CHAPITRE PREMIER
nèslcs, avcriisscmcutâ et couscils pour l'cuseignenieiit privé du pasteur des âmes.
1 . Le fond et l'esprit du Christianisme sont la seule, la vraie et l'universelle médecine qui convienne à la maladie du genre humain. Appliqués selon les besoins, ils guérissent les individus. L'enseignement privé a donc pour objet d'initier à la connaissance des doctrines universelles du Christianisme, des individus étrangers ou des membres de la communauté ; de montrer comment on peut les appliquer sûrement à leurs besoins et à leur situation, et comment, à l'aide de cette application, on peut ra-
mener les égarés, produire une solide conviction dans ceux qui doutent, ramener à Dieu le pécheur qui s'en était éloigné, tranquilliser ceux qui sont inquiets, fortifier les faibles, consoler les affligés, sauver ceux qui étaient perdus.
L'enseignement particulier consiste donc à conseiller, à avertir, exhorter, instruire et former des personnes particulières, en prenant en considération les relations, les circonstances, les liaisons, les besoins, les capacités, les conjonctures particulières.
2. L'enseignement privé se donne dans trois cas spéciaux : 1 0 quand il s'offre des circonstances bien caractérisées et qui rentrent dans les travaux ordinaires du ministère des âmes, par exemple, les fiançailles, la visite des malades, le confessionnal, etc. ; 2° quand certaines nécessités particulières fournissent aux fidèles Toccasion de demander des conseils, des instructions, des décisions; 3** quand le pasteur, sans en être prié, cherche lui-même l'occasion de pouvoir, dans certaines circonstances, instruire quelques personnes qui en ont besoin.
3. Les règles générales qu'il faut observer dans l'enseignement privé sont les suivantes :
I. N'imposez jamais violemment à personne, ni vous ni vos doctrines.
Vouloir s'imposer de force, c'est s'exposer à faire soupçonner la pureté de ses intentions et même de sa doctrine ; souvent aussi, en voulant rendre sages les personnes qui s'y refusent absolument, vous perdez un temps précieux que vous devriez consacrer à Tinstructionde celles qui ont meilleure volonté, et dont l'esprit et le cœur recevraient avidement tous les rayons delà vérité. Enfin, il n'est pas aussi facile qu'on le croit de redresser une tête qui veut absolument rester inclinée, surtout il est impossible de la redresser de force; car elle ne tarderait pas à reprendre sa première posture.
La justesse de cette observation ressort avec évidence de l'instruction que Jésus donna à ses disciples, ainsi que de la conduite de l'un des plus remarquables d'entre eux :
« Lorsque quelqu'un ne voudra point écouter vos paroles.
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sortez de cette maison ou de cette ville^ et secouez la poussière de vos pieds » (Matth., x, 14).
« Paul et Barnabe dirent hardiment : Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous nous en allons présentement vers les gentils » [Act., xm, 46).
II. Néanmoins j il ne faut pas ni que laiMvesse ou l'indifférence vous fassent négliger aucune occasion de dire une parole en temps et lieu convenables, ni que la crainte de faire dire que vous vous imposez, ou la peur des mauvais traitements arrêtent les nobles efforts que vous devez faire pour préparer ou affermir dans les hommes, aumoyende renseignement privé , le royaume de Dieu»
Il ne faut pas non plus se préoccuper sans cesse de savoir si les avertissements trouveront les esprits bien disposés. Le médecin ne se demande pas si le malade est d'humeur à recevoir sa médecine. La tâche du médecin est de se diriger d'après les besoins du malade, et non pas de laisser faire tous ses caprices à ce dernier.
Il est une importunité dont TApôtre ne rougit nullement, et dont il fait même un devoir à son lils dans la foi, sans s'inquiéter si les publicistes de l'époque le proclameront «intolérant. »
Il est une importunité qui sied bien à la tendresse maternelle, et qui essaie tout pour arracher son enfant des bras de la mort. Cette sollicitude maternelle est une des qualités essentielles de l'esprit apostolique.
