‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 1 sur 184 · A VANT-PROPOS POUR LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

A VANT-PROPOS POUR LA DEUXIÈME ÉDITION

La première édition de ce livre date de novembre i902. Celte nouvelle édition, comme l'indique le titre, a été entièrement revue.

Je dois m' expliquer sur cette revision. Une théorie générale de la valeur des richesses, telle que je l'ai présentée, ne vieillit pas dans l'espace de dix ans, et il lui faut plus de temps pour faire son chemin. Pour la juger, en la confrontant avec les faits et les réalités de la vie, plusieurs années sont nécessaires et souvent même la vie entière d'une génération devra s'écouler avant que le développement des phénomènes économiques et la constcdation de faits nouveaux viennent confirmer ou infirmer les lois formulées ou y apporter des corrections nécessaires.

Je nai donc eu, pour le fond, rien à changer à ma théorie générale de la Valeur, ni à ma critique des théories antérieures.

Les changements que contient cette deuxième édition sont dûs à ce que de nouvelles enquêtes, des faits économiques nouvellement révélés, m'ont permis souvent de préciser les termes de mes constatations et d'enrichir la documentation de mon volume.

Cornélissen 1

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Je dois aussi insister quelquepeu sur la nature de cette documentation : Un fait social et économique bien et dûment constaté est, à mes yeux, un fait acquis, enregistré une fois pour toutes, qui fait ressortir un résultat général, né, dans des conditions sociales déterminées, du jeu des forces économiques. Notre rôle d'économiste est d'étudier ces conditions ; mais au point de vue scientifique, un fait économique et social ne perdra rien de sa valeur pour ces études, parce qu'il mira dix ans de date. Les faits économiques et sociaux, bien constatés, restent des faits et gardent leur valeur même après un siècle et lorsqu'ils appartiennent depuis longtemps à

V Histoire.

Aussi nai-je pris aucune peine pour « mettre à jour » — comme l'on dit — mon volume, en remplaçant un fait datant de i890 ou de 1900 par un fait analogue plus récent. Je n'ai apporté de nouveoux faits qu'au cas où je les jugeais propres à compléter ou à éclaircir ma théorie.

Christian Gornélissen.

Paris, Octobre 1912.

Avant d'entrer dans l'exposition de mon sujet, je tiens à faire quelques observations préalables sur les points où je me sépare des écoles économiques actuelles et sur les parties de ce livre qui me semblent exiger quelques éclaircissements.

En premier lieu, une réflexion s'impose : Dans le présent ouvrage, nous étudions la question du bien-être matériel des hommes et examinons en particulier la valeur des richesses ; nous partirons de là pour rechercher ensuite dans des ouvrages successifs les lois qui régissent, dans la société actuelle, le salariat, le capital et l'accumulation du capital, la renie foncière, etc.

Cependant, ce dont nous aurions besoin, au commencement du XX* siècle, c'est d'un système entier de sociologie, qui ne se contenterait pas d'examiner les phénomènes économiques de la vie sociale, mais qui se préoccuperait en même temps de la constitution et de l'évolution de la vie morale, intellectuelle et politique, dont ces phénomènes sont la base. Un tel système envisagerait tous les aspects de la vie sociale comme inséparablement unis par un continuel rapport.

Les économistes modernes arrivent de plus en plus à le

PUEFACK

reconnaître : il est incontestable que l'aspect matériel de la vi& sociale ne saurait être bien et dûment étudié à part, séparé de l'aspect moral, intellectuel et politique ; chaque pas que nous faisons sur le terrain économique nous convainc davantage que les lois économiques se rattachent, comme la partie au tout, à cet ensemble de lois générales à l'étude desquelles s'applique la

sociologif^.

La science économique nous paraît donc étroitement et inséparablemenl'liée aux autres branches de la philosophie sociale, et les lois du bien-être matériel des hommes ne sauraient être scientifiquement exposées, lorsque l'on ne regarde que le côté

matériel de la \ie.

Dans ce premier volume, traitant de la valeur des richesses, surtout dans les pages qui examinent en particulier la va'eur d'usage sociale et dans celles qui montreront au lecteur destendances communistes, nous verrons les richesses du genre humain se présenter à nos yeux comme richesses historiques,. créées non seulement par le travail d'une génération humaine, mais des générations successives.

L'homme n'esl-il pas lui-même un être historique, un être de culture, le produit de longs siècles et d'une éducation à laquelle des influences morales, intellectuelles ou politiques, ont collaboré aussi bien que le bien-être matériel?

