ARTICLE SIXIÈME
de la critique décente, n\i.
L'examen spécial des critiques parvenues sur le traité de l'Association, va nous fournir trois genres contrastés : critique décente, critique mixte, critique méchante; — puis la critique entraînée, résultat des trois autres.
S'il est prouvé que la meilleure des quatre, la décente, est arbitraire en tout sens, que sera-ce des trois sortes inférieures !
11 y a plus : on va se convaincre que, dans la meilleure, chaque ligne est une cacographie sociale, un assemblage de fautes qui semblent faites à plaisir pour servir d'instruction a l'étudiant. On remarquera celle bizarrerie dans la critique suivante, la seule estimable entre celles que je vais citer, et qui, toutes quatre, ne font aucune mention du fond, ne s'attachent qu'à la forme, suivant l'usage français. Distinguons d'abord celle qui a le mérite de l'impartialité et de l'urbanité; elle est d'un Parisien , homme de lettres dislingue (0 : voici son opinion.
Il reconnaît d'abord que j'ai bien raison de me plaindre de notre civilisation imparfaite. IMPARFAITE!!! J'ai prouve, au contraire, qu'elle csL irés-parfaile, en ce qu'elle pousse la perfidie, la rapine, l'égoï me et tous les vices au suprême degré. La vertu est faite pour les quatre périodes sociétaires 1, 6, 7-, S(vo\oztô). Le vice est attribut essentiel des quatre périodes subversives 2, 5, 4, 5, véritables lymbes sociales, où l'es&or des passions, dirige à contre-sens, doit engendrer la perversité sociale en divers échelons :
(0 M. de Jouy. ( Note des éditeurs. )
. Excès de brutalité simple dans l'état sauvage j Excès de perfidie* simple dans l état patriarcal; Excès de brutalité composée dans l'étal barbare; Excès de perfidie composée dans l'état civilisé. Ces quatre sociétés étant un mouvement subversif, contradictoire avec les vues de Dieu, avec l'essor combiné de l'attraction, il faut qu'elles présentent l'homme social sous quatre faces odieuses, ufm d'exciter en lui la honte de lui-même et l'idée de s'élever à d'autres échelons sociaux.
Suum cuique:\e tigre et le serpent-sonnette ne doivent pas avoir la douceur de l'agneau , la franchise du chien. Tous deux seraienl faussés en caractère : ils sont d'autant plus parfaits dans l'espèce, qu'ils sont l'un plus atroce, l'autre plus venimeux.
Ainsi la société barbare est très-parfaite chez ces Ottomans crucifiant les prélats chrétiens, faisant rùiiràleurs pieds leurs femmes et leurs enfants, cl fumant la pipe en face des suppliciés. Ainsi la civilisation, se liguant avec les barbares pour aider au massacre des chrétiens, ci redoublant de bassesse devant eux à mesure qu'ils redoublent d'impudence et d'atrocité; la civilisation, di^-jc, plus habile que jamais à masquer de formes insidieuses tant d'iniquités, est très-parfaite dans son caractère général qui est la perfidie, et le critique s'abuse étrangement en supposant que je la trouve imparfaite.
Autre erreur qu'il me prOtê : dans ces pages, dit-il, où j'accuse nos vices, je m'élève jusqu'à une sorte de philosophie satirique iris-digne de remarque: C'est trop d'honneur : je ne prétends pas m'élever à la hauteur des philosophes en philippiques inutiles ; mais je ne veux pas me rabaisser a leur niveau en inconséquences, en théories
m CHAPITRE II. ARTICLE Tï.
qui ne servent qu'à empirer le mal et enraciner les antiques fléaux. Si la philosophie opine à rester dans ce bourbier social qu'on nomme civilisation , je l'y laisse avec son vol sublime, et je me borne à un vol très-modeste, à la propositron de sortir delà fange, et s'élever plus haut que les misères et les perfidies de la civilisation. ■ C'est ainsi que ceux qui exercent à mon égard la critique décente et bienveillante me travestissent , par insigne faveur, en philosophe, et me prêtent des opinions compatibles avec la civilisation. Ils ne peuvent pas se façonner à reconnaître que tout te monde est écolier sur cette matière, et que le plus éruch't en politique civilisée, doit être, selon Condillac(II, 124) le plus novice en politique sociétaire. En voici une preuve frappante dans les opinions du critique n°. 1 :
Mais à côté de ces morceaux où la vérité et l'imagination se montrent, qui ne s'étonnerait de trouver sur les melons jamais trompeurs, (III, 47),
le triomphe des volailles coriaces, (III, 155),
la dette de l'Angleterre payée en œufs de poule (LU, 206), des chapitres qui, At lieu de justifier le système , le présentent ou comme le rêve d'un homme d'esprit, ou comme le jeu ironique de son imagination livrée à tout son caprice !
Que d'hérésies accumulées dans cette phrase! Cent pages ne suffiraient pas à en relever les erreurs. Le critique, ne voyant rien au delà du système civilisé, veut juger les théories et coutumes de l'Association par comparaison aux nôtres. C'est opiner comme un enfant de huit ans qui se moque des jeunes gens de seize ans, parce qu'ils aiment à se parer, fréquenter les dames et les bals: il prétend que ce sont des sols , que le Yrai plaisir est de
jouer aux globules. Mais à quinze ans , une femme s'emparera de lui, et lui apprendra qu'il est des passe-temps préférables au jeu des globules : alors il sourira de pitié à l'aspect des amuseltes d'enfance.
. Tel sera le désappointement de nos beaux esprits, lorsqu'ils seront initiés à la théorie sociétaire , dont ils rajl^ lent les détails avant de vouloir la comprendre. Us v«ulent me remontrer sur le choix des sujets, prétendre que le melon n'est pas une charmante énigme des harmonies sociétaires de la nature; que l'œuf de poule n'est, pas un brillant sujet de thèse sur le contact de l'infiniment petit avec l'infiniment grand : ils jugent cela trivial, comme s'il s'agissait ici de faire un ouvrage académique, et ils veulent m'enseigner leur science, la rhétorique, au lieu d'étudier la mienne, le mouvement sociétaire et ses énormes bénéfices , dans les minuties d'épingles et d'allumettes (III, 208), comme dans les grandes choses.
Je m'arrête à une seule de ces objections , le choix des sujets ignobles et dédaignés pour thèse do transition harmonique. C'est un point de doctrine de la plus haute importance; je le discute en note 8, page 87. Dans tout le système du mouvement, l'ambigu ou transition est le lien général; qu'il soit trivial ou non, peu importe; il n'est pas moins la cheville ouvrière, et doit être l'objet de nos plus sévères calculs. Voilà ce que comprendront mes critiques, lorsqu'ils consentiront à entrer dans la question, étudier ma science au lieu de m'enseigner la leur ; concevoir qu'en théorie de mouvement, il faut toujours, ainsi que je l'ai établi à la note 8, aborder une série d'effets par les extrêmes, par l'infiniment petit et l'infiniment grand (deux antipathies de l'esprit français), poulies rallier au terme moyen. Or, celte règle d'étudier les
points extrêmes conduit toujours à étudier les transitions ou ambigus, aujourd'hui si méprisés : bientôt ils auront le sort d'un fameux ambigu végétal , du café , qui, dédaigné 4,000 ans dans les champs de Moka, est passé tout à coup de l'abjection au rang suprême : tel sera le rôle des transitions; elles n'auraient rien de trivial aux yeux d'un siècle qui aurait la moindre connaissance des lois GÉNÉRALES du mouvement. ., : . .
