‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 14 sur 131 · MUSCLES , NERFS · texte numérisé non relu

MUSCLES , NERFS

Le muscle est une partie charnue et fibreuse du corps d'un animal , destinée à être l'organe ou l'instrument du mouvement 5 c'est un paquet de lames minces et parallèles , qui se divise en grand nombre de petits.

Le nerf est un corps rond, long et blanc , semblable à une corde composée de difFérens 61s ou fibres ; il prend son origine du cerveau ou du cervelet, au moyen de la moelle allongée et la moelle épinière qui se distribuent dans toutes les parties du corps .

L'organe du sentiment , c'est le nerf ; c'est par lui que les objets extérieurs parviennent à frîipper l'âme.

Il faut que le système nerveux soit chez l'acteur, dit M. Talma dans sa Notice sur Lekain , tellement mobile et impressionabLi*> qu'il s'ébranle aux inspirations du poète , aussi facilement que la harpe éolienne résonne au moindre souffle de l'air qui la touche.

Les vaisseaux, veines, membranes, tendons, fibres , filamens , artères font plus ou moins partie des muscles et des nerfs ; ils en sont les différentes divisions.

L'appareil musculaire du visage comprend à lui seul 47 muscles auxquels il faut ajouter les six muscles placés dans les côlés ou dans l'épaisseur des joues , et qui , sans appartenir directement au visage , contribuent à la phy»sionomie d'une manière assez remarquable.

Ainsi l'organisation de la face se compose de 53 muscles , dont les mouvemens particuliers se combinent de toutes les manières dans le jeu des passions ; ils sont à la disposition de l'âme humaine pour exprimer ses diflEerentes affections. Chacun de ces muscles est plus ou moins employé par les passions diverses , et se trouve plus directement au service d'un ordre particulier de pensées et de sentiment. Chacun a sa manière de figurer dans le teibleau physionomique son geste , son mouvement propre , avec lesquels se combinent le geste et le mouvement des autres muscles ; de là une foule d'actions mixtes^ aussi variées, aussi nonibreuses que les nuances de la pensée et des affections.

Le jeu et le mouvement de l'appareil des

nnscles de la face constituent seuls le geste détaillé et volontaire du visage. •' . ,

Plus on observe cette admirable structure de l'appareil musculaire de la face , plus on s'aperçoit que cette structure réunit toutes les conditions nécessaijf èV'^j^ôur un lai?igage ^e tous les hommes parlent de la mêioe'^^nière dans tous les lieux de la terre , et dont l^^iiature a travaillé l'organe avec un spin .qtt'.çU^ n'a pris que pour l'espèce humaine.

Le philosophe Diderot , dont tout le masque avait d'ailleurs une grande expression , faisait mouvoir à volonté , et dans toute leur étendue, les muscles occipitaux frontaux ^ dont la contraction imprimait, quand il parlaitavejc chaleur, des mouvemens remarquables à sa cheyelure.

Le plus grand peintre des passions , Gar^ nci ^ contractait les muscles du front d'une manière singulièrement expressive dans le rôle de Richard IIL

Tabna exécute aussi cette contraction , surtout dans les rôles de Brutus , Charles IX et Manlius. Ce qui domine che^ lui^. c'est le jeu des muscles du front , des sourcils , et ceux de la lèvre inférieure , organes d'expression et de mouvement qui peignent à grands traits . Mlle Raucourt , dont la plus grande mo-

bilité physionomique était dans le front , produisait beaucoup d'effet dans Médée et Athalie;

APARTE «

L* Aparté est un dise&u^ de quelques partyles qUi ^i censé nfétre entendu^ de personne , quoique V acteur le prononce en présence étuh dutré^; il exige de sa part la plus grande circonspection et beaucoup d'adresse.

L'aparté diffère du monologue par sa brièveté et en ce que l'acteur n'est pas seul. (Voyea Monologue,^

Beaucoup d'acteurs ont la mauvaise habi-* tude d'adresser leur aparté au public , tandis que c^est toujours à eux seuls qu'ils doivent parler ; d'ailleurs dans aucun cas l'acteur ne doit supposer un public devant lui.

Il faut en général faire les aparté sans gestes , ils produisent plus d'effet et ne sont pas d'ailleurs exposés à être vus de l'interlocuteur.

AFPLAUDISSEBIENT.

Approbation du Public.

Que jamais vos regards n'aillent furtivement Mendier la faveur d'un applaudissement.

