‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 127 sur 172 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

23. Enfin, pour finir mon instruction par où je l'ai commencée, n'oubliez jamais ce mot de saint Paul : « Je réduis mon corps en servitude^ afin qu'après avoir prêché aux autres je ne sois point moi-même réprouvé. »

Si ce grand homme, au milieu de ses travaux apostoliques, de ses voyages, de ses soulTrances, de ses persécutions, trouvait nécessaire d'exercer sur lui-même une vigilance particulière, surtout de tenir son corps sous une discipline sévère, et cela, afin de n'être point lui-même réprouvé, nous pouvons conclure de là combien grande est la vigilance qu'un jeune ecclésiastique doit exercer sur lui-même, particulièrement de nos jours.

C'est notre corps, notre plus proche voisin, qui nous offre le plus de dangers, parce que nous ne pouvons point nous en dépouiller, que nous sommes obligés de l'entretenir, que tout superflu dans l'entretien peut devenir une excitation, et enfin parce que ces excitations, qui agissent avec tant de promptitude, de force et de persévérance, sont difficiles à vaincre.

Outre le superflu dans le boire et le manger, il n'y a rien qui rende le corps aussi dangereux pour nous que l'oisiveté ; car la fainéantise ajoute aux attraits de la volupté, et l'esprit inactif se laisse facilement entraîner à quelque folie.

Le corps est notre plus dangereux voisin ; car une fois que nous nous sommes habitués à céder à ses exigences, il est en quelque sorte impossible de dépouiller cette seconde nature.

Le corps est notre pins dangereux \oisin;, parce que la plus légère licence que nous lui permettons, le rend, sans que nous nous en apercevions, plus tyrannique encore.

Un ecclésiastique intempérant n'a plus besoin de tentations hors de lui ; il les a toutes en lui-même. Il tombera prochainement, quand môme il ne serait pas encore tombé.

Cherchons donc dans le vrai et dans le bien un royaume qui nous éclaire et nous rende heureux, afin de pouvoir échapper à ce qui est faux et nuisible, à ce qui nous aveugle et nous rend misérables.

Dieu est la vérité, Dieu est le bien, et Dieu est apparu en Jésus-Christ. Que son royaume vienne, qu'il gouverne en vous, et en moi, et en tous !

Ainsi s'exprima le vieux pasteur Anselme, sans toutefois s'en tenir là, car il en dit bien davantage, et confirma toutes ses paroles par l'éloquence de l'exemple.

Cet exemple fut pour le jeune homme un commentaire de tout ce que le défaut d'expérience avait laissé d'obscur dans son intelhgence.

Cet heureux jeune homme se figurait, en voyant et en entendant son bienlaiteur, voir et entendre prêcher saint Paul.

Cette impression profonde , que le vr^i et le bien sont seuls capables de produire, fut pour le jeune homme le plus grand des bienfaits que lui eût jamais accordé l'amour du vieillard.

Ces impressions profondes, non moins que les exemples éclatants de la sagesse et^de la sainteté chrétiennes qui les produisent, sont le plus impérieux besoin du monde chrétien.

Ce vieux investigateur de la science divine ne demandait plus qu'un point d'appui hors du monde pour soulever le monde ; et nous dirons à notre tour : « Donnez-nous des modèles vivants de sagesse et de sainteté, et nous transformerons la face de la terre ! »

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