‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 3)Chapitre 59 sur 112 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des Devoirs du Confesseur à l'rr/ard de ceux qui sont dans l habitude du pcché.

o42. On entend ici par habitude ce penchant, cette propension , cette facilité qu'on a contractée pour le pcche par la rcpctilion des

(1) Voyez , ci-dessus , le n" i7'', etc. — (2) Lib. vi. n° 463, et Praxis coufcssarii, u"72.

actes du même genre. Cette propension nous porte plus ou moins fortement au péché , suivant que l'habitude est plus ou moins invétérée, plus ou moins intense. Toutes choses égales, l'habitude devient beaucoup plus dangereuse lorsqu'elle provient d'une occasion prochaine. On distingue pour la direction les habiludin aires et les récidijs. On appelle habitudinaire celui qui se confesse pour la première fois de quelque mauvaise habitude. Le récidif est celui qui, ayant été averti par son confesseur d'une mauvaise habitude , est retombé dans les mêmes péchés.

ABTICLE I.

Des Habitudinaires,

543. Peut-on absoudre un simple habitudinaire? Les uns prétendent qu'on ne peut ordinairement l'absoudre la première fois ; les autres , en beaucoup plus grand nombre , pensent qu'on peut l'absoudre , s'il se propose sérieusement de se corriger , lorsqu'il n'y a pas d'ailleurs quelque présomption positive qui empêche de le croire suffisamment disposé. « Consuetudinarius , dit saint Al- « phonse , intelligitur hic qui prima vice suum pravum habitum « confitetur, et iste bene potest absolvi , etiamsi nulla emendatio t<prœcesserit, modo eam serio proponat, ut cum sententia com- « munissima dicit Croix. Ratio , quia talis pœnitens ex una parte « non est praesumendus malus , ita ut velit indispositus ad sacra- « mentum accedere ; ex altéra autem bene prœsumitur dispositus , « dum peccata sua confitetur, cum ipsa spontanea confessio sit si- « gnum contritionis , nisi obstet aliqua positiva prœsumptio in « contrarium ; omnes enim conveniunt quod dolor per confessionem » manifestatur. Nec valet dicere quod eadem prava consuetudo est » signum indispositionis ; nam licet pravus habitus reddat peccato- * rem propensiorem ad peccatum, non tamen dat prsesumptionem K suse infirmée voluntatis. Attende quse docet catechismus romanus : *^ Siy audita confessione ^ judicaverit (sacerdos) neque in enu- K merandis peccatis diligentiam , neque in detestandis dolorem « omnino de fuisse, absolvere potest [\). Nota, omnino defuisse (2).» Aussi, comme le fait remarquer Billuart, le Rituel romain , que nous avons cité plus haut (3) , ne met point les habitudinaires au

(1) Cafech. Concil. Trident. De sacramento Pœnitentiœ, n" 82. —(2) S. Alphonse, lib. VI. n° 459. — (3) Voyez, ci-dessus, le n° 532.

nombre de ceux à qiii on doit refuser ou différer l'absolution : « Rituale romanum Pauli V, agens de iis quibus concedenda , vel « differenda, vel deneganda est absolutio, inter cos quibus dicit « differendam aut denegandam absolutionem , non numerat con- « suetudinarios. Ergo, conclut cet auteur judicieux, censeteis esse <c concedendam. Non dici potest argumentum esse ncgativum ; « quia , ut dixi, non agit solum de iis quibus deneganda est abso- « lutio, sed etiam de iis quibus concedenda [l). « Saint François de Sales suppose également qu'on peut absoudre ceux qui sont dans ï'habitude du péché , s'ils témoignent la douleur d'avoir offensé Dieu , avec le ferme propos de ne plus l'offenser à l'avenir (2) ; ce qui s'accorde parfaitement avec la lettre encyclique de Léon XII pour le jubilé de 1826 3). Et le bienheureux Léonard de Port- Maurice est exprès : il dit qu'on peut absoudre le pécheur d'habitude, « si, n'ayant jamais été averti ni réprimandé par aucun con- « fesseur touchant son état funeste, et si, actuellement éclairé par « des avis efficaces, il promet de cœur de changer, accepte avec joie « toute sorte de pénitence préservatrice ou satisfactoire , et montre « une ferme résolution de se corriger (4). »

