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(1) Voir Bônu-Bawerk, loc. cit., p. 207-218. Quant au dernier cas posé, la détermination du prix courant en cas de concurrence bilatérale des ache= teurs et des vendeurs, M.-Bôühm nous met sous les yeux le schème suivant : Il suppose qu'une dizaine d’aspirants- -acheteurs, évaluant « un cheval » à une valeur variant entre 300 florins et 150 florins, rencontrent au marché aux chevaux une huitaine d’aspirants-vendeurs, Éalnent de même leurs animaux à différentes valeurs variant de 100 à 260 florins.
Pour la commodité du lecteur nous indiquons dans ce schème la paire-limile dont les évaluations forment les limites intérieures par le signe de —., celle dont les évaluations indiquent les limites extérieures par celui de +.
Personnes disposées à l'achat
florins | À, évalue un cheval, ... — 300 | A) = ere …. — 280 À3 — Le dre 110200 A, Em die Es 20 À; — et tre 22220 + À 6 — — NT 2AD = À; — En 1 VA — LOS ES A0 Â9 a A en TD A0 es DL NT le MODO
Entre les limites que donne l'analyse précédente, le prix réel se fixe en raison de l’habileté personnelle, de la tenacité et de la force persuasive des vendeurs et des acheteurs.
Du commencement jusqu’à la fin, toute cette exposition des transactions d'échange entre les hommes rappelle les conditions précapitalistes de production, alors que les hommes produisaient pour leur propre usage en n’apportant au marché que les seules denrées qu'ils avaient en plus de leurs propres besoins et auxquelles ils attribuaient donc une moindre utilité limilalive qu'aux quantités consommées par cuxmêmes (1). Toute cette conception de la production et de la distribution des biens contraste essentiellement avec les principes fondamentaux de la vie sociale moderne. L'ouvrier salarié de nos jours, travaillant au métier à tapisserie, polissant des diamants, ou servant le marteau-pilon à vapeur, ne saurait être considéré comme possédant une surabondance des marchandises qu'il produit et y attachant par conséquent une moindre utilité limitative.
Cette théorie, qui n’a pas d'application possible pour les producteurs immédiats dans notre vie sociale, pour les ouriers salariés modernes, est également fausse par rapport aux modernes entrepreneurs capitalistes.
Personnes disposées à la vente
florins B, évalue son cheval, .,.., — 100 B; — — :, Eæ 110 B, & st. 2% 100 B, — ner = 170 B; 2: LA — 200 + B; == es A2 B; — NT sn ==:2090 B, 2 Ls —.260
(x) « Chaque producteur, ne produisant que quelques articles peu nom- Feux Mais Surpassant fortement, en quantité, ses besoins personnels, à donc surabondance de ses propres produits, tandis qu’il manque de tous les autres ; il attribuera done une moindre valeur subjective à ses-propres produits et une valeur relativement haute aux produits étrangers... » etc.(Bünm-BawErk, Loc. cit. p. 205.)
L'idée même que l'actionnaire d’une compagnie de chemins de fer, les propriétaires d’un atelier de diamantaires, d’un atelier de tissage ou d’une fonderie sont des personnes qui, éventuellement, produisent plus de marchandises que ne l'exigent leurs propres besoins, — de sorte que l'utilité limilalive de leurs produits se trouvant diminuée, ils désirent les porter au marché, — cette idée est bien naïve.
L’entrepreneur moderne peut, avec autant d’exactitude que possible, tenir les livres de ses recettes et dépenses, mais l’utilité. limilative que pourraient avoir, pour sa personne et relativement à ses propres besoins, les articles qu 1l pr oduit est une chose qui, communément, lui est parfaitement indifférente. « Il pourrait être un en roi des porcs américains et ce-\ pendant ne pas bien porter son jambon, comme on l'a dit de M. John Jones à Chicago ; il pourrait être aboli tionniste et ce que les Anglais appellent feelotaler tout en s’occupant d’empoisonner ses concitoyens avec l’absinthe et le genièvre. La tempérance du grand disüllateur, M. Lucas Bols, à Amsterdam, est, par exemple, proverbiale.