L'accumulation des richesses humaines s'est montrée aux chercheurs modernes sous la dépendance de tout un ensemble complexe de lois sociales qui dirigent l'énergie et le travail humains, lois non seulement économiques, réglant la. production et la distribution des richesses, mais encore lois de Ja vie morale, intellectuelle et politique des hommes. La religion, les vieux liens familiaux, ainsi que nombre de mœurs ou .le coutumes locales ou nationales ont témoigné incessamment de leur influence directe sur les phénomènes économiques. La.

manière dont les peuples pourvoient à leurs premiers besoins d'existence — c'est-à-dire leur existence matérielle — s'est montrée intimement soliddire de toute l'histoire de notre espèce.

Conside'rons par exemple, dans la vie sociale actuelle, l'échange des marchandises et remarquons les inÛuences complexes qui, sur le marché moderne, concourent à fixer leurs prix définitifs ; nous verrons alors combien peu les lois purement économiques sauraient être séparées des lois générales de la constitution et du développement de la société.

Nous ne prétendons nullement par là que les lois du bien-être matériel des hommes ne puissent pas être soumises à un examen scientifique distinct, ni que la science économique, par le domaine singulièrement vaste oîi s'étendent ses recherches et l'importance particulière des questions qu'elle traite, ne doive pas rester nécessairement réservée à des savants spéciaux ; mais cette science ne saurait être pratiquée avec succès, c'est ce que j'ai voulu démontrer, — que si elle est tenue continuellement en rapport avec les autres branches de la philosophie sociale.

C'est à ce point de vue, — comme un ensemble de recherches sur un « subdomaine » de la sociologie générale, — que je désire voir juger mon ouvrage.

Je ne m'arrêterai pas à défendre le caractère scientifique que peuvent avoir de telles recherches. On a prétendu parfois que la science économique ne saurait porter le nom de science, en disant qu'elle ne mène pas, comme par exemple les mathématiques, à des données certaines et exactes ; cette objection, cependant, s'appliquerait non seulement à la science économique, mais à la sociologie dans son ensemble. Je pense en outre, comme cela a déjà été dit par d'autres, que ceux qui ont défendu cette opinion ont trop peu distingué entre certitude

d'une purl et exactitude ou précision mathématique de l'autre. La sociologie, et par conséquent la science économique, peut nous donner de la certitude aussi bien que n'importe quelle autre science. Seulement celle qu'elle procure dans son domaine particulier restera toujours la certitude relative qu'on doit attribuer à toute tendance.

Si l'on appelle science la recherche des lois générales dérivées des faits particuliers et, ensuite, la confirmation ei la coordination de ces lois, la science économique mérite incontestablement ce nom. Aussi la certitude que nous procurent ses recherches nous donnera-t-elle la possibilité — c'est un des traits caractéristiques de toute science réelle — de déduire avec justesse, jusqu'à un certain point, l'inconnu et le futur du connu et du présent.

Dans la science économique, cependant, plus peut-être que dans n'importe quelle autre science, il nous sera incessamment remis en mémoire que nous avons affaire à des lois tendantielles. Précisément à cause de la complexité de la vie sociale et de l'action simultanée de tendances différentes, les phénomènes sociaux et économiques nous paraîtront parfois moins faciles à déterminer que ceux qui sont étudiés dans d'autres branches de la Science.

Si, néanmoins, la sociologie doit véritablement être considérée comme une science, et même, à mon avis, comme une des plus importantes et des plus étendues, — celle de l'évolution humaine dans son ensemble, — la branche particuHère de cette science générale qui s'occupe des lois du bien-être matériel des hommes est, sans contredit, de la plus grande importance parmi les sciences-sœurs.

Je partage la conception matérialiste de l'histoire en me plaçant au point de vue évolutionniste qui, depuis le xviii* siècle, pénètre de plus en plus dans les esprits ; je pense donc que les

condilions d'existence inalérielle du genre humain forment les bases réelles de loule la vie morale, intellectuelle el f)oIilique des peuples et que celle-ci, de son côté, réagit sur les premières. Or, la science qui s'applique à rechercher i^s lois de celte existence matérielle se pi ice, à mon avis, dans les premiers rangs, s'il est vrai que l'on puisse parler de rangs parmi les sciences.

