‹ Théologie pastoraleChapitre 140 sur 209 · LA PLACE DES PENSÉES PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

LA PLACE DES PENSÉES PARTICULIÈRES

9. La place des pensées particulières doit être naturelle, c'est-à-dire que chaque pensée doit occuper la place qui lui convient, afin de pouvoir recevoir et communiquer la lumière, ou bien afin d'en recevoir et d'en communiquer davantage.

Tout ce qui est destiné à préparer, à frayer les voies, à diriger, doit figurer avant la chose qu'il doit préparer, annoncer, diriger; ce qui est destiné à exciter le sentiment et la volonté doit être placé là où il peut produire le plus d'effet.

Par conséquent l'idée accessoire doit se rattacher à l'idée principale, la conclusion aux prémisses, tantôt la vérité à la figure, tantôt la figure à la vérité, la supplication à la doctrine, la prière à la supplication, la ferveur croissante à la prière, l'enthousiasme de l'âme éloquente au silence plus éloquent encore, et les dernières effusions de l'esprit de piété à Y Amen, qui met le sceau à tout le discours.

53. Celui qui ne cherche qu'à être utile, et non à briller, se soucie peu si le corps de son discours se partage en deux, en trois ou en quatre parties, ou s'il ne se partage en aucune. Quand le cœur parle, l'intelligence n'a pas le loisir de se préoccuper des règles de la division prescrites par l'école. Au reste, quand les auditeurs sont déjà habitués à une forme de division, et surtout quand, en s'éloignant de cette forme, on ferait supposer

aux auditeurs qu'on se laisse aller à Fesprit de nouveauté, ou à quelque passion pire encore, le conducteur du peuple devra s'en tenir à sa vieille et innocente habitude, afin de ne point manquer, pour quelques petitesses, le grand objet qu'il se propose.

54. Exiger que le prédicateur ne fasse que des divisions adéquates [divisiones adœquatas) n'est peut-être pas contraire à Aristote, mais il l'est certainement à l'esprit du ministère de la prédication. C'est ici le lieu de dire avec saint Paul : « Là où est le Seigneur, là est la liberté. » Hélas! combien il faut être dépourvu de Fesprit de vérité, pour ne s'occuper qu'à polir la forme et pour s'en tenir là !

55. Les sermons historiques se prêtent, eux surtout, à toute espèce de formes; ainsi :

\ ° On peut raconter l'histoire d'un seul trait, tout en semant quelques réflexions convenables dans les passages les plus significatifs. — C'est d'après cette forme que sont écrits mes discours sur saint Poly carpe, et sur la vertu du Christianisme ;

2° Ou bien, on peut diviser le récit en plusieurs parties, en accompagnant chacune d'elles des réflexions qu'elle peut suggérer. — C'est à ce point de vue que sont composés mes sermons sur le livre de Ruth, et mes six autres sur le livre de Tobie.

3° Ou bien , on peut prendre le sens de l'histoire comme preuve de quelque grande et importante vérité, prouver au long cette vérité, puis faire suivre cette histoire comme confirmation et comme preuve de la doctrine que l'on prêche, et enfin conclure par une application de la doctrine à l'âme et à la vie des auditeurs. — Cette forme est peut-être la plus usitée dans les panégyriques. Ainsi, dans un discours prêché le jour de la fête de saint Bernard, on montrera : i. Qu'une confiance active en la Providence constitue la vraie grandeur de l'homme ; de là cette vérité importante : Il faut mettre sa confiance en Dieu et faire le bien. n. Que saint Bernard a prouvé par sa vie qu'il avait eu cette confiance active en la Providence : la preuve de cette vérité est tirée de l'histoire, m. Que tout homme peut être grand

432 THÉOLOGIE i'ASTOKALE.

dans sa position, quand il n'est pas dépourvu de cette confiance active. — Application de la doctrine.

4° Ou bien, on peut raconter toute l'histoire sans interruption, et, après avoir achevé, faire ses remarques sur le récit. — Cette forme peut avec raison être considérée comme la meilleure pour Fexposition des faits du nouveau Testament.

5° Ou bien, on peut présenter sous forme de parabole une histoire importante, mais déjà connue. — C'est ainsi que dans un de mes sermons l'histoire de Jésus-Christ est présentée sous la forme d'une parabole destinée à préparer le peuple à la communion pascale.

6° Ou bien, on peut raconter une histoire biblique verset par verset, en les accompagnant de remarques. (Voir l'essai qui précède sur l'histoire de la résurrection de Lazare.)

56. La manière libre, qui consiste à expliquer en tout ou en partie un ou plusieurs passages de l'Écriture, et à en faire l'application aux auditeurs en les instruisant, les reprenant et les rassurant tour à tour, se rapproche de ce qu'on nomme Homélie, dans le sens restreint de ce mot.

57. Les avantages de l'homélie sont évidents pour tout esprit impartial ; elle répand, au moyen de la parole vivante, la Bible au milieu du peuple; elle provoque la méditation calme et sérieuse des vérités de la Bible; elle rompt l'uniformité de l'enseignement de la chaire, et c'est elle qui s'adapte le mieux à l'esprit de liberté du docteur du Christianisme, c'est-à-dire à un cœur qui sert Jésus-Christ, et ne désire rien tant que de lui soumettre dans l'amour tous les cœurs des hommes, et de les rendre heureux dans l'amour. — Quand viendront-ils, ces temps fortunés où l'effusion du sentiment chrétien sera la meilleure prédication, et la vie de l'esprit chrétien dans les auditeurs, le seul et unique résultat de la prédication?

Page 1