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VÉRITÉ PARTICULIÈRE, APPLICABLE AUX CHRÉTIENS

Les chrétiens ont sur ceux qui ne le sont pas d'immenses avantages. Pouvoir croire au Seigneur est une grâce toute gratuite de sa part, et de grandes bénédictions sont attachées à cette grâce. \° En revanche, c'est une grande et légitime exigence du Seigneur, de vouloir qu'on l'adore lui seul, et qu'on fasse fructifier sa grâce. 2° Imminents sont les dangers où nous sommes d'essuyer de plus grands malheurs, si nous ne profitons pas de la grâce qui est en nous, et si nous ne la faisons pas fructifier. 3° Grand et terrible est le jugement qui sera prononcé contre nous, si nous abusons de la lumière pour augmenter les ténèbres, et des moyens de vivre saintement pour étendre le règne de l'injustice.

Les autres paraboles de Jésus-Christ peuvent être expliquées de la même manière, ou plutôt présentées, sans explication, sous leur forme [éclatante et lumineuse. On y réussira surtout si, à la justesse du coup d'œil, on joint la pureté du cœur et la sainteté de la vie. Il est certain que notre coup d'œil acquerra plus de justesse à mesure que notre cœur gagnera en pureté et notre vie en sainteté. C'est pourquoi, chers lecteurs de ce livre, appliquons-nous à reproduire dans notre vie avec une nouvelle fidélité ce Modèle éclatant du bien qui nous est apparu en Jésus- Christ, afin de pouvoir mieux comprendre dans celui qui est le Bon par excellence, le vrai de sa doctrine. Puisse sa lumière nous éclairer, et allumer en nous son feu sacré ! Amen.

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ARTICLE III

Troisième exercice sur l'étude pratique de l'Écriture sainte.

Essai sur la première Épître a Timothée, sous forme de courtes maximes, pour les pasteurs des âmes et les conducteurs du peuple.

444. Si jamais l'esprit libéral de l'Apôtre, s'élevant au-dessus de l'orgueil national des Juifs et de la vaine sagesse des païens, s'est révélé dans quelques-unes de ses lettres avec la tendresse d'un père dont le cœur est étroitement uni à celui de ses fils dans la foi, c'est assurément dans l'Épître à Timothée.

Puisse cet esprit libéral de l'Apôtre, cette tendresse de père, nous dévoiler le trésor de vérité déposé dans cette lettre, vérité qui a si merveilleusement éclairé l'Église de Dieu !

De ce ruisseau céleste qui coulait de l'âme et du cœur de l'Apôtre ont jailli des torrents de lumière. Elles sont sacrées pour moi les sources (les passages de l'Épître de l'Apôtre) où se sont abreuvés saint Chrysostome, saint Augustin et autres personnages illustres.

Volontiers je suis leurs traces, pour retourner toutefois plein de reconnaissance à l'Apôtre lui-même. Sans doute que dans le torrent nous ne devons jamais méconnaître la source ; mais plutôt apprendre à découvrir la force du torrent dans la source même, afin de la retrouver et dans les premiers écoulements du ruisseau, et dans les eaux du torrent plus éloignées de leur source, et pouvoir la distinguer des affluents. De cette manière, la doctrine de l'Apôtre sera la pierre de touche des enseignements émanés des siècles postérieurs ; et quant à la doctrine de l'Apôtre, nous en irons puiser l'interprétation dans son âme et dans son cœur.

4 4 2. Mais les docteurs chrétiens devront bien se garder de « mêler au Christianisme des doctrines étrangères, et de s'a-

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muser à des fables qui servent plutôt à exciter des disputes, qu'à fonder parla foi Fédifice de Dieu » (i, 3-4).

Ainsi donc, loin de renseignement chrétien tout ce qui est extérieur et étranger, tout ce qui n'est pas proprement chrétien, toute doctrine qui ne figure pas dans le plan de FËvangile de Jésus-Christ, tout ce qui est plus curieux qu'édifiant, tout ce qui agite plus le démon des querelles qu'il n'excite l'esprit de foi, tout ce qui tient plus de la fable que de la vérité. — La perfection négative de la doctrine apostolique consiste donc en ce qu'elle soit conservée pure de tout mélange.

