CONVENANCES THEATRALES
Observations' (les règles^ des usages.
On entend par convenances , bienséances théâtrales , une certaine conformité d'action avec les lieux , le temps et les personnes , c'està-dire l'exacte observation de certaines règles qu'on ne saurait enfreindre ou négliger sans choquer les notions les plus communes ou les moindres ^^^es reçus dans le monde.
Les convenanoU^bbservent dans la ^oix , le maintien , le regard et la marche.
Ordinairement il ne faut pas élever la voix aordessus de celle de son interlocuteur , lorsque celui-ci est placé, par son rôle , au-dessus de vous.
Le maintien doit s'accorder avec la voix. .
Il faut aussi avec prudence ménager ses regards, suivant la qualité et l'importance de la personne à qui Ton parle , ou avec laquelle on se trouve en scène, même sans parler. *
Les convenances théâtrales s'envisagent; sous deux rapports :
lo Le resp^t que le personnage se doit à lui-mêmej il est relatif à son rang et au genre plus ou moins grave de la pièce.
g4 MANUEL THÉAtftAt.
2® Celui que les personnages se doivent entr'eux. Ce respect est de tnêiûe relatif au genre plus ou moins grave de la pièce , mais il a plus de détaché que le précédent.
IfQand , acteur allemand , s'exprime ainsi dans ses Mémoires , sur les convenances théâtrales :
« Nos théâtres actuels ne peuvent plus don*' ner les pièces de Marivaux et de Destouches ^ comme on le faisait il y a ving*cinq ans sur ceux d'Ackermann et de^^SlMler.
» Combien n'étaient^^^pi^as agréables x^es égards respectueux, 6êttb galanterie délicate ^ue Ton avait alors pour les femmes dans -les représentations! Maintenant lés poètes, et j^M souvent encore les comédiens, les trai(X3nt aviep impolitesse et dureté. A peine les honorent-ife d'un regard de côté , et rarement.ils se dérangent de leur chemin quand elles changent de place.
» On s'habille , on arrive sur la scène, on ré^ cite soh rôle comme une leçon , on laisse entrer, sans y faire attention, les membres de la famille et les éttiangers j on attend sa scène à eflfet ; alors on ne prend plus gas^ k rièîrl , on tiraille , quand cela s'échaufie , une demoiselle de condition, comme une servante d'àubeirgé ; on l'étoufle en serrant sa poitrinél contre là
sienne ; on aborde son père comme son valet; et pourvu que cela soit fait avec force, tout est pour le mieuK. »
L'acteur ne doit jamais oublier qu'il estacrteur; il ne doit pas s'ériger en critique d'une pièce qu'il représente : c'est ce qui a lieu pourtant souvent. On voit aux premières représentations sur les differens théâtres , des acteurs rire avec le public ou entr'eux , des défauts d'une pièce dans laquelle ils paraissent.C'est méconnaître leur art, c'est aussi méconnaître leur devoir envers le public , et la ^rbhsidératioiï qu'ils doivent aux auteurs qui leur oAï confié le succès de leurs ouvrages ; d'ailleurs , nous le répétons , jamais l'acteur )iè doit oublier son personnage.
C'est «ncére une inconvenance très-cbndamnàble , de la part des aéteurs qui causent «hlr'etix âù moment où la pièce finit ; ou bîè& qùî , avant que le rideau soît entièrement baissé, s'empressent de quitter la scêiie.
GOSTUMiE.
Usage des diffei'èns tetnps ; terme de peinture pris des Italiens , qui prononcent costoiimè.
gG MANUEL THÉÂTRAL.
Par un roensonge lieureux voulez-irous nous ravir ?
Au sévère costume il faut vous asservir ;
Sans lui , d'illusion la scène dépourvue
Nous laisse des regrets et blesse notre vue. "*
N'a0*ectez pas non plus une vaiue parure > Obéissez au rôle et suivez la nature.
Le public , dont sur vous tons les jeux sont ouverts , Dédaigne vos rubis et ne voit que vos fers. Parcourez donc l'histoire , elle va vous instruire j Cent peuples à vos yeux viendront s'y reproduire. Examinez leurs goûts , leurs peuchaus^ leurs humeurs , Quels sont leurs vêtemens et leurs arts et leurs moeurs*
Le 20 août 1755 , les acteurs français parur rent, pour la piemière fois, sans paniers. On donnait la première représention de VOjpkelin de la Chine. Voltaire abandonna sa part d'au^teur au profit des acteurs pour leurs habits.
LijQguet prétend que mademoiselle Clairon» tout en réformant le costume au T^éâtrcr Français , ne Ta pas rendu plus vrai pour cela.
De nos jours Talma est parfait dans l'a^rt de se costumer.
La sévérité du costume n'exclut pas la grâce : beaucoup d'acteurs , et surtout beaucoup d'actrices , paraissent ignorer cela.
La manière dont on est. convenu de jouer les pièces de Molière , est évidemment traditionnelle; elle est arrivée jusqu'à nous d'ac-
-leurs en acteurs , avec les perruques et les Hoaanchetles du slcde de Lourê XIV ; car il est à remarquer que tandis qu'Elmire et Mariamne sont vêtues en élégantes modernes , le jeune Valère fait Famour en toupet et en ailes de pigeon , et porte un habit brodé et une longue épee j que Cléante semble habillé pour se rendre au lever de madame de Mainlenon , et "Orgon pour recevoir les ordres du père Lachaise. On devrait faire cesser cette irrégularité .
Les acteurs abusent au théâtre des décorations militaires ; le public le voit avec peine. — Dans une vente après décès à Bordeaux , on a vendu le premier costume tragique de Lekain : celui qu'il fit faire pour remplir le personnage de Mahomet. C'est un Anglais qui s'en est rendu adjudicataire; en Angleterre , nous aurions beau faire , nous ne pourrions pas acheter uncheveuy de la perruque de Garrick.