AME
Principe de la vie.
L'art d'être vraîment tragique lient aux seules émotions de l'âme.
Ce n'est que dans l'âme qu'on trouve les moyens d'entraînement , et en étudiant un rôle il faut toujours interroger son âme plutôt que son esprit.
L'âme embellit tout , elle a le privilège exclusif d'attirer à elle tous les cœurs, de les entraîner ,. de les subjuguer , et de leur faire croire et voir ce qu'elle veut.
Quiconque n'a pas l'âme élevée représente mal un héros.
L'âme seule procure à l'organe l'énergie mâle et soutenue qui provoque, £xe et captive la sensibilité.
Les grands mouvemens de Tâme élèvent rhomme à une nature idéale, dans quelque rang que le sort l'ait placé. U y a toujours ^ dit le docteur Alibert ' , dans le fond de notre âme , quelque chose de fier et de généreux , qui nous défend contre l'abjection , et qui nous fait tendre sans cesse vers l'agrandissement de notre destinée.
' Phisiologie des passions.
MANUEL THEATRAL. ôg
L'acteur qui ne sent poÎM, qui n'a pas d'âme et qui Toit des gestes dans les autres , croit les égaler au moins par des mouvemens de bras , par des marches en avant et en arrière , par ces tours oisifs enfin, toujours gauches au théâtre, qui refroidissent l'action et rendent l'acteur insupportable. Jamais dans ces automates fatigans l'âme ne. fait agir les mouvemens , elle reste ensevelie dans un assoupissement profond; kl routine et la mémoire sont les chevilles ouvrières de la machine qui agit et qui parle,
Hwne^ auteur allemand, compare l'âme à un instrument à cordes dont les vibrations des cordes frappées continuent après que l'impulsion a cessé, et ne se perdent que peu à peu et d'une manière imperceptible ; par cette raison les tons qui suivent les premiers ne sont jamais bien purs ^ les nouvelles vibrations sont entendues avec les premières qui durent encore , et les tons se mêlent et se confondent.
Cette observation délicate de Hume pourrait fournir au chanteur et au comédien l'occasion d'un travail remarquable sur eux-mêmes.
Quant' à l'action de Tâme , on conçoit bien qu'elle ne saurait mouvoir à la façon du corpsj mais l'effet de sa force motrice a un certain rapport avec l'effet de la force motrice du corp«.
6o MANUEL THÉÂTRAL.
Agir c'est produire tine action, un certain effet 'y quand Fâme agit il faut que Tefifet existe hors d'elle ou sur son corps ; ce n'est pas sur la sensation même que l'âme agit, cette sensation n'étant que l'âme elle-même , modifiée d'une certaine manière , c'est donc sur le* fibres , dont le mouvement produit la sensation, que l'âme exerce son activité.
Les mouvemens de l'âme peuvent se concevoir sous l'image des directions que suivent les mouvemens du corps :
. Ou l'âme s'élève , ou eUe s'abaisse , ou elle s'élance en av^nt , ou elle se replie sur ellemême, ou elle se contient et s'observe, ou elle se penche de tous côtés chancelante et irrésolue, ou elle bouillonne et se roule sur elle-même comme un globe de feu sur son axe.
1 . ^ux mouvemens de Vdme qui s* élève , répondent les intonations de l'admiration ^ de l'exclamation ^ de l'enthousiasme , du ravissement , de l'invocation , de l'imprécation , des vœux ardens et passionnés , de la révolte contre le Ciel , de Thorreur du crime et des vices de notre nature.
2 . Aux mouvemens de Vdme qui s^ abaisse , répondent les intonations plaintives , les supplications , celles des humbles prières , du
MANUEL THÉÂTRAL. 6l
découragement, du repentir , de tout ce qui implore grâce ou pitié.
5. jiux mou\^emens de l'âme qui s' élance en açant^ répondent les intonations du désir impatient , de rinstance vive et redoublée , de l'interrogation, de l'apostrophe ,*du reproche , de la menace , -dé l'insulte , de la résolution et de l'audace , de tous les actes d'une volonté ferme et décidée.
4- ^ux mouvemens de Vâme qui se replie sur elle-même^ répondent les intonations de la surprise mêlée d'horreur ou d'effroi , de la répugnance , de la honte , de l'épouvante , du remords , de tout ce qui réprime le penchant , renverse la résolution ou la volonté.
5. Aux moui^emens de l'âme qui se contient^ se modère et s* observe y répondent les intonations de la déférence , des égards j du respect , de la flatterie, de la complaisance , de l'hypocrisie , celles des allusions , des réticences , de l'ironie , de l'artifice et du manège.
€. Aux mouvemens de Vâme qui déhorde de toutes parts ^ répondent les intonations d'une joie excessive^ d'un mécontentement extrême, de la colère qui éclate , d'une douleur violente qui ne se contient plus , d'une misanthropie universelle , d'une indignation qui n'est plus retenue, d'un désespoir affreux, d'undélire furieux.
7. Aux moui^emens de l'âme qui hésite et se penche de tous côtés chancelante et irrésolue^ répondent les intonations du doute , de l'incertitude^ deTinquiétude , du balancement des idées et des sentimens, de la prudence qui combine ses moyens et qui en calcule les effets.
8. Aux mouvemens de Vâme qui houiïlonne et se roule sur elle-même y répondent les intonations de la rage concentrée , des projets de la vengeance , des desseins de la haine et de l'envie , et des soupçons jaloux. (Voyez le Traité de Lecture à haute voix , par Dubroca. )