‹ Théologie pastoraleChapitre 45 sur 209 · OBSERVATIONS SUR CE QUI PRÉCÈDE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR CE QUI PRÉCÈDE

39. On me comprendrait bien peu si : 1° Ton croyait qu'il faille pour chaque chapitre se placer scrupuleusement à tous ces points de vue, et seulement à ceux-là; car c'est ici le lieu de dire que « là où est le Seigneur, là est la liberté; » 2° si l'on croyait avoir d'autant mieux réfléchi que l'on aurait trouvé plus de choses dans un passage : l'important ne consistant pas dans la multiplicité, mais dans la vérité et dans l'essentiel; 3° si l'on croyait qu'il faille toujours se rappeler ces conditions que nous avons énumérées : toutes les règles ne sont qu'un échafaudage qui tombe dès que l'on a acquis l'habileté et la certitude ; 4° si l'on croyait qu'il faille couler toutes ses méditations dans un même mowle : car les fruits nombreux et variés que renferme le jardin du Seigneur ne sauraient être cultivés en suivant une seule et même méthode, et ils prospèrent mieux dans une atmosphère libre; 5° si l'on croyait qu'en dehors de la méditation il n'y a pas d'autre moyen de trouver la lumière.

Douzième condition. — Celui qui se livre à l'étude pratique de l'Écriture, doit être fortifié par la pratique. Jésus-Christ luimême [Jean, vu, 17) a fait dépendre de cette condition la connaissance fondamentale de sa doctrine : il faut donc qu'elle soit importante. Il a fait de la pratique la clef de sa doctrine : il faut donc que ce soit là un moyen bien propre pour nous convaincre de la divinité de cette doctrine. Peut-être pourrait-on réduire cette règle à cette simple formule :• Faites de la volonté du Père ce qui vous en est clairement connu, afin de bien comprendre la grande doctrine du Fils là où elle est encore obscure pour vous. Toute l'Herméneutique se réduit à ceci : Celui qui fait la volonté de Dieu, apprendra si Jésus est de Dieu ; celui qui pro-

fite fidèlement de la lumière qui lui est donnée, en verra briller une nouvelle et plus éclatante. Tout autre essai tenté pour éclaircir le sens de la Bible, qui ne part pas de cette doctrine fondamentale, ou qui n'y ramène pas, peut, il est vrai, procurer à l'auteur la réputation d'un savant, mais il ne satisfera pas les besoins de Y homme.

ARTICLE II

Sentiments qui doivent animer celui qui se livre à l'étude pratique de la Bible.

40. Si dans toute doctrine on distingue Fidée, le raisonnement, le symbolisme, Fexpression, les faits, le fond et Fesprit; et si l'on examine Fidée et Fexpression dans le but de saisir le fond et Fesprit, Fétude de l'Évangile doit aussi avoir pour principal objet le côté réel, le fond et Fesprit de l'Évangile, que représentent l'idée et l'expression.

Le contenu et l'esprit de l'Évangile renfermés dans les idées et les expressions, ne sont rien autre chose, dans ce qu'ils ont de fondamental, que la ruine du vieil esprit et la naissance du nouveau, la transformation de l'homme sensuel en homme spirituel, et cela par Fesprit de Jésus-Christ, agissant en union avec la volonté de l'homme.

D'où il suit que, dans l'étude pratique de l'Écriture, les sentiments ne sont pas seulement une chose importante, mais la chose capitale; car ils sont principalement excités par le fond et l'esprit de l'Évangile, et ce sont eux qui préparent et favorisent le grand œuvre de la ruine du vieil esprit et de la création du nouveau, l'œuvre de la transformation et de la transfiguration de l'homme.

41 . Ces sentiments font que notre regard va droit à la vérité, et pénètre sûrement dans le plus intime de notre cœur. Ce qui est destiné à m'édifier, c'est-à-dire à détruire en moi le vieil esprit et à y produire le nouveau, à préparer et à favoriser le changement et la transformation de l'homme intérieur, devant être

reconnu par moi comme vrai, et entrer comme tel dans mon cœur, il faut que j'aperçoive directement la vérité, que j'envisage d'un œil sûr l'état de mon âme; autrement ces sentiments qui doivent préparer et hâter la ruine du vieil esprit et l'édification du nouveau, ces sentiments qui doivent transformer et transfigurer l'homme intérieur, ne seront pas excités en moi, ou n'y resteront pas.

42. Celui qui se livre à l'étude pratique de l'Écriture nonseulement voit directement la vérité, mais il la voit sûrement, comme si elle n'était écrite que pour lui, que pour son intelligence. Cette vérité est pour lui un flambeau qu'il porte d'abord en lui-même, afin d'éclairer sa vie la plus intime. A cette nouvelle lumière, il voit ce qu'il doit être, et il cesse d'être ce qu'il est et ce qu'il ne doit pas être.

