LITRE III. SECTION V
civilisés, sous des dynasties légitimes, les biens que la révolution avait promis en vain.
Que d'entreprises vont s'écrier les hommes à courte vue. Ils ignorent que le succès est plus facile dans une opération bi-composée que dans ime simple. Ici toutes les tentatives auraient réussi l'une par l'autre : il eût suffi de les toutes mener de front; tandis que la tentative isolée d'une seule restauration devait les faire avorter toutes.
C'est ce qui a eu lieu : l'Europe n'a envisagé qu'une seule affaire sur quatre , que l'intérêt interne ou répression des partis. Les mesures ont été si maladroitement conduites, qu'au bout de*7 ans on voit, à l'intérieur de l'Europe , les partis plus envenimés que jamais ; et à l'extérieur, laebrétieirté avilie par les Barbares, l'Amérique échappant à ses envahisseurs, et les flnanoes périclitant de plus en plus dans tous les empires , dont chacun accumule emprunts sur emprunts.
Expliquons comment une politique judicieuse eût réussi sans efforts, en menant de front tontes les opérations indiquées.
L'Europe , à l'époque appelée restauration , avait en tout pays un superflu de troupes qu'il eût été bien plus sage d'occuper utilement que de licencier. C'est en parité le licenciement qui a développé eu attisé les giermes de discorde;
L'Europe avait de plus unemassede vaisseaux inutiles, notamment les 40 pris à la France dans le port d'Anvers.
II y avait donc surabondance de matériaux poiu* une expédition d'tniérêl et de gloire externes : on va voir comment elle eût garanti les deuxavantages d'intérêt et gloire internes.
L'Europe devait débuter parla punition des pirates barbaresques, bourreaux des chrétiens. Mais pour attaquer le mal à sa source, il fallait expulser d'abord les Scythes campés en Europe , et renvoyer le Sultan turc à Bag'dad. Il n'avait aucun moyeu de résistance, ni flottes, ui armées. La confédération, en l'attaquant brusquement par terre et par mer, l'aurait en une campagne relancé au delà d'Alep, et confiné entre ses ennemis naturels, les Persans et Vahabis, et les Druses chez qui on aurait rétabli un roi chrétien à la résidence de Damas et Jérusalem.
Les biens confisqués sur les Turcs auraient payé les frais de l'expédition. La seule population grecque aurait suffi à contenir les Turcs d'Europe, après l'évacuation de Constautinople.
Ensuite les Barbaresques intimidés auraient été astreints à livrer des postes sur la côte, pour les garnisons destinées à observer le pays.
Après cette restauration externe , l'Europe aurait envoyé, aux étafs rspagtK)ls d'Amérique, sa flotte p(^ur leur donner upe organisation
régulière, mettre nn terme am guerres citilet, et installer des ptinees tirés des diverses maisons d'Europe.
Sur ce plan d'expédition tttile>et glorieuse, chacun se hât« d'objecter la difficulté de concilier les intérêts des diverses coorennesi Mais comment se fait-il qu'on les ait toutes conciliées depuis sept ans pour taire l'opposé de ce qu'exigeaient leur intérêt et leur gloire f Ck)ntinuoDs l'examen des résultats de cette opération , dont Je ne dois donner îd que l'aperçu.
Elle aurait produit d'emblée l'effot tenté pendant sept ans par les princes confédérés , la destruction du favx libéralisme et la substttntion du ?rai.
Que sont ces ebimères de libéralisme dont l'Europe s'efAraie an point de se jeter dans le» bras de ses ennemis naturels ? ressusciter la poissaoce ottomane qui tombait de caducité? la recréer pour l'opposer au pygmée qu'on nonune libéralisme ? L'Europe, lorsqu'elle s'en fait'nn épouvantail , n'est-elle pas l'image de Dom Quichotte se battant contre des moulins à Tent, et autres enpemis imaginaires que lui crée son esprit déréglé?
