CHAPITRE PREMIER
Le la Notion des Actes humams,
1 . Toutes les actions de l'homme ne sont pas des actes humains : on ne donne ce nom qu'à celles qui sont lihres , qu'à celles dont l'homme est maître, ou qui procèdent de sa volonté, en tant qu'elle agit avec connaissance et liberté : « Illse solae actiones vocantur « proprie humanœ, dit saint Thomas, quarum homo est dominus. f Est autem homo dominus suorum actuum per rationem et volun- <( tatem ; unde et liberum arbitrium esse dicitur facultas voluntatis « et rationis. Illse ergo actiones proprie humanœ dicuntur, quœ ex w voluntate deliberata procedunt (l). »
Ainsi, on ne regarde point comme actes humains, ni les mouvements d'un homme qui est dans le sommeil , dans le délire ou dans un état de démence ; ni les sentiments qui sont inhérents à notre nature , comme l'amour de soi , le désir de vivre , l'horreur de la mort. Ces sentiments, quoique spontanés, ne sont point libres ; il n'est point en notre pouvoir de ne pas les éprouver.
2. Il y a plusieurs espèces d'actes humains : d'abord, comme la oi divine étend son domaine sur les mouvements les phis secret\ (le notre âme, on distingue, en morale, deux sortes d'actes : les acu\ intérieurs et les actes extérieurs. Les premiers conservent leur dé nomination, tandis qu'ils demeurent concentrés au dedans de nous; tels sont nos pensées, nos désirs, nos affections, nos jugements , avant que d'étt,^ manifestés par la parole , ou par quelque autre
(1) Sum. part. 1. 2. qugest. I. art. 1.
signe. Les actes extérieurs sont ceux qui se produisent au dehors, comme nos discours, nos démarches, et, en général, toutes celles de nos actions où le corps est pour quelque chose. Cette distinction est importante pour le canoniste ; car les actes qui ne sont qu'intérieurs , quelque criminels qu'ils soient , ne sont point sujets aux peines ecclésiastiques : «De internis non judicat Ecclesia. »
3. On distingue encore les actions bonnes et les actions mauvaises, suivant qu'elles sont conformes ou contraires à la loi de Dieu, qui doit être la règle invariahle de nos actes. Enfin, celles de nos actions qui sont bonnes peuvent être considérées sous deux rapports : ou sous le rapport qu'elles ont à la morale en général , abstraction faite de la fin surnaturelle de l'homme ; ou sous le rapport qu'elles ont à cetteTm , à la vision intuitive à laquelle nous sommes destinés. Sous le premier point de vue , nos actions sont purement morales , et ne peuvent former que des vertus naturelles, stériles, insuffisantes pour le salut. Si on les envisage sous le second rapport, elles changent de caractère, et deviennent surnaturelles,
4. On voit, par la notion que nous avons donnée des actes humains , quel en est le principe : c'est la volonté de l'homme en tant qu'il agit avec connaissance et avec choix. Il ne peut y avoir d'acte humain qui ne soit volontaire ; et cet acte volontaire doit être l'effet de la détermination libre de notre volonté. « Immediata causa « humani actus est ratio et voluntas secundum quam homo est liber « arbitrio. » Ainsi s'exprine le Docteur angéUque (l).