Notre siècle, au lieu de les étudier, veut ployer le mouvement aux préjugés de la civilisation. Nos sophistes, je l'ai dit en note , veulent créer une noblesse et une roture en mouvement; négliger comme roture l'infiniment petit qui est lié à l'infiniment grand , selon la loi du contact des extrêmes; proscrire comme trivialités les études les plus importantes, les transitions. Faut-il s'étonner qu'avec cette manie de régenter la nature, lui dicter les lois versatiles de la philosophie, ils n'aient jamais pu s'élever à la connaissance du système de l'univers, et n'aient pas môme su tracer (I, 26) le cadre d'étude intégrale de la nature ! . .
Concluons avec les critiques bienveillants tels que le n°. 1. Ils sont tout à fait en fausse direction, tombant dans quatre erreurs capitales :
lo. Ils jugent des moyens de l'ordre sociétaire , du cours qu'il pourra donner aux passions , d'après les effets qu'elles produisent dans l'ordre civilisé qui est une contre-marche des passions, un essor subversif comme celui de la chenille comparativement au papillon.
Que penseraient-ils d'un homme qui , voyant une hideuse chenillq, soutiendrait que jamais cette rampante créature ne pourra produire un charmant insecte ailé? Voilà tout à point l'intelligence de mes juges bénévoles,
« qui ne voyant pas plus loin que leur nez > (dil La Fontaine) , et jugeant des effets de mouvement sociétaire par les effels de mouvement civilisé , me condamnent sans malignité; prétendent que je fais abus d'imagination; que les passions ne pourront jamais produire que le vice : îh nient qu'elles soient sujettes à la dualité d'essor (is), sujettes à la métamorphose de chenille en papillon, de comète en planète , de mouvement subversif en mouvement harmonique.
' 3o. Ils suspectent ma théorie parce que les méthodes en sont contraires aux leurs ; c'est ce qui promet d'heureux fruits de la nouvelle science-, de môme qu'une région découverte nous devient d'autant plus utile qu'elle contient des animaux et végétaux différents des nôtres. L'Amérique, en nous donnant le kina , le vigogne, le platine, le cacao, etc., n'a-t-elle pas été plus profitable que si on n'y eût trouvé que nos productions de l'ancien monde? Ainsi, plus la science nouvelle s'écarte des méthodes civilisées, plus on doit en augurer les biens que ne donne point la civilisation.
5°. Ils ne peuvent se consoler de voir la philosophie détrônée. C'est n'envisager le mouvement qu'en arriére , selon l'usage civilisé. C'est imiter le fou qui se désolerait à l'idée de quitter une place do mille écus de rente , pour en prendre une de dix mille écus, et dix fois moins pénible.
Je les invite à lire attentivement l'Intermède (II, 548), sur la fortune prochaine et colossale des écrivains dans Tordre sociétaire. Ils jugeront, eux qui tous cherchent un brillant sujet a traiter, quelle mine féconde va leur procurer l'analogie universelle, immense théorie annoncée trop brièvement (III, 212); j'y reviendrai dans
le cours du 5*. chapitre. Ils en concluront que, s'attacher aux aridités philosophiques plutôt qu'à cette voie de fortune et de gloire, c'est préférer les sables du désert à la terre promise.
4°. Choqués de la forme, ils se préviennent contre le fond-, ils y supposent des difficultés; ils oublient que ce sujet étant un monde nouveau , chacun y est novice au premier abord , comme il l'est en arrivant dans une ville qu'il ne connaît pas : mais avec un peu d'attention, il saura le lendemain s'y orienter et indiquer lui-même la direction aux nouveaux venus.
— Enfin, ils sont anarchistes en critique, puisqu'ils ne veulent pas opiner sur le fond , sur le procédé sociétaire. C'est, malgré l'intention bienveillante, suivre la route des malins, dont la tactique est d'ergoter sur la forme pour esquiver le fond, et tourner autour do la question sans vouloir y entrer jamais.
En les supposant donc animés de vues équitables , pourront-ils se pardonner à eux-mêmes des torts si graves dans une affaire où il s'agit du salut du genre humain , dans l'examen de la découverte pressentie parles Socrate, les Voltaire , les Montesquieu , les Rousseau , qui ont si franchement dénoncé l'insuffisance des sciences politiques, et invoqué des lumières moins trompeuses.
¥¥¥ \u résumé, si la philosophie veut se concilier avec ses intérêts et ses opinions mêmes, pourra-t-elle repousser la théorie sociétaire, qui présente deux chances dont la moindre est encore magnifique?
Dans le cas d'insuffisance du levier d'attraction, dans le cas où les séries contrastées n'atteindraient pas à un
plein accord . il resterait la chance d'emploi des leviers ordinaires, tels que statuts obligatoires et engagements souscrits : d'où il suit que si le produit doit Hre TRIPLE par voie (F attraction , il sera encore DOUBLE par voie de sujétion , et que , dans ce 2 e . cas , le nouvel ordre conserverait la majeure partie des propriétés attribuées au régime d'attraction , entre autres celles de prévenir l'indigence et la fourberie; abolir la traite des nègres et l'esclavage, par intérêt des maîtres; assurer la restauration des forêts et climalures, les unités et quarantaines générales, etc.
- . * ¥ Tel serait , pour pis-aller, le résultat de l'Àssociation par séries contrastées, dans le cas où les leviers d'attraction se trouvant défectueux, l'on serait forcé d'allier ce nouveau mode industriel avec les méthodes civilisées. Que de motifs aux philosophes d'en provoquer l'essai! Si ma théorie est juste , ils atteignent tous rapidement au faite de la fortune (II, 352); si elle est fausse, comme ils FEIGNENT de le croire , ils pourront de plein droit m'évincer, s'emparer de l'opération, rectifier mon plan sociétaire, en élaguer les illusions d'attraction, le greffer sur la politique civilisée (0, former leur patrimoine de cette découverte, s'en attribuer le principal honneur. C'est affaire à eux pour savoir tout prendre, quand ils peuvent jeter le grappin sur quelque point faible.
(i) J'aurais décrit toutes ces dispositions bâtardes, ces greffes sur civilisation et sur 6 e . période , si j'avais eu assez d'espace pour traiter ce sujet indiqué a l'épi-scclion, en note ( IV, 600 ) ; traiter des sociétés sous-hongrées qu'on peut réduire jusqu'à 200 personnes , soit 40 familles ( table , III, 437 ).
Mai* j'ai considéré que l'épreuve, oinsi limitée a 200 personnes,
m CHAPITRE II. ARTICLE VI.
