‹ Théorie de L'unité UniverselleChapitre 21 sur 74 · ARGUMENT. XXX · texte numérisé non relu

ARGUMENT. XXX

Bonaparte méditait déjà la réforme littéraire , selon ces lignes extraites du Mémorial de Sainte-Hélène : « Pour

• obvier, sans blesser la liberté de la presse, au déluge > de mauvais ouvrages dont le public était inondé , Na-

• poléon demandait quel inconvénient eût pu présenter » un tribunal de l opinion , composé de membres de » l'institut, membres de l'université et délégués du » gouvernement , qui eussent considéré les ouvrages » sous le triple rapport de la science, des mœurs et

• de la politique, et eussent assigné le degré de leur » mérite. C'eût été le flambeau du public, la garantie, la » fortune et l'émulation des bons ouvrages , la ruine et le » découragement des mauvais. >

Ces garanties seraient tout à fait illusoires. Un tel tribunal serait action simple, et par conséquent arbitraire. Il faut une garantie par action composée , chose à expliquer (9«).

La source du mal est dans le rôle passif auquel se borne l'administration- en police du monde savant (54). Pour en juger, qu'on suppose les élections et l'institution régies ainsi en mode passif, l'institution pleinement libre sans université , les élections dégagées de toute influence des ministres et préfets; qu'arrivera-t-il? Que le comité directeur prédominera dès l'année suivante. Il sera actif jusqu'au despotisme, partout où l'administration sera passive et spectatrice , comme en police du monde savant, où elle croit se montrer généreuse en laissant pleine licence aux intrigues. 11 en résulte que le comité directeurenvahit tout, tant que l'autorité néglige de provoquer, accueillir et faire examiner les inventions.

Comment contre-balancer le comité? C'est en élevant la police des sciences du rôle passif à l'actif, du 1. E

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mode simple au mode composé , qui exige dans la critique trois fonctions au lieu d'une. La première est ce tribunal ou JURY indiqué plus haut et page 34 : par lui seul il ne serait qu'une voie d'arbitraire; il faut lui opposer un concurrent naturel, l' AUTEUR, qui saura mieux que personne rectifier et prévenir les erreurs du jury, l'auteur dont le commentaire sera mentionné en regard des décisions du jury, avec même nombre de colonnes pour tous deux au journal de garantie. (Voyez 5 e . art., 34.)

En troisième fonction, interviendront naturellement les journaux , qui ne pourront plus se livrer à l'arbitraire , et qui se ridiculiseraient en hasardant des critiques inexactes sur un ouvrage analysé concurremment par le jury et l'auteur. Sans ce double contre-poids, les journaux exercent une action simple et despotique, livrée à l'esprit de parti ou de faveur, et qui, nu moyen de certaines intrigues, devient l'instrument du comité directeur.

En pervertissant ainsi le monde savant, on déprave par contre-coup la société entière à qui il donne le ton. Ce vice est bien sensible en France : une nation jadis loyale est devenue la plus fausse et la plus calomnieuse : roi ou minisire , nul n'échappe. N'a-t-on pas imprimé que le Roi payait 65 députés pour voter la mort de son frère? que le duc Decazcs était l'instigateur du meurtre du due de Berri? On calomnie bien mieux un auteur sans défense. Les plus plates diffamations réussissent en France, parce que la dépravation littéraire a façonné tout le monde à se nourrir de railleries et de médisances qui acheminent aux calomnies; aussi ce pays est-il celui qui aurait le plus besoin d'un garantie littéraire et scientifique. Elle ne peut naître que du jury et des neuf mesures indiquées (54) , surtout de la proposition des inventions négligées, etc.

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