CONCLUSION GÉNÉRALE
CONCERNANT LES ÉTOFFES MONOCHROMES MOIREES ET LF.S ÉTOFFES GLACÉES MOIRÉES DES SIX PREMIERS CROUPES.
167. Après avoir insisté sur la différence des effets optiques de la moire d’avec ceux du glacé , j’ai dit qu’on ne pouvait, a priori, affirmer que la confusion naîtrait nécessairement de ['application de [apprêt à une étoffe glacée, et j’ai remis à traiter la question de savoir si cette application peut avoir quelque avantage, après l’examen comparatif des effets des glacés unis avec les effets des glacés moirés. Effectivement , c’est à présent qu’il y a possibilité de traiter cette question brièvement et sans hypothèse, puisque la réponse quelle provoque est en définitive la conséquence même de cet examen.
Etoffes monochromes moirées.
168. Du goût pour le dessin et du plaisir de la vue d’une image simple, douée’ d’une apparente mobilité et d’une variation dans l’aspect qui ne la dénature jamais, j’ai déduit la cause de la beauté de la
Il' PARTIE. APPLICATION.
moire , et j’ai fait voir qu’il est de son essence, pour qu’elle atteigne au maximum de l’effet dont elle est susceptible, que son image ait la plus grande simplicité possible , afin d’être légère , mobile et pour ainsi dire aérienne ; telle apparaît la moire dans les étoffes monochromes, sinon dans toutes, du moins dans le plus grand nombre ; car aux yeux de quelques personnes certaines étoffes jaunes unies peuvent paraître préférables aux mêmes étoffes moirées; en outre , il est des étoffes de couleur rabattues, marron par exemple, dont la moire présente des lumières rougeâtres, désagréables dans les plis, effet résultant d’une absorption de lumière blanche par les surfaces qui sont en regard , lesquelles réfléchissent alors en plus forte proportion que l’étoffe déployée les rayons appartenant à la couleur qui a été rabattue par du noir. Cet effet résulte donc de ce que la partie creuse des plis réfléchit à l’œil du spectateur moins de lumière blanche, proportionnellement â la lumière colorée, que la partie plane de l’étoffe.
Étoffes glacées moirées.
j 69. Tout ce que nous avons observé des effets de la moire sur les étoffes glacées est conforme aux considérations précédentes. Plus un glacé est beau par le contraste de ses couleurs, par son brillant métallique ou par la légèreté de ses nuances, qui rappellent les teintes les plus variées des nuages éclairés
11* PARTI h. APPLICATION.
par le soleil , plus la moire est évidemment contraire à la beauté des effets dont nous parlons.
D’un autre côté, une moire de glacé offrant à l’œil un grand contraste de couleur entre les diverses parties de son image perd toujours de la beauté qu’elle aurait si elle était monochrome.
Nous concluons de là qii incontestablement tout glacé dans lequel la couleur de la chaîne et la couleur de la trame sont employées de la manière la plus convenable , perd par l'apprêt de la moire qu'il reçoit.
170. Mais comme on ne peut affirmer absolument que la moire sera toujours évidemment nuisible, je ne dis pas à l’effet du glacé, mais à l’effet de certaines étoffes glacées, parce que dans la réalité tous les glacés ne perdent pas également en recevant cet apprêt, et qu’auprés de certaines personnes la moire peut ajouter à l’effet de l’un d’eux, je vais parler du cas où, si elle n’est pas décidément avantageuse, elle ne sera pas du moins évidemment nuisible.
171. Moins il y a d’opposition entre la couleur de la chaîne et de la trame, moins la moire est désavantageuse. Par exemple, le bleu et le violet, et même le bleu et le vert, donnent des glacés dont la moire est assez homogène pour paraître belle aux yeux de beaucoup de personnes.
172. A priori on pourrait croire qu’en regardant un glacé moiré formé de couleurs complémentaires, dans une position où, s’il était uni, il paraîtrait gris conformément au principe du mélange des couleurs
II* PARTIK. APPLICATION.
(i 4), on le verrait dans cette même position avec des couleurs plus ou moins franches, en vertu du dérangement des fils colorés occasionné par la moire , et que dès lors on serait fondé à dire que cet apprêt a été avantageux au glacé. Sans prétendre rejeter absolument cette opinion comme erronée, je dirai cependant que l’expérience restreint beaucoup ce qu’elle a de vrai.
173. La moire dans un glacé peut être belle , lorsqu’on n’aperçoit qu’une des couleurs; mais évidemment ce cas ne démontre pas l’avantage de rnoirer un glacé, puisque le tissu a perdu son caractère essentiel lorsqu’il apparaît avec avantage comme une moire monochrome.
174. Il existe un cas où la moire est décidément avantageuse : c’est lorsqu’un glacé défectueux par une inégalité quelconque dans ses fils présente des lignes et des barres que cet apprêt fait disparaître en en interrompant la continuité; c’est ce qui arrive à certains gros de Naples à chaîne blanche ou à chaîne grise traînée de noir, lorsque la moire a dissimulé leur défaut, comme le fond des dessins imprimés sur une étoffe qui serait défectueuse si elle fût restée unie, ou comme le fond encore des dessins appliqués à une porcelaine dont la blancheur a subi quelque altération dans sa cuisson. Mais en signalant ce cas, je 11e dois pas en omettre un tout contraire, où la moire est nuisible à tel glacé formé de deux couleurs très-opposées, qui par leur distribution symétrique et par l’égalité de leur répartition affectent l’œil agréa-
Lieraient; en effet, pour peu que l’apprêt dérange cette égalité de maniéré à produire des lignes ou des barres en faisant prédominer une des couleurs sur l’autre, les ondulations de la moire se trouvent interrompues de la manière la plus désagréable.
INDUCTIONS ET CONJECTURES SUR LES GLACÉS DES T ET 8 e GROUPES.
175. Conformément au principe que l’application de la moire est d’autant plus avantageuse à un glacé que les deux couleurs de ce glacé sont moins contrastantes ou que leur analogie mutuelle est plus grande(i7i), on voit déjà que, toutes choses étant égales d’ailleurs, savoir, les couleurs et leurs tons respectifs, pour savoir si la moire sera plus favorable à un glacé composé de deux couleurs franches qu’à ce glacé composé de ces mêmes couleurs dont l’une sera rabattue, il s’agira de savoir si l’addition du noir à cette dernière augmentera le contraste des deux couleurs ou au contraire leur analogie. Je citerai deux exemples :
1" Exemple. S’il s’agit de deux couleurs brillantes, comme l’orangé et le jaune, le noir ajouté à l’une d'elles en diminuera relativement à l’autre l’analogie, ou en augmentera le contraste; dès lors j’en conclus que la moire ne sera point aussi favorable à un glacé formé d’orangé et de jaune rabattu ou rendu gris par du noir qu'au glacé dans lequel les deux couleurs se trouvent à l’état de pureté.
U' PAHTIE. APPLICATION.
1* Exemple. S’il s’agit d’une couleur sombre, comme le bleu, et d’une couleur brillante, connue le jaune, l’addition du noir à celle-ci, en diminuant le contraste îles deux couleurs, fera, à mon sens, que la moire sera plus favorable à ce glacé qu’à celui qui est formé de bleu et de jaune francs.
On peut déduire de là que l’addition du noir à deux couleurs franches que l’on se propose de faire entrer dans la composition d’un glacé, en tendant à les rapprocher l’une de l’autre, est favorable, toutes choses étant égales d’ailleurs, à augmenter le bel effet de la moire, ou du moins à diminuer l’inconvénient dont elle aurait pu être pour un glacé formé par les couleurs employées sans être rabattues.