‹ Théorie de l'unité universelle (volume 4)Chapitre 85 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du Cbarme composé permanent » on double prodige qui nait de

l'Harmonie passionnelle.

C'est ici une application des principes établis au VU®, chap., (2®. partie, 184); le monde civilisé est si neuf, si abusé sur la question du bonheur, qu'il faut, selon

548 ASSOCIATIOH COMPOSÉE.

Gondîlbo» refaire son eaieBdement sar ce sujet, et ajouter aux théories beaucoiq» d'instmciioDS praticpies. Appliquons donc le principe de bonheur composé, aux aperçus déjà donnés (193).

Je pourrais dédier ce chapitre aux femmes; il ya josiifier leur penchant pour la mi^ie , tout en la rédiHsani à sa JQ^ râleur (i). Donnons irois exemptes de cette magie sociétaire , éite charme composé permaneiU.

lo. Double prodige en richesse. Les civilisés s'estiment fort fceareiix quand , pour fruit de leurs travaux , ils arrivent 4 Faisance après quelques années de privations. Les 7/8 d'entre eux sont réduits à supporter le dénûment pendant la jeunesse, pour n'atteindre , en fin de compte, qu'à la pauvreté dans la vieillesse. On peut donc nommer classe avantagée, celle qui, pour prix d'une jeunesse laborieuse 9 acquiert l'aisance eu « petUe » fortune dans l'âge moyen, à 40 ans , où l'on est encore à temps de jouir. Un tel succès est un demi-prodtge, vu les difficultés à surmonter; et il y a prodige complet, lorsqu'on débutant sans capitaux, on arrive par industrie à la grande

(i) Eh ! quelle est cette juste valeur ? Nos sages se presseront de répondre que la magie est une charlatanerie à interdire; fy souscris , pourvu qu^en réprimant tels charlatans , on n^en accrédite pas de plus dangereux , comme il est arrivé dans la civilisation moderne.

Qu'avons-nous gagné k confondre les vieilles chimères de magie et de sortilège ? Nous sommes tombés de Scylla en Gharybde : et je puis prouver que , chimère pour chimère , Tancien règne de la magie blanche ou noire était bien plus rapproché de la nature que le règne actuel des magies économique, civique, philanthropique, idéologique , par lesqudles on mystifie les nations plus lestement qu'aucun magicien n'ait jamais mystifié les individus.

fortane dès Tftge de 40 ans , ce qiû est iDininient diffieiie en civiKsation.

Mais si on arrivait à la grande fortane de bonne benre, à 20 ans , sans versement de capitaux et sans autre effort que de se livrer immodérëment aux plaisirs de toute espèce , le charme serait double , il y aurait prodige de faire grande récolte sans semaiHes apparentes, et prodige d'obtenir la fortune par l'exercice des ptaisirs qui, en civili* satioB, la font perdre si souvent à qui la possède.

Chacun en Harmonie voit s'opérer en sa faveur ce double miracle. En effet , les travaux y étant transformés en plaisirs lucratifs et attrayants , chacun arrive à la fortune par Texercice des plaisirs ; et on y arrive de bonne heure » à 20 ans , à i 0 et à 5 , puisqu'un Harmonien jouit de tous les biens enviés par nos gens opulents. La bonne chère y les chevaux, tes voitures^ les meutes, les spectacles et (êtes continuelles, sont en Harmonie l'apanage du plus pauvre des èlres ; et comme tout plaisir y est payé , parce qu'il est utilisé en système général, comme on paie en dividende poportionnel les groupes qui s'adonnent à la chasse , à la musique , aussi bien que ceux qui exercent à la charrue devenue attrayante , il arrive :

i^. Que l'Harmonien, dès son jeune Age , recueille sans semailles , puisqu'il n'a songé qu'à se divertir.

2e. Qu'il s'enrichit par l'exercice de ces nombreux plaisirs qui aujourd'hui le ruineraient en peu de temps.

C'est donc en sa faveur [un charme composé et non pas simple], un double prodige permanent sous le rapport de la richesse. Passons à d'autres miracles composés.

