‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 4)Chapitre 55 sur 112 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du sujet du sacrement de i Extrême-Onction.

625. Conformément à la pratique générale et constante de l'Église, fondée sur le texte même de saint Jacques, infirmatur quis in vobis, on ne peut conférer l'Exlrême-Onclion qu'aux fidèles qui sont dangereusement malades. Le pape Eugène IV et le concile de Trente l'enseignent expressément. Aussi, nous lisons dans le Rituel romain : « Débet hoc » sacramenlum infirmis prœberi, qui, cum ad usum ralionis pervenerint, » lam graviter laberant ut morlis periculum imminere videatur, et iis qui » prœ senio deficiunt, et in diem videntur moriluri etiain sine alia infirmiy> taie (2). » Pour recevoir ce sacrement, il faut être en danger de mort, danger probable et prochain, ou à raison d'une maladie proprement dite, ou à raison d'une grande caducité : la vieillesse, surtout quand elle est Irès-avancée, est une véritable maladie, senectus ipsa morbus est. Ainsi, on ne donne l'Extrême-Onction, ni aux condamnés à mort, ni à ceux qui entreprennent un voyage dangereux, ni à ceux qui se préparent au combat, ni enfin à ceux qui courent un risque quelconque, autre que celui qui vient d'une maladie. Mais on regarde comme malade celui qui a été empoisonné ou qui a reçu une blessure dangereuse. Quant aux femmes enceintes, on ne doit point leur administrer le sacrement des Infirmes lorsqu'elles sont près du terme de leur délivrance, de quelque frayeur qu'elles soient frappées, ni même au moment de leurs couches, à moins que l'excès de leurs soulfrances ou quelque accident ne les mette en danger de mort : « Hoc » sacramentum, dit Eugène IV, nisi infirmo de cujus morte timetur, dari » non débet (5); » mais c'est une faute très-grave, comme l'enseigne le Cathéchisme du concile de Trente, « d'attendre, pour donner l'Extrème- » Onction au malade, que tout espoir de guérison soit perdu, et que la vie » commence à l'abandonner avec l'usage de raison et des sens. Car il est » certain que la grâce communiquée par ce sacrement est beaucoup plus » abondante lorsque le malade conserve encore, en le recevant, sa raison » pleine et entière, et qu'il peut encore exciter en lui les sentiments de la

(1) De Extrema Uuclione. Voyez aussi les conciles de P.ordeaux, de l'an 1585; De Narbonne, de l'an 1609, etc. — ^2) De sacramento Extiemœ Unctionis. — (5) Decrel. ad Armenos.

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» foi et de la piété. Il faut donc que les pasteurs aient soin de donner » toujours ce remède divin et essentiellement salutaire par sa vertu » propre, dans le moment où Us jugeront que la piété et la foi des malades » pourront le rendre plus utile et plus efficace [i). »

62i. On ne donne point l'Extrême-Onction aux enfants qui n'ont pas encore atteint l'usage de raison; mais on ne doit pas attendre, pour la leur donner, qu'ils aient fait leur première communion; il suffit qu'ils aient été capables de commettre quelque péché (2). On ne l'administre point non plus à ceux qui, quoique avancés en âge, n'ont jamais eu l'usage des facultés intellectuelles. Il en est autrement pour ceux qui n'ont pas toujours été privés de l'usage de raison : on peut leur donner l'onction des Infirmes, si, avant de tomber en démence, ils ont donné quelques signes de religion. On la donne aussi aux malades qui ont perdu toute connaissance, lorsqu'ils ont demandé, ou qu'on peut présumer qu'ils ont demandé à recevoir les derniers sacrements. Mais on la refuse aux fous et aux furieux, quand on a lieu de craindre qu'ils ne commettent quelque irrévérence contre le sacrement; aux pécheurs publics qui meurent dans l'impénitence finale, et à tous ceux à qui on ne croit pas pouvoir accorder l'absolution. Il faut également la refuser à ceux qui meurent dans l'acte du péché mortel (3), lors même qu'on croirait pouvoir les absoudre (i). Cette différence, que nous mettons entre le sacrement de Pénitence et celui de l'Extrême-Onction, vient de ce que ce second sacrement est moins nécessaire au salut que le premier.

On donne l'Extrême-Onction à la même personne, dans différentes maladies, aussi souvent que ces maladies le demandent; mais on n'en réitère l'administration, dans la même maladie, que lorsque le malade, après une certaine convalescence, est retombé de nouveau dans le danger. Il ne faut pas se montrer difficile sur ce point : dans le doute, on doit se prononcer en faveur do malade, et lui réitérer le sacrement (5).

625. L'Extrême-Onction n'est point nécessaire au salut de nécessité de moyen. Est-elle nécessaire de nécessité de précepte? Plusieurs théologiens, entre autres, le rédacteur des Conférences d'Angers (6), pensent qu'elle n'est point nécessaire ; qu'il n'y a aucun précepte général, ni divin, ni ecclésiastique, qui oblige tous les fidèles à recevoir ce sacrement dans le danger de mort. Saint Alphonse regarde ce sentiment comme assez probable (7). M lis il nous paraît plus probable que tous ceux qui sont dangereusement malades sont obligés de recevoir l'Extrême-Onction : car, comme l'a décidé le concile de Trente, tous les sacrements sont nécessaires au salut (8). Quoi qu'il en soit, les docteurs s'accordent à dire qu'on peut être indirectement obligé de recevoir l'Extrême-Onction, à cause des tentations violentes auxquelles les malades sont exposés à l'article de la mort, Il en serait de même si ou avait sujet de craindre du scandale, en se privant de ce sacrement. Il y aurait péché mortel à le refuser par mépris. • Nequevero lanti saeramenti conlemplus absque ingenti scelere et ipsius » Spirilus sancti injuria esse possel (9). »

626. Suivant le Catéchisme du concile de Trente, on doit, autant que possible, administrer les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie avant le sacrement de l'Extrême-Onction : « Quoniam vero omni studio curare

l 1> Extrême l'nctionis sncramento, § 18. -- (2) Voyez S. Alphonse de Lifruori, lib. vi. n» 7*0; les Conférences d'Angers. - 3 Rituel romain. — (*j Voyez, ci-dessus, le n° :>76 — 5, S. Alphonse, lib. Tr. n" 713; les Conférences d'Angers, les Instructions sur le Rituel de Langres, etc. — (6 Conférences H» rr.xtrrme-Onction. quest. S. - (7; Lib. vi n« 723 —(8) Sess. vu. can. t. — (9) Concil. Trident sess. u», cap. 3. l)e Eitrema diction*.

298 de l'extrême-onction.

» oporlet, ne quid saeramcnti graliam impediat; ei vero nihil niagis ad- » versalur quam alicujus peccati mortiferi conscienlia; servanda est ca- » tholica: Ecclesue perpétua consuetudo, ut, antc Extremam Unctionem, » Pœnitentiae et Eucharislise sa crânien tu m administretur (1). » Ce qui est conforme au Rituel romain : « Illud imprimis ex generali Ecclesia; con- » suetudine observandum est, ut, si tempus et in fin ni conditio permittat, » ante Extremam Unctionem, Pœnitenlia; et Eucharistiae sacramenta in- » linnis praîbeanlur (2). » Dans les diocèses où cette pratique s'est conservée, les curés ne doivent point s'en écarier. Mais si l'usage contraire a prévalu, on peut, sans difficulté, administrer l'Extrème-Onction avant le saint viatique.

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