544. Il est vrai qu'on se corrige plus ou moins difficilement, suivant qu'on est plus ou moins pervers , ou qu'on a vécu plus ou moins longtemps dans une habitude criminelle , jjerversi difficile corricjuntur. Mais, quoique cette habitude nous rende plus enclins au péché , elle n'est point par elle-même une preuve, ni même une présomption du défaut de la volonté de revenir sincèrement à Dieu. L'habitude, ou la propension qui en est l'effet, survit ordinairement à la conversion , même dans celui qui est vraiment pénitent. Pour changer notre cœur, il ne faut qu'un instant, qu'un mouvement de la grâce ; tandis que, pour déraciner l'habitude, il faut une continuation d'actes difficiles et répétés pendant un temps plus ou moins considérable, suivant l'intensité de cette hnbitude. Aussi les Pères tiennent moins à la durée du temps qu'aux sentiments actuels du pénitent : « Temporis moram non quicro , sed « animae correptionem, dit saint Jean Chrysostome [')). >« Saint Jean Damascène s'exprime dans le même sens : «Quamvis non omni- « genam pœnitentiam prœstiteris, Deus tiimen nv parvinn qnidein « et ad brève tempus factam répudiât ; verum et huic quo(iuc ani-

(l) De sacramenlo PoMiitmliac, disseit. vi. art. 10. § G. — (2) Avcrti>scnn nls aux Confesseurs — (3) Voyez, ci-<lessu8 , le n" 539. — (V Discorso mistico, morale, n» 13. — (5) Homil. xiv. in epist. ii ad Corintli.

« plam mercedem constituit. Non temporis quantitatCy sed animi « affectione pœnitentia ponderatur (l). » On peut donc absoudre un pénitent avant qu'il soit corrigé de ses mauvaises iiabitudes , s'il donne présentement de vrais signes de repentir et de ferme propos : « Quoties pœnitens affert vera signa doloris et propositi , « toties bene poterit absolvi (2). » Ce n'est point l'amendement futur, mais la douleur actuelle avec le propos d'éviter le péché , qui est la disposition nécessaire pour la réconciliation ; on peut même absoudre un pénitent , quoiqu'on juge qu'il retombera : « Dispo- « sitio sufficiens est dolor et propositum praesens , non emendatic « futura , atqu-e ita pœnitens poterit absolvi , licet judicetur re- « lapsurus (3). » Il n'est pas nécessaire que le confesseur se persuade ou juge probablement que le pénitent persévérera ; il suffit qu'il croie prudemment qu'il est présentement dans la disposition d'éviter le péché (4). Quiconque connaît la faiblesse humaine, l'inconstance de l'homme, qui dans un jour, dans une heure quelquefois, éprouve successivement les affections les plus contradictoires, concevra facilement que la prévision que le confesseur peut avoir de la rechute même prochaine du pénitent, n'est pas toujours incompatible avec le jugement probable et prudent qu'il porte sur ses dispositions actuelles, relativement au sacrement. « Lubrica est « natura humana , dit saint Jean Chrysostome , cito decipitur ; sed « cito a fraude se expedit : et sicut confestim cadit , ita confestim a erigitur (5). »

545. Enfin, le ferme propos , la volonté sincère d'éviter le péché , peut très-bien se concilier dans le pénitent avec la crainte de retomber ; cette crainte est même une preuve du désir qu'il a de mener une vie chrétienne. Il n'est pas nécessaire, dit Gerson , que le pénitent croie qu'il ne péchera plus dans la suite ; ce serait une témérité semblable à celle de Pierre : « Plane non oportet contritum « firmiter credere quod de csetero non peccabit ; alioquin temeritas « esset, qualis in Petro (6). » Ainsi, le confesseur n'a pas lieu de concevoir des inquiétudes sur les dispositions du pénitent , parce que celui-ci, qui a le sentiment de sa faiblesse, témoigne qu'il

(1) Sacra Pararella, de Pœnitentia. — (2) S. Alphonse de Liguori, lib. vi. n° 459. — (3) Ibid. n° 459; de Lugo , Suarez, Sanchez , etc. — (4) Suarez , de sacramento Pœnitentiae, disput. xxxii. sect. 1; Renaud, Eeginaldiis , de Priidentia in cœteiis in Confessario requisilis, cap. 21; le P. Segneri , dans son Confesseur iiistruit, ch. 4 ; S. Alphonse, lib. vi. n° 459. — - (5) Adhort. ad Theodorum lapsuin. lib. ii. n" 2. — Voyez aussi la lettre de S. Jérôme à Rustique. — (G) Serm. de Pœnitentia.