Forts de cette alternative qui leur garantit opulence et illustration dans- l'un ou l'autre cas, ne sont-ils pas fous d'hésiter sur l'accueil et la prompte épreuve du régime sociétaire ? Folie d'autant plus grande , qu'ils ont un moyen d'exécution assurée. Il leur est facile d'en parler au Roi , et de l'intéresser à cette affaire en lui présentant la brillante alternative du triple ou doublé produit et du prompt acquittement des dettes révolutionnaires. Le Moi, qu'on a vu employer de fortes sommes à l'encouragement des sciences et des arts, comme dans l'affaire du zodiaque de Denderah, qu'il a payé de ses deniers 1 50,000 fr., hésiterait-il à consacrer la dîme de cette somme, quinze mille francs, à l'épreuve de l'Association ?
** Si le Roi souscrit pour 45,000 fr. à titre de premier actionnaire , on placera à l'instant , dans Paris, 300 actions de i5,000francs; total, 1,500,000 francs. Entreprise d'autant plus séduisante, qu'abstraction faite de toute idée philantropique, elle présente, en matériel ou exploitation y un bénéfice déjà colossal; et de plus, -en accessoire, un bénéfice de TROIS CENTS POUR CENT sur le seul tribut des curieux. (Voyez II! , 470). Or, le Roi inclinera d'autant mieux à encourager l'essai, qu'il aura, selon la table (lî) , une répétition de 500 millions a exercer dans l'un ou l'autre cas , ou de plein succès à triple produit, ou de pis-aller, demi -succès par
devenant plus pénible à diriger, en ce qu'elle ne comporte pas rassortiment intégral des séries, et devant donner aux actionnaires un bénéfice bien moindre, il sera plus aise de former la compagnie de souscripteurs pour une fondation régulière portée à une centaine de familles, et permettant l'emploi de séries intégrales bien équilibrées en passionnel. • . .
voie do sujétion, qui assurerait encore double produit, moyennant l'amalgame du mécanisme des séries arec les méthodes coeYcilives de civilisation.
** Toutefois , si quelqu'un des critiques, soit prévention ou éblouissemcnt, soit vice réel dans la distribution de l'ouvrage , n'a pas d'emblée compris la théorie d' Association , il va la trouver bien intelligible dans les trois leçons du 5 e . chapitre, ou études en modes superficiel, grave et mixte, adaptées aux divers genres d'esprit des lecteurs***.
NOTE S. Sur l'ambigu et V infinitésimal.
Les transitions ou ambigus se composent de produits et ressorts ignobles, en majorité des 7/8. La chauve-souris est un vilain ambigu ; l'albinos, une vilaine race d'ambigu : c'est bien pis en passion , ou les goûts et caractères ambigus sont généralement ridiculises.
Il est pourtant quelques bonnes espèces en ambigu : le coing et le brugnon sont des fruits précieux; mais la question est de prouver que l'état sociétaire sait tirer parti de la masse des ambigus, qui sont en rapport de sept mauvais pour un bon. Il a donc fallu faire choix d'un goût et d'un objet d'ambigu ridicule , comme le goût des volailles comees, et prouver que cet ambigu dédaigné devient dans Tordre sociétaire une source de hautes harmonies. Si j'avais fait choix d'un ambigu gracieux (il s'en trouve) , j'aurais été en plein contre sens.
La thèse est très- régulièrement traitée au petit intermède (III, 455 ) : on peut la recommander aux gastronomes : ils y découvriront les hautes destinées de leur science; et aux dames âgées, elles goûteront l'augure qui termine ce morceau. Si j'avais mis en scène des volailles fines, qui sont du goût de tout le monde, j'aurais été hors de la question, le problème étant de faire naître un quadruple accord de ces goûts ambigus gui, en civilisation, deviennent source de quadruple discorde ( voyez à ce su-
jet le parallèle, III, 15S ) , justifiant trh-bien le système, quoi qu'on en dise.
Je viens de définir le vice commun des critiques français : ils ne sont jamais à la question. S'agit-il d'ambigu ou transition , ils exigeront qu'on disserte sur des sujets nobles , comme seraient en mate'riel les diamants , et en passionnel le caractère d'Henri IV. Mais le diamant et le caractère d'Henri IV sont ce qu'il y a de plus franc et de plus éloigné de l'ambigu. Eh bien, disent-ils , puisque ce genre ambigu ne met en scène que des trivialités, supprimez-le de vos théories ; le livre sera plus gracieux , plus marchand! Oui-dà, retrancher l'ambigu d'une théorie du mouvement ! c'est comme si Ton disait à un cultivateur : « Vous avez la » d'immenses fumiers, cela est trivial ; faites disparaître tout cela. » Le métayer répondrait : nous ne travaillons pas ici pour l'académie, et ce fumier que- vous méprisez est la source de mes bénéfices.
Les transitions en général, c'est-à-dire les 7/8, sont ridicules, vicieuses et même odieuses; témoin la mort. C'est une transition qui ne plaît à personne. Faut-il pour cela l'exclure de la théorie du mouvement qui doit tout embrasser ? Si l'on n'a pas une connaissance exacte du rang que tient la mort dans le mouvement , on ne peut pas acquérir de notions certaines sur l'autre vie dont elle est l'avant- coureur. L'on doit donc étudier les transitions en système gênerai.
Il faut que Dieu les ait jugées bien nécessaires, puisqu'il en a créé de si détestables , comme X orang-outang , transition de l'animal à l'espèce humaine , dont il viole le sexe féminin : Dieu pourtant a voulu cette monstruosité; il faut que les bizarreries dites transitions, ambigus, lui aient paru bien indispensables à l'unité de système du mouvement.
Quelle est donc l'inconséquence de ceux qui accusent de monstruosité et trivialité mes détails sur les transitions , prétendant qu'ils ne justifient pas le système! Peuvent-Us m'enseigner le moyen de les exclure du mouvement ou Dieu les place en si grande affluence ? J'analyse le mouvement tel qu'il est en bien et en mal, et non pas tel que les sophistes veulent le faire, avec leur prétention de changer les passions , auxquelles ils ne changeront pas un fétu.
Ils veulent créer en mouvement une roture composée de l'infiniment petit et des transitions ou ambigus : mais qu'on les prenne au mot, et qu'on essaie de traiter isolement la partie noble selon eux , l'infiniment grand; leur timide intelligence ne pourra pas s'y prêter. J'en ai fait l'essai par les unités, sujet des utopies de nos politiques : j'ai dépeint de nombreux détails d'unité sociale , (II, 149, et III, 583), et surtout ceux des récompenses unitaires (II, 553), ceux de la restauration climatérique (II, 84) : ces sages et vastes calculs sont pour eux autant d'épouvantails. Ils ne veulent entendre ni a l'infiniment grand, ni a l'infiniment petit. Analysons leur inconséquence; opposons-les à eux-mêmes sur quelqu'un de ces détails qui ont le brevet de noblesse.
