FRAGMENTS
Si je passe en un jardinage Semé de roses et de lys, Il me ressouvient de Philis, Qui les a dessus son visage.
Diane qui luit dans les Cieux, Toujours jeune, amoureuse et belle.
Me la remet devant les yeux, Parce qu'elle est chaste comme elle.
Je la vois si je vois l'Aurore, Et quand le Soleil luit ici,
PIÈCES DIVERSES iOq
Il iiu' iTssniiviciit (l'rllc îuissi, Pour Cl* (]ii(' ri'iiivors l'adorp.
Les fçrAces dedans un tableau.
Le petit Amour et la flamuie, Href, tout ce (|ue je vois de beau Me la l'ail revenir dans l'âme.
(De ilinmorlalilè de. l'ànie.
Les objets d'étrange figure Sont rares parmi les humains, Il se trouve dans la nature Peu de Géants et peu de Nains.
Bien peu de beautés comme Hélène, Peu de frères comme Castor, Peu d'ivrognes comme Silène, Peu de sages comme Nestor.
Peu de chiens comme étoit Cerbère, Peu de fleuves comme Achéron, Peu de femmes comme Mégère, Peu de nochers comme Caron .
Aucun teint beau connue Jacinthe, Rien de si clair que le Soleil,
lyo
Rien de plus amer que l'absinthe, Et rien plus doux que le sommeil .
Peu de bruits comme le tonnerre.
Peu de morts comme Pélion, Et des animaux de la terre, Peu sont fiers comme un lion.
Peu de félicités suprêmes, Peu d'incomparables malheurs, Peu de ressentiments extrêmes, De voluptés ou de douleurs.
[Ibid.
Celui qui lance le tonnerre, Oui gouverne les éléments.
Et meut avec des tremblements La grande masse de la terre; Dieu qui vous mit le sceptre en main, Qui vous le peut ôter demain.
Lui qui vous prête la lumière, Et qui malgré les Fleurs de Lys, Un jour fera de la poussière De vos membres ensevelis ;
Ce grand Dieu qui fit les abîmes
PléCKS DIVERSES I7I
Dans le centre de l'Univers, Et qui U's lient toujours ouverts A la punition des crimes, Veut aussi ([ue les innocents A l'ombre de ses bras puissants Trouvent un assuré rcluiçc, Et ne sera point irrité Que vous tarissiez le déluî^e Des maux où vous m'avez jeté.
Eloigné des bords de la Seine, Et du doux climat de la Cour, Il me semble »pie l'œil du jour Ne me luit |)lus qu'avec peine; Sur le laîle allreux d'un rocher, D'où les ours n'osent approcher, Je consulte avec des furies, Oui ne foulque solliciter Mes importunes rêveries A me faire précipiter.
Aujourd'hui parmi des sauvages.
Où je ne trouve à qui parler, Ma triste voix se perd en l'air, Et dedans l'écho des rivasses :
Au lieu des pompes de Paris, Où le peuple avecque des cris Bénit le Roi parmi les rues.
lyS THEOPHILE
Ici les accents des corbeaux, Et les foudres dedans les nues Ne me parlent que de tombeaux.
[Au Roi. Sur son exil. Ode.)
La paix, trop longtemps désolée, Revient aux pompes de la Cour Et retire du mausolée Les jeux, les danses et l'amour; Au seul éclat de nos épées Les tempêtes sont dissipées, Tous nos bruits sont ensevelis :
Mon prince a fait cesser la guerre, Et la grâce a rendu la terre Pleine de palmes et de lys.
{Sar la Paix de r année 1620. Ode.
Tout ce que la nature a de rare et de beau, Ce qui vit au Soleil, qui dort dans le tombeau, Tout ce que peut le Ciel pour obliger la terre. Les plaisirs de la paix, les vertus de la guerre, Les roses des rosiers, les ombres, les ruisseaux. Le murmure des vents, et le bruit des oiseaux.
