‹ Théorie des effets optiques que présentent les étoffes de soieChapitre 70 sur 96 · DES ÉTOFFES MOIRÉES · texte numérisé non relu

DES ÉTOFFES MOIRÉES

1 3 1 . On donne le nom de moire à des dessins produits au moyen d’une pression appliquée convenablement à des étoffes à côtes. La moire de soie est supérieure à celles de la laine, du fil et du coton.

i3a. Pour qu’une moire soit belle, les côtes de l’étoffe doivent avoir une certaine saillie, et, pour la produire, la pression à laquelle l’étoffe est soumise doit agir inégalement sur les diverses parties d’une même côte et obliquement à son axe, comme je l’expliquerai plus bas.

i33. Cette pression peut être celle d’une presse, entre les plateaux de laquelle on met l’étoffe, après l’avoir ployée endroit contre endroit, de sorte que les côtes se regardent.

La pression peut être donnée , non plus à la fois sur toutes les parties de l’étoffe , ainsi que cela a lieu lorsqu’on fait usage de la presse, mais successivement au moyen de deux cylindres faisant fonction de laminoir : l’un est formé de disques de carton super-

Il* PARTIR. APPLICATION.

posés et maintenus fixement sur un axe inflexible; l’autre cylindre est de laiton et susceptible de recevoir intérieurement des fers chauds ou un courant de vapeur pour en élever la température à un degré convenable.

1 34. La moire présente des dessins différents, suivant que l’étoffe est pressée après avoir été plôyée en deux dans le sens longitudinal, ou après l’avoir été plusieurs fois dans le sens transversal , ou encore lorsqu’on a pressé deux pièces parfaitement semblables endroit contre endroit. Enfin des tractions ou des tiraillements exercés perpendiculairement à l’axe des côtes en des points symétriquement placés, apportent des modifications à la moire, en produisant des ondulations dans la direction de cet axe primitivement rectiligne.

La moire d’église est produite par la presse et à froid. L’étoffe est ployéedans le sens longitudinal.

1 35. On peut encore obtenir la moire au moyen d’une molette à dessins gravés. On recourt à ce procédé lorsqu’il s’agit de moirer des étoffes étroites ou de simples bandes faisant partie d’étoffes façonnées.

136. Théorie. — Si les côtes des deux faces de l’endroit qui se voient s’appliquaient exactement les unes contre les autres, qu’il s’agisse d’une seule étoffe ployée sur elle-même, soit dans le sens transversal, soit dans le sens longitudinal, ou qu’il s’agisse encore de deux étoffes pareilles appliquées l’une contre l’autre, il ne se produirait pas de moire, dans le cas où chaque côte, parfaitement homogène, n’exerçerait con-

l3o II* PARTIE. APPLICATION.

tre la côte qui la regarde et ne recevrait de celle-ci que des pressions qui seraient à la fois et perpendiculaires aux axes des côtes supposés compris dans un même plan , et distribuées symétriquement, relativement aux demi-anneaux des côtes formés par la chaîne dans les gros de Naples. Je cite ces tissus comme éminemment propres à recevoir l’apprêt de la moire : il n’y aurait alors qu’un simple aplatissement, un simple écrase* ment des parties saillantes, et l’étoffe tendrait conséquemment à se confondre avec les tissus à surface unie.

Mais cette double condition d’homogénéité des côtes et de pressions perpendiculaires aux axes de celles-ci, ne pouvant être réalisée dans la pratique, une côte, en s’appliquant contre une autre ou contre elle-même, exerce, dans le sens de sa longueur, des pressions inégales et obliques à son axe, en même temps qu’elle reçoit de semblables pressions de la côte qu’elle regarde; dès lors la symétrie initiale des diverses parties de chaque côte se trouve ainsi dérangée.

1 37. Avant d’examiner les effets optiques d’un ensemble de côtes constituant une étoffe moirée, je décrirai les modifications qu’une seule côte a éprouvées dans toute sa longueur par le procédé qui donne la moire.

1 38 . La modification essentielle qu’une côte a reçue de ce procédé, c’est qu’au lieu de présenter il l’endroit, comme elle le faisait avant d’avoir été moirée, une surface partout identique et cylindrique à sillons fins transversaux, elle affecte une forme prismatique

Il* PARTIS. APPLICATION. l3l

apparaissant sous des aspects divers dans ses différentes parties, et la côte, au lieu d’être rectiligne, est ondulée.