Si l'on dit aux Français : « tel banquier de Paris a une fortune de 50 millions ! » on les entend s'écrier : a quel colosse ! quelle immense richesse ! » Eh bien, si vous trouvez noble et immense une somme de 50 millions, à coup sûr une somme de 50 milliards, qui est mille fois plus immense en capital , et vingt mille fois plus en revenu , ne peut vous paraître triviale et roturière. « Mais 50 milliards ! ou les prendre? » C'est là le sujet des calculs infinitésimaux oïi je démontre fort exactement que les bénéfices tires de l'infiniment petit en industrie sociétaire, conduisent au but aussi bien que les travaux réputés nobles et vastes ; que sur une masse de 600,000 cantons organisés en concert économique , les allumettes mêmes donnent lieu à des économies colossales , à des épargnes annuelles de 50 millions. D'après cela , s'étonnera-t-on que des productions de haut prix , comme les œufs , puissent présenter un milluple bénéfice , un revenu de 50 milliards, dont le calcul , après vérification vingt fois réitérée , se trouve strictement , et juste, et digne de foi , à moins qu'on ne veuille exclure Tarithmé*
MÉDIANTE.
L action simple ou l'anarchie scientifique.
C'est assez réfuter les antagonistes , dira-t-on ; vous pouvez maintenant passer aux trois leçons promises. Non, il n'en est pas encore temps. Au reste , rien n'&mpéche les impatients de sauter à ce 3*. chapitre ; mais les méthodiques doivent se rappeler gue nous avons, dans ce mémoire, deux sortes d'éclaircissements à donner :
les DIRECTS, l'argument du traité de Association en deux petits sommaires au chap. i ,r ., et les trois méthodes spéciales d'étude au chap. 3".
Les INDIRECTS, sujet de ce 2 e . chapitre, où je démontre l'anarchie de la critique. J'y signale aux quatre morceaux d'encadrement , ce vice qui tend à étouffer les découvertes , en dérober la connaissance a» public-
Pour juger de la duperie générale qui en résulte, il faut supposer que V épreuve de V Association soit fc.iîe ; quelle eût été commeiicée en avril et terminée en juin , et qu'on pût voir dès à présent les brillants effets du régime sociétaire : chacun s'étonnerait fort que des gens d'esprit eussent trouvé difficile à comprendre ce mécanisme des séries contrastées , si exactement décrit aux sept portions suivantes de l'ouvrage :
i — En 5*. tome, les rudiments, 5*. notice.
6 — En 5 e . et 4 e . tomes , les sections i , 2, 5, 4, - 7, 8.
* Cependant, dirait le public, on a organisé le canton sociétaire conformément aux dispositions prescrites par l'auteur : d'où vient donc que les savants jugeaient obscure une théorie qui se trouve si claire et si juste, après vérification expérimentale? »
D'où vient? C'est que le monde savant , dans ses jugements, est l'image d'une assemblée parlementaire qui délibérerait sans bureau ni président. Elle ne pourrait établir aucun ordre en discussions : les ergoteurs élèveraient foule d'incidents et d'arguties pour embrouiller tonte question
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qui leur déplairait : on se chamaillerait sans rien éclaircir, tans traiter à fond aucune matière. Déjà Von voit ce chaos s'établir, si le président faiblit, s'il ne fait pas observer V ordre de discussion. Dans ce cas V assemblée dégénère en pétaudière ; ce serait bien pis s'il n'y avait ni président » ni bureau.
Tel est V état du monde, savant dans V exercice de sa critique. V action y est SIMPLE et CONFUSE : tout y est livré à l'intrigue , on n'y voit aucune autorité gui régularise les débats , qui garantisse à l'accusé les moyens de répliguerà l'accusateur. Sous un tel régime d'arbitraire , si
aux chefs de cabale philosophique , leurs comités secrets ont beau jeu d'empêcher quelle ne soit mise en scène ; elle reste inconnue , travestie dam un ou deux journaux , repoussée par vingt autres qui sont terrifiés et réduits au silence dont s'est plaint Vun d'entre eux , plus sincère que ses collègues (voy. le préambule).
On s'apercevrait de cette mente après l'essai de l'Association. Chacun se dirait: « Nous sommes étrangement dupes de ces escobars qui , pour éviter V affront d'avoir manque une brillante découverte, en interdisent l'annonce , détournent de Vcxa»iiner , prétextent des obscurités , des difficultés , de prétendus vices de forme , vices très-indifférents en pareille affaire , pourvu qu'on y trouve la justesse de fond. Il faut , dirait alors le public, nous mettre dorénavant à l'abri de ces mystifications: opposer un frein à l'anarchie de la critique, une autorité qui assure l'accès aux inventions, qui nous en informe régulièrement, nous en fasse connaître le fond au lieu de gloser sur la forme. Il
faut demander au gouvernement la création d'une PRE- SIDENCE du monde savant (voy. art. 5, tribunal et jury de garantie); il faut établir, en opposition à l'arbitraire des partis scientifiques, ce contrer-poids qu'eux-mêmes invoquent en relations administratives. »
Sans cette ACTION COMPOSÉE , sans ce contrepoids dont j'explique les règles au &\ article , les détracteurs et anarchistes ont d'autant plus de succès, que leur
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bannière est flatteuse pour la médiocrité. Chacun se croit devenu esprit fort et bel esprit, en suivant leurs insinuations. Une théorie aura coûté vingt ans de recherches , tout farfadet se juge plus habile que V auteur en la raillant avant de l'avoir examinée. Ainsi , 50 millions d'Européens se crurent 50 millions de beaux esprits pendant les 7 années où ils se moquèrent de Christophe Colomb, qui leur annonçait , en matériel , un nouveau monde qu'aujourd'hui fannonce en passionnel.
Dans cet état d'anarchie où se trouve la critique , il ne suffit pas de donner sur mon traité les instructions positives, savoir 2 analyses en l". chapitre et trois leçons en 3 e . chapitre. Il faut, à ce corps de preuves , joindre la contrepreuve , les instructions négatives; démontrer qu'on n aurait pas besoin de commentaire si l'on apportait de la droiture dans les jugements , si l'on n'exigeait pas qu'un inventeur flattât les erreurs dont le siècle est imbu. N'est-cepas manquer à la fois de justice et de raison , que de chercher dans le traité d'une science nouvelle autre chose que le sujet énoncé au titre; chercher dans un traité de l'Associa* tion des convenances philosophiques , au lieu d'y examiner le procédé sociétaire, qui certes, y est bien détaillé aux sept divisions indiquées plus haut ?
Si mon livre contenait ce que les ergoteurs y cherchent , ces convenances philosophiques et civilisées, je serais donc en accord avec leurs systèmes d'industrie morcelée ; car la philosophie, dans ses 400,000 tomes, ne tend qu'à ce but, qu'à fonder le mécanisme social sur l'action morcelée des
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culture. Les ouvrages mêmes qui ont traité d'association , tels que Dutens et de Laborde, admettent encore, pour base de politique , l'incohérence en fonctions primordiales , en tra* vaux domestiques et agricoles : on ne veut de l'Association que le mot et non la chose.