« Je vous en conjure devant Dieu et devant Jésus-Christ qui, lors de son avènement, jugera les vivants et les morts : annoncez la parole, pressez les hommes à temps et à contre-temps; reprenez, suppliez, menacez, sans vous lasser jamais de les tolérer et de les instruire » (Il 7Vm., iv, 1, 2.)
m. Si la plénitude de la charité et de la sagesse chrétienne vous rend digne de confiance, vous pouvez vous présenter comme tel aux yeux des autres, afin de gagner leur confiance, de les instruire et de les corriger, La confiance ouvre les cœurs, provo-
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que rattention, accepte volontiers la vérité qu'on lui présente, et lui laisse une libre action. Quelle est la personne qui, vous haïssant^ viendra vous demander conseil; vous méprisant^ voudra vous obéir? Voilà pourquoi nous lisons si souvent dans FÉvangile : « Que celui qui a des oreilles pour écouter^ écoute ! » Il faut de toute nécessité que le pasteur ait la réputation d'un homme sage, modeste, compatissant, charitable, expérimenté, discret, irréprochable, et, sans la rechercher avec trop d'empressement, qu'il sache la conserver.
IV. Cherchez à connaître le caractè)'e, les talents ^ les qualités, les caprices, la situation, les besoins, Vétat des affaires de lapersonne que vous voulez instruire en particulier, atin de pouvoir y adapter votre enseignement. Autrement, les essais que vous tenterez pour guérir le mal ne le rendront peut-être que plus incurable. Mais, en cela, prenez bien garde de ne point mériter la qualification d'espion, de scrutateur, et de ne point vous l'attirer à tort ou à raison.
V. Comparez attentivement vos propres forces, vos qualités, vos lumières avec le but que vous vous proposez, et abandonnez cet enseignement privé, ou rejetez-en le poids sur de plus capables, plutôt que de vous exposer au danger de perdre, en prétendant à une sagesse qui vous manque, la confiance des fidèles. Des médecins qui veulent tout guérir, et des savants qui veulent tout savoir, n'ont ni la véritable science, ni le vrai talent.
VI. Dans tout enseignement privé, qu'il se fasse de bouche ou par écrit (mais surtout dans ce dernier cas), pesez soigneusement chacune de vos paroles, afin de dire la pure vérité,
a Sans offenser une tierce personne;
b Sans égarer la personne qui vous consulte;
c Sans vous attirer d'inutiles persécutions ;
d Sans faire blasphémer votre ministère .
Faites-le du moins autant que cela vous est possible; car il n'est pas de prudence humaine qui suffise à empêcher toutes les conséquences désagréables qui naissent de la prédication de la vérité. La vérité n'est-elle pas elle-même un glaive, qui doit
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séparer les hommes d'avec les hommes et engendrer la guerre ? Non veni pacem mittere, sed gladium, a dit le Prince de la paix et r Agneau de la réconciliation.
VII. Prenez en sérieuse considération les temns et les lieux, pour ne point manquer le hut de votre enseignement privé. Aiiisi^ les remontrances faites en présence d'autres p^Esonnes ^^ endurcissent plutôt qu'elles ne corrigent. D'autres fois, au con- f traire, la présence de personnes étrangères est très-avantageuse, en faisant pénétrer plus avant dans ceux qu'on doit blesser et guérir, l'aiguillon de la vérité.
Ainsi Jésus apparut à Thomas lorsque celui ci se trouvait avec les autres disciples, afin de le convaincre encore davantage, lui et les autres disciples, de la vérité de sa résurrection, et afin de remplir d'amour et de reconnaissance les spectateurs étonnés de cette surabondance de bonté ; tandis qu'il est probable que saint Pierre seul fut témoin du regard que le Sauveur lança sur lui lorsqu'il eut péché.
VIII. Armez-vous d'une patience toute divine pour écouter avec calme toutes les objections et les excuses de l'ignorance, de la science, de l'égoïsme, auxquelles vous ne pouvez échapper comme maître privé, non plus qu'à la répétition de vos essais infructueux. Ce cas se présentera surtout lorsque vous aurez affaire à des gens grossiers, scrupuleux, profondément tombés, ou infatués de leur prétendue supériorité.
IX. Cherchez à vous habituer à un ton plein de cette douceur et de cette gravité qui saisit et gagne les cœurs, et qui est celui d'un maître de TÉvangile ; résistez à toutes les excitations intérieures de l'amour-propre, et faites place à cette espèce de douceur tempérée de sévérité, plus excellente encore. Le regard de la charité compatissante, et la simple parole d'une exposition où respire la bonté du cœur, produisent plus d'effets que toutes les figures d'un docteur maussade et d'un juge irrité.
