‹ Théorie de l'unité universelle (volume 2)Chapitre 89 sur 105 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Équilibre de Classement entre les Séries.

Nous passons de la partie au tout, et des masses inférieures ou simples , qui sont les groupes , aux masses composées qui sont les Séries de groupes affiliés.

Chaque Série étant associée et non pas fermière du tourbillon, elle perçoit un dividende» non sur le produit de son propre travail, mais sur celui de toutes les Séries, et sa rétribution est en raison du rang qu'elle occupe dans le tableau divisé en trois classes, nécessité, utilité et agrément.

Par exemple, telle Série qui cultive les graminées, ne perçoit ni demi, ni tiers, ni quart du produit des grains recueillis : ces grains entrent dans la masse du revenu à vendrenm à consommer ; et si la Série qui les a produits est reconnue de haute importance en industrie, elle est rétribuée d'un lot de 1er. ordre dans sa classe.

La Série qui produit les grains est évidemment de 4re.

classe ou de nécessité. Mais dans la classe de nécessité on peut distinguer environ cinq ordres, et il est probable que celle de la culture des grains sera c tout au plus de 3e. » ordre : je ne dis pas de 1er., car le travail de labour et de manutention du grain n'est nullement répugnant, et doit être classé après les répugnants, qui sont au 1er. des cinq ordres de nécessité.

Le travail des Petites Hordes est le premier de tous. Vient ensuite celui de boucherie, où elles interviennent pour la partie fétide ou triperie.

La fonction de boucher eSt très-prisée dans l'Harmonie : on y a beaucoup d'affection pour les animaux, et l'on se tient très-obligé envers ceux qui ont le courage de les tuer avec toutes les précautions imaginables pou/ leur éviter les souffrances et jusqu'à l'idée de la mort (0.

(i) Dans notre civilisation perfectible, on s'évertue a raffiner les souffrances des animaux, en disant pourquoi sont-ils bœufs, pourquoi sont-ils poulets , pourquoi sont-ils poissons (87, 575) ? Le boucher les entraîne a coups de fouet et morsures de chien dans les. abattoirs fumants de sang , et dont l'odeur les effarouche, leur kit souffrir une mort anticipée. Tout cuisinier éclatera de rire si on l'invite a tuer ou étourdir les poissons avant de les écailler et les ouvrir.

La Série des bouchers harmoniens raffine sur les précautions qui peuvent éviter aux animaux l'idée de la mort. On a soin de laver par un canal et parfumer l'abattoir ; on les y attache en masse, afin que le groupe d'abatteurs les frappe simultanément : on prend enfin toutes les précautions qui peuvent leur éviter la souffrance réelle ou idéale. Le détail de ces soins serait ridicule aux yeux des Français , qui se délectent partout a torturer les animaux, quadrupèdes, oiseaux, poissons et jusqu'aux papillons. L'affection des harmoniens pour les bêtes donne un grand relief aux fonctions d'un boucher intelligent a les ménager , et cette fonction est classée au 1er. rang en nécessité.

D autres fonctions peu considérées parmi nous , comme celle des infirmistes ou curateurs de malades, jouissent en Harmonie de la plus haute considération. Il en est de même de la Série des nourrices et pouponnisles : leurs travaux étant répugnants doivent être classés avant celui du labour, et former avec le travail des Petites Hordes , la section de 1er. ordre dans la classe de nécessité.

Répétons que ce n'est pas la valeur du produit qui est règle de rang : voici à cet égard un problème sur lequel se tromperont tous les civilisés. Si Ton demande laquelle des deux Séries de fiorieohs ou frueticoles doit être classée avant l'autre, chacun répondra que ce n'est pas même un sujet de doute; que les fruits sont infiniment préférables aux fleurs ; que la Série qui cultive les vergers , les espaliers , doit non-seulement être classée avant celle qui cultive les fleurs ; mais que celle-là doit être classée en catégorie d'utilité, et celle-ci en catégorie d'agrément, qui est moins rétribuée.

C'est fort mal jugé : la Série des vergers [ ou des frueticoles], quoiqu'infiniment productive, reste dans la catégorie d'agrément, et déplus elle y est classée au-dessous de la Série des iloricoles qui ne produit pas autant qu'elle coûte; les ventes de graines et fournitures aux parfums ne couvrant pas les frais de culture [des fleurs].