craint de retomber, s'il est d'ailleurs disposé à mettre en pratique les mo\ens qu'on lui prescrit (1). 11 n'est pas même nécessaire que le pénitent promette d'éviter le péché; il suffit qu'il soit actuellement dans la disposition de l'éviter. Le confesseur sera donc circonspect , quand il s'agira d'exiger de semblables promesses. « Si <- peccatum , dit le même docteur, est valde inordinatum et contra • omnem honestatem potost presbyter interdum facere ut promitu tat ipse culpabilis non velle recidivare, ad ostendendum et magis « inordinationem et obligationem quae jam ipsum obligat, scilicet " prîfcceptum Dei. Cum tamen peccata sunt communia, vel si cogitât « confessor quod per hujusmodi promissionem persona non citius « abstinebit, non sunt requirendaî hujusmodi promissioncs et jura- « menta. Et quia difficile est scire illas circumstantias, securius est, •< de communi cursu, abstinere ab hujusmodi promissionibus fa- « ciendis et postulandis. » Mais , comme le dit saint Alphonse , le pénitent qui déclarerait à son confesseur qu'il retombera certainement dans tel ou tel péché , ne pourrait être absous : « Talis pœni- « tens, priusquam absolvatur, disponi débet ut speret, non per vi- « res suas, sed per Dei auxilium a peccatis liberatum iri (2). •

546. On ne peut nous objecter la condamnation portée par le pape Innocent XI contre la proposition suivante : '< Pœnitenti ha- « benti consuetudinem peccandi contra legem Dei , natura? , aut « Ecclesiae, etsi emendationis spes nulla appareat, nec est neganda, « nec differenda absolutio , dummodo ore proférât se dolere et « proponere emendationem (3). '> Car on peut seulement conclure de cette condamnation , qu'on ne doit point absoudre le pécheur d'habitude qui n'offre aucun espoir d'amendement, nulla spes emendationis, quoiqu'il dise de bouche avoir la douleur de ses péchés. Si donc il y avait , nous ne disons pas quelque amendement, mais quelque espérance d'amendement, on pourrait absoudre ce pénitent, sans aller contre le décret du saint-siége : « Ibi, a dit saint Alphonse de Liguori, non excluditur absolute consue- « tudinarius utcumque talis, sed qui nullam dat emendationis spem. ■ Igitur consuetudiuarius, qui dat alicjuam emendationis spem, « modo hœc sit solida et fundata, potest absoivi ^4 . >- Le bienheureux Léonard de Port-Maurice explique le même décret comme saint Alphonse (5j.

547. Quoiqu'on puisse absoudre un habitudinaire qui donne pré-

(1) Scrm. contra Luxuriam. — (2) Lib. vi. n'* 451.— (3) Dc-crcl de l'an 1079 — (4) Lib. VI. Il- iJO— (j) Discorso mistico, morale, n" 13.

seiitement de vrais signes de repentir, on peut quelrpiefois lui différer l'absolution. Il est même prudent de le faire, s'il s'est rendu coupable de quelques grandes fautes, ou s'il a passé plusieurs années sans s'approcher du tribunal de la Pénitence, à moins qu'on n'ait lieu de craindre de le jeter dans le découragement, ou qu'il ne puisse que difficilement retourner au même confesseur. Il faut tendre la main à ceux qui sont encore faibles ; le Sauveur du monde n'est point venu pour briser le roseau qui est abattu , ni pour éteindre la mèche qui fume encore : « Arundinem quassatam non « confringet, et iinum fumigans non extinguet (l). » Sur quoi le judicieux Estius,que Benoit XIV qualifie de doctor fundatissimus, fait l'observation suivante : «Christi exemplum bac in re maie « advertunt qui animas peccatis oneratas et mœrentes aliénant a pœ- « nitentia, non condescendentes infirmitati (2).» C'est aussi la pensée de saint Jérôme : « Qui peccatori non porrigit manum , nec portât « onus fratris , quassatum calamum confringit ; qui scintillam fidei « contemnit in parvulis, lignum extinguit fumigans (3). » Aussi , plus la foi s'est affaiblie parmi nous , plus il est nécessaire d'user de condescendance à l'égard des pécheurs qui reviennent à Dieu : Infirmum infide suscipite. C'est pourquoi nous pensons , d'après saint Alphonse, qu'on doit rarement différer l'absolution aux habitudinaires ou aux récidifs qui apportent les dispositions absolument nécessaires pour recevoir le sacrement : « Regulariter « censeo, non esse differendam absolutionem pœnitenti qui relapsus « est ex intrinseca fragilitate, quia in tali pœnitente magis speran- « dum profuturam fore gratiam sacramenti , quam dilationem ab- « solutionis (4). »

