L'HOMME ES 1 LIBRE
L'être libre ou intelligent qui agit cherche toujours à réaliser un but relatif à Tétat dans lequel il se trouve. Ainsi un esprit qui aura un développement convenable se proposera un but exactement défiai, tandis qu'un autre dont le développement sera inférieur à ce dernier ne se proposera qu'un but vague.
L'esprit qui serait placé dans un état dans lequel ridée de soi-même dominerait toute autre idée, ne se proposerait pour but que soi ; et celui, dont l'état serait une vision supérieure de Dieu, ne se proposerait pour but que la gloire de Dieu. Ces deux espèces d'êtres seraient simplement libres.
Mais une intelligence dont Tentendement serait rempli de notions diverses et de notions personnelles à des degrés tels qu'aucune d'elles ne fût capable de captiver sa volonté d'une manière exclusive^ cette intelligence posséderait une liberté particulière dont le caractère serait de pouvoir à volonté agir pour Dieu ou pour soi.
L'homme possède aujourd'hui une liberté de ce genre. Il a un sentiment de lui-même qui peut le porter à n'agir que pour soi et à tout sacrifier à^ ; et il a en même temps l'idéal d'un bien extérieur à lui, supérieur à son propre intérêt ; l'idéal d'une justice, d'un ordre, d'une beauté, d'une perfection dont Dieu même est le type et qui peut le porter à n'agir qu'en vue de Dieu en se cacrifiant pour lui. Or, cet idéal d'un bien infini est, pendant cette vie, en une telle harmonie avec le sentiment que nous avons de nous-même, que nous avons la faculté de n'agir que pour nous en immolant tout à nos désirs, ou de nous sacrifier nous-même par amour pour Dieu.
Quand un homme pose ici-bas son unique bien en but définitif de son activité, ce n'est pas que l'idéal du bien proprement dit se présente à lui comme semblable à son propre intérêt, de telle sorte qu'il puisse croire qu'il est indifférent, au fond, de n'agir que pour soi ou pour Dieu ; et quand un autre fait l'opposé, ce n'est pas davantage qu'il soit insensible à l'amertume du calice qu'il a consenti à boire en se dévouant, mais l'un et l'autre mettent seulement en usage la faculté actuelle de choisir pour but de leur activité le bien uniquement personnel ou le bien par excellence.
Or l'idéal du bien; placé en face du sentiment de soi, et comme au milieu de notre âme libre, c'est la morale; et les actes de la volonté, accomplis en présence de cet idéal et de ce sentiment dans le rapport dans lequel ils sont maintenant pour nous, prennent le nom d'actes moraux. D'où le