2. L'édification est donc l'objet principal du ministère de l'enseignement chrétien ; tout ce qui ne concourt pas à ce but n'est qu'accidentel, impropre, et même tout- à-fait contraire au but qu'on doit atteindre. L'édification de la communauté, telle est la fin que Dieu lui-même se propose : malheur à l'homme qui en poursuit une autre. C'est Dieu proprement qui produit l'édification : heureux l'homme qui se fait l'instrument de Dieu pour la réalisation de ce dessein !

3. L'édification a surtout trois ennemis : Y esprit de nouveauté, qui apporte des doctrines étrangères ; l'esprit de dispute et le bel esprit, qui, forgeant toutes sortes d'opinions, les font passer pour d'importantes vérités, et les propagent au moyen d'un appareil scientifique ; Yincrédulité et la superstition, qui répandent l'erreur en inventant des fables. Nommer ces trois ennemis est chose facile à l'homme; les vaincre est le propre de la vérité, — de Dieu.

113. Ensemble et esprit de la doctrine chrétienne : « La charité qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère» (i, 5) ; la charité, ce sens divin qui fait de Dieu l'ami des hommes, et des hommes l'image de Dieu ; la charité, voilà l'enseignement, la mission du docteur chrétien. Là où pénètre cette charité, la foi est sincère, la conscience est nette, chaque mouvement du cœur est pur.

\ . Ainsi donc , celui qui veut apprécier un discours sur ia religion (que ce soit le sien ou celui d'autrui) n'a besoin que ae

résoudre les questions suivantes : a. Le contenu est-il de nature à être compris et à pénétrer le cœur, à exciter les auditeurs à un plus grand amour de Dieu et des hommes, à les rendre plus consciencieux dans l'accomplissement de tous leurs devoirs, plus actifs dans la foi, à les unir plus étroitement à Dieu, et plus soumis à sa volonté? b. Toutes les parties de ce discours sont-elles disposées de manière à augmenter dans le peuple la charité, la foi, la délicatesse de conscience ? c. Les pensées et les expressions sont- elles propres à rendre la charité plus intime, la conscience plus délicate, la foi plus vive?

2. La charité que prêche FÉvangile est donc une charité qui jaillit de la foi en Dieu, et qui habite dans le cœur, mais dans un cœur pur, et qui, par cela même, est accompagnée de la paix continuelle delà conscience. Voilà ce qui constitue la sublimité de la charité évangélique. Elle est née de Dieu, et elle conduit à Dieu. Elle aime l'homme par amour de Dieu, et Dieu pour luimême. Activité de la loi dans la pureté de la charité, telle est toute la théologie de saint Paul.

4 U. « Ceux qui s'éloignent de cette doctrine fondamentale s'égarent en de vains discours ; ils veulent être les docteurs de la loi, et ne savent ni ce qu'ils disent, ni ce qu'ils assurent » (1,6-7).

C'est là une remarque pleine de justesse; quiconque abandonne l'affaire principale, et se laisse entraîner à des doctrines inutiles, se croit sage précisément parce qu'il a manqué le but et le chemin qui y conduit. Tel a été le sort de la théologie. Chaque fois qu'elle s'est éloignée du but et de la doctrine fondamentale du christianisme, elle s'est perdue en des recherches vaines et infinies. La science de la religion n'a plus été ni une science, ni une science de la religion, et ceux qui se nommaient théologiens, n'allant plus à l'école de Dieu, ont souvent paru vouloir se constituer les maîtres de Dieu lui-même. Pourquoi cela?

1° Parce qu'on avait abandonné le véritable terrain de la théologie, la foi qui opère dans la charité ;

2° Parce qu'on avait négligé l'instruction des peuples et l'édification des Chrétiens, en les confiant au hasard ;

3° Parce qu'on avait transformé la théologie en un champ clos, où les savants se disputaient et cherchaient à se surpasser les uns les autres par la subtilité des recherches et par la hardiesse des décisions , comme s'en plaignait déjà Erasme , ainsi qu'une foule d'autres : De his rébus magno supercilio pronuntiant, de quibus Paulus e tertio cœlo reversas non ausus est hiscere.