Je [»uis donc résumer ainsi mon opinion : La science générale do la sociologie étudie tous les phénomènes de l'existence sociale des hommes ; mais celte science gigantesque se subdi-, vise, d'après les faits étudiés, en sciences spéciales. Une de ces sciences s'applique à l'étude du bien-être matériel des hommes: étude de la constitution et du développement des rapports de production et de distribution. Cette science spéciale est solidaire de toute-; les autres sciences sociales et son étude ne saurait être séparée de celle des sciences-sœurs. Au contraire, ce sont précisément les rapports réciproques entre toutes ces branches de la sociologie générale qui doivent nous éclairer sur les questions sociales les plus importantes.

L'espoir que je fonde sur l'Économie ne s'appuie pas sur la méthode suivie jusqu'à nos jours par la plupart de ses représentants et qui ne méritait guère le qualificatif de scientifique. Aussi cette méthode sera-t-elle critiquée spécialement dans le présent ouvrage.

Pour les deux grands groupes d'économistes qui, de nos jours, se disputent la suprématie, les uns au nom de la Théorie du coût-de-productio7i, — courant objectivisle, — les autres au nom de la Théoiie « utilitaire », — courant subjectiviste, — la science économique n'a été que trop un»; science d'abstractions et de métaphysique. Leurs représentants ne sont que trop partis de certaines causes premières et générales pour expliquer par elles tous les phénomèues sociaux. Ayant

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hâle, en outre, de transformer les résultats de leurs recherches en système complet, ils ont dressé une philosophie sociale qui, natiirellemont, devait se perdre dans l'ahstraction.

Examinons d'abord le courant objectivisle dans la science économique, ce courant (jui, comme on l'a dit, part de 0(ie.«nay et, en passant par Ricardo et Hodberlis, s'écoule dans le système économique complet de Karl Marx. N'est-ce pas trop une doctrine d'abstractions malgré les capacités extraordinaires d'analyse des conditions réelles de la vie dont Marx surtout a fait preuve ?

Du marché des marchandises Marx exclut l;i concurrence et ti)utes les conditions qui précisément font le marché (1); il pose une valeur abstraite à la place de la valeur d'échange que les articles possèdent en réalité. Il juge que la valeur d'échange des marchandises consiste dans le travail a socialement nécessaire « à leur production (ou reproduction) et qu'elle est mesurée parla

(1) « Si nous avons agi ainsi, c'est parce que le mouvement effectif de la concurrence ne rentre pas dans le cadre de noire étude, qui n'a pour but que d'analyser l'organisation interne de la production capitaliste, pour ainsi dire dans sa moyenne idéale. » (Kari. Marx, Das Kapital, tome III, deuxième partie, ch. xlviii, p. 367 ; trad. fr., Paris, 1902, p. 432.)

Cherbuliez, dont l'œuvre économique sert, sur plusieurs points, de trait-d'union entre l'école classique de Smith-Ricardo et la théorie développée et intégrale de Marx, dit : « Nous avons dépouillé les phénomènes réels de ce qui les rendait complexes et diver?, pour ne voir que ce qu'ils avaient de commun. Le résultat de cette analyse peut donc fort bien ne représenter rien de réel, ne ressembler exactement à aucun des phénomènes complexes de la réalité. Dès lors, la théorie, la loi, que nous construisons d'après ce résultat, peut aussi ne se vérifier dans aucun des faits que nous verrons s'accomplir sous nos yeux. Cette théorie, cette loi n'en sera pas moins une vérité scientifique ». (A.-E. Chkbbuliez, Précis de la science économique et de ses principales applications, Paris, 1862, tome I, chap. ii, p. 11.;

Cherbuliez t exprimé les choses dans un langage plus simpliste que celui qu'emploie Karl Marx, mais, au fond, les procédés de travail dits « scientifiques », dont parlent les deux auteurs, sont identiques.

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durée de ce travail (1). C'est d'après celle valeur-de-lravail que les marchandises s'échangent comme « équivalentes » au marché métaphysique inventé p'»r Marx. 11 est vrai que les marchandises peuvent être vendues à des prix qui s'écartent de cette valeur, mais, dii Marx, « cet écart apparaît comme une infraction à la loi de l'échange des marchandises d [aher dièse Ahiveichu7ig erscheint als Vevlelzung des W aarenaustausches) (2). Dans la détermination de celte valeur, du re=te, Marx n'agit pas autrement que son maître Ricardo ; celui-ci, en effet; ne s'occupe jamais de la valeur d'échange réellement existante et continuellement variable des marchandises, valeur qu'il désigne par le nom.de « prix courant », mais de ce qu'il appelle, par opposition à la première, le « prix naturel » des marchandises (3).

