‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseursChapitre 14 sur 105 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Notion de la Conscience et des dijjérentes espèces de Consciences

55. La loi divine est la règle suprême de nos actions; nos pensées, nos désirs, nos discours, nos actes, tout dans l'homme est soumis au domaine de la loi de Dieu. Mais outre cette règle, qu'on appelle la règle extérieure et éloignée des actes humains , il en est une autre qui en est la règle intérieure et prochaine : c'est la conscience. Les lois ne sont pour nous des règles de conduite que par la conscience, c'est-à-dire par la connaissance que nous en avons. Un acte humain est jugé bon ou mauvais, non suivant son objet matériel , mais suivant l'idée que nous avons de sa bonté ou de sa

(1) s. Alphonse, Theol moral, de Act. hum. n" 44. — (2) Ce sont les paroles de Pierre Lombard , appelé le Maître des sentences t lib. ii. dist. 38,-- (3) Siim. part. 2. '}. quasi. 182. arl. 2.

24 Dii LA^ CONSCIENCE.

malice: « Actus hiimaniis, dit saint Thomas, judicatur Yirtuosus « vel vitiosus secuiidum bonum apprehensum , in quod per se vo- « luntas fertur, et non secundum materialc objectum actus (l). ->

56. On définit la conscience: un jugement pratique, qui prononce sur la bonté ou la malice , sur la licite ou l'illicite de l'acte , que l'on doit faire ou éviter dans la circonstance particulière où l'on se trouve. « Gonscientia est judicium seu dictamen practicum « rationis, quo judicamus quid hic et nunc agendum ut bonum , 0 aut vitandum ut malum (â). » On voit par cette définition que la conscience est un jugement , un acte intérieur par lequel on fait l'application de la connaissance qu'on a d'une loi , à un acte particulier qu'il s'agit de faire ou d'éviter présentement , suivant que nous le jugeons bon ou mauvais. « Gonscientia nihil aliud est quam « applicatio scientiae ad aliquem specialem actum (3). »

57. D'après cette notion , on comprend qu'il n'est jamais permis d'aller contre le dictamen de sa conscience. Tout ce qui n'est pas selon la foi , dit saint Paul , est péché. « Omne quod non est de fide «peccatum est (4). » On voit, par la lecture du chapitre d'où ce texte est tiré, que le mot fides est pris pour le témoignage de la conscience. Par conséquent, tout acte qui est contraire au jugement intérieur que nous en portons est mauvais, peccatum est. Aussi , comme le dit le quatrième concile de Latran : « Quidquid fit « contra conscientiam sedificat ad gehennam (5). » En effet, qu'importe que la conscience soit dans l'erreur, et que la chose ne soit pas telle qu'on le pense? on n'est pas moins disposé à désobéir à Dieu, si l'on fait ce que l'on croit être contraire à ses ordonnances. « Omnis voluntas discordans a ratione vel conscientia, sive recta, K sive errante , semper est mala (6). »

58. Mais quel péché commet-on, lorsque, indépendamm.ent de la conscience, la chose au fond n'est pas mauvaise? Gelui précisément qu'on croit commettre en agissant contre le témoignage de sa conscience. Si on croit commettre un péché mortel , on pèche mortellement; et si l'on croit ne faire qu'une faute vénielle, on ne pèche que véniellement. Si l'on croit faire une chose mauvaise, sans penser s'il y a faute grave ou faute légère, ce péché ne devrait être regardé que comme véniel ; car dans le cas dont il s'agit rien n'annonce de l'affection pour le péché mortel , du moins dans ceux qui

(1) Quodlibet. m. art. 7. — - (2) S. Alphonse de Liguori , Theol. moral, de Conscientia, n° 2. — Voyez aussi Collet , Bai 11 y, etc. — (3) S. Thomas , de Veritaie, qusest. 17. art. 3. — (4) Rom. c. 14. v. 24. — (5) Cap. 13. de Reslit. spol. — (G) S. Thomas, Sum. part. 1. 2. quœst. 19. art. 5.

sont dans la disposition habituelle d'éviter tout ce qui pourrait offenser Dieu mortellement (l).

59. Mais de ce qu'il n'est jamais permis de résister à la voix de sa conscience, il ne s'ensuit pas qu'on doive ni même qu'on puisse toujours suivre ses inspirations. Nous ne devons regarder la conscience comme règle de conduite que quand nous pouvons juger prudemment qu'elle est droite, ou, ce qui revient au même , que quand elle est prudemment formée. Pour agir licitement , dit saint Alphonse de Liguori , il faut avoir une certitude morale de la bonté ou de l'honnêteté de l'acte ([ue l'on fait : « Ad licite operandum re- « quiritur moralis certitudo de honestate actionis (2). »

Aussi, les théologiens distinguent plusieurs espèces de consciences : la conscience droite et la conscience erronée ; la conscience scrupuleuse et la conscience relâchée; la conscience certaine et la conscience douteuse ; la conscience probable et la conscience im ■ probable.

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