43. Sous l'influence de ce regard plongé dans la vérité, la glace du cœur se fond, les larmes coulent, et les sentiments se pressent en foule dans l'âme. Ces sentiments se rapportent immédiatement ou à la vérité, ou aux sources de la révélation de cette vérité, ou à la personne même qui cherche la vérité.

Par rapport à la vérité naissent en nous :

1 . Les sentiments du beau, du sublime, des choses salutaires, consolantes et fortifiantes, sentiments dont nous pourrons découvrir la source dans les doctrines évangéliques ;

2. L'amour de la vérité, qui nous abaisse et nous, exalte. Par rapport à nous-mêmes, nous sentirons :

3. La douleur, les angoisses, la honte et le repentir que doit nous inspirer la vue de notre ignorance, de nos faiblesses, de nos folies, de nos péchés, de notre misère, de la mort, qui sont la conséquence du péché;

4. Le désir sérieux et durable de devenir un autre homme, un homme nouveau, désir qui sera semblable à la faim et à la soif de la justice, faim et soif dont les possesseurs sont heureux par le Seigneur.

Par rapport à Dieu, le principe de toute création, l'auteur de toute révélation, de tout bonheur, nous éprouverons:

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Î5. Des sentiments de respect et d'adoration envers la Sainteté invisible, qui voit, déteste, condamne et punit le mal qui est en nous ;

6. Nous éprouverons des sentiments de confiance envers l'Amour éternel qui nous a délivrés par Jésus -Christ des ténèbres, du péché et de la mort;

7. Nous sentirons renaître notre courage à la pensée que nous nous sacrifions avec Jésus-Christ, et que nous sommes placés sous sa haute direction.

44. Animés de ces sentiments, nous ne serons plus de simples machines ne se mouvant qu'à l'aide d'un mécanisme et sous la main d'un artiste. Ces sentiments sont le produit de la vérité; ils naissent d'un cœur avide de posséder Dieu ; et malgré l'unité que leur communique la vérité qui est une, et l'âme qui ne forme plus qu'un avec elle, ils ont une variété qui correspond à la richesse de l'Écriture et à la plénitude de la piété.

Ce qui excite les sentiments de celui qui étudie l'Écriture sainte, c'est tantôt la grâce et l'amabilité du Seigneur; tantôt la vérité et la clarté de sa doctrine; tantôt la sainteté de sa vie; tantôt le germe de vie universelle que produisent ses œuvres, sa résurrection, la descente du Saint-Esprit; tantôt le désaccord qui existe entre le règne du monde et le règne de Jésus-Christ; tantôt le triomphe de" la lumière sur les ténèbres.

Tout ce qu'il lit et médite, jette une étincelle dans son cœur, d'où naissent de nouvelles aspirations, de nouvelles flammes qui vivifient et exaltent en lui le sens des choses célestes.

Mais le caractère fondamental de ces sentiments, c'est qu'ils se concentrent tout entiers dans la piété, et que, de môme qu'ils sont inspirés par elle, ils réagissent sur elle en la vivifiant.

Et c'est ainsi que l'étude pratique de l'Écriture se distingue de toute autre.

La dévotion excite, fixe, sanctifie le regard de l'intelligence, et chaque étincelle nouvelle qui jaillit des vérités de l'Écriture est un nouvel aliment pour la piété. La piété est l'alpha et l'oméga de la méditation édifiante de la Bible.

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45. C'est pourquoi tout ce qui, dans les sentiments de l'homme, est le résultat de l'artifice ou de l'hypocrisie peut être, il est vrn i, une imitation, une caricature du sentiment : ce n'est pas le vrai sentiment, pas même le sentiment d'une âme pieuse.

46. Sentir vivement est aussi impossible à ceux-là que remarquer beaucoup. Au reste, qu'il soit vrai ici comme ailleurs que l'esprit de Dieu souftle où il veut, et qu'on ne saurait rien exiger de l'homme, sinon qu'il Casse bon usage de ce qu'il a reçu, les hommes d'expérience le savent mieux que personne : on peut les en croire.

ARTICLE M

Quelques exercices pratiques sur l'étude de la Bible.

47. Si les exercices faits sous la direction d'un ami ont toujours eu pour résultat, dans toute espèce de travail, de favoriser les progrès des commençants, il en est de même en ce qui concerne l'étude pratique de la Bible. C'est pourquoi nous allons donner nous-même quelques exercices.

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