LES PASSIONS
Loin de là : sans y rien changer, la théorie sociétaire les uliliso toutes et leur assure un libre cours. Il n'y avait, pour atteindre au lien d'association , qu'une découverte à faire, l'art de développer les passions par séries de groupes contrastés et appliqués à l'industrie.
Cette opération est décrite en grand détail dans l'ouvrage annoncé. L'effrayant problème de l'Association y est complètement résolu , et en tous degrés depuis 400 jusqu'à 1600 personnes. Réduite au dessous de 400, elle n'est plus praticable qu'en méthodes bâtardes; et audessus de 1600, elle tend à la confusion.
Si l'invention a été si tardive , c'est qu'on a négligé de tout temps la branche d'études qui y conduisait, la théorie analytique et synthétique de l'attraction passionnée. Elle fut méconnue par les Grecs et Romains; elle l'a été de
même par les modernes, serviles imitateurs de l'antiquité.
Celte inadvertance a retenu le genre humain 25 siècles de trop dans l'état civilisé, barbare et sauvage, dont nos philosophes actuels vantent l'excellence : naguères on avait des opinions fort différentes sur la civilisation et ses lumières ; elle n'était pas en crédit chez les hommes célèbres du dernier siècle : ils témoignaient pour cette société un profond mépris; écoutons-les parler.
Montesquieu. « Les sociétés civilisées sont atteintes d'une » maladie de langueur, d'un vice intérieur, d'un venin secret et m caché, u . .
J. J. Rousseau. « Ce ne sont pas là des hommes; il y a » quelque bouleversement dont nous ne savons pas pénétrer la » cause. »
Barthélémy. « Ces bibliothèques , prétendus trésors de con- » naissances sublimes, ne sont qu'un dépôt humiliant de contra- »> dictions et d'erreurs. »
Volta*ire. « Montiez l'homme a mes yeux ; honteux dem'ignorer, >» Dans mon être, dans moi , je cherche à pénétrer : » Mais quelle épaisse nuit voile encor la nature ! -
B. de St. -Pierre. « Quelques-uns, fondés sur des traditions » sacrées, pensent que l'état actuel est un état de punition et de » ruine , et que ce monde a existé avec d'autres harmonies. »» ( Elles peuvent donc renaître. )
Un érudit citerait par cenlainos ces passages où la philosophie se suspecte elle-même et condamne la civilisation, son ouvrage. U existe donc, parmi les philosophes, deux opinions contradictoires sur l'ordre civilisé; la 4 re . est celle des EXPECTANTS, cités plus haut, gens loyaux, modestes , qui, d'accord avec Socrale , espèrent qu'un jour la lumière descendra, et qu'on découvrira quelque société moins désastreuse que la civilisation. La 2*°*. est
celle des OBSCUR AJSTS ou £$cobart(\l; 420), qui, pour se dispenser de recherches sur les deslins sociaux, nous paient en arlequinades politiques , ehanlenl la perfectibilité , le vol sublime du génie civilisé , de ses légions d'égoïstes et de fourbes; le vol sublime de son peuple affamé, demandant du travail et du pain, ambitionnant le sort du sauvage. « •• i .t
-La civilisation croit se perfectionner quand elle tombe visiblement en caducité; elle est dans la situation d'un homme qui, de 40 à 60 ans, a gagné en lumières et perdu en vigueur. Nos progrès dans l'industrie et les sciences exactes sont incontestables ; mais la civilisation n'en court pas moins à sa ruine ; elle décline sur 4 points (Avant-Propos, I, 8) :
j i . Ruine des forêts, sources et montagnes. ' \ a. Détérioration des climaturct.
(3. Esprit mercantile et fiscalité croissante. ' { 4. Ferments de révolution et dettes publiques.
C'est dégénérer en quadruple sens , malgré le progrès des lumières. Mais sans recourir à tous ces indices, ne suffit-il pas de la ténacité des antiques fléaux, indigence, fourberie , etc. , pour confirmer le soupçon des Rousseau et des Montesquieu , l'égarement de la raison, le venin secret et caché, le bouleversement dont on n'a pas su pénétrer la cause ?
L'augure de ces philosophes, plus judicieux que les nôtres, est enfin justifié par la découverte du mécanisme sociétaire qui montre la cause et nous ouvre l'issue du chaos civilisé , barbare et sauvage , en assurant l'avènement subit aux destinées heureuses.
