CHAPITRE XVI
De la Manière d^ administrer le sacrement de Pénitence.
603. Hors le cas de nécessité , le confesseur doit être en soutane et en surplis pour entendre les confessions. Il ne doit jamais confesser les personnes du sexe ailleurs que dans l'église, et dans un confessionnal auquel est adaptée une grille fixe, à moins qu'elles ne soient sourdes ou infirmes : on pourrait alors les recevoir à la sacristie, où il doit toujours y avoir une grille. Quand elles sont malades ou infirmes, au point de ne pouvoir venir à l'église, on peut les confesser chez elles ; mais on doit laisser ouverte la porte de l'appartement où est la malade, de sorte que le prêtre puisse être vu de ceux qui sont dans la chambre voisine (2). Pour ce qui regarde les femmes qui, s'étant déjà confessées, n'ont qu'à*
(1) Tract, de praeparatione ad Missam, consideratione vi — Voyez aussi S. Alphonse, lib. 1. n° 19.— (2) Avvertimenti de S. Charles Borromée aux confesseurs.
se réconcilier, les confesseurs s'en tiendront aux règlements du diocèse ou à l'usage des lieux.
604. « On ne doit point, dit saint Charles, entendre les confes- « sions des personnes du sexe , ni avant le lever ni après le coucher « du soleil. » Cependant, lorsqu'il y a un grand nombre de pénitents, le confesseur peut entendre même les femmes le soir ou avant le jour; mais alors il doit tenir un cierge allumé auprès du confessionnal: encore retiendra-t-il une des pénitentes à l'église, non loin du confessionnal, jusqu'à ce qu'il ait entendu la personne qui doit se confesser la dernière. Un prêtre ne saurait prendre trop de précautions pour ne pas fournir l'occasion de parler à tant de personnes qui ont les yeux ouverts sur sa conduite , et qui cherchent à le trouver en défaut , afin de pouvoir justifier leurs désordres. Pour la même raison, le confesseur qui a sa réputation à cœur ne souffrira jamais que les personnes du sexe viennent chez lui , sous prétexte de direction ; indépendamment de la perte de son temps, il donnerait lieu à des soupçons, et s'exposerait à un danger toujours plus grand qu'on ne croit. Il faut sans doute, comme nous l'avons dit plus haut , conduire dans les voies de la perfection les personnes que le Seigneur y appelle , mais il est essentiel de ne leur parler qu'au confessionnal , et de le faire aussi brièvement que possible.
605. « Il faut que les confessionnaux soient placés en un lieu « de l'église si découvert, qu'ils puissent être vus de toutes parts, « et il serait aussi très-bon qu'avec cela ils fussent en un lieu où ils a pussent avoir quelque défense qui empêchât que , durant que « quelqu'un se confesse^, les autres ne s'en approchent de trop « près : et si cela ne se peut rencontrer, le confesseur doit avoir « soin de remédier à cet abus , faisant écarter ceux qui seront trop « près du confessionnal avant qu'il se mette dedans, et s'il est né- « cessaire, durant même qu'il entendra les confessions (i). » Dans tous les cas , il aura soin de s'observer pendant la confession, pour ne pas parler trop haut , et n'être entendu que du pénitent ; il ne fera aucun mouvement qui indique la surprise ou l'indignation ; il s'exposerait à fermer la bouche à celui qui se confesse, et à violer indirectement le sceau de la confession.
606. « Le confesseur doit, dans l'administration de ce sacre- « ment , ordonner et régler de telle sorte son intention , qu'il n'y a soit porté par aucun respect temporel, mais par la seule gloire de
(I) Avvertinienti de S Charl©».
« Dieu et par le désir du salut des âmes. C'est pourquoi il faut que « toutes les fois qu'on le demandera, ou qu'il se mettra de hii- « même en devoir pour entendre les confessions , il élève son esprit « à Dieu , et adresse actuellement son intention à cette fm , con- « sidérant avec attention qu'il va laver ses pénitents dans le très- « précieux sang de Jésus-Christ, notre Sauveur. Et parce qu'il y « a beaucoup de danger dans l'administration de ce sacrement, « comme de manquer en la décision des cas et des obligations qui « se rencontrent, de donner la grâce de l'absolution à ceux qui en « sont indignes, ou de rester, en quelque façon, souillé soi-même « des impuretés et des ordures qu'on entend dire aux autres , le prê- « tre ne doit aussi jamais aller pour ouïr les confessions qu'il n'ait « auparavant demandé à Dieu par quelque prière , selon la commo- « dite qu'il en aura, les lumières et les grâces de n'y commettre « point d'erreur, et de laver de telle sorte les taches des âmes de « ses pénitents , que la sienne n'en demeure point souillée. Il doit « aussi prier pour la véritable conversion de ceux desquels il va « entendre la confession (l). » Le confesseur entretiendra ces sentiments pendant la confession , élevant de temps en temps son cœur à Dieu , surtout dans les moments où il éprouvera plus d'ennui, de dégoût, de difficulté, de danger. C'est alors qu'il faut se rappeler quelques-unes des prières courtes , mais ferventes , dont l'Écriture sainte est remplie : Deus, in adjutorium meum intende. Cor mundum créa in me, Deus, — Eripe me. Domine, de luto, ut non infigm\ — Adjuva me , et salvus ero, — Domine, salva nos, perimus (2).