Il en fut de même de l'enseignement public donné dans les paroisses. Dès qu'on se fut éloigné du but et de la doctrine fondamentale du christianisme, on tomba dans des discours de morale artistement construits, dans des panégyriques exagérés ; on insista sur une multitude de choses accessoires, ou bien on se contenta de donner au peuple le spectacle d'une vaine récréation. Et il arriva ainsi que ces docteurs des écoles et du peuple, tout en se croyant sages, ne savaient ni ce qu'ils disaient, ni ce qu'ils voulaient.

415. « La loi est bonne sans doute, si l'on en use selon l'esprit de la loi. Elle n'est pas donnée pour le juste, mais pour effrayer les méchants et les esprits rebelles, les impies et les pécheurs, les meurtriers de leur père et de leur mère, les homicides, les fornicateurs, les abominables, les menteurs, les parjures, etc. » (1,9,10,11).

Les lois morales que Moïse a reproduites dans sa législation et que Dieu a gravées dans le cœur des hommes, peuvent et doivent être annoncées au peuple, mais en y joignant cette explication nécessaire :

■1° Que le juste n'a pas besoin de la loi, puisque son cœur renouvelé est lui-même sa propre loi ; 2° que la loi n'a proprement pour but que de montrer aux yeux des impies l'image de la justice, de leur préparer le retour à une vie réglée, et, par des menaces et des châtiments, de s'opposer à de futurs égarements; 3° que le christianisme demande et opère en même temps quelque chose de plus que ce que réclame la simple lettre de la loi ;

4° que Jésus-Christ est venu pour faire grâce aux pécheurs, selon ce qui est dit plus loin :

\ 16. « C'est une vérité certaine et digne d'être reçue avec une entière déférence, que Jésus-Christ est venu dans le monde sauver les pécheurs, entre lesquels je suis le premier Mais aussi

j'ai reçu miséricorde, afin que je fusse le premier en qui Jésus- Christ fit éclater son extrême patience, et que j'en devinsse un modèle à ceux qui croiront en lui et obtiendront ainsi la vie éternelle. — Je vous recommande cette doctrine » (i, 15-18).

\ . Ce que saint Paul recommande si instamment à Timothée, ne saurait être trop fortement inculqué aux pasteurs des âmes. Quant aux pécheurs (et tous les hommes le sont plus ou moins), on ne saurait rien leur dire de plus consolant que ceci :

a, Jésus-Christ est venu sur la terre pour consoler les pécheurs;

b, Jésus-Christ, quoiqu'il règne dans le ciel, se montre encore patient et bon envers les pécheurs ; c, par la miséricorde qu'il a témoignée à un homme, il veut exciter les autres pécheurs à la foi et à la pénitence ; d, tout pécheur qui a été sauvé par la grâce de Notre-Seigneur, est un monument des miséricordes de Jésus- Christ pour toutes les nations, pour tous les peuples, pour tous les siècles qui peuvent en être informés ; e, Jésus-Christ accorde le pardon et la vie éternelle à ceux" qui croient en lui, et qui se confient sans réserve à son amour et à sa providence.

Combien il est pénible d'être obligé d'observer que saint Paul ne se fatiguait jamais déparier des miséricordes de Jésus-Christ, de la force victorieuse de sa grâce, de la rémission des péchés et de la vie éternelle ; tandis qu'un grand nombre de prédicateurs modernes, tout en voulant ne pas perdre de vue cette doctrine aussi vraie qu'elle est digne de louange, mettent cependant tous leurs soins à la soustraire aux yeux des fidèles, et, préférant se faire législateurs avec Moïse, plutôt que prédicateurs de la grâce avec Paul, n'étalent aux regards qu'une morale sèche et glacée, présentée sous une forme ancienne ou nouvelle ; morale qui tout en ne produisant aucun effet sur l'homme avant qu'il ait été guéri par les miséricordes du Sauveur, augmente nécessairement le

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nombre des hypocrites, et ajoute encore à la mesure déjà si abondante des illusions et des déceptions quotidiennes !