PIKCF.S DIVERSES I^S
Les vôlenienls d'Iris, cl le Icinl ilt* l'Aurore, Les attraits de Venus, ui les douceurs de KIore, Tout ce (jue tous les Dieux (tnt de cher et de doux, Grand Prince, ne peut point se comparer à vous. (Au Roi. Etrennes.)
vt
Chaque saison donne ses fruits; L'automne nous donne ses pommes, L'hiver donne ses lontçues nuits, l'our un plus çrand repos des hommes ; Le |»rintemps nous donne des fleurs.
Il donne l'ànie, et les couleurs A la feuille qui semhle morte ; Il donne la vie aux forets, El l'autre saison nous apporte Ce qui fait jaunir nos guérets.
La terre pour donner ses biens Se laisse fouiller jusqu'au centre ; Et pour nous les champs indiens Se tirent les trésors du ventre ; L'onde enrichit de cent façons Nos vaisseaux et nos hameçons.
Et cet élément si barbare.
Pour se faire voir libéral.
Arrache de son sein avare, L'ambre, la perle et le coral *.
Les zéphyrs se donnent aux flots, Les flots se donnent à la lune, Les navires aux matelots, Les matelots à la fortune ; Tout ce que l'univers conçoit Nous apporte ce qu'il reçoit Pour rendre notre vie aisée :
L'abeille ne prend point du ciel Les doux présents de la rosée Que pour nous en donner le miel.
Les rochers qui font le tableau Des stérilités de nature, Afin de nous donner de l'eau, Fendent-ils pas leur masse dure ?
Et les champs les plus impuissants Nous donnent l'ivoire et l'encens, Les déserts les plus inutiles Donnent de grands titres aux rois.
Et les arbres les moins fertiles Nous donnent de l'ombre et du bois,
[Au marquis de Bouquinkant (i). Ode.
(i) Buckingham.
PIÈCES DIVERSES lyS
Tous nos arbres sont dépouillés, Nos promenoirs sont tous mouillés, L'émail de notre beau parterre A perdu ses vives couleurs, La c^elée a tué les fleurs, L'air est malade d'un calerre*, Et l'œil du ciel noyé de pleurs Ne sait plus reg'arder la terre.
La nacelle attendant le tlux Des ondes qui ne courent plus, Oisive au port est retenue ; La tortue et les limaçons Jeûnent perclus sous les glaçons ; L'oiseau sur une branche nue Attend pour dire ses chansons Oue la feuille soit revenue.
Le héron quand il veut pocher.
Trouvant l'eau toute de rocher, Se paît du vent et de sa plume, Il se cache dans les roseaux.
Et contemple au bord des ruisseaux.
La bise, contre sa coutume, Souffle la neige sur les eaux Où bouillait autrefois l'écume.
[■yÔ THÉOPHILE
Les poissons dorment assurés, D'un mur de glace remparés, Francs de tous les dangers du monde Fors que toi tant seulement, Qui restreins leur moite élément Jusqu'à la goutte plus profonde.
Et les laisses sans mouvement Enchâssés en l'argent de l'onde.
Tous les Agents brisent leurs liens, Et dans les creux éoliens Rien n'est resté que le zéphyr, Qui tient les œillets et les lys Dans ses poumons ensevelis.
Et triste en la prison soupire Pour les membres de sa Philis Que la tempête lui déchire,
{Contre Vhiver. Ode.)
Lorsque l'aube en suivant la nuit qu'elle a chassée Epart * ses tresses d'or, Le premier mouvement qui vient à ma pensée. C'est l'amour d'Alidor.
Je tâche en m'éveillant à rappeler les songes Que j'ai faits en dormant,
Pif.CKS DIVI USES 177
El dans le souvenir tic leurs plaisants mensonjçes Je revois mon atnaiil .
Mon esprit anionrcux n'est point sans violence
An milieu du repos, Je le vois dans la nuit et parmi le silence.