Si le pénitent n'est pas suffisamment disposé , s'il y a un juste motif de lui refuser ou de lui différer l'absolution , le confesseur lui exprimera le regret de ne pouvoir l'absoudre présentement; il lui persuadera, dans le langage le plus paternel qu'il lui sera possible, que sa charge et son devoir, ainsi que le salut de ce pénitent , ne lui permettent pas d'agir autrement ; ex l'engagera , par l'onction de la bonté la plus touchante, à revenir au plus tôt, quam primum , afin qu'après avoir accompli fidèlement les pratiques salutaires qui lui auront été prescrites, il puisse recevoir le sacrement de la réconciliation (5). Mais il n'attendra pas , pour l'absoudre,

(1) Matth. c. 12. v. 20.— (2) In Matlh. c. 20. v. 12. — (3) Voyez Cornélius a Lapide sur S. Matthieu, c. 20. v. 12. — (4) Lib. vi. n" 463 j Sancliez, deLugo, Laynnann , Sporcr, Tolet, etc. — (5) Encyclique de Léon Xlf, pour le jubilé de

DB LA PÉNITErÇCE, 3G3

que l'habitude soit détruite : le pénitent peut y avoir renonce et détester sincèrement ses péchés, quoi(iu'il conserve encore, malgré lui , le penchant qui est né de cette habitude.

ARTICLE II

Des Récidifs,

548. On doit différer l'absolution au rccidif, c'est-à-dire, à l'habitudinaire qui , après avoir été averti par son confesseur, est retombé dans les mêmes péchés, jusqu'à ce qu'on remarque en lui des signes extraordinaires de conversion, des marques d'après lesquelles on puisse juger prudemment qu'il a les dispositions requises : « Peccator recidivus rediens cum eodem habitu pravo non « potest absolvi , nisi affcrat extraordinaria signa sua? dispositio- « nis (l). » La facilité avec laquelle il est retombé est une présomption qu'il n'est point pénitent : « Quando jam in ah'a confessione « fuit admonitus , et eodem modo cecidit, nullo adhibito conatu, «et nullo impleto ex mediis a confessario prœscriptis, frequens ille « relapsus siiznum prœbet, vel saltem prudentem dat suspicionem «quod sua pœnitentia non sit vcra : qui enim firme proponit rem « sibi moraliter possibiiem, non ita facile sui proposili obliviscitur, o sed saltem per aliquod tempus persévérât, et difficilius aut raft rius cadit(2). >- On distingue deux sortes de signes de contrition : les signes ordinaires et les signes cxlrnordinnires. Les premiers consistent dans la confession, lorsqu'elle est libre ou spontanée de la part du pénitent, et dans la déclaration que ce pénitent fait à son confesseur (ju'il se repent de ses péchés, qu'il se propose de les éviter dans la suite , acceptant sans diflicuité la pénitence qu'on lui impose, et les moyens qu'on lui prcsciit contre la rechute. Les signes extraordinaires sont des signes particuliers, qu'oi» regarde comme autant de motifs que le confesseur a déjuger pi-udemment des dispositions du pénitent. Un de ces signes suffit pour fonder un jugement probable et prudent, lorscju'il est solide et fondé , et qu'il n'est point affaibli par (lucliiue si^ne contraire et positif (3). Plusieurs signes réunis, quoicjue moins sensibles, peuvent avoir le même effet; c'est au confesseur à en apprécier la valeur dans les cas particuliers.

(l)S. Alphonse do Lipiiori, lib. vi. n° 439. — (2) S. Alplionse, ibidem.— (3) S. Alphonse , Praxis confessarii , ii" 73.

Ô49. Les principaux signes extraordinaires de contrition sont: 1^ si le pénitent manifeste une douleur plus vive par ses larmes, ses soupirs , ou des paroles qui partent du cœur : « Nullas patitur « veniœ moras vera conversio, dit le pape saint Léon; et in dispen- «sandis Dei donis non debemus esse difficiles, nec accusantium se «lacrymas gemitusque negligere, cum ipsam pœnitendi affectic- « nem credamus ex Dei inspiratione conceptam (1). - Sur quoi saint Alphonse ajoute; «Nota, credamus; quapropter ordinarie, nisi « aliud percipiatur oppositum , credendus est pœnitens ex inspira- « tione Dei lacrymas effundere (2). » Les larmes qui sont l'effet d'un sermon ou de l'exhortation du confesseur peuvent être regardées , le plus souvent, comme un signe de componction. Mais il n'en est pas de même de celles qui sont occasionnées par quelque affliction particulière , ou par un motif purement naturel , ou par la sensibilité d'un tempérament efféminé.