X. Que votre enseignement privé ne soit troublé par aucun hors-d'œuvre, quelque bon qu'il puisse être. Ainsi quand les directeurs de consciences visitent un malade avec l'intention
accessoire de le déterminer à faire un testament en faveur de réglise paroissiale^ à fonder des anniversaires, à faire dire des messes, ils nuisent plus à la bonne cause qu^ils ne se Timagi- 'SStrïl^^adté qui ne s'occupe que des choses de l'éternité est I0jltj3|,^i5dujj^iuse pour faire entrer dans son plan simple et unilultiplicité de détails.
TT, Veillez soigneusement à ce que votre enseignement privé ne vous implique pas dans des affaires séculières. La simple présomption répandue dans le monde, que vous avez le talent de savoir combiner les soins de l'éternité avec les intérêts du temps, peut suffire pour jeter votre nom sur la voie publique, et ce serait un malheur, alors même que votre conscience n'en serait pas troublée. Que si, malheureusement, vous aviez pris part aux négociations compliquées de la cupidité, vous ne manqueriez pas :
a De vous attirer la haine des parents ;
b De fournir prétexte à des bruits scandaleux;
c D'être la cause de dommages considérables ;
d De voir vos meilleurs conseils récompensés par la persécution et la tyrannie, dans le cas où l'affaire prendrait une tournure inattendue ;
e De mettre en jeu l'honneur d'un état qui doit rester à jamais inviolable,
/ Et peut-être d'exposer votre vertu à un double péril.
XII. Afin que votre enseignement privé atteigne plus facilement son but, mettez chaque fois votre âme dans les dispositions calmes et réfléchies où il faut être pour mettre à profit :
a Les sages conseils de la Bible ;
b Les autres trésors de sagesse que nous ont transmis l'antiquité, la tradition et l'histoire ;
c Les conseils que des hommes expérimentés nous ont laissés soit oralement, soit par écrit ;
d Les résultats de vos propres observations et expériences,
e Et jusqu'aux préjugés du peuple.
Mais à Dieu ne plaise que ces quelques paroles jettent le gêné-
reux ouvrier qui travaille sur le champ du Seigneur, dans le chaos inextricable de Térudition, ni surtout qu'elles Téloignent de la prière, ce canal de la science divine !
XIII. Quand renseignement privé se transforme en correction fraternelle, tenez-vous-en strictement aux lois que TÉvan ; gile assigne à cette correction fraternelle. Commencez pai corriger votre frère entre lui seul et vous ; puis, prenez un ou deux témoins, et si la présence de quelques personnes ne suffit pas, indiquez cet incorrigible au tribunal des fidèles, à l'Église; que si, finalement, il n'écoute pas l'Église, traitez -le commtî quelqu'un que l'Église ne compte plus parmi les siens (Mai th., xviii, 45-17). N'omettez aucun de ces moyens ; essayez-les successivement. Si les deux yeux de son frère ne l'attendrissent pas, six le gagneront peut-être ; si les frères ne peuvent le vaincre, toute la communauté réunie le fera peut-être fléchir ; si le jugement de l'Église le laisse insensible, peut-être la longanimité de Dieu trouvera-t-elle dans le trésor inépuisable de ses grâces quelque moyen secret de le ramener, quand l'heure en sera venue .
xiv. Pour revenir sans cesse à l'unique essentiel, j'ajouterai f encore : Sans la charité , nul enseignement privé ne sera ce \ qu'il doit être ; car il n'y a qtie l'amour divin qui puisse rendre un maître propre à toutes les situations, lui donner chaque fois * la vraie expression, et à chacune de ses paroles le ton qui pénètre partout.
« Si Ton doit à tous la même charité, on ne doit pas employer envers tous la même médecine : la charité enfante les uns, s'affaiblit avec les autres ; elle a soin d'édifier ceux-ci, elle craint de blesser ceux-là ; elle s'abaisse vers les uns, elle s'élève vers les autres; douce aux uns, sévère aux autres, ennemie de per* sonne, elle se montre la mère de tous; elle couvre de ses plumes molles ses tendres poussins ; elle appelle d'une voix pressante ceux qui se plaignent; et les superbes, qui refusent de se rendre sous ses ailes caressantes, deviennent la proie des oiseaux voraces (1).»
