CHAPITRE VII
Répartition Hypo-Unitaire , en raison directe du mérite et inverse de
la cupidité.
Constamment j'ai posé en principe que l'homme est fait pour les Harmonies bi-composées [double et quadruple plaisir] ; qu'il ne lui suffit pas même du bonheur composé ni des accords composés, et encore moins des simples, qui ne sont admissibles qu'en relais. Voyez entre autres le chap. VII, Cis-Légom., III, 183.
Appliquons ce principe à la grande affaire de la répartition. Je n'ai élevé l'accord, chdp. 5e., qu'au lien composé , en raison directe des masses et inverse des distances : à ces conditions , ma théorie ne serait qii'au niveau de la newtonienne, qui borne à deux impulsions les lois d'équilibre du système planétaire; il se forme du concours de quatre impulsions , et non pas de deux.
Les ne w Ioniens n'expliquent rien sur les causes des distributions, distances et conjugaisons des astres; ils n'ont déterminé qu'une harmonie d'effets : ils ignorent celle des causes de distribution , réglée par les affinités aromalos d'où natt un contre-équilibre en raison directe et inverse. L'accord des planètes est donc bi-composé comme celui des passions, dont on a vu chacune en accord bi-composé, par les quadrilles de ralliement (385 , 421,450, 461).
Même ordre doit régner dans l'accord de répartition unitaire : j'y ai appliqué, au chap. 5e., les deux leviers newtoniens (505); il reste à en appliquer deux autres pour équilibrer en bi-composé.
En passant des groupes aux Séries, les principes de répartition sont les mômes, quant au fond, sauf modification de forme, c.-à-d. qu'au lieu de rapporter les prétentions à trois titres , Travail , Capital et Talent, on les distingue en Nécessité, Utilité et Agrément. C'est même échelle en importance de fonctions.
Le « droit » de chaque Série est composé, dérivant de divers « mérites » dont il faut estimer l'ensemble par une règle d'alliage. On dislingue en « répartition aux séries ; » c Le nombre des coopèrateurs ; > Le temps donné aux fonctions ; » La balance de force des sexes , •
et attires quelconques à évaluer combinément. On subdivise les séries de classe en séries d'ordre , comme seraient dans la -classe de nécessité,
16 de 1™. nécessité, à . . . . 5,000 fr. 18 de 2*. > à . . . . 4,500 20 de 3e. » à . . . . 4,000 22 de 4e. » à . . . . 3,500 24 de 5e. » à . . . . 3,000 Même échelle en classe d'utilité et en classe d'agrément,
La balance des divers titres [ qui sont : Degré, Proportion], Nombre, « Temps », Force, etc., est une affaire purement arithmétique , dont l'exactitude dépendra des écritures et de l'observation des faits bien faciles à constater. On verra aisément combien une Série d'enfants de tel âge effectue de travail, proportionnément à une Série d'hommes faits. En moins de trois ans on aura des données « régulières > sur toutes ces estimations, où il n'est pas même besoin d'une exactitude bien rigoureuse. Il suffira provisoirement d'une bonne approximation entre sociétaires soutenus € par les » accords intentionnels.
Cette branche d'accords est d' ordre direct, puisque chaque Série doit recevoir en raison directe de ses litres industriels ou mérites. Quelque régularité qu'on mit à les classer et bien constater les droits respectifs, on risquerait de mécontenter les prétendants et échouer en accords généraux, si l'on ne trouvait l'art d'apprivoiser la passion qui désorganise tout dans l'état actuel : c'est la cupidité. 11 faut, pour l'équilibre < concilier » l'accord [collectif] direct de mérites ou titres industriels, avec la cupidité [ individuelle]; amener chaque individu à être d'autant plus ami de la justice, qu'il sera plus avide de gain.
e Y pensez-vous, répond le siècle? C'est la soif du t gain qui pousse les hommes à < l'iniquité > et qui leur » ferme F oreille à tout ce qui est juste et honnête : quand
> l'amour du gain les possède, ce sont des tigres altérés » du sang du pauvre, sourds à tout conseil de modéra- » tion. >
Je sais là-dessus ce que chacun sait , et je répète que c'est en irritant la cupidité individuelle , qu'on va amener les harmoniens à l'extrême équité, et métamorphoser en soif de justice la frénésie [cupide] que nous nommons soif de l'or.