Ce n’est que par une méconnaissance des bases de notre vie sociale actuelle que les représentants de la théorie utilitaire ont pu ètre amenés à nous exposer les transactions" entre consommateurs et producteurs de la manière qu'ils l'ont fit.
Le producteur tenant compte de l'utilité des marchandises qu'il porte au marché ne s'occupe généralement, dans la so ciété actuelle, que de l'utilité qu'elles auront pour d’autres que lui, pour les consommateurs qu'il espère trouver. Il doits bien compter avec l'utilité puisqu'il y est obligé par les consom-« mateurs eux-mêmes. Mais il ne connaît cette utilité qu'en grand et en général et pas, ordinairement, pour chaque con sommateur en particulier ; aussi la juge-t-1l d'après les résul= tats finaux, le débit qu'ont ses marchandises, plutôt que d’après des caleuls et évaluations préétablies, En tout cas, il est évi=A dent que cette utilité dans la consommation ne saurait lui servir de base pour déterminer la valeur qu'il attache à ses. marchandises en tant que producteur, bien qu'elle puisse in fluer sur la grandeur de cette valeur. À
Etant convaincu de Putilité générale qu’auront ses marchandises pour l'usage humain, le producteur n'a plus à se préoccuper de ce que les acheteurs-consommateurs voudront en faire. Le marchand de chevaux, par exemple, s'occupe fort peu de savoir si le client emploiera un cheval nouvellement
acheté pour le lourd travail agricole ou industriel, ou bien si l'animal, en qualité de « Made de régiment », végétera dans l'inaction derrière un râtelier de caserne.
Du côté du producteur la théorie de l'utilité limilative manque donc en général son eflet ; elle n'atteint pas le but pour lequel on l’a développée. (: sque, malgré toute sa théorie utilitaire, M. Bôhm prête enfin attention à cette « particularité remarquable » que la plupart des ventes se font de nos jours par des « producteurs de métier et des commerçants », il doit naturellement reconnaître que pour ces personnes-là la valeur d'usage subjective se fixe « le plus souvent tout près de ZÉTO )».
Par cette découverte, M. Bühm se distingue essentiellement de la plupart des utilitaristes, vraiment aveugles sur ce point. Au lieu cependant d’être entrainé par là à revoir sérieusement toute sa théorie de la valeur objective, comme basée sur un
jeu de pures évaluations personnelles, il n’en tire que cette conséquence singulière : dans les cas admis plus haut, « les prix sont limités et fixés réellement par les seules évaluations ‘du côté des acheteurs (1) ». Ce seraient donc 1ei les acheteurs qui font tout seuls les prix, les producteurs-vendeurs n’auraient qu’à se taire et à attendre.
En outre, regardons un peu la description purement abstraite et fausse que cette théorie de l'échange nous donne des rapports de marché et de la nature des marchandises. Nous ‘en avons déjà parlé en passant ; maintenant, nous examinerons d’un peu plus près cette exposition en commençant par ce qui concerne le vendeur.
Pour que le train des affaires soit régulier au marché, IM:Bôhm pose les restrictions suivantes :
| « Comme complément nécessaire de notre exposé de la |
(1) Büuu-Bawenk, loc. cit, chap. Il, $ IE, p. 232.
situation, il faut ajouter que tous les concurrents doïvent paraître simultanément au même marché, que tous les chevaux soient de la même qualité et que, enfin, ceux qui viennent au marché pour faire des échanges, ne se trompent pas sur la situation réelle du marché, ce qui pourrait les empêcher de suivre essentiellement leurs intérêts égoïstes (1).»
Ce marché philosophique nous montrant des chevaux purement métaphysiques ne saurait nous donner une représentation exacte de ce qui se passe au marché aux chevaux réel.