607. Le prêtre étant assis au confessionnal dans un grand recueillement, le pénitent se prosterne à ses pieds, à moins qu'il ne puisse le faire pour cause d'infirmité, fait le signe de croix et demande la bénédiction, en disant: Benedic mihi, pater, quia peccavi; ou en langue vulgaire : Bénissez-moi , mon père, parce que f ai péché. Au mot pater, le confesseur se souviendra qu'il est le père de ses pénitents, qu'il doit les aimer tendrement et se dévouer pour leur salut. « Ayez donc pour eux un cœur de « père, dit saint François de Sales; recevez-les avec affection; « écoutez-les avec bonté ; que la grossièreté de leurs manières , que «leur ignorance, que leur faiblesse, qu'aucune autre imperfec- « tion ne vous dégoûte; et ne leur retranchez jamais vos soins
(1) s. Charles, Instructions, etc. — (2) Mgr Dévie, évêque de Belley, <!ans le Rituel qu'il a publié pour son diocèse, tom. i. part. in. tit. 5.
• pendant qu'il y aura quelque espérance d'amendement (1). » Le prêtre, ayant la tête découverte, bénit le pénitent, en faisant le signe de la croix sur lui, en même temps qu'il dit : Deus sit in corde tua et in labiis tuis , ut rite confitearis peccata tua ; in nomine Patris f , et Filii , et Spiritus sancti. Amen. Après quoi, il se couvre de sa barrette. Puis le pénitent dit le Confite or en latin ci en langue vulgaire, jusqu'à ces mots, verbo et opère inclusive ment. Il dit ensuite le temps qu'il y a depuis sa dernière confes<sion ; s'il a fait ou omis la pénitence qui lui a été imposée ; et s'accuse de tous ses péchés en les déclarant le plus exactement possible. Sa confession étant achevée, il y ajoutera : Je m'accuse généralement de tous les péchés que je puis avoir commis, et dont je ne me souviens pas; j'en demande pardon à Dieu; et à vous, mon père, pénitence et absolution, si vous me jugez digne de la recevoir. Cela fait, il achève aussitôt le Confiteor en latin ou en langue vulgaire, comme il l'aura commencé, se frappant trois fois la poitrine à ces mots : Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.
608. La récitation du Confiteor n'est point d'obligation, comme on le voit par le Rituel romain : « Pœnitens confessionem gene- « ralem latina vel vulgari lingua dicat, scilicet, Confiteor, etc. ; " vel saltem utatur his verbis : Confiteor Deo omnipotenti , et « tibij pater. » Néanmoins il faut, autant que possible, faire apprendre le Confiteor en langue vulgaire à tous les fidèles , et conserver l'usage de le faire réciter à ceux qui se confessent. Seulement , comme le dit saint François de Sales , <^ Quand il y a « presse de pénitents qui se confessent souvent, on peut les avertir « qu'ils disent le Confiteor à part eux, avant que de se présenter « au confesseur, afin qu'immédiatement étant arrivés devant lui, « et ayant fait le signe de la croix , ils commencent à s'accuser ; « car ainsi il ne se fait nulle omission , et l'on gagne beaucoup de « temps (2). »
609. Pendant que le pénitent s'accusera de ses péchés, le ccnfesseur l' écoutera avec la plus grande attention , évitant de regarder dans l'église ou autour du confessionnal. Il ne doit point non plus fixer le pénitent, surtout si c'est une personne de différent sexe. Il le laissera parler sans l'interrompre : pour l'ordinaire, il vaut mieux ne pas l'interroger , jusqu'à ce qu'il ait dit tout ce qu'il a préparé, à moins qu'il ne témoigne le désir d'être in-
(1) Avis aux Confesseurs. — (2) ibidem.
4i4 DE LA PÉNITEiNCE.
teiTogé , ou que les accusations qu'il fait ne demandent quelque explication essentielle (l). Si quelquefois le confesseur juge à propos de faire des reproches à son pénitent, il doit les lui faire d'une manière bien paternelle. Mais il ne se permettra jamais de lui en iaire quand il s'accuse d'une faute considérable ; il doit plutôt lui adresser quelques paroles d'encouragement, qui lui ouvriront le cœur, et lui inspireront la confiance d'achever les aveux pénibles qui lui restent à faire (2).
