‹ ThéophileChapitre 7 sur 48 · PRIERE AUX POETES DE CE TEMPS · texte numérisé non relu

PRIERE AUX POETES DE CE TEMPS

Vousà(|ui des fraîches vallées, Pour moi si durement gelées, Ouvrent leurs l'onlaines de vers; Vous qui pouvez mettre en peinture Le grand objet de l'univers Et tous les traits de la nature.

Beaux esprits si chers à la gloire.

Et sans qui l'œil de la mémoire Ne sauroit rien trouver de beau, Ecoutez la voix d'un poète Que les alarmes du tombeau Rendent à chaque fois muette :

Vous savez qu'une injuste race Maintenant fait de ma disgrâce Le jouet d'un zèle trompeur.

Et que leurs perfides menées, Dont les plus résolus ont peur, Tiennent mes Muses enchaînées.

S'il arrive que mon naufrage Soit la fin de ce grand orage Dont je vois mes jours menacés.

Je vous conjure, ù troupe sainte !

Par tout l'honneur des trépassés.

De vouloir achever ma plainte.

Gardez bien que la calomnie Ne laisse de l'ignominie Aux tourments qu'elle m'a jurés, Et que le brasier qu'elle allume, Si mes os en sont dévorés.

Ne brûle pas aussi ma plume.

Ma Muse, foible et sans haleine,

Ouvrant sa inallieiircusc veine, A reeours à votre pitié :

No mordez point sur mon ouvrage, Car ici votre inimitié Démenliroit votre courage.

Je ne fus jamais si superbe Oue d'ùter aux vers de Malherbe Le franeois qu'ils nous ont appris.

Et, sans malice et sans envie.

J'ai toujours lu dans ses écrits L'immortalité de sa vie.

Plût au ciel que sa renommée Fût aussi chèrement aimée De mon prince qu'elle est de moi !

Son destin, loin de la commune *, Seroit toujours avec le roi Dedans le char de la Fortune.

Une autre veine violente, Toujours chaude et toujours sanglante De combats de guerre et d'amour, A tant d'éclat sur le théâtre Qu'en dépit des frelons de cour Elle a fait mes sens idolâtres.

Hardy, dont le plus grand volume N'a jamais su tarir la j)lume,

Pousse un lorreot de tant de vers yu'on diroit ([uc leau d'Hypocrène Ne lient tous ses vaisseaux ouverts Ou'alors (ju'il y rcni])lit sa veine.

Porchères avec tant de flamme Pousse les mouvements de l'Ame Vers la route des immortels, Qu'il laisse partout des matières Où ses. vers trouvent des'aufcls Et les anircs des cimetières.

Encore n"ai-je point l'audace De fouler leur première trace ; Boisrobert en peut amener Après ses pas toute une presse Qui mieux que moi peuvent donner Des louantes à sa princesse.

Saint-Amant sait polir la rime Avec une si douce lime Que son luth n'est ])as plus mignard, Ni Gomhauld dans une élégie, Ni l'épigrammc de Maynard, Oui semble avoir de la magie.

Et vous, mille ou plus que j'adore, Que mon dessein veut joindre encore

ODES ET STAM K.S

A ces srénies visfoureux Do i|ui je cache ici la tçloire, Pour ce que le sort malheureux Les a fait cht>ir à ma mémoire,

Voyant mes Muses étourdies Des frayeurs et des maladies Oui me prennent à tous les moments, Faites-leur un peu de caresse Et leur rendez les compliments De celui (jui vous les adresse.

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