20. Double prodige m êontd. Il est de règle parmi nous, qu'on doit user modérément des plaisirs, afin de ménager le corps ; et l'on regarde comme prodige fa-

KSO A8S0CUTI01I COMPOSEE.

yantage bien rare de consenrer la sanié en se Taotrani dans la débauche. L'antiquité s'étonna de ce que Néron conservait une pleine vigueur , après 18 ans d'excès habituels.

Si cet usage inunodéré des plaisirs devenait voie de santé f si celui qui s'adonnerait le plus aux jouissances quelconques, devenait l'homnie le plus robuste, un tel effet serait double prodige tout à fait inconcevable dans les mœurs civilisées , où chaque plaisir entraîne communément à des excès qui compromettent la santé ; tandis que dans les Séries pass., où il existe partout des contrepoids fondés sur la variété de jouissances, chacun gagne • en vigueur à proportion de son activité à figurer dans les plaisirs de toute espèce.

Démontrons : l'homme qui aura parcouru dans le cours de la journée c trente » sortes de jouissances, aura donné à chacune c environ » une demi-heure. Celui qui n'en aura parcouru que « quinze t , y aura donné le double de temps , environ une heure à chaque.

11 est évident que celui qui n'aura donné qu'environ une demi-heure à chaque plaisir, aura beaucoup moins abusé , moins commis d'excès , que celui qui donnant une heure à chaque séance , n'aura goûté dans sa journée que •4 quinze » plaisirs au lieu de c trente. »

Si vingt hommes se plaignent d'indigestion , le lendemain d'un grand repas, on peut assurer que dix-neuf d'entre eux auraient échappé à l'indigestion, si le repas eût duré moitié moins. Les généraux d'Alexandre firent une orgie d'ivrognerie et gloutonnerie à la suite de laquelle 42 d'entre eux moururent le lendemain ; cette orgie avait duré toute la nuit. Chacun pensera que si l'orgie n'eût duré que le quart du temps , il n'en serait pas mort un

LITIIE I. SECTION U. 551

seul ; car oa aurait évité les grands excès qui , d'ordinaire, n'ont lieu qu'à la fin du repas , et dans les séances trop longtemps prolongées.

En partant de ce principe , on doit conclure que plus les plaisirs seront nombreux et fréquemment variés , moins on pourra en abuser; car les plaisirs, comme les travaux y deviennent gage de santé quand on en use modérément. Un dîné d'une heure, varié par des conversations animées qui préviennent la précipitation et la gloutonnerie , sera nécessairement modéré , servant à réparer et augmenter les forces, qu'userait un long repas sujet aux excès, comme les grands dtnés de civilisation.

L'Harmonie qui présentera , surtout aux gens riches, des options de plaisirs d'heure en heure , et même de quart d'heure en quart d'heure, préviendra donc tous les excès par le seul fait de la multiplicité des jouissances ; leur succession fréquente sera un gage de modération et de santé. Dés lors chacun aura gagné en vigueur, à proportion du nombre de ses amusements. Effet opposé à ceux du mécanisme civilisé , où la classe la plus voluptueuse est partout la plus tôt dépourvue de vigueur. On ne doit pas en accuser les plaisirs , mais seulement la rareté de plaisirs , d'où natt l'excès qui semble autoriser les moralistes à condamner la vie épicurienne.

L'ordre sanitaire, ou équilibre et modération dans l'usage de nos sens , nattra donc de l'afiluence même des plaisirs , aujourd'hui si pernicieux par les excès que provoque leur rareté. Un tel résultat sera double prodige, charme composé permanent, relativement à la santé.

10. Il transformera en gage de vigueur cette vie épicurienne qui , dans l'état actuel , est voie de perdition , tant de la santé que de la fortune.

553 A8S0GUTI0N. C(»fPOa£c.

SP. En prodîgaaDt aux viehes ces aUornais cooUnueU de plaisirs» il transformera ea voie de saaiè la riehesse , qui aujourd'hui n'est communément que Toie d'affaiblissèment; car la classe riche est toujours la plu» sujette aux maladies; témoins les gouttes» rhumatismes et autres maux qui s'acharnent sur le prélat et le ministre, et n'entrent pas dans la cabane du paysan» où d'autres maladies» comme les fièvres » ne pénètrent que par excès de tra;rail et non de plaisir.