2" Si , ayant éprouvé les mêmes tentations , il a néanmoins diminué le nombre de ses chutes , minor peccatorum numerus; ou si, étant dans l'habitude de tomber fréquemment, par exemple, plusieurs fois par semaine , il s'est abstenu du péché pendant un temps considérable , vingt ou trente jours ; ou s'il n'a succombé qu'après une grande résistance. Nous suivons saint Alphonse (3) et le bienheureux Léonard de Port-Maurice. Celui-ci enseigne qu'on peut absoudre un pécheur, « si, ayant profité des avis que d'autres « confesseurs lui ont donnés auparavant, il a mis en usage les re- « mèdes qui lui ont été prescrits , et si , corrigé en partie , il tombe i^plus rarement dans ses péchés d'habitude (4). Je ne prétends pas, « dit-il , que les pénitents puissent tout d'un coup se débarrasser «d'une habitude invétérée; j'exige seulement ^we/ç'wes efforts né- « cessaires de leur part pour la déraciner. Si , pendant ces jours de « délai , ils retombent dans leurs fautes ordinaires , mais un peu 'c moins souvent, ne laissez pas de leur accorder l'absolution, parce « que ces rechutes proviennent plus de la fragilité que de la malice. « Ce peu d'amendement vous assure qu'il y a espéiance d'un amen- « dément plus parfait, adest spes emendationis (5). »

550. 3° Si le pénitent a fait, de lui-même et pour se disposer à recevoir l'absolution , quelques œuvres particulières, des jeûnes, des aumônes, des prières qui n'étaient point d'obligation; ou si,

(1) Epist. Lxxxii. — (2) Lib. VI. n° 460.— (3) Ibidem. — (4) Discorso mistico, morale , n° 13. — (5) Ibidem. n° 19. — Voyez aussi Navarre, le cardinal Tolet, Renaud, Reginaldus; Segneri, Wigand, Laymann , Sporer, Mazzotta, etc.

DE LA PEMTENCE. SOî

après quelques rechutes, il vient spontanément se jeter aux pieds de son confesseur, avec un désir plus vif de changer de vie et de rentrer en grâce avec Dieu, surtout s'il a eu de grands ohstacles à surmonter pour se confesser : s'il lui a ftiUu , par exemple , faire un long voyage , ou s'exposer à la perte d'un profit considérahie , on vaincre le respect hiimain , qui malheureusement retient captifs un grand nombre de pécheurs, principalement les jeunes gens, qui n'osent s'approcher du tribunal de la Pénitence.

4" S'il se confesse pendant une mission, une retraite, parce qu'il a entendu un sermon qui Ta touché d'une manière particulière; ou s'il s'approche du sacré tribunal parce qu'il a été frappé de la justice divine à l'occasion de la mort d'un pécheur, ou de quelque fléau , de la guerre par exemple , de la peste , du choléra , d'une épidémie , dont on est menacé.

ô" Si , depuis sa dernière confession , il a réparé , autant que possible, le tort qu'il a fait au prochain, le scandale qu'il a commis. 6° Si , par la crainte du sacrilège , il s'accuse des péchés que la honte lui a fait cacher dans les confessions précédentes. Les efforts qu'il a faits alors peuvent , généralement parlant, rassurer le confesseur sur ses dispositions (1 ).

551. Après avoir indiqué les signes extraordinaires ou particuliers de la contrition, on comprendra facilement que l'on ne doit point absoudre le récidif dans les cas suivants , savoir: « l" si, quoique averti deux ou trois fois du danger de son état par un confesseur zélé , il retombe toujours, et plus souvent peut-être, dans les mêmes péchés, et ne montre aucune disposition qui fasse espérer son changement. 2° Si on n'aperçoit pas en lui une plus grande horreur du péché que par le passé, et qu'on juge par sa froideur qu'il veut tromper, en disant qu'il déteste le péché. 3° S'il n'a pas tenu compte des remèdes que ses confesseurs lui ont indiqués, et qu'il ne s'inquiète nullement d'avoir néglige de s'en servir. 4" Si, par le passé, il a toujours vécu dans la même négligence, occupé uniquement de contenter ses passions , et s'il n'a pas fait le moindre effort pour se corriger; si , au contraire . en tombant toujours plus souvent dans ses péchés d'habitude , il a prouvé par là qu'il se mettait peu en peine de son salut éternel. .'>" S'il ne vient se confesser que par nécessité, parce ((ue l'époque de Pâques l'y oblige , parce que son mnitie , son père ou sa mère « le lui commandent, ou parce qu'il est dans l'usage de s'approcher