En me ralliant à ces doctrines d'appauvrissement et de discorde Je ne serais qu'un philosophe de plus. Est-il nécessaire d'en augmenter le nombre , quand il est notoire que
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depuis 25 siècles on n'a vu naître de leurs lumières qu'indigence , fourberie , oppression , carnage (15). N'esUil pas à désirer que le monde social atteigne enfin à des résultats opposés, où il ne parviendra qu'en prenant pour guides les méthodes et doctrines inconvenantes avec la philosophie , avec Vindustrie morcelée ou civilisée.
Les critiques sont donc hors de la ligne du bon sens quand ils me reprochent la nouveauté de mes méthodes . nouveauté qui est un motif de confiance. Leur déraison deviendra palpable an jour d'épreuve de l'Association, qui n'est pas éloigné , selon les avis donnés (30).
Jusque-là c'est un appui nécessaire à ma théorie que la réfutation de ces adversaires tons erronés et injustes , les uns par prévention, éblouissement ou inadvertance, comme celui à qui je viens de répondre; les autres par aigreur, malignité ou influence de parti ; tels sont ceux que je vais citer à fart. r.
On s'abuse donc en disant, « c'est asses de répliques; » passes aux trois leçons : » il faut auparavant disposer le lecteur, comme un médecin prépare le malade au traitement par un régime ; il faut lui faire voir en plein sa mystification, et ce sera le sujet des deux articles suivants, dont l'un analyse les critiques hostiles, et Vautre donne la critique régulière dont personne ne s'est avisé ou n'a voulu s'occuper.
Me trompé~je dans ces inculpations? Serait-il vrai qu'on eût rencontré des difficultés réelles dans l'analyse du fond ? Si cela est , il sera bien aisé de donner des annonces maintenant très- faciles, d'après les croquis de divers genres qu'on en trouve dans le présent factum. Ces annonces ne deviennent-elles pas dette consciencieuse pour les journalistes, en reconnaissance du service que je leur rends par l'indication d'un secours qu'ils invoquaient sans savoir l'imagincr , d'un tribunal de garantie qui peut seul les affranchir de leurs vrais oppresseurs ?
S'il est pour ces écrivains des servitudes nécessaires , comme celle d'une subordination au gouvernement , il en
MÉDIANTE
est de plus pesantes et vraiment honteuses pour eux; telle est la tyrannie d'un parti opposé aux études qui serviraient V humanité entière; d'un parti qui veut étouffer le génie inventif (Intermède Y) y l'astreindre à faire V apologie de cent mille faux systèmes suspects à leurs auteurs mêmes , et dont Barthélémy a si bien dit : « Ces bibliothèques, prè- » tendus trésors de connaissances sublimes, ne sont qu'un » dépét humiliant de contradictions et d'erreurs. »
Tel est le véritable esclavage des écrivains ; telle est la cause qui les paralyse lorsqu'il s'agit d'annoncer une grande découverte. J'expliquerai les duperies où cette tyrannie engage le monde savant, Intermède j[. Ce tableau de ses servitudes fixera d'autant mieux son attention sur la carrière de fortune et do gloire qui lui a été présentée à la fin du précédent article
ARTICLE SEPTIÈME. Les critiques hostiles.
, 2?., l'ambiguë; ô"., la méchante; 4«., l'entraiuée.
2 e . Le genre ambigu. Feu Geoffroy ne trouvait aucun vers de bon, ni dans les tragédies de Voltaire, ni dans le débit de Talma ; et pourtant il lui échappait de dire à des détracteurs de Voltaire : c Hé! Messieurs, vous êtes t bien aveugles si vous ne sentez pas sa prodigieuse su- » périorité. > Tel est le caractère de la critique moderne : le plus souvent elle ne pense pas un mol de ce qu'elle écrit.
Geoffroy avait au moins le mérite de la franchise. Il avouait que la critique était chez lui une denrée commerciale et un levier d'esprit de parti. On ne doit donc pas s'étonner de trouver, chez beaucoup d'écrivains, l'un de ces deux torts , l'esprit de parti , côté faible du critique n°. 2, qui n'est pas Parisien; c'est un érudit, un journaliste des plus considérés en Europe (i); ses opinions vont démontrer le vice des jugements individuels, et la nécessité d'un jury de garantie en examen d'inventions.
« Nous ne pouvons pas, dit-il , nous vanter d'avoir lu » l'ouvrage dont il s'agit; ce serait un trop grand fra- » vail pour t utilité qu'il promet. > Bien jugé! c'est donc chose de médiocre intérêt que le moyen de tripler, d'une année à l'autre, le produit effectif de l'industrie; assurer 50,000 fr. de rente à qui n'en a que 10,000; assurer le prompt remboursement de toutes les dettes révolutionnaires et fiscales ; déterminer tous les sauvages à l'adoption de la culture ; abolir à jamais la traite des nègres et
(i) M. Pictet , de Genève. ( Note des éditeurs. )
l'esclavage en pays barbare ou civilisé : tout cela est affaire de mince utilité et nullement digne de lecture!!!
Je continue : « L'auteur, obscur sur le fond de la théo- » rte, n'est clair que dans son amère satire de V état so- » cial. • Vous avez donc compris cette satire de la civilisation : quant à la théorie sociétaire , comment pouvezvous la dire obscure , quand vous avouez ne l'avoir pas lue? Votre opinion doit se traduire comme il suit : « J'ai » lu de ce livre quelques articles où la justesse des cn- > tiques m'a indisposé; je ne veux pas examiner la théorie » qui est à la suite, et je prononce qu'elle est obscure, t puisque l'auteur ne flatte point mes préventions pour » le parti philosophique. > Voilà le vrai sens, la pensée de l'arislarque.
Je ne prétends pas, dit-il, nier qu'il n'y ait de la substance dans ce livre. FAIT PAR UN AUTRE , l'ouvrage aurait pu devenir utile. Que d'aveux précieux! l'opinant avoue que le livre est substantiel; que le fond, présenté sous d'autres formes, deviendrait utile ; et plus haut il dit ne l'avoir pas lu à cause du peu d'utilité qu'il promet.
Le point saillant, dans ces contradictions, c'est l'augure de succès du traité, s'il eût été fait par un autre. Mais cet autre , en changeant les formes, en donnant de l'encens à la philosophie, n'aurait toujours pu se rendre utile que par la partie substantielle ou théorie du mécanisme sociétaire distribué en séries contrastées. C'est là le côté utile et substantiel d'un traité de l'Association; et quelque forme qu'un philosophe puisse donner à l'ouvrage, il sera obligé d'emprunter de moi le fond tout entier, la théorie des séries contrastées. On trouve donc dans mon livre l'essentiel ou substance, les voies et moyens d'exécution; c'est bien quelque chose en fait de découverte.
Il faudrait , dites-vous, qu'un autre y eût mis la main , c'est-à-dire y eût donné le vernis, les couleurs en vogue, le jargon de perfectibilité. Plaisante manière de juger les découvertes ! la plus précieuse , la mieux revêtue de preuves n'est rien par elle-même , si quelque adulateur n'intervient pour la farder selon le goût des partis littéraires, l'accommoder servilement aux convenances des philosophes.