Etrange pronostic ! il porte une teinte suspecte, un coloris de vision, d'illuminisme : je le sais; mais le calcul
f % INITIAL. ARTICLE I.
est-il juste, appuyé de toutes les preuves exigibles? Voilà le seul point à débattre.
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Si quelqu'un à Rome eût inventé la poudre à canon, et qu'avant l'épreuve il en eût décrit les effets gigantes* ques(Il, 80), chacun l'aurait accusé de vision , de charlatanerie. Combien l'idée d'un nouveau monde continental parut-elle choquante et ridicule aux sages du xv*. siècle, qui firent excommunier Colomb jusqu'au moment où , revenant d'Amérique avec les blocs d'or et les Caraïbes , il confondit le scepticisme et la délraction !
il en est de même aujourd'hui de la découverte du nouveau monde social, fort invraisemblable aux yeux de lecteurs superficiels ; mais quel sera leur étonnement lorsqu'une petite épreuve de 2 mois, sur une centaine de familles, aura éclairci le problème des destins sociaux, par un parallèle des deux industries, la morcelée ou civilisée, et la sociétaire donnant triple produit! (C'est-à-dire que la France, dont le revenu actuel est estimé environ 5 milliards, donnerait dès l'an 1824 un produit de 15 milliards, si l'Association était organisée à cette époque. )
La métamorphose ne tient qu'au petit essai sur 4 à 500 personnes. Après deux mois d'exercice, la justesse de la théorie sera pleinement constatée, la propriété de triple produit sera démontrée môme avant les récoltes , et confirmée par expérience à la fin de la saison. Dès lors, sans aucun décret, toutes les nations se hâteront de former le mécanisme sociétaire; car, nations ou individus, tout s'accorde à préférer la richesse à la pauvreté , préférer 15 milliards à 5 milliards, 15 francs à 5 francs.
Quelques lignes de théorie indirecte vont familiariser
les lecteurs avec l'idée de nouveau monde social et clôture de la civilisation.
Le monde social ou genre humain envisagé en masse , est un corps qui a , comme tout autre , ses quatre âges
d'ENFANCE, ACCROISSEMENT, apogée, DÉCLIN et CADUCITÉ.
11 a une carrière à parcourir, en marche progressive , en vibration ascendante et descendante , selon Tordre universel de la nature. Si l'on veut savoir quel rang tiennent dans cette carrière les 4 sociétés connues et prêtes à finir, il faut faire usage de la table suivante (II, 33) :
I". PHASE DU MOUVEMENT SOCIAL. ENFANCE, 8 PEaiaoas.
i re . Eden ou Paradis terrestre. Association rrcte.
2 me . Sauvagerie. 4 me . Barbarie.
3*e. Patriarchat. 5«™. Civilisation.
6 me . Garantisme ou demi-Association.
7 m0 . Pleine Association en mode simple.
8 me . Pleine Association en mode composé.
Nota. (Le mouvement social, en y comprenant les 3 autres phases, nous présenterait une série de 52 périodes, plus les pivotales ou apogée ; mais ces 8 premières suffisant a nos études préparatoires , il est inutile de citer les 24 autres. )
Les 4 échelons ou périodes 2,3,4,5, exercent par contrainte l'industrie morcelée qui engendre constamment les neuf fléaux suivants :
1. Indigence; 2. Fourberie ; 3. Oppression; 4. Carnage ; 5. Intempéries outrées; 6. Maladies provoquées; 7. Cercle vicieux.
— Egoïsme général et Duplicité d'action.
Les 4 échelons ou périodes 1,6, 7,8, exercent par attraction l'industrie sociétaire, d'où naissent les 9 biens opposés :
I, Richesse graduée ; 2. Vérité pratique; 3. Garan* ties effectives ; 4. Paix constante; 5. Températures équilibrées; 6. Quarantaines générales; 7. Doctrines expérimentales. <i
PlULANTROPlE GÉNÉRALE et UNITÉ I>' ACTION.
Le bien et le mal , dans ces tables, sont indiqués génériquement et sauf subdivisions ; par exemple , le 2 e . vice, fourberie, est susceptible de vingt distinctions d'espèce : tromperie commerciale, contentieuse, domestique, etc; Il en est de môme des neuf genres de bien sociétaire j •joutons-y quelques détails, seulement trois.