J'entends ses doux propos.
Tous les secrets d'amour «pic le sommeil ex[)rime
Mon âme les ressent, El le matin je pense avoir commis un crime
Dans mon lit innocent.
De honte à mon réveil je suis loute confuse,
Et d'un œil loul fâché Je vois dans mon miroir la rougeur (jui m'accuse
D'avoir fait un péché .
[Pour Mlle de .1/. Slances).
ue mon sort étoil doux, s'il eùl coulé mes ans ^Où les bords de Garonne ont les flots si plaisants!
Tenanl mes jours cachés dans ce lieu solitaire. Nul que moi ne m'eût fait ni parler ni me taire : A ma commodité j'aurois eu le sommeil, A mon i^ré j'aurois pris et l'ombre et le soleil.
Dans ces vallons obscurs, où la mère nature A pourvu nos troupeaux d'éternelle pâture, J'aurois eu le plaisir de boire à petits traits D'un vin clair, pétillant, et délicat et frais,
Qu'un terroir assez maigre et tout coupé de roches Produit heureusement sur les montagnes proches. Là mes frères et moi pouvions joyeusement, Sans seigneur ni vassal, vivre assez doucement.
Là tous ces médisants, à qui je suis en proie, N'eussent point ennuyé ni censuré ma joie, J'aurois suivi partout l'objet de mes désirs, J'aurois pu consacrer ma plume à mes plaisirs.
Là d'une passion, ni ferme ni légère, J'aurois donné ma flamme aux yeux d'une bergère, Dont le cœur innocent eût contenté mes vœux D'un bracelet de chanvre, avecque ses cheveux.
J'aurois dans ce plaisir si bien flatté la vie, Que l'orgueil de Caliste en eût crevé d'envie; J'aurois peint la douceur de nos embrasements Par tous les lieux témoins de nos embrassements.
Et comme ce climat est le plus beau du monde, Ma veine en eût été mille fois plus féconde :
piiii:ES nivEKSES 179
L'.iilf (l'iMi pjtpillcin m't>i\l plus lourni de vers,
nirjMijdiird'Iiiii lie l'croil le liniit de riiiiivers.
{Plainte de Théophile à son aini Tircis.)
EPIGRAMMKS
('^ race à ce comte lil)éral JEt à la guerre de Mirande, Je suis poète et caporal.
O Dieux 1 que ma fortune est grande ! O combien je rerois d'honneur Des sentinelles que je pose !
Le sentiment de ce bonheur Fait que jamais je ne repose :
Si je couche sur le pave, Je n'en suis (]ue plus tût levé.
Parmi les troubles de la guerre Je n'ai point un repos en l'air, Car mon lit ne sauroit branler Que par un tremblement de terre.
l8o TIIÉOPIULK
Qui voudra pense à des empires, Et, avecque des vœux mutins, S'obstine contre ses destins, Qui toujours lui deviennent pires.
Moi, je demande seulement, Du plus sacré vœu de mon âme.
Qu'il plaise aux Dieux et à ma dame Que je brûle éternellement.
on frère, je me porte bien, La Muse n'a souci de rien ;
J'ai perdu cette humeur profane; On me souffre au coucher du roi.
Et Phébus toQs les jours chez moi A des manteaux doublés de panne.
Mon âme incague les destins !
Je fais tous les jours des festins; On me va tapisser ma chambre.
Tous mes jours sont des mardi-çras, Et je ne bois point d'hypocras S'il n'est fait avecque de l'ambre.
imk*:es iiivunsKS i8l
Pour ctio (liviiio cl liiiiu.iiiif.
Il faut ni jeunesse senlir Les plaisirs de la ISIanfilelciiie, Kl [)uis, vieille, s'cu reperilir.
Ie inupiis au momie lout nu ; Je ne sais combien je vivrai.
Si je n'ai rien quand je mourrai, Je n'aurai jçaefné ni perdu.