2. L'Apôtre peut, sans faire ostentation d'humilité, se nommer le premier pécheur ; car l'humilité consiste précisément à faire sentir et à reconnaître la vérité sans détour, si profond que soit rabaissement auquel elle se soumette en confessant et en proclamant la vérité. Il se nomme le premier pécheur, parce qu'il sent en lui-même non-seulement le péché, mais encore l'asservissement et l'inclination au péché, non-seulement la crainte de faillir, mais encore la chute elle-même que chaque homme peut trouver en lui-même, inclination qui peut faire de chaque homme le premier pécheur, et qui le fera certainement à la première occasion, si la grâce de Dieu ne le préserve et ne le sauve. Il se nomme le premier pécheur, afin de manifester la grandeur des miséricordes dont il a été l'objet, et pour inspirer aux pécheurs la confiance en Jésus-Christ. Voyez comme l'humilité de ce libéré glorifie le Libérateur, et combien elle excite les pécheurs à espérer en la rédemption !

3. Si le ton d'humilité sied bien à un apôtre, les airs de domination ne conviennent nullement à des pasteurs, à ceux-là surtout qui ne font que commencer leur carrière.

117. « Au Roi des siècles, immortel, invisible, à l'unique Dieu, honneur et gloire soient dans les siècles des siècles (i, \~. )! Je rends grâces à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui m'a fortifié, de ce qu'il m'a jugé fidèle, en m'établissant dans son ministère» (i, 12).

Tel est l'esprit du docteur chrétien, tels sont les sentiments du pécheur qui a trouvé grâce. Il attribue au Seigneur le mérite d'avoir été purifié de ses péchés et appelé au ministère pastoral. Il travaille de toutes ses forces à la gloire du Dieu invisible. Sentiments de reconnaissance envers Jésus, et désir ardent de glorifier le Père de Jésus-Christ, tel est le mobile de toutes ses actions. Tout ce qui est visible, tout ce qui est passager est trop peu pour lui : la gloire de l'Invisible, de l'Immortel, de l'Éternel, voilà sa mission, son vœu, son but.

118. « Tout docteur chrétien, tout pasteur des âmes, doit faire

en sorte d'être un bon combattant, il doit conserver pures sa foi et sa conscience ; car le naufrage de la foi est souvent suivi du naufrage de la conscience» (i, 18-19).

La foi active dans la charité se révèle de nouveau ici comme l'ensemble de tous les devoirs du pasteur. Le zèle pour la pureté de la foi sans le zèle pour la pureté de la conscience n'est qu'un demi zèle, un zèle nuisible, parce qu'il forme des auditeurs sans pratique, des chrétiens sans soumission, et qu'il augmente le nombre des fidèles saus diminuer celui des pécheurs.

Le zèle pour la pureté de la conscience sans le zèle pour la pureté de la foi n'est non plus qu'un demi zèle, un zèle nuisible, qui s'occupe trop peu de la base, par le désir de voir le couronnement de l'édifice.

Le zèle pour la pureté de la foi joint au zèle pour la pureté de \ conscience, voilà le véritable zèle, le zèle apostolique. 11 n'a d'autre règle que ce grand et invariable principe : « Croyez ce que Jésus-Christ a enseigné, et vivez comme vous croyez; » ou bien: «Que votre vie soit charité, et que votre charité soit active dans la foi ! »

C'est une parole bien prophétique et justifiée par de nombreux exemples que cette parole de Y Apôtre : « Le naufrage de la conscience produit le naufrage de la foi ; une vie pure est le garant d'une sainte doctrine. »

Cet avertissement d'un des messagers de Jésus-Christ a besoin, de nos jours, d'être médité et approfondi septante fois sept fois ; car s'il y a tant d'écrivains qui excitent à* grand bruit à la recherche de la vérité, il y en a peu qui le fassent avec assez d'insistance et de conviction quand il s'agit de la pratique du bien. Ils semblent n'avoir pas réfléchi que la recherche du Vrai sans l'amour du Bien est ce qu'il y a de plus éloigné de la vérité, et ne saurait jamais être une vraie et utile recherche.