La révolution et le demi-grand homme qu'elle âeva sur le pavois avaient habitué les esprits à des illusions de liberté , puis à des fumées de grandeur. Les peuples une fois engagés dans un sentier de chimères n'en sortent pas au gré d'un nouveau maître. Les illusions , vicieuses ou non, sont un albnent qid devient, comme le tabac, besoin impérieux pour qui en a contracté l'habitude ; et c'est bien mal connaître le noonde social, que de penser qu'on le fera rétrograder à volonté. Il fallait le satisfaire, outrepasser même ses désirs, en l'élevant à la vraie liberté, à la vraie grandeur, qui se trouvaient réunies dans l'opération indiquée. Elle eût électrisé les nations et absorbé le faux libéralisme. Les agitateurs sont impuissants quand l'esprit des peuples dédaigne leurs doctrines et en reconnaît la fausseté. Chacun aurait vu la véritable grandeur dans l'afh'anchissement des terres et des mers, la répression des Turcs, Barbaresques et bourreaux des chrétiens, l'ouverture des deux Amériques et de l'Egypte au commerce général.
Auteurs d'un tel bienfait, les princes confédérés seraient devenus les dieux de l'opinion. Bonaparte avec ses folles conquêtes et sa tyrannie aurait semblé un avorton de grandeur, à cdté des entreprises utiles et glorieuses de la confédération. Qu'ensuite elle eût donné aux Européens et Américains ces Jiochets qu'on nomme constifutlons représentatives, qui ne sont qu'une rose pour augmenter les impôts , die n'aurait eu à redouter aucun agitateur, et parce que l'imagination des peuples eût été électrisée . et parce que les bénéfices de cette restauration auraieni satisfait les ambitions particulières, tout en servant la insf ice.
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Une créatioD de phutourt empires et de nombreiiz royaumes (*)» dans rOrient, l'Afiriqae et les deox Amériques, amnlt été suffisante pètore ponr les prétendants et les personnages à indemniser. Tons les princes d'Eorope et tons les ambitleax aoralent été pour? os. Telle devait ètse la TiAKsiTioH cowosit iSGiiiDi.!iTi de l'état révolutionnaire à l'état de restauration. (Observons que je ne parie pas ici de voies nltra-dvilisées, voies de garantisme, etc. ; je ne spécule que sur les méthodes et moyens essentiels de la cifUisation.)
Au lien de sirivre cette marohe, Wg confédérés ont spéculé sur une nuiTsiTioii siMPLB DiscBiiDAiiTB ; uttc méthode qui ressuscite et retrempe les Barbares et qui transforme en ennemis les classes de civilisés qu'on pouvait employer ponr l'intérêt et la gloire des souverains et des nations.
D'où vient cet aveuglement f De ce que les philosopbes qui régentent le monde civilisé n'ont jamais connu que la politique simpliste qu'Usent enseignée à tout ce qui existe. Imbus sans le savoir des doctrines philosophiqnes, les souverains et leurs ministres ne rêvent que des plans de simplisme, et tombent en tons sens dans la duplicité d'action inhérente au simplisme. Observons-la seulement sur quatre points.
I». Traite, 2f>, L^^itimité. S"». ReligUm, 4». RévolutUm.
i°. Tbaiti. Les souverains , sur l'invitation de l'Angleterre, signent à Vienne l'abolition de la traite des nègres. Depuis ce temps , il arrive que la traite se fait ouvertement sous le pavillon des signataires, avec redoublement de cruauté; que la puissance qui avait |M*op08é l'abolition de la traite, en tolère la continuation , pouvant l'empêcher à volonté; qu'elle protège en outre la traite des blancs, faite par les Turcs dans tous les pays grecs , dont ils emmènent les femmes et les enfants en esclavage.
2f*. Légitimité. Ce titre est donné à un gouvernement où la soldatesque joue aux boules avec les têtes de ministres, massacre ses sou- Terains, et tout récemment Sélim et Bairactar.
D'autre pari on méconnaît les familles les mieux fondées en titres ; le
(*) EiPiBES : Constantinople , Alep ; le Caire ( suzerain des Barbaresques ) ; les Antilles » le Mexiqw ; Bvénos-A^es pour toute V Amérique méridiono/e.
RovADBES : Da^ios , Valachie , Servie , Albanie , Ëffire, Morée, et divers en Amérique méridionale.
Cessions diverses aux princes d* Europe; Moldavie et Mingrilie aux Russes; Bosnie à V Autriche; Candie à V Angleterre, i .500.000 habitant; à la France , en contiptité, eic, , sauf détails.
. 526* AssocUTion composée.
descendaDt de Goslare'Adolphe. H n'était rleo de (dus légitiiiie que la dynastie Vasa : elle a commis le crime de résistance à Bonaparte; elle n'est ni légitime, ni indemnisée. On objecte des convenances politiques : mais si on avait bien opéré, le jeune Vasa serait aujourd'hui place sur l'un des trônes d'Orient ou d'Amérique, ei ne regretterait pas celui de ses ancêtres.