(1) Cum eadem omnibus debetur charitas, non eadem est omnibus adhi-
XY. Non-seulement la charité doit être l'âme de l'enseignement privé par rapport à la personne qu'on instruit^ mais encore par rapport à la doctrine même que l'on enseigne. Laissons parler ici un docteur illustre, et qui a été sur ce point, comme en tout autre, un véritable modèle, ainsi que le prouvent ses lettres :
a, « En toutes choses, il nous faut non-seulement considérer la fin du précepte, qui est la charité née d'un cœur pur, d'une conscience droite et d'une foi sincère, fin à laquelle doivent se rapporter toutes nos paroles, mais il y faut encore porter et diriger les regards de celui que nous instruisons. (1 ) ' b. Je dis cela, parce que le but final du précepte et la plénitude de la loi, c'est la charité, par laquelle nous nous aimons mutuellement et mourons pour nos frères de la même manière que Jésus-Christ est mort pour nous ; charité par laquelle nous aimons Dieu, puisqu'il nous a aimés le premier, qu'il n'a pas même épargné son fils unique et l'a livré pour nous tous, afin que, si nous n'avons pas eu la force de l'aimer les premiers, nous le payions au moins de retour. Il n'y a point, en effet, d'invitation plus puissante à aimer que celle d'être prévenu par l'amour, et il n'y a point de cœur si insensible qui, s'il n'a pas aimé le premier, ne veuille au moins rendre amour pour amour.
Si donc le cœur qui était engourdi se réveille lorsqu'il se sent aimé, et si celui qui brûlait déjà s'enflamme encore davantage lorsqu'il apprend qu'on l'aime aussi, il est manifeste qu'il n'y a point de cause plus puissante pour éveiller ou développer
benda medicina : ipsa item charitas alios parturit, cum aliis infirmatur : alios curât œdificare, alios contremiscit offendere : ad alios se inclinât, ad alios se erigit ! aliis blanda, aliis severa: nuUi inimica, omnibus mater.... Languidulis plumis teneros fœtus operit, et susurrantes pullos contracta voce advocat ; cujus blandas alas refugientes superbi, praeda fiunt alitibus (Aug.) De catechiz. rud., cap. XV, cap. X.
(1) a In omnibus sane non tantum nos oportet intuerl praecepti flnem, quod est charitas de corde puro et conscientia bona et fide non ficta, quo ea quae loquiraur, cuncta referamus : sed etiam illius, quem loquendo instruimus, ad id movendus, atque iiluc dirigendus aspectus est (Cap. III, 6j.
b Hoc autem dico, quia finis prœcepti et plenitudo legis charitas est : ut et
Tamour que, quand on n'aime pas, de savoir qu'on est aimé, ou, quand on aime, de savoir qu'on est payé de retour.
Il importe d'observer que les supérieurs qui veulent être aimés de leurs inférieurs, et se réjouissent de leur soumission empressée, aiment davantage à mesure qu'ils se sentent aimés, et que l'inférieur se sent enflammé d'amour quand il sait être aimé de son supérieur.
L'amour le plus beau est celui qui, loin d'être entretenu par une froide nécessité, découle de l'abondance des bienfaits. L'un a son principe dans la misère, l'autre dans le miséricorde.
c. Si donc Jésus-Christ est principalement venu pour que
nos invicem diligamus, et quemadmodum ille pro nobis animam suam posuit, sic et nos pro fratribus animam ponamus : et ipsum Deum, quoniara prior dilexit nos, et filio suo unico non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit eum, si amare pigebat, saltem redamare non pigeât. Nulïa est enim major ad amorem invitatio, quam praevenireumando,et nimis durus est animus, qui dilectionem si nolebat impendere, nolit rependere... Si ergo et animus, qui torpebat, cum seamari senserit, excitatur, et qui jam fervebat, eum se redamari didicerit, magis accenditur : mani estum est nullam esse majorem causam, qua vel inehoetur vel augeatur amor, quam cum amari se cognoscit qui nondum amat , vel redamari se posse sp.erat, vel jam probat, qui prior amat.
Operse pretium est animadvertere quomodo, quamquam et superiores velint se ab inferioribus diligi, eorumque in se studioso delectentur obsequio, et quanto magis id senserint, tanto magis eos diligant;tamen quanto amore exardescat inferior, cum a superiore se diligi senserit.
Ibi enim gratior amor est, ubi non œstuat indîgentige siccitate, sed ubertate beneficentise profluit. Ille namque amor ex miseria est, iste ex misericordia (Cap. IV, 7).
c Si ergo maxime propterea Christus advenit, ut cognosceret homo quantum diligat Deus, et ideo cognosceret, ut in ejus dilectionem, a quo dilectus est, exardesceret , proximumque illo jubente et demonstrante diligeret , qui non proximum, sed longe peregrinantem diligendo factus est proximus, omnisque Scriptura divina, quse ante scripta est, ad prœnuntiandum adventum Domini scripta est, et quidquid postea mandatum est litteris, et divinà acutoritate firmatum, Christum narrât et dilectionem : manifestum est, non tantum totam legem et prophetas in illis duobus pendere prœceptis dilectionis Dei et proximi, quae adhuc sola Scriptura sancta erat, cum hoc Dominus diceret ; sed etiam quœcumque posterius salubriter conscripta sunt, memoriaeque mandata divinarum volumina litterarum. Quapropter in veteri.Testamento est occultatio novi, in novo Testamento est manifestatio veteris (Gap. IV, 8).