Le pénitent ayant achevé sa confession , le confesseur verra , dans sa sagesse , s'il doit lui faire quelques interrogations , tant pour compléter ou assurer l'intégrité de la confession , que pour juger s'il y a lieu de lui accorder l'absolution. Nous l'avons dit plus haut (3), et nous le répétons d'après saint François de Sales : « Le pouvoir des confesseurs n'est pas un pouvoir arbitraire, ils sont « comptables à Dieu des absolutions qu'ils refusent comme de « celles qu'ils donnent (4). » Ainsi, « Après que le pénitent aura « fait sa confession avec autant d'intégrité qu'il aura pu, le con- « fesseur réfléchira devant Dieu s'il doit lui accorder , différer, ou « peut-être lui refuser l'absolution : si rien n'empêche qu'il ne la « lui accorde sur-le-champ , après lui avoir fait remarquer l'énor- « mité de ses fautes, lui avoir prescrit les règles pour éviter la « rechute, lui avoir enjoint les satisfactions auxquelles il pour- « rait être obligé , et lui avoir imposé une pénitence convena- «« ble et proportionnée , il l'excitera à la contrition et l'absou- « dra (5). »
610. Le confesseur, se découvrant, dit d'abord: Misère atur lui omnipotens Deus , et dimissis j:)eccatis tuis perducat te ad vitam œternam. Amen. Ensuite , tenant la main droite élevée vers le pénitent, il ajoute : Indulgentiam , ahsolutionem et reynissionem peccatorum tuorum tribuat tibi omnipotens et misericors Deus. Amen. Il ne doit point omettre l'imposition de la main , quoiqu'elle ne soit certainement pas essentielle au sacrement. Après avoir dit Indulgentiam, etc., il continue : Dominus noster Jesus Chrisius te absolvat (il se couvre) ; et ego auctoritate ipsius, te absolvo ab omni vinculo excommunicationis , suspensionis et înterdictij in quantum possum, et tu indiges. Deinde ego te absolvo a peccatis tuis, in nomine Pat ris f , et Filii, et Spiritus
(1) Rituel romain, de sacramento Pœnitentiœ. — (2) S. François ds Sales, Avis aux Confesseurs; Mgr Dévie, Rituel de Belley, tom. i , etc. — (3) voye^» ci«d«ssiis„ u" ojl. — (4) Constitutions syuodales , etc.— (5) Ibidem.
sancti. Amen, Si le pénitent est laïque, on omet le mot suspensio nis. Puis le prêtre, se découvrant, récite la prière suivante : Passio Domini nostri Jesu Christi , mérita beatœ Mariœ virginis et omnium sanctonim , quidquid boni feceris et mali snstinueris, sint tibi in remissionem peccatorumy augmentum gratiœ, et prœmium vitœ œternœ. Amen. Après quoi il renvoie le pénitent, en lui disant : Allez en paix , et priez Dieu pour moi.
611. Nous ferons remarquer : 1° qu'on peut omettre , dans les confessions plus fréquentes et plus courtes , in confessionibus frequeniioribus et brevioribus , les trois prières qui commencent par Misereatur tui, Indulgentiam et Passio Domini (1). Il en est de même, dit saint François de Sales, quand il y a une foule de pénitents , et qu'on a lieu de craindre de n'avoir pas assez de temps pour les entendre tous en confession (2). 2" Que , dans un cas de nécessité urgente à raison du danger de mort , on peut se contenter de dire : Ego te absolvo ab omnibus censuris^ et peccatis, in nomine Patris -^y et Filii, et Spiritus sancti. Amen (3). 3° Que si le confesseur ne juge pas à propos d'absoudre le pénitent , il pourra lui donner la bénédiction suivante, après l'avoir averti que ce n'est pas l'absolution sacramentelle qu'il lui donne : Benedictio Dei omnipotentis , Patris -j-, et Filii et Spiritus Sancti^ descendat super te, et maneat semper . Amen. En tous cas, pour que ceux qui sont près du confessionnal ne puissent pas connaître si le confesseur accorde ou refuse l'absolution, il doit faire extérieurement les mêmes cérémonies à l'égard de tous les pénitents.
« Le confesseur, au tribunal de la Pénitence, tient la place de « Jésus-Christ; il parle en son nom , exerce ses pouvoirs, distribue « les mérites de son sang : qu'il en ait toujours l'esprit, la douceur, » la cbarité, surtout quand il refuse ou diffère l'absolution. Mais « qu'il n'oublie pas que les jugements qu'il prononce sur les péni- « tents ne sont pas en dernier ressort; qu'ils seront, un jour, ré- « visés par le souverain Juge, qui examinera alors les motifs qui « l'ont porté à donner ou à refuser l'absolution : heureux, s'il n'a « jamais eu d'autres vues que le plus grand bien des âmes qui lui « étaient confiées (4) ! »
(1) Rituel romain , de sacramento Pœnitentiœ. — (2) Avis aux Confesseurs. — (3) Rituel romain. — (4) Mgr Dévie , Rituel de Belley, tom. i, etc.
416 i>E l'extrême-onction.