J'ai dit ( 501 ) qu'on ne s'attendait pas à tous les moyens d'accord que fournit l'état sociétaire, et je réservais celui-ci pour le dernier, comme le plus surprenant. Les harmonies hyper-unitaires , décrites au chap. 5, ne seraient point encore suffisantes ; il faut aux luttes de générosité ajouter les garanties de justice. Nous allons en trouver c le moyen » dans la cupidité , sans autre stratagème que d'élever du simple au composé cette passion si odieuse en essor simple.
Bien loin de supprimer le vil intérêt , selon le vœu des philosophes , nous allons lui donner le plus sublime essor, et faire nattre de l'avidité même, la plus éclatante vertu, la justice collective et individuelle. C'est le plus « curieux * des problèmes de substitution absorbante (II, 355); le plus propre à nous convaincre que le docte créateur des passions a bien fait tout ce qu'il a fait.
Il n'est pas, je crois, de sermons plus inutiles que ceux où l'on dit aux civilisés : « Soyez modérés dans votre am- 1 bition ; ne cherchez point & tout envahir; aimez que vos
> concitoyens obtiennent leur part des bénéfices, et sa-
> crifiez, s'il le faut, une partie du votre pour établir la
> concorde. » Celui qui prêcherait pareille doctrine aux marchands, aux procureurs, [aux maquignons], aux paysans, aux civilisés quelconques, serait bien la voix qui crie dans le désert.
C'est par les impulsions cupides qu'on va amener tous les barmoniens à cette justice pondérée : mais n'est-ce point contredire les lois de l'Attraction? J'ai dit qu'elle veut des passions ardentes, insatiables de richesses et de plaisirs : comment de tels hommes seront-ils modérés , désintéressés en distribution des bénéfices? Chacun, s'il est avide de richesses , voudra la part du lion ; et le premier débat sur les répartitions sera [donc un] signal de discorde et de fureurs entre les groupes et les Séries ! Il n'en sera rien. Nous allons les voir sur ce point aussi calmes , aussi philosophes en réalité , que les beaux esprits le sont en paroles. Ce prodige ne tient , je le répète , qu'à élever la cupidité, du mode simple au composé.
Si chacun des barmoniens était , comme les civilisés , adonné à une seule profession ; s'il n'était que maçon , que charpentier, que jardinier, chacun arriverait à la séance de répartition avec le projet de faire prévaloir sa profession, faire adjuger le lot principal aux maçons s'il est maçon, aux charpentiers s'il est charpentier, etc. : ainsi opinerait tout civilisé : mais en Harmonie , où chacun, homme ou femme, est associé d'une quarantaine de Séries, personne n'est intéressé à faire prévaloir immodérément Tune d'entre elles; chacun pour son intérêt même est obligé de spéculer en mode inverse des civilisés, et de voter en tout sens pour l'équité, c Démontrons le fait ^ sous le rapport de l'intérêt , et sous celui de la gloriole ( co-élément d'ambition, 379).
Alcippe est membre de 56 Séries, qu'il distingue en IV. a3
trois ordres, A, B, C. Dans les 12 de Tordre A, il es* ancien sectaire tenant les premiers rangs en importance et en droits au bénéfice : dans les 42 de Tordre C, il esi nouveau sectaire , ne pouvant espérer que de faibles lots; et dans les 42 de Tordre il est en moyen terme d'ancienneté et de prétentions. Ce sont trois classes d'intérêts opposés, stimulant Alcippe en trois sens différents, et le forçant par intérêt et par amour-propre à opter pour la stricte justice. En effet :
S'il y a lésion, fausse estimation du mérite réel de chaque Série, Alcippe sera lésé sur les dividendes à recueillir dans les 42 Séries A oû il excelle. H sera piqué, en outre , de voir leur travail et le sien mal appréciés. A la vérité, cette injustice pourra favoriser les 42 Séries C; mais comme il n'y est que subalterne, rétribué de faibles lots , il ne serait pas compensé des pertes à éprouver dans les 42 Séries A, où il obtient les lots supérieurs. Quant aux 42 Séries B, où il est sectaire moyen, il lui importe également qu'elles soient rétribuées avec justice ; car en obtenant trop , elles préjudicieraient aux Séries A et C : Alcippe ne veut pas être lésé dans les Séries A où il a de fortes parts ; il ne songe pas à se récupérer sur les Séries B où il n'a que des parts moyennes; ce serait duperie évidente. [Il ne veut pas qu'on ravale les séries C, où son penchant Ta enrôlé, et si les séries B obtiennent trop peu, il sera lésé sous d'autres rapports.]
