K. PENSÉES ENTREMÊLÉES, SUR SAINT MATTHIEU, CHAT. VIII
1 . Comme il est à la fois concis et touchant le langage de cet homme qui demande et obtient du secours ! « Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me guérir. » Si vous le voulez, vous le pouvez ; le voulez-vous ? — Je suis guéri ! La misère a un accent unique.
2. Gomme le langage du Libérateur est bref et impérieux : Je le veux, soyez guéri ! La Toute-Puissance, elle aussi, a un ton unique : celui qui parle beaucoup agit peu; le Fort n'a pas besoin de beaucoup de paroles.
3. Ce que Jésus cherchait en Israël sans le trouver, il le trouva hors des Israélites dans un homme qui n'était pas des leurs. La foi, la confiance en la puissante intervention de Jésus n'était donc pas attachée à la profession extérieure du judaïsme.
4. Jésus loua la foi du centenier, qui n'était pas un Juif. Il se réjouit du bien partout où il le trouve. L'homme de bien aime le bien, parce que c'est le bien, et non pas parce qu'il le trouve en tel endroit.
5. Il faut que celui-là soit bien familiarisé avec les secrets de Dieu, qui peut dire : Ceux-ci et ceux-là auront place au royaume des cieux. Prétention exorbitante, ou dignité sublime! Or, comme l'une est en contradiction manifeste avec l'esprit et le caractère de Jésus-Christ, il n'y a que l'autre qui puisse raisonnablement s'affirmer.
6. Il fallait que ce fût un grand événement de famille, pour que la belle-mère de Pierre se levât de son lit, et servît à table
THEOLOGIE TASTOTIALE. {{/
le divin Médecin qui l'avait guérie par un simple attouchement, ainsi que ses disciples.
7. // guérissait tous les malades. — Ces paroles, d'un sens si profond, me rappellent ces expressions d'un autre Évangéliste : « Jésus a fait tant d'autres choses, que si on les rapportait en détail, je ne crois pas que le monde entier pût contenir les livres qu'on en écrirait » (Jean, xxi, 25) . N'y eût-il que la moitié des faits de Jésus-Christ qui fussent racontés avec cette simplicité et cette concision, nous aurions probablement, au lieu de quatre Évangiles qui ne forment qu'un petit volume, une vaste bibliothèque. Alors, ceux qui, par leurs commentaires, bannissent si volontiers et si facilement de l'Évangile la lumière et les ténèbres, Satan et son contre-poids, Jésus-Christ, n'auraient pas si vite achevé leur triste besogne. Néanmoins, celui qui peut rayer cent pages de l'Écriture sainte, sans se sentir ému de respect pour la vérité, par la résistance que lui opposera le sentiment inné du vrai, celui-là en éliminerait des milliers d'autres.
8. Il portait nos infirmités. — Et il les emportait sans éprouver la moindre fatigue; car une seule parole suffisait à les faire disparaître. Il les emportait sans magnétisme et sans électricité.
9. « Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux leurs nids, et le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. » C'est ainsi que les riches et les puissants surabondent des biens et des plaisirs de la vie; mais s'ils n'ont que cela, il leur manque le véritable, le vrai talent d'être heureux : il leur manque les vrais plaisirs. Avoir vaincu les ténèbres, la haine, la mort, et avoir mis à leur place la lumière, la charité, la vie: voilà le bonheur. Cette félicité de la vie, le Fils de l'homme la portait en lui-même, bien qu'il ne possédât pas même de quoi reposer sa tête. Quand on a ce bonheur-là dans son cœur, j'imagine qu'on n'a pas besoin de lieu pour se reposer, ou plutôt qu'on en a un bien meilleur que tous les autres, et qu'on peut se passer de ceux qui ne le valent pas. On dort au milieu de la tempête, et on ne craint ni les vagues ni la mort. Quand on a ces joies-là, on n'a pas de raison
fffl THÉOtÔGÎÊ PASTORALE.
d'envier ni les tanières des renards, ni les nids des oiseaux, ni l'argent des riches, ni l'encens des adorateurs, ni la folie des fous.
40. Laissez aux morts le soin d'enterrer leurs morts. — 11 est des gens qui sont tout fiers de leur activité oisive et empressée. Ils croient vivre parce qu'ils ont des affaires; tandis que leur activité est plutôt une mort, puisqu'elle paralyse la force réelle de l'homme, cette force qui s'élève au-dessus de la terre et vit dans le ciel. Étant morts jusqu'au plus intime de leur être, ils travaillent dans les régions de la mort, et tout ce qu'ils récoltent n'est que corruption.
Il; -H reprochait aux incrédules leur manque de foi; il disait aux vents de calmer leur courroux. Celui qui peut le faire avec succès, doit pouvoir commander et dans le royaume des esprits et dans le royaume de la nature.
\ 2. Qu'avez-vous avec nous, Fils de Dieu ? — Jésus-Christ doit être une épine dans l'œil des démons; aussi ne se trouvent-ils pas bien dans son voisinage. Ce sera toujours une triste chose qu'il y ait aussi des esprits qui paraissent devenir de mauvaise humeur quand une parole de Jésus- Christ les touche de trop près. Je ne veux pas comparer, — mais seulement déplorer.
13. Etes-vous venu ici avant le temps pour nous tourmenter? — Dans la cité de Dieu, tous les tourments ont leur temps, même ceux qui sont destinés aux démons.
\ 4. La ville le pria de s'éloigner de ses frontières' — à cause de ses pourceaux. — Voilà le défaut de lumière. On regarde la perte de ses animaux comme une perte immense, et l'éloignement du Nazaréen comme un grand bienfait. Priez, enfants de la lumière, priez que les yeux de ces hommes qui croient que noire Christ et sa doctrine nuiront à leurs chameaux et à leurs pourceaux, s'ouvrent à la lumière !