Fhomme apprît combien il est aimé de Dieu, et qu'il l'apprît afin de s'enflammer d'amour pour celui qui l'a aimé, et qu'il aimât le prochain suivant le précepte et l'exemple de celui qui l'a aimé bien qu'il ne fût pas son prochain, mais qui, étant très-éloigné de lui, est devenu son prochain par cet amour; si, d'autre part, toute l'Écriture sainte de l'ancienne alliance a été composée dans le but d'annoncer Tavénement de Jésus- Christ, et si tout ce qui a été écrit dans la suite et qui porte le cachet de l'autorité divine traite de Jésus-Christ et de la charité ; il est manifeste que non -seulement la Loi et les Prophètes, qui alors composaient toute l'Écriture, étaient renfermés dans les deux préceptes de l'amour de Dieu et du prochain à l'époque où Dieu a prononcé ces paroles, mais qu'il y faut encore ajouter tout ce qui dans la suite a été écrit pour notre salut, ainsi que tous les ouvrages sur les lettres sacrées qui ont passé à la postérité. Voilà comment l'ancien Testament est l'enveloppe du nouveau, et le nouveau la manifestation de l'ancien (iv. 8).
d. Or, comme il n'y a rien de plus contraire à la charité que l'envie, laquelle a pour mère l'orgueil, le même Seigneur Jésus- Christ, Dieu et homme, nous a été un modèle d'amour de Dieu et un exemple de l'humilité qui convient à l'homme, afin que notre enflure excessive fût guéj*ie par la supériorité du remède contraire (1).
L'homme orgueilleux est en effet une grande misère, mais un Dieu humble est une miséricorde plus grande encore. Que cet amour soit donc le but final que vous vous proposerez, et que vous y rapportiez toutes vos paroles. Tout ce que vous racontez, racontez-le de telle sorte, que celui à qui vous parlez, croie
(4) d Quia ergo charitati nihil adVersius quara invidentia, mater autem invidentise superbia est : idem Dominus Jésus Ghristus , Deus homo, et divinae in nos dilectionis indicium est, et humanae apud nos humilitatis exemplum, ut magnus tumor noster majore contraria medicina sanaretur. Magna est enim miseria superbus homo ; sed major misericordia humilis Deus. Hac ergo dilectione tibi tanquam fine proposito, quo referas omnia quae dicis, quidquid narras ita narra, ut ille oui loqueris, audiendo credat, credendo speret, sperando amet (Gap. IV, 8.).
en vous ^n entendant, espère en croyant, aime en espérant.
e. Il n'y a pas jusqu'à la justice de Dieu, qui ébranle les cœurs des mortels par une salutaire terreur, sur laquelle il ne faille édifier la charité, afin que celui qui se réjouit d'être aimé par celui qu'il craint, ose lui rendre amour pour amour et refuse de déplaire à l'Amour suprême, alors même qu'il le pourrait impunément (1). »
Ainsi donc Moïse et Jésus- Christ, les Prophètes et les Apôtres, les Pères et les Docteurs de tous les siècles s'accordent en ce point : (( que la charité est la plénitude de la loi, l'âme de toute bonne doctrine, le but final de tout enseignement. »
XVI. C'est pourquoi, que la doctrine fondamentale du prédicateur soit aussi la doctrine fondamentale du docteur privé.
Dieu en Jésus-Christ, salut du monde, voilà ce qui doit être exposé aux regards de tous, et, dans l'enseignement privé, peint dans le cœur de l'individu avec des couleurs vivantes.
Jésus-Christ, sauveur du monde pécheur ;
Jésus- Christ, créant de nouveau notre cœur pour le rendre capable d'amour et de reconnaissance ; Jésus-Christ, plénitude du salut dans tous les enfants de Dieu : voilà la pierre fondamentale de toute doctrine pieuse.
