II PRÉFACE
plus salutaire et la plus féconde. Au commencement du dix- neuvième , M. Laromig^uière et M. Maine de Biran^ avec des degrés divers de force et de profondeur, s'ëiaient bornes à remettre en lumière le fait de Pactivitë essentielle deFâme, méconnu par Gondillac et ses disciples. M. Royer- Collard le premier, en suivant les traces de Reid et de Dugald-Stewart , reconnut dans Fàme humaine et analysa quelques-uns des faits qui doivent servir de base à une théorie de la raison impersonnelle j mais lui-même il n'éleva pas cette théorie et il ne chercha pas à remonter jusqu'au principe de ces faits. Cette gloire appartient tout entière à M. Cousin. Dépassant de beaucoup la philosophie écossaise et M. Royer - Collard , M. Cousin a constaté Fexistence en notre âme d'un élément impersonnel qui est le principe et le fond de notre intelligence j il en a montré la nature divine. Par une analyse qui ne laisse rien à désirer, il a fortement marqué les caractères et l'origine de toutes les idées (jui s'y rapportent et en découlent, et il
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a victorieusement démontre contre Locke et toute son école qu'elle ne peuvent dériver de l'expérience. De leurs caractères^ il a déduit leur origine. Elles sont universelles et absolues parce qu'elles dérivent d'une raison commune qui éclaire tous les Iiommes et qui est la raison même de Dieu. Celte raison est le fondement de toutes nos connaissances.
Elle intervient nécessairement dans la plus humble comme dans plus élevée. C'est d'elle que découlent tous les principes absolus sans lesquels il n'y a pas de science ni de morale. Cette raison apparaît en nous^ elle nous éclaire ; mais elle est supérieure à nous , elle ne vient pas de nous; en un mot , elle est impersonnelle.
Ainsi, par cette théorie de la raison, M. Cousin a rétabli au sein de la philosophie française l'idée de l'infini et de l'absolu, que depuis longtemi>s la métaphysique superficielle du dix-huitième siècle en avait bannie. Ainsi, il a ressuscité painni nous ce qu'il y a de plus vrai et de plus profond dans Des-
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cartes et dans Malebranche^ en lui donnant plus de précision et de rigueur^ en le justitiant par une analyse à la fois plus exacte et plus approfondie de Pintelligence humaine.
Ainsi, il nous a de nouveau inities à la pensée de tous les grands systèmes de métaphysique qui toujours , sous une forme ou sous une autre, se sont accordés à reconnaître une relation du monde en général et de rhomme en particulier avec l'infini. Réintégrée dans la philosophie française par M. Cousin, la théorie de la raison impersonnelle y a faitpromptement fortune. Elle a replacé la science, la morale et Fart sur leurs vrais principes; elle a opposé une digue invincible au scepticisme sorti de Técole de Kant. Elle est le lien qui unit toute Fécole éclectique, ellp est le centre auquel tout vient aboutir.
Persuadé de la vérité et de Fimportance de cette théorie, depuis longtemps je m'y suis attaché. J'ai eu l'intention de l'examiner sous tous ses points de vue et d'en éclaircir
les -parties encore obscures. Il m'a par»
qu'en général, jusqu'à présent, on avait con* sidéré la raison au point de vue psycliologique, c'est-à-dire dans ses manifestations au sein de la conscience plutôt qu'au point de vue ontologique, c'est-à-dire dans son essence , dans sa nature même et dans ses rapports avec Dieu. C'est principalement sous ce dernier point de vue que je me suis proposé de la considérer dans cet ouvrage.
J'y passe successivement en revue toutes les idées qui en dérivent , les idées d'infini , de cause, d'espace, de temps, d'ordre, de bien,, et de beauté. Après avoir rapidement constaté l'existence de ces idées au sein de l'intelligence et décrit leurs caractères , je recbercbe quel est leur objet. J'arrive à ce résultat que toutes les idées de la raison se ramènent à une seule et même idée, à savoir ridée de l'infini, et n'ont qu'un seul et même objet, à savoir l'être infini. Je m'appuie sur la démonstration préalable de l'unité de toutes ces idées pour déterminer la nature de la raison. Je montre que sans aucune
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espèce de métaphores, la raison est divine, car elle est l'essence de Dieu même présent en nous en vertu de son infinité. Je définis Ja connaissance de Finfini, la conscience qu'a de sa nature infinie Dieu présent en nous, Dieu principe de notre être. Enfin , je tire les conséquences de cette théorie relativement à la question de la certitude et à la question des rapports de Dieu avec le monde.
Tel est, en quelques mots, le sujet et le plan de cet ouvrage, qui par sa nature embrasse les plus hautes questions de la métaphysique.
Je donne par avance raison à quiconque me jugera téméraire d'avoir osé aborder un si grand sujet. Mais comment résister à cette activité inquiète de notre intelligence qui nous pousse vers les problèmes les plus élevés pour y chercher la lumière? D'ailleurs , en philosophie il n'y a pas de choix à faire entre les grands et les petits sujets, car les petits sujets n'existent pas. En de pareilles questions on marche, je le sais, à côté