Voilà donc le fruit de celte raison moderne tant vantée ! elle subordonne le génie inventif au méprisable talent de flatter une coterie de sophistes. S'il existait un jury d'examen et de garantie, les critiques oseraient-ils s'engager dans de pareilles inconséquences? Mais on sait qu'il n'est aucune barrière au despotisme littéraire ; on se donne le plaisir d'écraser une invention dont l'auteur a commis le crime de ne pas fléchir devant la philosophie. Etrange résultat de l'intolérance académique, genus irritabile vatum! J'ai pu maintes fois reconnaître, au sujet de cette découverte , que les savants , les beaux distributeurs de raison, deviennent moins raisonnables que des enfants lorsque leur amour-propre est blessé.
Je désigne cette critique sous le nom d'ambiguë, ou sorte mixte, parce que, sans intention hostile, elle arrive à force d'arbitraire au môme but que la détraction. H n'y a pas malice calculée chez l'écrivain , car il se contredit de phrase en phrase , niant d'abord l'utilité du livre et la confessant à quelques lignes de là. Il n'aboutit pas moins à décréditer, par l'influence de son nom, une théorie dont ses paroles bien pensées sont un éloge très-formel , puisqu'il y reconnaît la substance, les moyens, seule chose désirable dans les inventions.
On peut juger par là de la duperie où tombe un gou-
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vernement quicomple sur rérudition des journalistes pour être informé des découvertes; qui ne se défie pas de leur amour-propre si prompt à s'ombrager, et n'oppose pas à leur partialité ce contre-poids qu!eux -mômes conseillent si activement d'opposer à Ja puissance administrative.
5°. Genre méchant. Il devient très-commun ea France. J'en vais citer un modèle , dans la critique d'un épais Limousin qui dit avoir payé le livre 50 fr., au lieudelftfr., prix coté. Il a été, comme Pourceaugnac, dupé par un autre Sbrigani , par un entremetteur. De là sa colère contre l'ouvrage; et pour le diffamer, il a recours au talent banal de coudre des mots assemblés de diverses phrases , en former des propositions ridicules , travestir même le titre; enfin accumuler vingt mensonges plus impudents les uns que les autres. Tel est le savoir-faire du sieur Mongin , de Limoges, dans une lettre insérée au journal le Miroir. , . . ..
Si le tribunal de garantie existait, on porterait le lendemain X imprimé à l'audience du mage littéraire , en invitant le journaliste à y envoyer un de ses collaborateurs pour défendre, s'il le peut, l'article publié. On prouverait en peu d'instants, par confrontation, que le livre contient tout le contraire des absurdités imputées à, l'auteur; qu'elles sont pleinement calomnieuses avec préméditation, car le zoïle avoue l'intention de se venger d'une duperie pécuniaire que son agent lui a fait essuyer. La calomnie serait constatée par décision du juge mage, et la déclaration insérée au journal de garantie.
Une telle justice n'aurait rien de coûteux ; elle serait rendue en petite audience : la rétribution des plaideurs serait tout au plus de 20 à 50 fr. pour insertion de l'arrêt au journal de. la pour .de garantie.
Qu arriverait-il d'un tel ordre de choses? Qu'aucune feuille publique n'oserait admettre des articles où la calomnie serait évidente, où l'intention ne serait pas môme déguisée. D'autre part , le détracteur n'oserait pas écrire pareilles lettres, sachant que si elles sont insérées, il recevra , par le journal de garantie , un affront à la face de k France et de l'Europe. - •
. Mais la garantie n'existant pas, les zolles osent tout , d'autant mieux qu'on a habitué les Français à se repaître de détraclion et s'en faire une amusette littéraire. Elle s'introduit, à titre de denrée commerciale , dans divers journaux obligés spéculalivcment à l'accueillir pour satisfaire le goût des abonnés; de même qu'un négociant est forcé â s'approvisionner «I objets de modes ridicules, mais demandés par les acheteurs.
Les journalistes sont donc les premiers esclaves du défaut de garantie en relations scientifiques. Celte branche d'abus en produit d'autres ; il sera facile de prouver que la dépravation de la critique a, depuis peu d'années, dénaturé très-vilainement le caractère français.
La seule influence du tribunal de garantie changerait bien vite celte manie de détraclion en penchant à la justice. La nation s'habituerait à railler ce qui le mérite, s'égayer des camouflets donnés aux zoîles. Chacun craindrait de •partager la honte de ces méchantes gens; on vouerait au mépris leur médiocre talent de fausser toutes les citations, talent plutôt digne des galères que de la faveur d'une capitale éclairée.
Le jour où Ton publiait celte collection de phrases travesties , le député Delalùt se plaignait au corps législatif d'être calomnié aux yeux de la Franco, par un mot, UN SEUL MOT changé û son discours dans ks journaux.
un*
Il en demandait réparation. L'affaire Manuel, qui a causé tant de rumeur, a été l'effet n'UN MOT qu'on dit avoir été chaogé ou mal interprété.
C'est assez prouver que les changements de mots , et a plus forte raison ceux de plusieurs phrases , ne sont rien moins que des babioles , et qu'il faudrait, pour l'honneur de la nation, établir une autorité de garantie contre cette infâme coutume à laquelle on habitue de plus en plus les Français. Il ne manquerait que d'assurer aussi la faveur publique à ceux qui changeront quelques mots dans les actes , contrats et testaments.
Lorsque j'ai cité en regard (64) deux journaux de Paris, j'ai soigneusement évité de dénaturer ni même déplacer aucune des expressions du texte; l'altération d'un seul mol pouvant gravement compromettre un ouvrage : par exemple, si l'on va croire, d'après le zoïle Mongin, que mon livre est intitulé Association économique, il deviendra ridicule par son titre même , qui serait vide de sens et pléonasme , car toute association est économique, ou de bras, ou de forces, ou de capitaux, machines et autres moyens.
J'ai fait choix d'un titre sensé et significatif, qui est .4*sociation domestique-agricole; titre indiquant avec précision les emplois de ma théorie , et dénotant qu'elle applique le régime sociétaire aux deux branches de relations où l'on désespérait de l'introduire jamais. Quant à l'intitulé (l'Association économique, il suffirait seul à insinuer que l'auteur est dépourvu de judiciaire , et à détourner de toute lecture de l'ouvrage. Tel est le but avoué du zoïle Mongin. Sa lettre mériterait une ample réplique , non pour en réfuter les menteries, qui sont incroyables à force d'exagération , mais pour faire sentir le
besoin d'un jury qui mettrait un terme à ces spéculations mercantiles sur la calomnie.
Les Français honorables s'en plaignent , et je cite à ce sujet le Miroir même, qui dit (20 avril) en annonçant un ouvrage de M. Kératry : « Le cruel ne veut pas que » nous plaisantions: il fulmine en termes honnêtes con- » tf e /e Miroir qui , fous /es /ours , amuse la France de » ce qui devrait la faire pleurer. » M. Kératry a dit vrai } la France devrait gémir de ces amusements déloyaux dont on la repalt : elle est prise pour dupe dans ces turlupinades , et elle pourrait trouver à rire aux dépens des zoïles bien mieux qu'aux dépens des inventeurs.