Ou encore, pour exprimer la même idée en des termes différents : Jésus-Christ est l'A et l'a de tout enseignement théorique ; la charité, qui répand l'esprit de Jésus-Christ dans les cœurs de tous les fidèles, est l'A et l'a de tout enseignement pratique; Jésus-Christ et la Charité sont l'A et Va, Vei-j /ai Trâv de tout enseignement chrétien^
En efi^et, le docteur privé que je veux former doit être avant tout un docteur religieux ; je ne lui recommanderai point d'autre religion pour base de son enseignement que celle du Christianisme divin, apostohque et catholique. Quand Jésus-Christ et la
(4) 6 De etiamipsa severitate Dei qua corda mortalium saluberrimo terrore quatiuntur, charitas sedificanda est , ut ab eo quem timet amari se gaudens, eum redamare audeat, ejusque in se dilectioni, etiamsi impune posset, tamen displicere nollet (Cap. V, 9).
charité seront devenus pour lui Funique et universel moyen de salut, d'abord dans sa vie, puis dans sa doctrine, il lui sera de jour en jour plus facile de préparer, avec cette médecine universelle qui s'applique à toutes les infirmités du genre humain, les remèdes les plus salutaires pour toutes les maladies particulières des individus.
AVERTISSEMENT AMICAL SUR UN ÉCUEIL QU'iL FAUT ÉVITER DANS l'enseignement PRIVÉ.
S'il VOUS importe, comme homme, de savoir bien distinguer les mouvements qui se produisent au fond de votre âme, combien cela ne vous est-il pas plus nécessaire encore comme docteur, et surtout comme docteur privé ! . . .
a Peut-être est-ce quelque penchant secret et désordonné de votre cœur pour telle personne qui vous détermine à cette œuvre d'instruction. Il n'est pas rare de voir le démon de la passion se transformer dans le ministère des âmes en ange de lumière. Examinez donc sept fois votre cœur pour vous assurer si votre zèle est pur dans son motif, afin que cet enseignement privé ne vous soit pas une occasion de chute.
b Votre intention peut être pure, sans que celle de la personne qui sollicite de vous une instruction particulière, le soit. Soyez donc sur vos gardes, afin que la passion d'autrui ne soit pas pour vous une cause de chute.
c Votre intention et celle de la personne qui vous demande d'être instruite en particulier peuvent être pures toutes deux, mais quelques esprits en quête de nouvelles dans votre paroisse pourront attribuer à votre zèle de mauvaises intentions. C'est pourquoi, chaque fois qu'il sera possible, surtout quand ce sera une personne du sexe que vous instruirez, ne soyez jamais sans témoin de votre innocence ; mesurez tous vos pas, afin de ne point fournir matière à l'implacable et clairvoyante critique, par quelque démarche, innocente il est vrai, mais équivoque. C'est ici le cas de dire : « Jugez- vous-sévèrement, afin de n'être point jugé.»
d Votre paroisse peut être convaincue de la pureté de vos intentions ; mais il est possible que Tenvie de vos confrères ou de vos AMIS supporte difficilement Téclat de vos mérites ou la lumière de votre zèle ; et comme ils ne sont pas aussi bons que vous, ils chercheront à vous dépeindre tel qu'ils voudraient vous voir, et tel ils vous désireront, tel ils vous croiront. Jetezdonc sur vos mérites le manteau de la modestie, afin de n'être point réduit à ralentir le développement du royaume de Dieu dans votre paroisse pour sauver Thonneur de vos plus proches confrères dans le ministère, et pour les empêcher de blasphémer la vertu parce que c'est vous qui la pratiquez.
e II peut se faire que, quand même vos intentions et celles de la personne que vous voulez instruire en particulier seraient irréprochables, quand même l'œil de vos paroissiens et de vos confrères serait entièrement pur, vous seriez épié par quelque ennemi. ... Et puis, ce qui a commencé dans l'esprit peut finir dans la chair ; car facilement la passion s'enflamme, surtout dans de jeunes cœurs, dans ceux-là principalement qui sont encore un mystère à eux-mêmes ; et comme il est difficile de résister à l'amour, cette passion née dans une partie de l'individu en allume facilement une seconde dans une autre partie.
Chers amis, c'est la charité qui vous avertit. Ecoutez-la pendant qu'il est encore temps.
Si, dans l'enseignement privé, la pratique amène à chaque pas que l'on fait des avantages nouveaux, si l'habileté se surpasse elle-même, si, enfin, nulle parole ne saurait enseigner ce qui est le fruit de la pratique, il est possible néanmoins d'indiquer quelques principes qui ne seront pas sans utilité pour le docteur privé.