Etudions les motifs de ce classement, déduits des influences d'Attraction en mécanique sociétaire.

Les vergers, en Harmonie, sont des séjours délicieux ; leur soin est le plus récréatif de tous les travaux. Les rencontres de cohortes vicinales , et les amours dont je n'ai pas parlé, s'y joignent à mille autres amorces. D'ordinaire, les sexes y sont réunis, l'un pour le travail de force, l'autre pour celui d'adresse. Tout verger est par-

semé d'autels de fleurs , entouré de cordons d'arbustes : le travail n'y exige guère de tentes roulantes, parce que les arbres en tiennent lieu. Si l'on' ajoute à tous ces attraits, le charme puissant de la culture des fruits, l'avantage de n'être plus trompé sur les espèces ni volé sur les récoltes, de n'être entouré au Verger que de sectaires polis et bienveillants , d'y trouver après la séance un déjeuné ou goûté au castel , d'y être stimulé par une foule de cabales sur les rivalités, on pensera que sur 1000 personnes il doit s'en trouver 999 en attraction pour le soin des vergers , au moins dans quelque branche. C'est une série infinitésimale [ou d'attraction générale], comme cel le du poulailler ( 356 ) .

La secte des vergers , abstraction faite de son produit, est donc la dernière en titres classiques , parce qu'elle est la plus forte en dose d'attraction. D'autres sectes recourront aux expédients pour renforcer d'attraction : celle-ci ne cherchera qu'à diminuer l'intensité d'appât , et ralentir l'empressement général à s'y enrôler.

Quant à la secte des floricoles , elle est fort mal appréciée en civilisation : si son produit est plein de charmes, son travail ne l'est guère ; il exige beaucoup d'assiduité, de connaissances, de soins minutieux, pour un plaisir de courte durée. Sur ce, les amis du commerce [et de la charte] répondront qu'il faut supprimer les fleurs et semer en place des pommes de terre , comme aux beaux jours de Robespierre qui en fit placer dans les carreaux du parterre des Tuileries. Ces semailles morales ne se concilieraient pas avec le mécanisme harmonien qui exige beaucoup de fleurs, soit pour lecharme des travaux champêtres, soit pour l'éducation des enfants, et surtout des filles. C'est par l'amorce des fleurs qu'on les passionne dès le

bas âge pour l'agriculture, et qu'on les habitue aux études, à la dextérité qu'exige cette difficile industrie.

Les fleurs ont en Harmonie beaucoup d'autres titres qui laissent à douter si la Série des floricoles ne sera pas classée dans la 2e. catégorie, au rang d'utilité, d'où chaque civilisé se hâterait de l'exclure en faveur de la Série des fructicoles qui a le tort , « cm est un , d'attirer trop fortement. Or il faut, selon la loi des contre-poids, placer au dernier rang en bénéfice, la Série qui est au premier rang en dose d'attraction.

On peut juger par ce parallèle des fruits et des fleurs , que l'Harmonie, en appréciation de travail, se règle sur des bases fort différentes de celles admises en civilisation, et que la quantité ou valeur réelle du produit , qui serait parmi nous boussole exclusive d'estimation des travaux , ne le sera point dans l'état sociétaire. Il placera au dernier rang l'industrie la plus précieuse peut-être ; car les deux sexes de femmes et enfant» harmoniens vivront de fruits [ ou] crus ou en compote et marmelade, bien plus que de graminées : nous en avons l'indice dans te bas prix actuel des sucres cultivés par les indigènes, comme en Indostan.

D'autre part , des fonctions qui nous semblent aujourd'hui de pure superfluité, comme I'Opéra, seront en Harmonie au premier ordre de nécessité. « Cependant , > diront les civilisés , on peut se passer d'opéra , et l'on • ne peut pas se passer de boulangers ni de bouchers. > L'objection est juste, quant à l'ordre civilisé qui n'est pas susceptible d'attraction industrielle; maison a vu, au livre de l'éducation, que l'opéra est un des plus puissants ressorts pour former l'enfant à la dextérité, à l'unité active en fonctions industrielles ; il est , â cet égard , objet de lre. nécessité, et rétribué comme tel.

En dé6nitive, le classement des Séries est réglé selon les convenances générales, et non selon les produits. Posons plus régulièrement le principe : on estime leur priorité de rang en raison composée des bases suivantes.

4. En raison directe de concours aux liens d'unité, au jeu de la mécanique sociale.

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