119. « Je vous conjure, avant toutes choses, de faire des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont

élevés eu dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille dans toutes sortes de piété et d'honnêteté » (n, 1 -2) . Ici, saint Paul invite Timothée, et Dieu par sa bouche engage tous les pasteurs des âmes à faire des prières, à rendre des actions de grâces pour tous les hommes, mais surtout pour ceux qui sont constitués en dignité.

1 . Des prières et des actions de grâces. — Tout homme qui a la foi ne doute pas que tout bien vienne de Dieu et puisse venir de lui. La charité se réjouit de tout le bien qui arrive aux autres, et elle souhaite qu'il leur arrive avec plus d'abondance encore. Ainsi les prières et les actions de grâces ne sont autre chose que l'exercice, la conséquence de la foi et de la charité. Or, comment saint Paul aurait-il pu ne pas recommander la foi et la charité, et comment aurait-il pu recommander autre chose ? La foi agissante dans la charité, n'était-ce pas tout pour lui?

2. Des prières et des actions de grâces pour tous les hommes. — L'âme croyante n'exclut aucun homme de la sollicitude du Seigneur, et l'âme charitable n'en exclut aucun de la charité. Or, si Dieu veille sur tous les hommes, et si l'homme de bien aime tousses semblables, comment le chrétien, dont la foi est charité, et dont la charité est la foi agissante, pourrait-il exclure quelqu'un de ses prières et de ses actions de grâces? Oh! que le christianisme est déjà digne de vénération par cela seul qu'il enseigne à tous les hommes le même esprit de charité, et s'oppose si puissamment à la haine des hommes entre eux ! Qu'il est grand saint Paul, pour recommander aux hommes cet amour unique qui comprend tous les hommes et embrasse tout ce qui est bon, et pour pratiquer lui-même cette charité! Et combien serait petit l'homme qui, loin d'apprendre à prier pour tous, apprendrait à prier contre quelques-uns !

3. Prières et actions de grâces pour l'autorité. — «Afin que nous puissions mener une vie paisible, servir Dieu sans obstacle, et faire le bien. » Le calme, la tranquillité de la vie, la liberté du service de Dieu, la liberté de la charité, la libre édification du royaume de Dieu dépendent en grande partie des autorités, et

Dieu dirige les cœurs des princes comme des sources d'eau. A qui la prière des chrétiens s' adresserait- elle donc, si ce n'est à Dieu, dont la main dirige toutes choses, afin qu'il touche le cœur des princes et des dominateurs, et les incline à épargner et à conserver la liberté de l'Église de Dieu. Le bon roi n'opprime pas l'Église, mais les oppresseurs de l'Église.

4. Une autre chose digne de remarque, c'est que les autorités pour lesquelles saint Paul recommandait de prier étaient des païens, et non des chrétiens. Mais cela ne change rien à l'obligation de faire des prières et des actions de grâces pour les princes; car le motif en est toujours le même. Les personnes en dignité sont des hommes, et des hommes qui ont sur notre bienêtre et sur celui de tous une grande influence : circonstance particulière qui nous oblige à prier et à remercier pour eux.

Les causes pour lesquelles les pasteurs des âmes doivent faire des prières et des actions de grâces pour tous les hommes sont, d'après saint Paul (n, 3, 4, 5, 6, 7), aussi générales que persuasives : 1° « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance delà vérité (vers. 4) ; 2° il n'y a qu'un Dieu pour tous les hommes [vers. 5) ; 3° il n'y a qu'un Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ (vers. 5) ; 4° il s'est livré pour la rédemption de tous (vers. 6) ; ce même Jésus-Christ a établi Paul pour veiller sur son Église; il en a fait un prédicateur et un apôtre pour instruire les peuples, c'est-à-dire qu'il a établi ce moyen-là et une foule d'autres, afin de rendre la con^ naissance de la vérité de plus en plus générale [vers. 7).