Pense-t-on qu' Alcippe lâchera de faire favoriser les 42 Séries A où il perçoit de forts dividendes? Mais ces 42 Séries sont des trois classes -, environ quatre de nécessité, quatre d'utilité , quatre d'agrément. Si Alcippe obtenait du gain sur les quatre premières, il perdrait d'autant sur les A dernières. Le besoin de justice trinaire est le môme
LITRE IV. SECTION VIII. 55 i
sur ces 12 Séries qui! l'était plus haut sur la balance d'intérêts dans les 56 Séries. Moyennant ce mécanisme, l'individu se trouve , par cupidité môme , forcé à désirer et recommander la justice -, et plus il raffine en calculs d'intérêt, plus il incline à l'équité.
L'impulsion est la même en sens d'amour-propre. Si quelque vice de répartition lésait l'une des trois classes, nécessité, utilité, agrément, Alcippe serait lésé dans les 12 Séries où il excelle, car elles se trouvent mi-parties de ces trois classes. Ni Alcipe, ni d'autres ne voudraient voir leurs travaux de prédilection ravalés et rétribués en dessous de leur valeur c même là où ils sont novices. » Or, pour leur garantir cette juste rétribution sur les douze travaux favorits, il faut que la justice s'étende à tout l'ensemble des Séries distinguées en trois classes.
On pourrait sur ce sujet entrer dans les détails spéciaux et les parallèles de lésion, d'où l'on conclurait que plus un homme sera cupide et spéculateur en intérêt, plus il opinera pour la plus stricte justice, tant par intérêt que par amour-propre ou gloire (379). [Appliquer à Alcippe, à ses 36 Séries,' le théorème de l'influence du carré du terme moyen de Série, égale à l'influence du multiple des extrêmes. Traiter en Série arithmétique et non géométrique, quia homme basse puissance, ita en masse et distance, moindre degré que planète.]
Voilà donc la cupidité d'accord avec toutes les impressions nobles, dont nous avons détaillé les influences à la section des ralliements. On a vu que par impulsion des 16 ressorts de ralliement, chacun n'apporte en séance de répartition que les vues les plus généreuses : or, quand toutes les opinions et tous les intérêts s'uniront à vouloir [avec les accords intentionnels] la générosité et la justice,
comment pourrait-on ne pas y arriver , surtout avec les moyens d'estimation régulière exposés dans ce chapitre et au précédent.
D'ailleurs, une légère inexactitude en évaluation ne préjudicierait à personne ; car on sait que si on obtient plus dans une Série, moins dans une autre, on se trouve à peu près en balance, et dans ce cas il n'y a pas de lésion réelle. Ces minuties de détail pourraient-elles troubler l'union, dans une société t)û tous les âges et les sexes enthousiasmés de leur bonheur social, n'arrivent aux débals de répartition qu'avec l'intention de tout sacrifier au maintien d'un si bel ordre ?
Ajoutons que si on tésait involontairement une Série , effet qui pourrait avoir lieu^ans intention et par suite d'erreur générale, on sj£»percevrait bien vite au ralentissement d'attractiow^n y verrait de la désertion , de la tiédeur; d'où l'on conclurait à la renforcer d'attraction, soit en modifiant l'assortiment de caractères ou clavier passionnel, soit en lui allouant une indemnité provisoire sur le fond de réserve composé du lot abandonné par les Petites Hordes, soit en l'élevant en «degré» à la répartition de Tannée suivante. Ainsi les erreurs involontaires qu'tm pourrait commettre, seraient réparées aussitôt qu'aperçues. Le défaut d'expérience et les lacunes d'attraction causeront au début bon nombre de ces erreurs ; mais en moins de trois ans, l'on arrivera à des données expérimentales et certaines sur tous les menus détails d'équilibre, et ie travail de répartition ne sera qu'une routine familière dès la 3e. année. Quant à la ire., chacun abonnera d'avance (Epi-section) en lot industriel.