La théorie de la valeur exposée et élaborée par Karl Marx d'après l'école classique de Smith-Ricardo. comme la théorie de la « phis-vnhie » qui repose sur elle, comme l'explication qu'il donne du salaire, du profit d'entreprise, de l'inlérêl et de la rente foncière, etc., nous paraît, dès le premier cou]^ d'œil, être devenue dans ses mains une théorie d'abstractions métaphysiques, clairement contredit»; ça et là par les faits sociaux réels ; c'est si net qu'à la fin, dans le troisième volume de son Capital, Marx oppose lui-même à sa vieille théorie de la valeur-detravail une théorie de l'échange, selon laquelle les marchandises

(1) Voir Karl Marx, Dus Kapital, tome I, ch. i, 3^ édit., pages 5 et 6 ; cf. trad. Roy, p. 15, col. 1.

(2) Karl Marx, loc. cit., ch. iv, § 2, p. 134; cf. ti'ad. franc., p. 67, •col. 2.

(3) Ricardo aboutit à la conséquence suivante : « En parlant donc <le la valeur d'échange des choses, ou du pouvoir qu'elles ont d'en acheter d'autres, j'entends toujours parler de ce pouvoir qu'elles posséderaient, si quelque cause momentanée ou accidentelle de perturbation n'intervenait pas, et qui constitue leur prix naturel. > (David Ricardo, Principles of Political Economy and Taxation, ch. iv, édit. 1838, p. 49, cf. trad. Constancio et Aie. Fonteyraud, Paris, 1882, p. 58.;

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ne se vendent plus sur le marché nnoderne d'après le travail socialement indispensable à leur production ou reproduction, mais selo'i leur prir de production, consistant dans leurs frais de confection, plus une quote-part de profit moyenne et proporlionnelle pour lo fabricant.

Mais eu est-il autrement de la théorie utilitaire de nos joar», de celte doctrine moderne de la science économique qui cherche ^ians des motifs subjectifs et psychologiques les lois des phénomènes économiques ? Dans l'exposition de ces motifs psychologiques, les représentants de celte théorie sont tombés dans des abstractions menant nécessairement à des conclusions aus^i fausses et aussi opposées à la vie réelle que les conclusions les plus abstraites de l'école de Ricardo-Marx. Aussi bien que l'école marxiste, par exemple, ces économistes noua conduisent à un marché chimérique, chez eux acheteurs et vendeurs viennent échanger leurs marchandises d'après V utilité- Uyniie (le a Grenznutzen n de M. BOhm-Bawerk) qu'ils attribuent aux marchandises. Naturellement, ces marchandises sont encore des marchandises métaphysiques, montrant toutes, comme nous le verrons, les mêmes qualités intrinsèques : Pour ceux qui se présentent en acheteurs à ce marché, tout cheval, par exemple, est « un cheval », toute livre de bœuf est « une livre de bœuf » et rien de plus.

C'est bien naturel du reste. Comment serait-il possible autrement aux économistes ulililarisles de nous exposer leur « loi» de V utilité-limite des biens, de dresser ces formules fixes et ces schèmes mathématiques pour les évaluations psychologiques personnelles de l'ulililé et pour l'échange final entre les individus, ~ formules et .^chèmes si chers aux représentants de Cr'tte doctrine de la science économique !

Supposons, cependant, que la science économique se soit plus décidément appliquée qu'elle ne l'a fait jusqu'à nos jours à élu-

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dier et à analyser les phénomènes réels de la vie sociale et à construire d'après eux, par là voie induclive, les lois généralesqu'elle aurait eu à vérifier et à coordonner ensuite, en se tenant toujours en contact avec cette vie réelle dont elle est partie ; on peut admettre que ses recherches auraient pu nous apporter plus de connaissances positives qu'elles ne l'ont fait jusqu'ici, tout en prêtant moins à une critique par trop justifiée.

La méthode déductive n'est point exclue de ce programme ; ce serait d'ailleurs impossible, vu la complexité des phénomènes que nous présente précisément la vie sociale. La connaissance générale que nous possédons de la nature humaine et des lois qui gouvernent le monde extérieur peut nous apporter un secours des plus utiles et est même parfois indispensable à l'éclaircissement des phénomènes sociaux. En l'appliquant, nous raisonnons par la voie déductive, en concluant du général au particulier.