MANUEL THÉATBAX.. 67

La fureur des applaudissemens produit soufent cette manie de vouloir tout forcer et d'abuser ainsi de son organe et de son feu naturel , surtout parmi les acteurs tragiques et parmi ceux qui jouent le drame , et qui souvent ont plus l'ai r d'énergumènes que de héros passionnés*

Cest en cherchant à provoquer les applaudissemens , que l'acteur montre l'acteur et non le personnage ; toute illusion est alors détruite, et le public n'applaudit plus qu'un manœuvre qu'il veut récompenser de S3ipeine^ au lieu d'applaudir un artiste pour son talent. Il faut que l'acteur oublie le public et que le public oublie Facteur, qu'il ne voie que le personnage ; mais les comédiens veulent toujours faire remarquer leur manière , plutôt que les pensées et les sentimens d'un rôle, plutôt que la physionomie générale de ce rôle.

Quel est l'applaudissement qui doit flatter le grand poète et le grand acteur , c'est lorsqu'un sombre et profond silence règne dans la salle , lorsque le spectateur , le cœur brisé et fœil baigné de larmes , n'a ni la pensée , ni la force de se livrer à des battemens de mains ,, que plongé dans Fillusion victorieuse , il oublie le comédien et l'art.

Une chose qui était particulière à Floridor,

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acteur du théâtre 4e Thôtel de Bourgogne ,' et qui ne s'est pas renouvelée depuis , c'est que le public ne Tinterrompait jamais. Il écoutait ses discours dans le plus profond silence, il lui lais-^ sait jouer ses rôles sans donner la plus légèrç marque d'approbation ; mais les applaudis«e<mens éclataient de toutes parts , quand il en-*entrait sur le théâtre et quand il quittait la scène.

Les nuances mal employées sont celles du mauvais genre , telles qu'on en voit dan$i les talens factices qui ne sont que trop à la x^ddç , et qéahmpins ce sont ces nuancesrlà, même qîiô ïè. gros du public ne cesse d'appjaudir presque toujours machinalement, et souvent sans avoir entendu un seul mot de ce qu'a dît Factqur. C'est surtout à la 6ji d'une tirade qu'on remarque ordinairement ces sortes de tons ou refrains , qui après un grand éclat de voix tombant tout à coup dans le bas , ont l'art de fasciner la multitude et d'arracher les applaudissemens ; illusion moins produite alors par la force du naturel et de la vérité , quç païf ce grand contraste de sons hasardés d'après on ne sait quelle routine d'un nouveau genre de déclamation.

Il y a des comédiens qui n'out presque él^i>li

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leur répaiatioîi, qu'à la fayeuir de cette espèce de dinquam.

Qaand les applaudissemetis èohi ptc^roqtié», ils ie pettyeût qu'égarer les àôtéufs j qui riè sont plus h lâéme de distinguer ceui qui stinl métiiés. L'acteur une foiâ égaré est dondàttiûé à la médiocrité.

Ce qui est beau et vrai l'est toujours ; ce qui ne Vtst pas $ malgré lè^ efforts dé l'imi^igtie » s'anéantît tôt ou tard.

Les applaudissemens qu'on appelait l'approbation du publiq ^ ne pwiireiit plus guère être définis ainsi aujourd'hui , puisqu'ils s'achètent et qu'il y a des charges de claquettif êïi chef ou Mitre claqùèur , qui se lié^ôcië^t et éë vèndtfèt comtA* on veûd des charges dé froCûf ëttr im des oflScés dé notaîtle.

n y a , dit-on maintenant , des directétiî'S jour reûthou^îasme , pour les chutéiirs , pour ÏW rieurs , pour les pïeiïreûrs et pour lés tisseurs.

Atti Italiens , Ceul qtfî à{)pïàùdi^'sënt pàv état , n'en comprennent pas un mot , et its crîèttt à tué tête braira ! brai^issihui !

Eùfait d'applâudisseiflens, iï est des circonstances où une seule personne donne le branle à toute une assemblée :

M. le vicomte de Grave , chevalier de

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St. -Louis, auteur de Varron^ tragédie, étant à lapremière représentation, fit seul le succès de son ouvrage, en s'écriant au dénouement qui n'est autre chose qu'un tour de passe , ahî que cela est ingénieux ! le public sans le connaître le crut sur sa parole , et la pièce qui jusqu'à ce moment avait fort chancelé réussit et fut jouée dix-sept fois de suite. Il est vrai qu'elle n'a pu réussir à la reprise , parce qu'il est rare que le public se laisse attraper deux fois.

APPLOHB.

assurance.

Uidée qu'on parle à des inférieurs en puissance, en crédit et surtout en esprit, donne de la liberté, de l'assurance et même de la grâce.

Démosthènes se promenait souvent sur les bords de la mer , et là il haranguait les flots agités j il s'enhardissait et s'accoutumait ainsi au bruit tiunultueux des assemblées populaires.

U ne faut pas que l'assurance du comédien dégénère en effronterie ; il perd alors l'estime* du public.

MANUEL THéATBA.!.. rjl

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