11 résulte du mécanisme décrit ci-dessus, que l'ordre
sociétaire, en fait de répartition, a les propriétés inestimables :
D'absorber la cupidité individuelle dans les intérêts collectifs de la Série, etc. , et d'absorber les prétentions collectives de chaque Série, par les intérêts individuels de chaque sectaire dans une foule d'autres Séries.
C'est une Harmonie directe et inverse; harmonie Bi- Composée, en ce qu'elle concilie d'une part l'intérêt des individus par celui des masses, et d'autre part l'intérêt des masses par celui des individus. Elle réunit la justice d'intention & celle de spéculation ; justice qu'ils n'acquerraient pas en lisant le Digeste et les Pandcctes; ils n'y puiseraient que les règles de justice simple et fausse, que l'art d'établir ta duplicité d'action, le conflit entre l'intérêt collectif et l'intérêt individuel, qui se soutiennent en double sens dans le mécanisme sociétaire.
Ce prodige est dû principalement à l'essor de la passion anti-philosophique, dite Papillonne, qui, réduisant à une heure ou deux l'enthousiasme industriel et la durée des séances, donne lieu à l'enrôlement de chaque individu dans une quarantaine de Séries, au lieu d'une seule a laquelle il faudrait se borner selon les monotones usages de la civilisation, cqui» oblige un homme à faire du matin au soir, et du 1er. janvier au 51 décembre, toujours la même chose; toujours des souliers, toujours des plaidoyers : que de monotonies pour l'esprit et le corps , y compris celle du devoir conjugal , obligé selon Sanchez !
Analysons en thèse régulière le brillant effet de justice harmonienne que je viens de décrire ; on peut le réduire à deux impulsions, dont l'une milite en raison directe du nombre de Séries que fréquente l'individu , et l'autre en
raison inverse de la durée des Séances de chaque Série. Nul théorème n'est plus digne d'attention.
1°. En raison directe du nombre de Séries fréquentées. Plus ce nombre est grand, plus l'individu associé à tant de Séries se trouve intéressé à ne point les sacrifier toutes à une seule, et à soutenir les intérêts de 40 compagnies qu'il chérit, contre les prétentions de chacune d'entre elles.
2°. En raison inverse de la durée de leurs travaux. Plus les séances sont courtes et rares, plus l'individu a de facilité à s'enrôler dans un grand nombre de Séries dont l'influence ne serait plus balancée, si l'une d'entre elles, par de longs et fréquents rassemblements, absorbait le temps et la sollicitude de ses sectaires, et les passionnait exclusivement. C'est pour éviter ce vice qu'on a recours aux emprunts de cohortes vicinales et autres expédients abréviatifs.
Dans ce mécanisme, la philosophie trouve enfin le gage d'équilibre qu'elle a vainement rêvé, le secret d'armer l'individu, l'égoïste, contre ses propres passions (effet de cupidité composée) , et le secret d'harmoniser la masse par la droiture des intentions individuelles.
En admirant ces doubleséquilibres, ces doubles miracles du mécanisme sériaire, observons que sa boussole est Une : toujours la déférence rigoureuse au vœu des trois passions neutres ou dislributives, toutes trois développées constamment et combtnément dans le régime sociétaire, qui satisfait :
11e. La Papillonne, par la plus grande variété possible en fonctions individuelles -,
10e. La Cabaliste, par le classement trinaire des intrigues, leur contraste méthodique, [et l'échelle bien
nuancée des espèces d'industrie dont la Série est le genre. ]
42e. La Composite, [charme composé permanent] par intervention combinée dés quadruples ressorts d'enthousiasme et d'équilibre.
Ces trois passions sont donc l'oracle qu'il faut consulter sans cesse, dans tout problème sur le dispositif de l'Harmonie. Leur application est le sujet le plus propre à exercer un étudiant : faisons-en le sujet d'un problème d'équilibre momentané et limité à une journée seulement.