Pourtant, c'est justement à cause de cette extrême complexité de la vie sociale et de la coexistence de plusieurs tendances difTérentes que nous devrons appliquer cette méthode déductive avec le plus grand scrupule et l'hésitation la plus marquée; car, si nous nous engageons dans la voie des abstractions, nous courons le risque — la science économique ne l'a prouvé que par trop jusqu'à nos jours — de perdre le contact avec les rapports réels de la vie. Raisonnant comme si le phénomène social étudié était gouverné par la seule tendance spéciale qui nous occupe, nous aboutirons aisément à des conclusions en dehors de la vie sociale réelle, si même elles ne paraissent pas en contradiction évidente avec les faits réels.

En général, la méthode déductive aurait dû rester, dans la science économique, l'auxiliaire de la méthode inductive — la principale. Pourtant le plus souvent son rôle fut autre, — aussi

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bien dans la doctrine de la valeur-de-travail (où, cependant, nous avons à faire une exception, quant à la méthode, pour son fondateur, Adam Smilli) que dans la moderne doctrine subjectiviste de Jevons et Menger-Bohm, celle des « utililaristes ». La méthode déductive aurait dû rester précisément la méthode de vérification et de contrôle des résultats acquis parla voie inductive.

Que l'on nous comprenne bien. Nous ne souhaiterions pas \oir établir les loi^ de la constitution et du développement économique de la société par l'observation seule, ce qui serait tomber dans l'exlréme opposé et ne vaudrait pas mieux, il ne faut pas que la science économique devienne ce qu'un représentant de la doctrine subjectiviste moderne a appelé dédaigneusement « un plat et stérile empirisme » (1). Seulement, nous nous opposons à la construction d'un système économique où la méthode déductive prédomine tellement que la théorie doit élre jugée à bon droit — et ce reproche ne s'applique que trop bien à toute notre science économique moderne — construite sur des abstractions et des hypothèses et sans contact suffisant avec la vie réelle.

Quelques mots encore sur les tendances communistes que l'on trouvera dans mon ouvrage et qui, pour moi, sont les conséquences d'un raisonnement rigoureusement déduit des rapports sociaux réels.

Nous avons à considérer l'Economie, non seulement comme l'étude de la constitution économique de la société, mais également comme celle de son évolution, parce que les phénomènes

(1) Voir Léon Walras : « Mais je dois déclarer qu'elle ^cette idt^e est la mienne, tout opposée qu'elle soit à l'absence totale de philosophie de la science et de science pure qui se décore en ce moment du titre de méthode expérimentale et qui n'est, à mes yeux, qu'un plat et stérile empirisme. » {Théorie de la Monnaie, Lausanne, 1836, Préface, p. xt.)

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sociaux et économiques, comme tous les autres, se montrent sous un double aspect, l'aspect statique et l'aspect dynamique, en qualité de phénomènes d'équilibre ou de mouveme?it.

De même que la biologie étudie chez les êtres vivants aussi bien les caractères analomiqnes que le processus physiologique et le développement embryogénique, l'Economie comprend et la théorie de la constitution économique delà société et celle de son développement. Lorsque donc l'économiste, soutenu dans ses recherches par le résultat des sciences-.-œurs de la sociologie, croit devoir tirer de son élude du développement des forces sociales productives actuelles, ceitaines conséquences concernant la constitution future de la société, il lui appartient de pousser ses recherches aussi loin qu'il estime pouvoir prévoir. C'est même là ce que nous avons appelé un trait caractéristique de toute science réelle.

C'est sur ce point encore que, en général, les économistes de nos jours ont laissé voir de graves faiblesses. En étudiant les œuvres de l'Economie moderne, le lecteur exempt de préjugés aura sans doute l'impression continuelle que les économistes que j'appellerai ici « otTiciels » n'ont pas osé, pour des motifs secondaires et politiques., tirer les conséquences immédiates de leurs propres théories. Je vise ici surtout les représentants de la doctrine utilitaire, mais cela pourrait se dire encore de beaucoup d'autres.

Lorsque ces faiblesses nous tomberont sous les yeux, nous n'hésiterons pas à les mettre en évidence, tout comme, d'autre part, nous reconnaîtrons les mérites de chaque école de science économique. Il faut, avant tout, que l'on cesse d'épargner certains intérêts de classe dans les œuvres qui prétendent ne se réclamer que de l'esprit scientifique.

Ce n'est pas sans raison, en effet, que particulièrement les

représentants de la doctrine utilitaire sont désignés souvent sous le nom d' « économistes bourgeois ». Trop souvent leurs théories nous semblent confectionnées expressément pour servir à l'instruction universitaire, pour défendre les bases de la vie sociale et politique actuelle et cacher sous des mots les iniquités sociales.

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