IL serait par trop absurde, assurément, de supposer que deux marchands de chevaux, — B, et B,, — évalueront leurs chevaux successivement, B, le sien à 100 florins, B, le sien à 260 florins, si les deux chevaux sont de la même qualité et si les marchands ont à faire abstraction de toutes les particularités individuelles qui distinguent chacun des deux animaux, — comme cela’ doit se produire au marché de M. Bôhm. La supposition faite ici parait encore plus irrationnelle quand on ajoute qu'il s’agit de marchands modernes achetant et vendant leurs animaux sans que l’on puisse parler pour cela de la satisfaction de leurs propres besoins, n1 des services que pourraient leur rendre les chevaux.
En outre, que faut-il entendre par les mots même qualité qu'emploie l’auteur ? C'est une expression qui semble vide de sens dans son exposé; d’ailleurs tout ici est irréel ; les éva-
(1) Voir Bôünu-Bawerk, loc. cit., chap. IT, $ I, p. 211-212. Cf. également notre chapitre sur la valeur d’usage, note à la page 30. Nous faisons remarquer en passant que la série des restrictions ne se borne pas ici à celles queM. Bühm nous à indiquées lui-même. En effet, pour que le marché aux chevaux mis en scène par M. Bühm suive son cours régulier, il faut admettre encore tacitement bien d’autres conditions. Pour que les deux parties, — A, A; d’un côté, B, B; de l’autre, — échangent docilement dans les limites que leur pose la théorie de M. Bühm, il faut encore supposer, par exemple : 1° que B4, B; ou By ne soient pas contraints par manque d'argent de vendre leurs chevaux à tout prix ou du moins très au-dessous du prix qu'ils leur attribuent eux-mêmes, comme cela arrive parfois parmi les vendeurs dans notre société actuelle ; 2° que, d’autre part, certaines des personnes venues pour vendre leur cheval, ne croient pas, par hasard, avoir la possibilité de faire la vente, dans une époque peu éloignée, au-dessus du prix posé par eux-mêmes, circonstance dans laquelle ils n'auraient qu'à compter leur journée perdue aux frais de vente. Et ainsi de suite.
luations que font tous ces marchands sont en Fair. Il semble cependant que ce qu'il y a d’essentiel dans une théorie de la valeur objective des richesses est la connaissance des particularités qui sont ici tellement arbitraires.
B, évalue son cheval 260 florins, soit. Mais pourquoi pas à 260 kreutzer, ou bien à 260 centimes, pourrait-on demander } Ou, d’autre part, pourquoi pas à 260 tonnes d'or? Au marché aux chevaux réel et non métaphysique le marchand ne tardera pas à vous répondre; en vous amenant un cheval de 260 florins, il vous calculera, par exemple, ce qu'un jeune cheval fort et sans défauts coûte à l’éleveur de chevaux, et c'est précisément ce coût de production qui, dans son esprit d'éleveur de bestiaux ou de maquignon, [ui servira de base pour ses propres évaluations, celles-c1 pouvant être influencées et modifiées, 1l est vrai, par des circonstances accessoires et particulières. Elles peuvent l'être en premier lieu, naturellement, par les qualités spéciales de l'animal en
- question, ensuite par les rapports de l'offre et de la demande effectives, ainsi que par de pures spéculations de marché.
Regardons maintenant l'échange du côté de l'acheteur. Il est évident qu'ici nous pourrions reproduire les mêmes objections que nous venons d'apporter de l’autre côté, relativement à l'exposition abstraite et si peu réelle des rapports de marché et de la nature des marchandises. Le paysan disposé à acheter un cheval au marché, n'y évaluera pas un cheval en soi à 300 florins ou à 150 florins ; au contraire, il fait ses évaluations par rapport aux chevaux déterminés qu'on
. lui amène sous les yeux et dont il pourra d'avance juger les qualités et vertus particulières, choses dont, il est vrai, M. Bühm a fait abstraction, mais qui néanmoins sont la vraie base sur laquelle notre paysan fonde toutes ses évaluations personnelles.
D'autre part, il faut avouer que la théorie de l'utilité limilalive se montre moins évidemment et moins directement en contradiction avec la vie pratique, quand on examine l'échange du côté de l'acheteur, que cela n'avait lieu tout à l'heure, lorsque nous l’avons envisagé du côté du vendeur.