1°. Triplement effectif et décuplement relatif de richesse (III, 43). C'est-à-dire qu'un canton produisant aujourd'hui 400,000 francs en denrées et valeurs réelles, produira dans l'état sociétaire la masse de valeurs qu'on vendrait aujourd'hui 1,200,000 francs, et qu'à l'aide des moyens de jouissance économique de ce nouvel ordre, les habitants du canton pourront mener le train de vie qui exigerait aujourd'hui 4,000,000. Ils auront donc atteint au Iriple effectif et au décuple relatif du revenu actuel. ;
2°. Le charme industriel, ou réunion de tant d'agréments et d'amorces , que le travail agricole et dômes* tique deviendra attrayant pour les Sybarites, les enfants, les salariés , qui ne l'exercent que par besoin ou contrainte; et pour les sauvages môme, à qui l'agriculture civilisée inspire une aversion mêlée d'horreur; ils l'adopteront avec ardeur, en voyant le mode naturel ou attrayant, l'exercice par séries contrastées.
Alors l'Afrique fournira à peu de frais les denrées de climat chaud , le sucre de cannes qui n'aura , poids pour poids , que la valeur du blé , quand 70 millions d'Africains et tous les peuples de zone torride le cultiveront.
Là finiront les odieuses coutumes de la traite et de l'esclavage. Aucun matlre ne voudra d'esclaves, quand fa culture en mode libre et sociétaire pourra lui donner triple produit ; et dès qu'une petite épreuve aura constaté ce résultat, tout colon traitera avec ses nègres pour l'affranchissement et le rachat solidaire. Quel appât aux sociétés qui s'occupent d'abolition de la traite et de l'esclavage.
3°. Le règne. de la vérité alliée à l'intérêt; le moyen d'atteindre à la fortune en pratiquant la vérité et les ver* lus sociales, d'allier en tout sens l'intérêt individuel avec le bien collectif, de trouver son intérêt pécuniaire dans la philanlropie. C'est le côté romantique de la théorie ; il'est exactement démontré aux 7 e . et 8 e . sections.
— EnGn , les unités île toute espèce étendues au globe entier (H, 143; 111, 585) : quarantaines universelles ; extirpation de tous les venins accidentels , virus psorique , syphilitique , variolique, pestilentiel , etc. ; unités de langage et autres, si inapplicables au régime civilisé et barbare, que la France, après 50 ans d'efforts, n'a pas même pu établir l'unité métrique dans ses provinces.
Plus cçs propriétés semblent romantiques et gigantesques, plus on doit vérifier strictement les calculs, et se défier de la malveillance d'un parti alarmé pour ses systèmes qui vantent l'industrie morcelée et la civilisation. J'ai longuement rassuré ce parti, par le tableau des carrières de fortune et de gloire (Inlerm. , II , 348) que lui ouvre le nouvel ordre. Les philosophes y trouveront, en balance régulière (Av.-Prop., I, H) dix de gain pour un de perte imaginaire et non réelle, car les 430,000 tomes de sophismes seront, dans l'état sociétaire, bien plus recherchés qu'aujourd'hui. Voyez note i , page 22, l'un des bénéfices qu'on en recueillera.
Quant à l'amour - propre offensé, j'ai observé (Av. - Prop., I, 3) que la meilleure aubaine pour un siècle est d'être convaincu de quelque grande erreur ; que toute découverte imprime cette légère tache sur la génération jqui l'a manquée, mais qu'on en est bien dédommagé par la jouissance de lumières et bienfaits dont on désespérait. Rien n'esUdonc plus désirable pour le monde savant, que ces démentis en affaires scientifiques, tels qu'il en a reçu de Copernic, Harvey, Colomb, Galilée, Newton, Linnée, etc. : il élève à l'immortalité tous ceux qui lui donnent pareils démentis.
Venons à d'autres intérêts plus généraux que ceux du monde savant : il s'agit des dettes publiques et surtout des consciencieuses, qu'on n'ose pas même s'avouer, par impossibilité d'y faire face. Lorsque le produit du sol français s'élèvera a 15 milliards au lieu de S , il sera plus aisé de prélever en impôt 2 milliards sur 15 , qu'aujourd'hui 1 sur 5. Ce doublement d'impôt sera un dégrèvement relatif du tiers. La France (et de même tout autre état), pourra donc reconnaître et acquitter promptement sa dette consciencieuse, les lésions révolutionnaires d'environ 10 milliards, à joindre aux 5 milliards de dette fiscale , selon le tableau suivant :
INITIAL. ARTICLE t. il