelles de l'espèce humaine ? Aucune que je sache , toutes étant paturellemept plus ou moins affectueuses, capables de reconnaissance , de dévouement et même de la plus généreuse pitié pour ceux qui souffrent (1); seqtiments dont le chien surtout donne de si nombreuses preuves, à la honte de l'espèce humaine, quoiqu'il soit naturellement carnassier , et en conséquence sanguinaire. Généralement doux et généreux, les grands chiens ne mordent jamais les jeiiines, ou des enfants, qu'ils savent n'avoir pas à craindre ; et bien rarement
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(1) Veyez la BOte n« 83.
il G THEOLOGIE DE LA NATURE.
même od les voit attaquer les grandes personnes , tant qu*ils n*y sotit pas excités. Que dis-je? les animaux les moins intelligents et les plus redoutables par la volonté du Créateur lui-même , qui les a munis d'un venin actif et facile k employer , tels que sont les serpents , les guêpes , les scorpions, fuient généralement le danger, ne faisant usage de cette arme si efficace que lorsqu'ils y sont forcés par la nécessité d*une légitime défense. Combien de personnes , au contraire, et même celles qui font le plus parade de leur sensibilité et de la bonté de leur cœur, iie manquent pas de tuer tout animal , quelque inoffensif qu'il soit , s'il a seulement le malheur de déplaire à leurs yeux; et cela en accompagnant cet acte de véritable férocité, d'un témoignage de haine qu'il leur serait difficile de justifier par une raison quelconque , autre que celle de leur satisfaction de tuer ; ne s'apercevant pas , dans leur entraînement au mal, qu'elles donnent par Ik le démenti le plus formel aux sentiments généreux qu'elles affichent , et surtout k cette douceur de caractère qu'elles prétendent avoir. Enfin d'autres personnes, plus blâmables encore, se font un plaisir de tourmenter les animaux pour le simple agrément qu'elles trouvent k les faire souffrir , exerçant leur cruauté jusque sur les Êtres les plus inoffensifs de la Nature , tels que de simples insectes qu'ils aiment k mutiler.
Or ce que nous appelons d'ordinaire les animaux féroeeSy ne tuent jamais d'autres animaux que lorsqu'ils y sont obligés par la faim, ou excités par le sentiment de la crainte, quand leur existence leur parait menacée ; hors ces deux circonstances , le lion même est doux et affectueux envers les Êtres plus faibles que lui , avec lesquels il vit souvent en société; et si son instinct carnassier Toblige k tuer sa proie, de quel droit lui appliquerait-on les épithètes de cruel et de féroce , tandis qu'on ne veut rien voir de semblable dans Taction de certains hommes, tels que les bouchers, les cuisiniers et une foule d'autres, dont le métier est de tuer froi-