Ici $e trouve résolu le problème posé {55i)sur la goutte et les germes de maladies à transformer en germes de Ti*gueur. La Goutte ne provient que des abus de bonne ckére ei autres jouissances ; elle rentre dans la théorie iéquOibre sanitaire que je viens de décrire, et qui fon-dmU les contre-poids sur taffiuence et la rapide succès^ sian des plaisirs , métamorphose en gage de santé toute jouissance dont Fabus est germe de maladie en civilisation.

3®. Double prodige en mécanisme. Je l'ai dèji énoncé : c'est b propriété qu'ont les Séries pass, d'élerer les économies en raison de la mukiplicité des caprices et raffinements sensuels.

Ob a TU» à l'article boulangerie (page 396)» qu'une Phalange peut fabriqjoer trente sortes de pain & moins de frais qu'un seul pain qui» par sa monalitè d'espèce» aurait le vice de ne point exciter les rivalités ci^listiques» et qui par suite ne répandrait aucun charme sur les travaux» ne mettrait pas en jeu les leviers économises de TAttraction.

is regarderions déjà conmie pvodige économique, e BMmer un traÎB de vie fastueux» sans dépenser ne si on vivait dans la médiocrité; <pie sera-ce de

rartde dépenser beaucoup moins dans le grand faste, que si on végétait dans la vie bourgeoise ! U y aura encore dans ce résultat un prodige redouUé ouchame eomposé, dont on yerra Textrême facilité dans los d6ta3s qo» seront donnés postérieurement.

11 suflBt d'avoir cité trois de ces effets miracuteui, pour désigner ce que j'entends par le charme redoublé, qui est propriété constante des Séries pass. : le monde une fois organisé selon cette méthode verra, dans chacune des fonctions sociales, s'opérer ces doubles miracles qui seront un sujet d'enchantement continuât pour les Harmoniens , et d'activité incalculable dans leurs travaux.

De là naftronl deux passions bien inconnues parmi nous: l'enthousiasme pour Dieu, auteur d^un si bel ordre social , et la philanthropie ou amour de tout le genre humain, du commerce de qui on recueîUera, â cha<pie pas, tant de bienfaits composés. Ces deux passions nouvelles ( et faisant partie de la foyére X uniléisme ) seront si puissantes sur les Harmonîens , que les louanges de Dieu s'entremêleront à tous leurs plaisirs, et que FhospitaKté y sera partout plaisir au lieu de vertu.

Les prodiges composés, tels que je viens de les décrire, sont des effets si étrangers à l'ordre civilisé, que les lecteurs ne pourront pas admettre »e perspective si brillante ; elle n'excitera que des obyeclions d'impossibilité et de vision magique.

Je ne me dissimule pas ce vice apparent ; mais je pose rigoureusement la thèse du charme composé ou double miracle, comme propriété inhérente à tout mécanisme de Séries pass. bien équilibrées, omettrai toute l'exactitude possible à en fournir des preuves qui ncA-seulement lèveront tous les doutes , maïs démontreront que j'affai-m. . 24

o^4 ASSOCIATION GOMPOSiSe.

Mis encore le tableau , et qae souvent le charme , au lien de se borner au mode composé ou double prodige, s'élëyera au sur-composé ou triple , au bi-composé ou quadruple miracle (i86) (0.

Un indice propre à fonder, par analogie, notre confiance étant de bonne fortune , c*est Taspect des résultais contraires que donne en tout sens Tordre civilisé. On n'y voit partout que malheur composé , au lieu de charme composé.

J'ai remarqué cet effet dans le sort des industrieux; on peut y analyser facilement non pas deux ni trois, mais une kyrielle de disgrâces qui (i 91) élèvent le malheur du peuple au degré bi-composé et omni-composé.

Le travail, dit TEcriture, est une punition de Thomme : Adam et ses enfants furent condamnés à gagner leur pain à la «sueur de leur front. Avant ce châtiment, le bonheur

(i) Les magiciens et leurs disciples sont coupables d'an tort :indëpendaot de celui de cbarlatanerie ; c'est le ion ie simplisme (je ne peux.pas dire simplicité ni simplesse, mots qui offrent deux sens étrangers \ celui que je vais exprimer ).

Nos magiciens passe's (car il n*en existe plus) s*e'tudiaient k opérer des miracles simples; cVtait méconnaître la destinée de Phomme , qui est composée , et ne tend qu'aux effets composés. Nous devons, en fait de miracles, aspirer ^ obtenir double prodige ou rien ; toute merveille simple étant hors du cercle des destinées humaines, excepté les cas ou le simple figure en relais du composé.