Nous avons de nouveau ici l'occasion de faire remarquer que les Apôtres rattachent si étroitement les doctrines morales aux vérités dogmatiques, qu'elles tombent ou se maintiennent avec ces dernières.

Le devoir de prier et de rendre grâces pour tous est, selon saint Paul, aussi certain qu'il l'est que « Dieu veut sauver tous les hommes, qu'il veille sur tous, que Jésus-Christ est mort pour tous. »

Il importe aussi de faire remarquer que le Christianisme ne

tend à rien moins qu'à réunir tous les hommes en une seule famille divine. « Un seul Dieu pour tous, un seul Médiateur pour tous, un seul salut pour tous, une seule vérité pour tous : cette vérité unique doit être annoncée à tous, et par elle tous doivent être sauvés. »

Remarquons encore combien Famour du Père et du Fils est impartial : l'un veut que tous soient sauvés , l'autre meurt pour tous.

Que si, malgré cet amour universel que Dieu a pour tous les hommes, nous ne pouvons pas comprendre qu'il y ait dans le monde tant d'erreurs, de péchés et de misères, il n'est pas moins certain que « Dieu veut sauver tous les hommes. » C'est pourquoi nous voulons remercier Dieu pour cette volonté qu'il manifeste, et l'adorer dans ce qui est un mystère pour nous. Ainsi n'a pas fait la scolastique : au lieu de remercier, elle a examiné; au lieu d'adorer, elle a jugé.

Si donc saint Paul recommande si pressamment de faire des prières et des actions de grâces pour tous les hommes, le pasteur des âmes agirait, ce me semble, tout à fait dans l'esprit de l'Apôtre :

S'il ne s'approchait jamais de l'autel qu'animé de ce vif sentiment : Je suis prêtre, destiné à prier et à rendre grâces pour le genre humain ; je suis le porte- voix de la communauté suppliante et reconnaissante. De ce sentiment il en naîtrait bientôt un autre : le sentiment de la piété, qui pénétrerait toutes ses actions, toutes ses prières, toutes ses cérémonies.

Si, les jours de dimanches et de fêtes, alors qu'il se trouve en présence du peuple, le prêtre était animé de cette piété, la prière et les actions de grâces jailliraient de son cœur enflammé, et sa communauté émue confirmerait par un assentiment tacite ou solennel ses prières et ses actions de grâces. Au contraire, qu'un ecclésiastique mort lise une formule morte de prières et d'actions de grâces devant un peuple mort, la mort régnera partout dans le temple du Seigneur.

i20. «Les hommes doivent prier en tout lieu, levant des mains

pures vers le ciel, avec un esprit exempt de colère et de contention » (ii, 8).

i . L'élévation des mains est un beau et touchant symbole de l'élévation du cœur vers Dieu, laquelle constitue Fessence de la prière. 2. Cet usage, aussi touchant que significatif, ne saurait être négligé, surtout dans les maisons de prière; car là je ne prie pas seulement comme homme, je prie aussi comme membre de la communauté, comme frère des hommes, comme frère des chrétiens, qui ont besoin d'édification. 3. Cette coutume est une sorte de mensonge quand le cœur ne prie pas. Qu'elle soit donc sans cesse accompagnée de l'élévation du cœur, autrement elle sera un signe sans signification. 4. Que celui qui néglige cette coutume sous prétexte qu'il prie Dieu dans son cœur, se rappelle que l'adoration intérieure, lorsqu'elle est vivante, manifeste sa vie dans des attitudes naturelles, et que l'élévation des mains est l'une des attitudes les plus naturelles par lesquelles se manifeste le cœur qui prie. 5. Que la prière soit exempte d'inquiétude, sans amertume pour ceux qui prient avec nous ; qu'elle vienne du fond du cœur. L'âme du sacrifice anime le sacrifice qui jaillit du fond du cœur : ainsi le cœur consacré à Dieu anime nécessairement la prière qui en jaillit. 6. Saint Paul a trop de sagesse pour ne recommander que l'élévation des mains ; il enseigne expressément à élever des mains pures. Que l'élévation des mains soit le symbole de la pureté du cœur : voilà sa doctrine.

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