‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseursChapitre 38 sur 105 · art · texte numérisé non relu

art

DES VERTLS. 109

vertu est nécessaire à tous les hommes ; car personne ne sera couronné , s'il n'a légitimement combattu contre les ennemis du salut : « Non coronatur nisi légitime certaverit(l). » Il n'y a que ceux qui se font violence qui enlèvent le royaume de Dieu : « Regnum cœ- « lorum vim patitur, et violenti rapiunt illud (2). » La force est nécessaire aux ministres de la religion , pour s'élever contre l'erreur, le vice et la corruption ; nécessaire aux magistrats , pour arrêter les désordres publics et particuliers : «Noli quaerere fieri judex, « nisi valeas virtute îrrumpere iniquitates (3) ; « nécessaire aux militaires, soit pour attaquer l'ennemi, soit pour se défendre, soit pour soutenir les fatigues de la guerre. Mais la vraie force , la force du chrétien, est dans le Seigneur, dans sa puissance, dans sa grâce : « Gonfortamini in Domino et in potentia virtutis ejus(4). »

289. Les vertus qui tiennent à la force sont la patience , la persévérance, la magnanimité et la magnificence. La patience est une vertu qui nous soutient dans l'adversité , en nous faisant supporter les épreuves de cette vie sans murmure , et avec soumission aux ordres de la Providence. Cette vertu est d'une pratique journalière ; car il n'est pas de jour où l'on n'ait à souffrir quelque chose dans cette vallée de larmes et d'afflictions , dans cette vie qui est remplie de misères , de peines et de contradictions. Mais elle trouve de puissants motifs dans la religion, dans les exemples et les leçons du Fils de Dieu fait homme, qui est né pauvre, qui a vécu pauvre , et qui est mort plus pauvre encore sur la croix , après avoir été couvert d'opprobres et d'ignominies.

La persévérance est cette vertu qui nous fait faire le bien avec constance , jusqu'à la fin , en surmontant les obstacles , les difficultés qu'on rencontre dans la voie du salut. Elle est nécessaire , et nous devons la demander constamment à Dieu : «Qui perseveraverit « usque in finem , hic salvus erit(5). »

La magnanimité est la force elle-même considérée dans un degré de sublimité , et accompagnée de cette élévation d'âme qui donne du goût pour les grandes choses et les fait glorieusement exécuter. La magnificence est une vertu qui nous porte à faire de grandes dépenses, surtout pour les entreprises qui intéressent la religion , sans s'écarter toutefois des bornes de la sagesse.

290 . Les vices opposés à la force , considérée comme vertu , sont : 1° la témérité et la lâcheté; la témérité par excès, et la lâcheté par

(1) II. Au Timoth. c. 2. V. 5. — (2) Math. c. 11. v. 12 — (3) Eccli. c. 7. v. 6. — (4) Eph. c. 6. V. 11. — (5) Math. c. 10. v. 22.

défaut. La première expose au danger sans nécessité ; la seconde craint sans fondement , et empêche d'accomplir un devoir. 2® L'impatience et l'indifférence ou insensibilité , qui sont contraires à la patience, la première par défaut, comme son nom l'indique; la seconde par excès. Il est des cas où l'on est obligé de repousser la calomnie : « Curam habe de bono nomine (l). » Je ne veux pas , dit saint Jérôme , qu'on soit patient , quand on est injustement soupçonné d'hérésie ; « Nolo in suspicione hœreseos quemquam esse « patientem (2). » 3° L'opiniâtreté par excès , relativement à la persévérance; et l'inconstance, mollilies animi^ par défaut. 4° La présomption, l'ambition, la vaine gloire, qui sont opposées à la magnanimité par excès ; et la pusillanimité , qui lui est également opposée , mais par défaut. 5** La profusion ou prodigalité , qui est un excès de magnificence ; et la lésine ou économie sordide , qui nous empêche de faire une dépense nécessaire ou vraiment utile (3).

Page 1