Une merveille simple ne remplit point les yœux de Thomme , qui , stimulé par la la*, passion , la G)mposite , ne peut s'accommoder ni d'un bonheur simple , ni d'un prestige simple. 11 veut non-seulemeitt le composé ou double enchantement, mais il le veut en permanence. Tel est l'effet réservé aux Séries pass. , mécanisme qui produit en tout sens lès doubles miracles dont on ▼a jouir )l yolonté par tout le gl<^.

primitif de rhomme était de D*ayoir rien à faire , comme est le dimanche notre populace. Il est donc bien reconnu, même en religion , que le travail civilisé est pour Tbomme un état de malheur, et qu'il est plus prés de la nature en se livrant à des illusions de sort enchanteur, qu'en ajoutant foi aux prétendus charmes que la philosophie lui promet sous le chaume.

L'Ecriture , en nous disant la vérité sur le malheur attaché au travail actuel , n'a point dit que cette punition ne dût finir un jour et que Thomme ne pût revenir au bonheur dont il jouissait primitivement. Pour se fortifier dans cet espoir, il faut méditer sur la thèse de destin dualisé (II, 54); sur celle des Attractions proportionnelles . aux destinées (II, 51S) ; puis sur Tévidence de contre-destin que dénotent les malheurs amoncelés sur l'homme industrieux : j'en ai compté 16 ( 191 ) , en observant qu'un plus exercé pourra aisément porter au double cette série. En effet, j'en trouve aujourd'hui, sur un vieux, manuscrit , une autre gamme non portée dans la précédente.

Autres disgrâces de VIndusirîeux (191).

^ Il est accablé par le malheur idéal , par l'aspect de quelques-uns de sa caste ^ qui, favorisés d'un héritage imprévu, d'un gain de loterie, etc., ont échappé au mal-être : ces exceptions de fortune viennent périodiquement aigrir les privations de la masse dépourvi:(e du nécessaire.

1. Il supporte seul les corvées dont le riche est exempt, et, par contre, il est seul privé des droits naturels, chasse, pèche, etc. , dont le riche est en possession.

S. Il est sujet aux mutations d'emploi, transporté à

SS6 AssoeuTiON coiiposifi .

des foDctbos dont il b'i aneune habitude et qui sont pour lai m redeoblement d'eanoi.

3. II cMtinete en pleine santé des maladies per eicès 4)biigés , par yatatioi forcée à des trayaiix dangemax.

4. Dénué de toot dans le cas de maladie , il n'a pour asrie qae le triste hôpital , qfie la compagnie des moribonds, où souvent encore on refuse de l'admettre.

5. Il voit son fils^ l'appui de son industrie, enlevé pour les milices HmA le riche est exempt de droit ou de bit.

6. Il voit sa femme et sa fille , u elles sont belles, engagées inévitablement dans la proelhation , par les pi^es du riche voisin pourvu de la def d'or.

7. Il est privé de la protection des triimoaux : point de justice pour te pauvre ; il n'a pas même de quoi eonstdter et réclamer ; et quand il le Imiterait, 3 écbotéiui contre un riche adversaire qui le* traînera d'inslance eu iuslabce.

X Enfin le plus sofFvent , le fruit de ses pemes est pour un matire » et noo pettr lui » qui n'a aiaetne participation au produit de son labemr.

Yoilà y au lieu de charme composé » une orage de disgrâces et de persécutious pour le peuple industrieux; effet nécessaire do mourement subversif ou civilisé , qui produit en tout sens ^opposé des biens sociétaires ?

On doit donc y par analogie, attendre de rOBraHHiîe autant de charmes pour l'industrieux , que la civiiieaâon fait pleuvoir sur lui de calamités. le reviendrai encore sur ce problème du bonheur composé qu'il faut fréquemment remettre en scène , car il ^ pierre de tocKhe dans toutes tes dispositions sociiètttires ; M y aufail vii^ de mécani<pie dans celle qui n'attekidrail pas ce but,, et qui tendrait é nous limiter aux illusions de bonheur simple» d'où résulte toujours ( i8S) le malheur composé .

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