VI. Et néantmoins, pour ce que la pudeur et la retenue
des filles et femmes d'honneur leur permet beaucoup moins qu'aux hommes de rechercher en personne les employs pour servir et gaigner honestement leurs vie, et par ainsi qu'elles ont d'autant plus besoin que les rencontres de conditions sortables à leur qualité leur soyent facilitées, il n'a pas semblé juste qu'elles et les maistresses qui en auront besoin demeurassent privées de cette commodité, qui doit être publique. C'est pourquoy (suivant le pouvoir qu'il a pieu à Sa Majesté nous en donner), nous mettrons ordre d'addresser ceux qui viendront au Bureau de leur part chez les plus anciennes et preudes femmes, et de vie et mœurs les plus exemplaires d'entre celles qui feront ledit exercice, pour leur faire rencontrer lesdites conditions.
De ce programme quelque peu touffu, mais qui témoigne de la bonne volonté de Renaudot, il y a évidemment beaucoup à rabattre ; mais les services que pouvait rendre, à cette époque, une pareille institution^irudimentairesqu'onen suppose les commencements, n'en sont pas moins évidents, même au point de vue de la police générale. Aussi vit-on le gouvernement s'en servir pour combattre le vagabondage. Ainsi une ordonnance de police du 27 février 1640, rappelant de précédents règlements concernant les forains et étrangers qui cherchaient condition ou emploi, ordonnait que dans les vingt-quatre heures ils se retirassent du Bureau d'adresse, pour déclarer leurs
nom, surnoms, lieu de leur naissance, condition et demeure, à peine d'être tenus et réputés pour fainéants et vagabonds et punis comme tels; et, pour l'avenir, portait défense à tous hôteliers de les loger plus d'une nuit sans qu'ils aient rapporté certificat dudit Bureau, et commandait aux artisans d'y aller chercher les compagnons et apprentis dont ils auraient besoin.