Voltaire, admirateur, et Ton peut dire enthousiaste des belles découvertes de Newton, se plaint pourtant de l'obscurité qui régne encore sur le système de la nature ; il en gémit, disant :
Montrez l'homme a mes yeux.... Mais quelle épaisse nuit !
Lequel faut-il croire, ou de Voltaire invoquant les découvertes en mécanisme social et passionnel dont Newton ne s'est point occupé , ou de Mongin menaçant des terribles indignations de sa tête géométrique ceux qui oseront , après Newton , faire des découvertes dans les sciences dont ce géomètre n'a point traité ?
4°. Genre entraîné. On le trouve au journal précité, qui est forcé, par convenance particulière de clierJtelle , à donner une teinte plaisante aux sujets les plus graves , aux raisonnements les mieux fondés , comme celui-ci sur la longévité future , sujet de ses facéties.
** On sait que les Lapons atteignent facilement à 150 ans : on voit môme dans nos climats des hommes excéder ce terme. Les gazettes, en 1822, ont cité la famille
iOt CHAPITRE II. ARTICLE VII.
hongroise de Jban Rowin, mort à 172 ans; sa femme â 164 ans; leur mariage a duré 142 ans. Les enfants ont v6cu en proportion : leur moindre terme a été de Ho ans. On a cité récemment à Brest un ealfat de 157 ans, dont les enfants passaient 100 ans; un porte-faix d'Allemagne, fort agile a 125 ans; une négresse même, Saura, morte à 154 ans, quoique la race de pays chaud ait moins de vitalité que celle de climat froid. Ceci a lieu dans l'ordre civilisé, où toutes les habitudes et fonctions dégénèrent, dès l'enfance, en excès contraires à l'équilibre sanitaire.
* Le régime sociétaire garantissant les corps et les âmes de tout excès dès lo plus bas âge; les corps, par l'usage des courtes séances, l'alternat de fonctions et les précautions générales de salubrité (voyez tom. III, sect. l re . et 2 e ., et tom. IV, sect. 5'. et 4 e .); les âmes, par un état de choses qui transforme toute industrie en passion, raréfie les peines et prodigue les distractions, assure aux facultés intellectuelles un plein développement : ce régime concourt en double sens à la longévité; il renforce les corps par le contentement et l'équilibre des âmes . dont l'état de peine actuelle tend à user les corps et souvent les détruire.,
* L'espèce humaine trouvera donc, dans un tel ordre, double gage de longévité. Elle pourra espérer, dès la première génération sociétaire, un grand accroissement de vigueur et une augmentation progressive à la 2 e . et à la 5 . ; d'autant mieux que les virus accidentels, dits variolique, psorique, syphilitique, etc., seront extirpés en moins de 0 ans.
* Les peuples sociétaires atteindront donc à un terme de vitalité immensément supérieur a celui de l'état civi-
lisé, on tout n'est que lésion des convenances hygiéniques et sanitaires ; ou tout entraîne aux excès, aux accidents mortels, même dans t'exercice des travaux; et si, malgré ces contre-temps perpétuels , nous voyons déjà des civilisés atteindre a' 150 ans, estait ridicule d'augurer aux races d'état sociétaire nne vie de 444~ansy**** JHW pour moyen terme de là masse, mais seulement pour un individu sur 12? ** '**• 1 • - '».•• '«
Telle a été mon appréciation, fondée sur un étal sanitaire composé et non simple, un état favorisant à la fois U corps et l'âme , avantage dont n'ont pas joui nos centenaires actuels , qui ont éprouvé dans l'enfance et" dans le cours de la vie beaucoup d'entraves à l'essor et à l'équilibre des passions. Ils ont donc été bornés au 1 régime sanitaire simple, au bien-être corporel, qui encore a dù essuyer de nombreuses atteintes, surtout chez te peuple. ■•
Ces calculs , je f avoue , ne sont pas présentables à des lecteurs qui exigent d'un journal des plaisanteries à la toise ; il leur en faut per fas et nefas. Or, il est un moyen facile de les satisfaire et do ridiculiser les théories les plus régulières. « Une lactique fort en usage, dit M. de La- > borde , est de scinder et tronquer les phrases d'un dis- » cours ; les transporter de temps et de lieu , de manière » à en faire des propositions isolées, de vrais paradoxes , » sans s'inquiéter de ce qui les précède ou de ce qui les s suit. » Si, dis-je, on adopte cette méthode, il sera bien aisé de donner une teinte risibie aux calculs les plus sévèrement étaWis, et mon traité , par la nouveauté du sujet, prêtera plus que tout autre à ce genre de plaisanterie. > » i ' • ' •
« QuMme soit permis dedooner ici un canevas d'analyse
en opposition a celle du journaliste cité : je prends pour thème ses six premières lignes que je transcris :
c Ecoutons M. Ch. Fourier : il promet de tripler la ri- » chesse de ce globe , déteindre toutes les dettes, élever
• subitement le monde entier à des destinées plus hautes » et plus pures, tarir les sources des passions haineuses
> parmi les hommes, faire tomber la puissance des sciences » fausses qui régnent aujourd'hui , amener avant la fin de » 4825 la clôture de l'étal civilisé , etc. » '
Ces perspectives ont une couleur d'illuminisme et de gasconnade insoutenable, si on les énonce en propositions isolées, sans faire aucune mention du moyen d'exécution dont il eût fallu donner une légère notion , comme serait la suivante :
t M. Ch. Fourier décrit en très-grand détail un pro- » cédé sociétaire nommé séries de groupes contrastés, » méthode opposée à notre système domestique , et dans » laquelle il démontre ces trois propriétés :
» 1 . Triplement du produit effectif de l'industrie , et » par suite moyen sûr d'éteindre toutes les dettes publi-
* ques. Elles seraient faciles à payer dans le cas où l'on
> pourrait puiser sur un produit triple, sur 15 milliards » en France, au lieu de 5 ; et ainsi en tout pays.
» 2. Attraction industrielle , et par suite changement » de sort du genre humain, qui jusqu'ici n'a travaillé que
> par contrainte et besoin : le travail deviendrait pour lui
> un plaisir, un essor d'attraction; de là résulterait l'ac-
> cession des sauvages et des oisifs à l'industrie agricole » qu'ils n'adopteront qu'autant qu'on la leur présentera » en régime attrayant.
» 5. Concours de la vertu et de la vérité avec l'intérêt, » et tarissement des sources de haine , car la haine pro-
» vient communément des astuces el fourberies ; elles ré-
> gneront dans les relations industrielles, tant qu'on ne
> découvrira pas un moyen d'atteindre au bénéfice par
> la pratique de la vérité et des vertus sociales.
» S'il est constaté que ce moyen soit inhérent au mé- » canisme des séries contrastées, un essai de ce nouvel » ordre fera tomber la morale simple , qui , voulant faire » aimer la vertu pour elle-même sans y associer le vèhi- » cule de l'intérêt , place l'homme social dans un état de » guerre interne avec lui-même , par lutte de l'intérêt
> contre le devoir.