Le paysan, acheteur d’un cheval, tient assurément
compte de l'utilité qu'il pourra ürer personnellement de son cheval. Si l'on veut, c'est sa première préoccupation de savoir quels services futurs lui pourra rendre l'animal qu'il cherche à acheter. Nous nous trouvons même ici en face de l'hypothèse fondamentale que prétend introduire la doctrine utilitaire dans la science économique : Que la valeur d'un bien dépend de l'utilité finale qu'il peut avoir, c'est-à-dire de son application future et non pas de son coût de production (1)
Cependant, avec un peu de perspicacité et d’attention nous verrons aisément qu'il ne s’agit pas ici de la valeur objective des biens (valeur d'échange) mais de lulilité ou de l’avantage que ces biens peuvent procurer au consommateur.
On pourrait prétendre, avec les mêmes représentants de la théorie utilitaire dans la science économique, que la valeur d’une mine d'or dépend de celle de la quantité de minerai d'or qu'elle donne, — cette dernière, à son tour, de la valeur de l'or pur qui a passé à travers tous les procédés nécessaires : broyage, lavage. fonte, etc., jusqu'à la valeur des articles d'art en or, — tandis que la be du produit final (Schluszprodukt) serait déterminée par son utilité limitalive. Mais, 1l est évident que cette utilité limitative qui décide en définitive, n’a d'autre signification que la valeur d'usage que les objets d'art en question ont pour les personnes des consommaleurs, et que c'est tout autre chose que la valeur objective (valeur d'échange) de ces objets.
Lorsque nous nous rendons chez un orfèvre quelconque pour vendre un ornement en or, nous voyons que cet homme évalue notre bijou comme du «€ vieux », qu'il le taxe d’après la valeur du métal, sans s "occuper un moment de l’utilité personnelle que l'objet pourrait avoir eue, ou pourrait avoir encore pour nous, comme article d'usage.
De la même manière, 1l nous faut distinguer entre la valeur objective (valeur d'échange) qu'un cheval représente au marché et les services personnels que lacheteur pourra
(1) CF Bôuu-Bawerk, loc. cit., chap. 1, VI, p. 189. Voir aussi #bidem p.200 :« En dernière instance ils (les frais de production) ne donnent pas valeur à leurs produits, mais la reçoivent d'eux. »
tirer plus tard de cet animal ; ce sont deux conceptions bien différentes que l’on doit séparer l'une de l’autre. D'une
façon générale, si l'acheteur avait dans l'esprit quelque éva-
luation personnelle de Ia marchandise qu'il désire acquérir, c'est par hasard seulement que, dans la vie sociale compliquée de nos jours, la valeur objective coïnciderait au marché avec cette évaluation. L'analyse ne nous montre que
le résultat suivant : les évaluations personnelles de l’ache-
teur peuvent influencer la valeur objective et leur influence sera plus grande, en général, à mesure que le nombre des acheteurs sera plus limité où qu'un imdividu-consommateur exercera plus catégoriquement une puissance spéciale et monopolisatrice sur les transactions du marché. Voilà tout !
De ce côté, comme de celui du vendeur, manque donc la base pour la valeur objective des biens, tant que nous voulons la considérer comme le produit d'un simple jeu des évaluations personnelles dépendant des besoins accidentels de l'individu. Cette base manque au marché aux chevaux de M. Bôhm-Bawerk aussi bien que dans l'échange de blé et de bœuf chez M. Stanley Jevons.
Ne croyons pas que les bases de ces évaluations personnelles aient été bien et dûment examinées par les représentants de la doctrine utilitaire ; on eût pu s'yattendre du moins de la part de ceux qui se sont demandés, comme M. Bühm, — et c'est un des rares exemples que l’on puisse citer, — si par hasard les évaluations personnelles n'auraient pas besoin de quelque analyse spéciale.
M. Bôhm recherche quelles circonstances décident « si le
. niveau d'évaluation des paires limites est lui-même plus ou
moins élevé ». Il répond qu'il s’agit ici des « motifs » (Beshmmgründe) suivants relatifs au prix :