PEINTURE DU CARACTÈRE LE PLUS REPOUSSANT QU'ON PUISSE IMAGINER
Le juge que dépeint le Sauveur est un véritable monstre d'iniquité : « Il ne craint pas Dieu, et ne se soucie point des
hommes » Le vrai principe d'une conduite vertueuse est
celui-ci : Dieu est notice souverain, — il est partout présent ; c'est un témoin saint et juste. Là où ce principe est non-seulement connu, mais où il vit et vivifie le cœur humain, là est la vertu. Or, si cette vérité se justifie dans les hommes ordinaires, à
THÉOLOGIE TASTORALE. 299
plus forte raison dans les juges, qui ont tant d'occasions et de tentations de commettre l'injustice, et qui, avec cela, ont tant de moyens et de ressources pour échapper à la répression. Il n'y a que la crainte de Dieu, c'est-à-dire la foi vivante au souverain Législateur, ce témoin équitable et qui voit tout; il n'y a que la crainte qu'inspirent sa sainteté et sa justice, qui puisse mettre un frein à leurs passions et les fortifier dans leurs bonnes résolutions. Il n'y a que le sens divin dans l'homme, il n'y a que cette pensée vivante : « Je suis une image, un représentant, un organe de la Justice éternelle, » qui puisse être une barrière aux torrents des injustices qui sont possibles dans le cercle où l'autorité exerce son action. Si la crainte de Dieu est le préservatif le plus puissant contre l'injustice, le sentiment d'honneur n'est, par contre, qu'un frein bien faible, et qui peut faire éviter tout au plus, dans quelques circonstances faciles, ces sortes d'injustices qui avilissent et déshonorent celui qui les commet.
Mais où il n'y a ni crainte de Dieu, ni sentiment d'honneur, il n'y a plus rien qui puisse préserver de l'injustice. Jésus- Christ n'aurait donc pas pu nous faire une peinture plus exacte d'un juge inique qu'en se servant de ces deux traits caractéristiques : // ne craignait pas Dieu , et ne se souciait pas des hommes.