(1) S. Alphonse, lil). \\. n" 4C0; le bieiilioiircux I,«^onard de Port-Mauric(», clc

« du sacrement tous les huit jours , ou par tout autre motif fondé « sur le respect humain , et qu'il ne désire pas ou qu'il ne désire « que faiblement de changer de conduite et de rempHr les devoirs K de bon chrétien. 6^ S'il excuse ses fautes , conteste avec soncon- « fesseur , repousse les pénitences préservatives ou expiatoires qui a lui sont imposées, et témoigne par son indocilité qu'il est incor- « rigible et obstiné dans ses habitudes criminelles. 7" Enfin, si on <• voit en lui une grande inclination au péché , une mauvaise ten- « dance tellement prononcée qu'elle fasse connaître qu'il y est for- « tement attaché , et que , malgré ses protestations d'une vraie dou- »]eur de ses fautes, le confesseur ne peut prudemment y ajouter «foi, et a droit, au contraire ;, de conclure, d'un attachement si « marqué pour le mal , qu'il n'a pas un repentir véritable. » Ainsi s'exprime le bienheureux Léonard de Port-Maurice (l).

552. Pour absoudre un récidif , on ne doit pas attendre qu'il ait déraciné l'habitude ; il suffit qu'en travaillant à se corriger , il ait diminué le nombre de ses rechutes. Mais cette diminution, ce changement doit être sensible , notable , plus ou moins toutefois , selon que les dispositions actuelles que le pénitent montre d'ailleurs sont plus ou moins satisfaisantes. Le sacrement de Pénitence est un des moyens les plus propres à prémunir contre la rechute , surtout quand il s'agit d'une habitude contre le sixième précepte ; il est , pour les pécheurs habitudinaires et récidifs, ce que les remèdes sont à l'égard des malades atteints d'une fièvre lente , dont les accès sont plus ou moins fréquents : ordinairement , ils n'opèrent une parfaite et constante guérison qu'après avoir été réitérés plusieurs fois; la convalescence est longue. « Il ne faut pas confondre « le fruit d'une seule confession avec le fruit de plusieurs. Un bon « remède, qui n'est pris qu'une fois, ne peut avoir le même effet « que lorsqu'il est pris pendant longtemps. Comme on dit qu'un '< remède est efficace lorsque, étant pris aujourd'hui, il arrête la « fièvre, quoiqu'il ne l'empêche pas de revenir quelques jours après, « et que la guérison totale soit réservée à la continuation du re- « mède , qui emporte , avec la fièvre , les mauvaises humeurs qui " l'occasionneraient de nouveau; de même. Dieu n'a pas donné à « chaque confession une force illimitée qui produise tous les effets. « Chaque confession bien faite efface toutes les fautes accusées avec « une véritable douleur ; mais elle n'en ôte pas les suites , qui sont « la faiblesse et le penchant à retomber ; elle diminue, mais elle ne

(0 Discorso mistico, morale, u" 14.

« dompte pas entièrement la force de la mauvaise habitude. Cet « effet , d'après le cours ordinaire de la Providence , est réser> é à « la continuation des confessions, qui délivrent peu à peu le pé- « cheur des suites du péché , et le fortifient tellement, que son àn;e '< jouit ensuite d'une santé solide et constante (l). »

553. >*ous lisons aussi dans saint Alphonse de Liguori : « Dei s « malc habituato magis succurrit, et ideo plusquam a dilatione absolutionis, sperari potest cmendatio a gratia sacramenti, quœ illum ■ fortiorem reddet , reddctque efficaciora média quac ipse adhij)ebit « ad habitum extirpandum. Cur enim, recte dicunt Salmanticences « (De Pœnit. C. V, n° 68), magis sperari débet quod peccatori " gratia carenti prosit dilatio absolutionis, quam prosit amico Dei

