‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 91 sur 131 · RIRE · texte numérisé non relu

RIRE

Mouvement du visage accompagné d^ éclat , et causé par l'expression qu'excite en nous quelque chose déplaisant ou d'agréable.

Ce serait sans doute bien vainement qu'on donnerait des leçons à l'acteur sur l'art de rire; si son visage n'est pas propre à cette expression, il ne pourra jamais la rendre convenablement.

On peut remarquer dans le monde que beau-

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^oup de personnes ont l'air de rire quand elles pleurent.

Nous devons aussi faire remarquer ici qu'il ïi'est rien de plus ridicule que tous ces acteurs Comiques (^plaisanterie à part) qui veulent rire ^vec le public des mots saillans de leurs rôles. On ne peut cependant pas trop leur en vouloir : c'est peut-être un excès de zèle, mais malheureusement ce n'est pas du talent. L'acteur , nous le répétons toujours , doit constamment oublier qu'il a un public devant lui j c'est* donc un des plus grossiers contre-sens qu'il puisse faire, que de s'avancer, dans certains passages de rôle, vers les spectateurs, comme pour les inviter à bien écouter ce qu'il va dire.

ROLES, (étude des)

Application d'esprit , recherche.

La première étude à faire est de lire plusieurs fois la pièce , d'en étudier tous les rôles, et ensuite d'anallser particulièrement le sien.

Que l'étude pourtant se fasse peu sentir , A force d'art craignez de vous appesantir.

C'est à cette étude générale d'un ouvrage que Lekain dut l'ensemble étonnant qu'il mettait dans ses rôles : il remplissait à lui seul tout le théâtre, parce qu'il possédait l'ouvrage entier.

ce qui devait nécessairement rendre le persooiksr nage plus vrai ; car lorsqu'on ne sait que 1^ j derniers mots d^ui discours auquel ou doit rs^pondre y on est exposé continuellement à ne ps^â donner à la réplique toute la vérité qu'ell.^ demande.

Une des plus importantes études à faire sur un rôle, suivant mademoiselle Clairon, est de chercher à lui donner le caractère qu'il exige, et ensuite Tendroit où ce caractère ^ une fois reconnu, se f«it sentir avec le plus de force.

Il n'y a pas descène, dans une pièce, qui ne produise quelque modification sensible dans le caractère du rôle d'un personnage.

Il faut que le comédien juge d'après le caractère de son rôle , quelle attitude et quel maintien il doit choisir pour les scènes tranquilles du simple dialogue, et pour les scènes muettes»

Le comédien doit trouver ordinairement le caractère de son rôle dépeint dans celui des autres personnages , et très -souvent aussi dans les propres paroles qu'il prononce.

Il n'y a qu'une seule manière de concevoir une pensée écrite , il n'y en a qu'une seule de la répéter , et il n'est pas nécessaire de l'avoir créée pour en saisir l'esprit avec autant de jus^ tesse que l'auteur lui-même ; mais d'une pensée isolée à l'œuvre entière, la différence est si gran-^

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de, que souvent une première erreur vous en fait Commettre mille. Avec beaucoup d'esprit, avec ^ne intelligence parfaite, on peut quelquefois ïïial saisir l'esprit d'un rôle. Souvent une pens<3e présente deux sens bien difFérens et tous cJeux semblent être dans la nature d'un rôle : l'auteur lui-même a quelquefois de la peine à décider précisément dans quel sens il Ta conçue, et par conséquent comment elle doit être rendue.

Pierre Corneille avouait (en toute humilité) qu'il n'entendait rien aux quatre vers suivans, de Tite et Bérénice :

Faut-il mourir, madame, et si proche du terme; Votre illustre incoDStance est-eile encore si ferme , Que les restes du feu que j'avais cru si fort, Pussent dans quatre jours se promettre ma mort.

Baron ayant prié Corneille de lui expliquer ces quatres vers, en lui avouant qu'il ne les entendait pas , en reçut cette réponse : « Je ne les ;i entends pas trop bien non plus; mais récitez- » les toujours , tel qui ne les entendra pas les » admirera peut-être. *

D est certain que dans des tragédies pour lesquelles l'entliousiasme s'est le plus prononcé , il s'y trouve aussi des passages dont la réflexion la plus approfondie ne saurait saisir le sens :

faut-il alors faire comme Baron ? Les récite j sans les comprendre !

Dazincourt prétend qu'on ne joue jamai. ^ plus mal un rôle que lorsque ce rôle, représente^ notre propre caractère ou nos pnpres pas sions. Il cite un acteur, joueur effréné . supérieur dans tous les rôles de son emploi : le seul qu'il remplissait mal était celui de Beverley, où Ton devait attendre qu'il jouerait le mieux.

C'est dans l'histoire de tous les peuples du monde que le comédien doit puiser ses lumières ; la lire simplement ne serait rien ; il doit l'approfondir et se la rendre familière jusque dans ses plus petits détails.

On prétend que mademoiselle Mars dît un jour à Monvel : Je suis embarrassée pour jouer mon rôle , je ne l'ai point travaillé. Monvel lui répondit: Le SdLYez-YOu.s parfaitement^ BYezvous de l'âme ? — Oui. — Eh ! bien jouez-le, et cela ira bien.

Lorsque nous avions l'inappréciable avantage de recevoir des leçons du Roscius français, il nous répétait souvent qu!i\ fallait travailler à défaire ; expression qui donne merveilleusement l'idée du principe , que tous les commençans doivent avoir devant les yeux. En effet , on prend toujours le chemin le plus long pour parvenir à son but ; et ce n'est ordinaire—

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ttient qu'à force d'art qu'on devient naturel. Si nous ouvrons les annales théâtrales , nous Soyons malheureusement que tous les grands acteurs qui ont illustré la scène ont payé ce tribut à Terreur de l'humanité. Presque tous ^'ont excellé dans leur art qu'après les plus pé~ Xiibles études, qui toujours continues, et tout en s'éloignant de la nature, finissaient enfin par s'en rapprocher en revenant au point oii elles avaient commencé : c'est bien ici le cas de répéter que les extrêmes se touchent. Mademoiselle Dumesnil , Fleury et mademoiselle Duchesnoy ont été les acteurs nés de la nature ; mademoiselle Clairon, mademoiselle Raucourt et Larive ont été les acteurs de l'art.

Ordinairement la manière dont on lit et dont on conçoit un rôle , la première fois , est toujours la meilleure -, car , comme on l'a déjà dit, l'envie de mieux faire, fait mal faire.

Une méthode générale que l'on peut proposer pour l'étude des rôles est la suivante : I o Lire plusieurs fois la pièce ; 2*^ En analiser l'action ; 3** Lire et étudier son rôle ; 4** Le copier ; 5** Analiser le caractère; 6** Son changement d'expression à chaque

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