Ainsi , lorsque, faisant face au jour, on a placé sur un plan horizontal une étoffe dont les côtes sont perpendiculaires au plan de la lumière, en regardant une seule côte de cette étoffe, il en est une portion qui apparaît sous la forme d’un angle dièdre, dont une dp,s faces peut être complètement éclairée, tandis que l’autre reste obscure; une seconde portion de celte même côte présente une face plane horizontale ou peu inclinée, qui permet particulièrement d’observer l'effet de la pression sur l’ensemble des fils perpendiculaires aux côtes qui constituaient avant la moire des demi-anneaux. En effet, ceux-ci , par l’aplatissement qu’ils ont subi, forment une série de petites ellipses brillantes et comme satinées. Enfin ces deux portions aboutissent chacune à une troisième qu’on dirait avoir été tordue, à cause de la manière dont elle réfléchit la lumière, mais qui, en réalité, par suite de la pression qu’elle a subie obliquement à son axe de la part d’une côte arrondie, apparait comme un sillon dont une extrémité semble renversée en avant, tandis que l’autre semble l’être en arrière. On peut apercevoir à la loupe les petites ellipses soyeuses du sillon pliées eu deux dans le sens de leur petit diamètre.

i3g. En tirant d’une moire de gros de Naples à gros grains les fils de la trame cjui forment l’intérieur d’une côte, on voit l’ensemble de ces fils comprimé,

l3a II* PARTIE, application.

prismatique, tordu, et en outre sillonné perpendiculairement à sa longueur par l’effet de la pression que lui ont fait éprouver les anneaux qui la couvraient partiellement à l’endroit, aussi bien qu’à l’envers.

i4o. Les diverses côtes d’une étoffe non moirée étant toutes parallèles entre elles et dépendantes les unes des autres comme parties d’un même système de tissu, il y aura toujours des parties contiguës appartenant à des côtes différentes, qui éprouveront nécessairement d’une même action des modifications semblables et dans un même sens; ajoutez l’effet des tractions ou tiraillements en des points symétriquement choisis sur la longueur d’une côte qu’on pourra exercer perpendiculairement à l’axe de cette côte, et vous concevrez aisément comment ces parties contiguës et dépendant les unes des autres, éprouvant la même modification , présenteront des zones d’une certaine largeur et d’une certaine symétrie.

x <4 1 . L’examen que vous ferez à la loupe d’une étoffe moirée placée sur un plan horizontal , de manière que les côtes en soient perpendiculaires au plan de la lumière incidente, vous convaincra de ce que je dis. Toutes les parties fortement ombrées apparaîtront comme la face postérieure d’un certain nombre d’angles dièdres de côtes contiguës; les parties demiombrées se rapporteront à des portions de faces antérieures et de faces postérieures d’angles dièdres, devenues visibles par l’inclinaison que ces portions de côtes ont reçue de la pression à laquelle elles ont été soumises; enfin vous remarquerez que les parties les

plus lumineuses appartiennent à des portions de côtes qui, ayant été fortement comprimées, montrent la face horizontale ou peu inclinée d’un prisme aplati couché.

\l\-x. En regardant une étoffe moirée à l’envers, la moire est parfaitement visible, quoiqu’il n’y ait pas dans les saillies des diverses parties d’une même côte la même inégalité qu’à l’endroit. On distingue en outre parfaitement l’ondulation que l’axe de la côte, primitivement rectiligne, a subie par l’effet de la moire.

i 43. Nous ferons deux divisions d’étoffes moirées : la première comprendra les étoffes monochromes moirées , et la deuxième , les étoffes glacées moirées.

I” DIVISION

ÉTOFFES MONOCHROMES MOIRÉES.

i44* Je suivrai la marche précédente, j’examinerai comparativement deux échantillons d’une même pièce moirée dans les quatre circonstances où mes observations ont été faites, et je préviens que, dans la 1 ™ position, l’axe de chaque côte est perpendiculaire au plan de la lumière incidente, tandis que dans la a e position cet axe est compris dans un même plan. Les moirés dont je vais parler sont des gros de Naples de qualité supérieure, et à côtes prononcées convenablement pour recevoir du moiré toute la beauté que cette opération est capable d’ajouter aux étoffes monochromes.

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