• absolutio qua gratiam recepit? EtcardinalisTolctus (hb. V, c. 13\ « loquendo prœcisc de peccato pollutionis, censet ad taie vitium « vitandum non esse remedium efficacius quam sœpe se niunire sa- ^ cramento Pœnitentiœ ; subditque hoc sacramentum maximum « esse frenum hujusmodi peccatum committentibus. Et qui eo non " utinitur, inquit quod non sibi promittant cmendationem nisi per '« miraculum. Et in facto sanctus PhiMppus Xcrius ^ut legitur in " ejus ^ ita) maxime medio frequentis confessionis utebatur pro re- « cidivis in tali vitio. Huic quoque confert id quod ait Ritualc roma- « num , agendo de Pœuitentia : Iti peccata facile recidentibus uti- « lissimurn fucril consiilerc, ut sœpe confileantui\ et, siexpedicit, « communicent. Et dicendo, facile recidentibus , certe intelligit

• loqui de eis qui nondum pravum habitum extirpavere. Aliqui « auctores qui per solam rigoris viam videntur vclle animas sahas " faccre, dicunt recidivospejoresfieri, cum anteemendationem ab- " solvuntur. Scd ipsc scire \ellem ab lus magistris meis, an omnes « recidivi, cum sine absolutione dimittuutur carentes gratia sacra- « menti, omnes évadant fortiores, et omnes emendentur? Quot ego «' miseros novi in exercitio missionum , qui dimissi sine absolu- « tione, vitiis et desperalioni se abjccerunt, et per phuimos annos

• omiscrunt confiteri (2}. »

551. Quelques auteurs objectent que la vraie pénitence ne consiste pas seulement à pleurer les péchés qu'on a commis, mais à ne plus commettre dans la suite les péchés qu'on doit pleurer. «• Pœnitcntiam agere, dit S. Grégoire le Grand, ç^i et i»erpetrata

(0 Le Prêtre sanctifid par l'adniinist.-ition du sacrement de Pcuitence, u" 94. — (^) Praxis confcssarii , n" 77. — Vojtv. los maximes de S. Pliilii'pe de Mtî, dans le Manuel dos Confesseurs , do M. l'abbé Gaume.

« mala plangere, et plangenda non perpetrare (l).» Ce n'esf point faire pénitence , mais se moquer de Dieu , que de faire encore ce dont on se repent : « Irrisor est , non pœnitens , qui adhuc agit « quod pœnitet. » Ce sont les paroles de saint Isidore de Séville (2). Mais Youdrait-on nous faire entendre qu'il n'y a de vraie pénitence que celle du pécheur qui , après s'être réconcilié avec Dieu , ne retombe plus dans le péché? Ce serait une doctrine désespérante, une erreur contraire à l'Écriture sainte, à la tradition, à l'enseignement de l'Église. Suivant le concile de Trente, le pécheur peut être absous par la sentence du prêtre , non une fois , mais tontes les fois qu'ayant commis le péché , il aura recours au sacrement avec des sentiments de pénitence (3). Il faut donc entendre les expressions de saint Grégoire et de saint Isidore dans un autre sens, dans le sens que leur donne saint Thomas. Suivant le Docteur angélique, être pénitent, c'est pleurer les péchés qu'on a commis, et ne pas commettre , ni par acte ni par affection , en même temps qu'on se repent, les péchés qu'on doit pleurer. Celui-là n'est point pénitent qui, tandis qu'il se repent, fait cela même dont il se repent , ou qui se propose de faire ce qu'il a fait précédemment , ou pèche actuellement en quelque genre que ce soit. Puis il ajoute que la rechute qui suit la pénitence n'empêche pas que cette pénitence n'ait été réelle et sincère. « Pœnitere est ante acta pec- « cata deflere, et flenda, non committere; scilicet, sim.ul dmn « flet , vel actu vel proposito. Ille enim est irrisor, non pœnitens, «qui, simul dmn pœnitet ^ agit quod pœnitet, vel proponit « iterum se facturum quod gessit, vel etiam actualiter peccat, « eodem vel alio génère peccati. Quod autem aliquis postea peccat, « vel actu vel proposito , non excludit quin prima pœnitentia vera " fuerit : nunquam enim veritas prioris actus excluditur per actum « contrarium subsequentem. Sicut enim vere cucurrit, qui postea « sedet; ita vere pœnituit, i{w\ postea peccat (4). « Saint Raymond de Pennafort (5) et le Maître des sentences (6) nous donnent la même explication du passage de saint Grégoire. Concluons donc , avec un ancien docteur de Sorbonne, « que les passages des Pères et « des docteurs qui semblent dire que la contrition n'est point " réelle, ni la pénitence entière , quand on retombe dans le péché « mortel, peuvent se prendre en deux façons, savoir : ou que la

(1) In Evang. lib. ii. homil. 34. — (2)Lib. ii.Desummo bono, c. 16. —

{3) Sess. XIV. cap. 2 Voyez aussi le Catéchisme du Concile de Trente , de sa-

cramento Pœniteniiœ, n°16. — (4) Sum. part. 3. quacst. 84. art 10.— (5) Sum. lib. III. tit. 34. § 1. — (6) Lib. iv. dist. 14.