9*, Rbugiox. Elle nous enseignait à préférer les chrétiens aux inGdèles. Aujourd'hui pour être dans le sens de la religion , il Tant révérer lésScytheSiViassacranties chiens de chrétiens, fumant la pipe sur les cadavres de leurs prélats crucifiés, et enlevant leurs enfants pour les élever au mahométisme.
4°. RÉVOLUTION. Il s'agissait de la terminer; on travaille à l'organiser chez les Barbares qu'on vient de révolutionner et retremper. On leur a enseigné tout le grimoire de 1793 ; les levées en masse , l'art de battre monnaie en coupant les tètes des riches chrétiens; aujourdlmi les Grecs, à demain les Francs : qui sait comment se terminera la crise, quand toutes ces hordes levées en Turquie rentreront chez elles sans le pillage promis?
C'est le simplisme qui a conduit l'Europe à toutes ces duplicités d'action; la politique engagée dans ces fausses positions en est venue an point de ne pouvoir plus s'entendre elle-même, ni sur les principes, ni sur les résultats , ni sur les voies.
On se comprend fort bien, réplique-t-elle : on n'a que faire de tant de principes; on veut à tout prix se délivrer de ces agitateurs qui conproraettent la sûreté des trônes. Sans doute c'est bien vu ; mais il ne fallait pas opérer à contre-sens; imiter l'ours de la fable, qui, pour chasser une mouche du nez de son ami, lui lance un pavé et « Casse la fête à l'homme , en écrasant la mouche. » Ainsi a fait l'Europe , en opérant par voie répressive . au lieu d'opérer par suhsUtaiion absorbante. Elle a donné depuis 7 ans de la consistance à un parti qui n'aurait pas même paru en scène, si on eût su employer l'absorption au lieu de la^rcpression ; si on eût su mettre en jeu une transition composée ascendante , au lieu d'une simple descendante qui a pour résultat évident l'accroissement des Barbares, l'humiliation des civilisés et leur unité pour la seule duperie.
D'où vient que l'âge présent ne produit ni grands hommes, ni grandes choses ? que la confédération européenne , en pleine paix et pourvue d'immenses moyens, se trouve paralysée par la fausse position où elle s'est placée; tremblant devant des partis qu'elle a maladroitement créés; tremblant devant un Sultan dont elle devait sans coup férir se partager les états ; tremblant devant l'Angleterre , qui elle-même fléchit devant les pirates et les négriers, et tombe en double avortement, après
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atfe teiitatîf e contre Algei% aussi inutile que les élucnbrations et bills du parlement contre la traite?
Tant d'impéritie provient, je Fai dit, de ce que les princes et diplomates ont tous été élevés par des philosophes, qui les ont façonnés au siiPusxE, aux mesquines conceptions, à une politique étroite, répressive, incapable d'aspirer à de nobles trophées, ni d'exciter aucun enthousiasme.
Il eût fallu qu'un prince moins petit que son siècle méditât les moyens de conquérir l'opinion au lieu de l'étouffer; reconnût que tout est à créer en mécanique civilisée; que le continent, dupé par une puissance qui attise les factions , devrait opposer la politique magnanime à la machiavélique; enfin, que l'Europe, en spéculant sm* de glorieuses et utiles conquêtes , n'aurait pas fait le quart des dépenses qu'il en a coûté pour paralyser le continent par ses divisions internes , pour asservir le monde au monopole , à l'obscurantisme et à la barbarie, pour entretenir le volcan des révolutions, l'ulcère des dettes publiques , et le mal-être général.
Tel était le sujet à traiter dans cet enfr'acte : il devient invraisemblable, suspect d'illusions et de vues exaltées, n'étant pas étayé des calculs que cette section y aurait appliqués.
Entre-temps : il est bon de remarquer que la théorie des passions peut être utile même à ses détracteurs , même aux partisans de la civilisation , puisqu'elle donnera à ceux qui douteraient de la possibilité de passer à l'Harmonie, des méthodes pour régulariser les opérations les plusimportantes de la politique civilisée, tout-à-fait fourvoyée et dupe d'elle-même, pour n'avoir pas su absorber le libéralisme, opposer les grandes actions aux grands verbiages, et les hautes combinaisons d'utilité et de gloire, aux petitesses de l'esprit de parti.