> Dans le cas où ce mécanisme serait praticable et dé- » montré par une épreuve sur un village, il est certain » que l'ordre civilisé ou morcellement serait abandonné
> a l'instant pour le régime sociétaire joignant au triple
> produit le charme industriel. Ce sera au lecteur a juger » si la théorie est digne d'épreuve, à peser les voies et
> moyens qu'indique l'auteur, et dont les bornes du jour-
> nal nous empêchent de donner aucune analyse. »
Une gazette qui suivrait celte marche n'exposerait pas chaque proposition au ridicule , en l'isolant des moyens ou voies d'exécution.
Présentés de la sorte, en style dubitatif, les brillants résultats de l'Association n'auraient rien de risible ; et pourtant le journaliste n'en ferait aucune apologie. U est donc faux que l'analyse de cet ouvrage soit difficile , surtout quand l'auteur, présent à Paris , peut se charger de tout le travail préparatoire : voyez note 2.
La vraie difficulté , on ne saurait trop le répéter, c'est d'annoncer franchement une découverte qui heurte les coteries philosophiques, si bien dédommagées de ce contre-temps (84) **\ Mais on craint tout air de conni-
f0 6 CHAPITRE H. ARTICLE
veoce avec un inconnu qui n'est pas une puissance, un homme à ménager. On n'ira .pas, en sa faveur, hasarder de déplaire aux sophistes en crédit , froisser quelque amour-propre. ^ w • . » «>*t»*
Entretemps, redisons que les gouvernements et les particuliers seraient dans l'erreur, s'ils comptaient sur Ja voie des gazettes françaises pour être avisés des découvertes faites en l rance. il y existe , a la vérité , un dictionnaire des découvertes et 20 trompettes pour les favoris qui oni l'oreille de la cabale; mais un inventeur qui ne flatte pas les hauts et puissants seigneurs philosophiques est exclu des honneurs de l'annonce , ou n'obtient qu'une annonce insignifiante , pour ne pas dire plus.
t C'est que vous n'avez pas su conduire l'affaire , me
> répond quelque tacticien : il fallait , selon le principe
> médiocre et rampant, être au moins rampant si vous
> n'êtes pas médiocre. > Conseil inadmissible! c'est à moi , au contraire , à prémunir le monde savant cbntre les suggestions de la médiocrité; lui rappeler qu'il est des exceptions à toute règle , et que ma découverte est pour lui cas d'exception aux routines cabalistiques. Si les savants en doutent, je les invite à relire le paragraphe aux 5 astérisques (84) et le grand intermède ( II e . tome , 518). Qu'ils pèsent bien ces considérations ; ils reconnaîtront qu'il y va de leurs plus chers intérêts; que les lumières invoquées, l'initiation aux mystères de la nature , la gloire, les dignités, la corne d'abondance, enfin tout ce qu'ils ont ambitionné, va devenir leur conquête-, et si, pour obtenir tant de biens à la fois, ils ne savent pas transiger un peu avec l'amour-propre du moment, ce sera le cas de s'écrier, avec Figaro: Que les gens d'esprit sont bêtes !
P; S. J'aurais été plus bref sur le compte des détracteurs, s'il n'y avait dans cette affaire un dessous de cartes , une intrigue à débrouiller. Il s agit de la cabale qui manœuvre contre l'Association , et veut empêcher que la découverte parvienne à la connaissance du public et des parties intéressées.
Des lecteurs étrangers à cette menée , et empressés, selon la pétulance française , de gloser sur toute idée neuve , se trouveraient , sans le savoir , limiers d une cabale, s'ils s'aventuraient à déprimer le calcul de l'Association, avant qu'un mûr examen ait prononcé sur le fort ou le faible de celle théorie. Les antagonistes, pour donner le change et éviter toute analyse du fond, ne veulent pas même proférer le nom du ressort employé , la série de groupes contrastés. Ils semblent craindre qu'on ne leur réponde: * Ce moyen que vous cherchez à » ridiculiser, est très-plausible quant à l'analogie; c'est » le procédé employé par les naturalistes dans leurs clas- » sements , et par Dieu dans toute la distribution de la » nature. »
Ce qu'ils redoutent bien davantage et qui ne manquerait pas d'arriver, c'est que, la découverte une fois constatée, chacun consulterait ses intérêts et non ceux des philosophes. Un roi de France leur dirait : Vous avez 400,000 volumes à soutenir, et moi j'ai 400,000 serviteurs à indemniser ; émigrés, ecclésiastiques , rentiers et leurs parents. Il leur convient, à tous comme à moi, qu'on atteigne par l'Association au triplement de revenu ( ne fût-ce qu'au doublement , selon le calcul de pis-aller, 40).
" Un libéral leur dirait : Nous sommes 400,000 à secourir, tant destitués que retraités, exdotés , leurs parents
et enfanté; vous faites pour nous tant de démonstrations en pamphlets y gravures et verbiages; puis, au moment décisif où se présente un moyen de nous indemniser, vous sacrifiez vos 400,000 amis au soutien de vos 400,000 bouquins : vous ne songez qu'à votre négoce de livres ; trouvez bon que nous songions à nos intérêts.
Tout propriétaire , petit ou grand , leur tiendrait même langage. Les plus riches, les princes, ducs d'Orléans, de Devonshire , Scheremetoff, Czartoriski, opineront encore qu'il leur convient mieux de tripler leur revenu et faire le bonheur du genre humain, que de soutenir les systèmes qui ont appauvri et agité les peuples. Dès lors chacun tournerait le dos à l'auguste philosophie ancienne et moderne , du moment où la découverte de l'Association serait examinée et constatée par un jury.
La philosophie serait d'autant mieux abandonnée par ceux qui ont déjà fait des efforts actifs , soit sur l'abolition de la traite , soit sur les essais d'Association. Par exemple , M. Owen manquerait-il à leur dire : J'aime mieux devenir le premier homme du monde, en effectuant cette Association à laquelle j'ai consacré mes efforts et ma fortune, en abolissant la traite et l'esclavage, que d abandonner la cause du genre humain pour me déclarer esclave de vos doctrines de morcellement industriel; doctrines suspectes à vos sages mêmes, qui voient dans leurs bibliothèques (io) un dépôt humiliant de contradictions et d'erreurs.
Lecteurs qui n'êtes point dans le secret des meneurs philosophiques, défiez -vous du rôle de marionnettes qu'ils veulent vous faire jouer. Considérez qu'à l'instant où un personnage notable, soit propriétaire , soit orateur, abandonnera leur cause et optera pour l'épreuve,
on verra tous ces caméléons chanter la palinodie, se retrancher sur ce qu'un examen superficiel les avait induits en erreur , et railler les badauds qui auront servi leurs intrigues. Prévenez cette duperie, et, selon le précepte de Descartes, opinez pour le doute conditionnel, jusqu'à ce qu'un strict examen et une facile expérience aient prononcé sur le fond, aient décidé si les passions humaines sont faites pour l'industrie morcelée ou pour l'industrie sociétaire.