« pénitence est fausse lorsque, en même temps que l'on se repent, « on n'a pas le propos de s'abstenir du péché par api-ès , ou que , « si on retombe dans ses premières fautes , la pénitence qu'on a « faite perd sa force et son énergie, de manière qu'elle ne peut « plus rien pour notre salut , tandis que nous demeurons dans nos « péchés. C'est ainsi que les Pères doivent être entendus et in- « terprétés. Il suffit donc d'avoir un ferme propos d'amender sa « vie, voire que par après on ne viendrait à bout d'effectuer un « si bon propos (1). «

.JÔ.5. Quant aux moyens d'apprécier l'amendement des récidifs , il faut avoir égard à la situation morale du pénitent , aux circonstances où il se trouve , à la manière dont se commet le péché, à la force et à la fréquence des tentations, et au nombre des rechutes. C'est par là qu'on peut juger si les rechutes sont un effet de la malice ou de la fragilité humaine. Celui qui , par exemple, pèche par suite d'une habitude plus ancienne, et par conséquent plus difficile à déraciner ; celui qui est d'un naturel plus fortement porté îiu mal; celui qui, pour commettre le péché, a éprouvé im plus gran(J nombre d'assauts dans le même espace de temps, mérite, à nombre égal de rechutes , plus d'indulgence, parce qu'on remarque chez lui plus de fragilité et moins de malice, que celui qui s'est trouvé dans des circonstances différentes et plus favorables au bien. Lorsqu'il s'agit d'actes qui se font facilement et promptement, comme le consentement intérieur à des pensées de haine ou d'impureté, il y a pour l'ordinaire moins de malice que dans les actes extérieurs. De même , parmi les actes extérieurs , il y a moins de malice dans les péchés de parole que dans ceux qui réclament l'usage des mains; moins de malice à pécher seul qu'avec un autre, à être séduit qu'a séduire. Il résulte de là que vous pourrez absoudre un pénitent qui, habitué à dire de mauvaises paroles six fois ou même plus de six fois par jour, n'eu a proféré qu'une fois à peu près chaque jour pendant une semaine entière ; et qu'il sera mieux de différer l'absolution à celui qui, habitué à pécher par action presque tous les jours, est retombé deux ou trois fois dans huit jours; car le premier montre plus d'efforts pour se corriger que le second. Cependant, si celui-ci se trouve dans des circonstances où le délai l'exposerait à un plus grand dommage

(I) Paul Boutlot, mort évoque cVArras en in33, Trailé du sacrement de Pt*ni(cnce^ elc. — Voyez aussi la Justification île S. Alphonse de Lignori, ch. 9. M. II. 21

spirituel , par exemple , si on a lieu de craindre qu'il ne tombe dans le découragement ; s'il ne peut revenir au même confesseur ; s'il est à la veille de recevoir le sacrement de Mariage sans pouvoir différer , on peut user d'indulgence à son égard, et l'absoudre après avoir fait tout ce que la charité peut suggérer pour l'exciter à la plus vive douleur de ses péchés (1).

556. On doit aussi avoir égard à l'âge du pénitent. Toutes choses égales, on sera plus indulgent envers les jeunes gens, soit parce qu'ils sont naturellement plus inconstants , plus mobiles , passant du bien au mal et du mal au bien avec la même facilité ; soit parce que souvent il est à craindre , surtout dans les diocèses où la foi s'est affaiblie , que le délai de l'absolution ne décourage les jeunes gens, à raison des efforts qu'ils ont à faire pour vaincre le respect humain qui tend à les éloigner des sacrements. Toutefois, en donnant ici plus d'étendue à l'indulgence , le confesseur n'absoudra le pénitent qu'autant qu'après l'avoir excité à la contrition il jugera prudemment qu'il déteste ses péchés , et qu'il est réellement dans l'intention de changer de vie.

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