CATÉGORIE
aoi. Tous les effets optiques tles étoffes de cette catégorie sont bornés à de simples contrastes de ton, faciles à prévoir, d’après la direction des fils de la chaîne et celle des fils de la trame, toujours perpendiculaire à la première, et en outre d’après les positions respectives de ces fils, relativement au plan de la lumière incidente.
a* CATÉGORIE.
aoa. Les étoffes de cette catégorie de couleurs naturellement brillantes, et à des tons où la couleur qui leur est propre se montre avec intensité, ne présentent guère, à l’instar des précédentes, que des contrastes de tons, ou quelquefois de légers contrastes de nuances. Par exemple, un damas jaune présentera une partie jaune-verdâtre et une autre jaune doré; un damas rouge, une partie rouge orangé et une aulre partie rouge violet; etc.
ao 3 . Des étoffes de cette catégorie de tons clairs pourront présenter, dans certaine circonstance, leurs parties les moins éclairées teintes de la complémentaire de la couleur qui est réfléchie par les parties les plus éclairées relativement à la position du spectateur.
204. Pour des étoffes de couleurs obscures ou montées à des tons élevés, la teinte complémentaire de la couleur peut apparaître comme dans le cas précédent (ao 3 ), mais avec cette différence que c’est
la partie de l’étoffe la plus éclairée pour le spectateur qui paraît avec cette modification, résultat inverse du précédent. C’est un phénomène de cette sorte qui a lieu lorsque, tournant les yeux à la lumière, on regarde à la fois deux morceaux contigus d’une même pièce de drap bleu foncé, vert foncé ou violet rouge foncé, les poils de l’un des morceaux étant dans le plan de la lumière incidente, et les poils de l’autre morceau y étant perpendiculaires. Le premier morceau réfléchissant un maximum de lumière blanche, à cause de la disposition des poils, qui sont autant de petits cylindres, tandis que le second morceau réfléchit des rayons colorés sensiblement bleus, verts ou d’un violet rouge, le premier paraît d’un gris complémentaire de la couleur du second. Le bleu développe donc un gris orangé, le vert un gris rougeâtre, et le violet un gris jaune-verdâtre (*).
III* DIVISION
ÉTOFFES FAÇONNÉES DONT LES EFFETS OPTIQUES SE RAPPORTENT A DES FILS DE DIVERS TONS D’UNE MÊME COULEUR.
ao5. Les considérations exposées dans la division précédente sont applicables aux étoffes dont nous allons parler. Evidemment, en prenant pour chaîne et pour trame des fils de deux tons différents d’une
(’) De la toi du coutrasle simultané des couleurs, pages iG5 et 166,
même gamme , ou , ce qui est la même chose, d’une même couleur, on pourra faire un gourgouran , un salin liséré, une virginie lisérée , et encore un Jlorence liséré, un taffetas liséré, un /félin, un pékin, liséré, et un taffetas , un gros de Naples, un gros de Tours à poil traînant: seulement, toutes choses égales d’ailleurs, il y aura dans les trois premières étoffes plus de contraste de ton entre le fond et le dessin, montrant chacun, à l’exclusion de l’autre, la chaîne ou la trame; que dans les secondes, où le dessin, qui ne laisse apercevoir qu’un des systèmes de fils de la trame ou de la chaîne, contraste avec le fond montrant à la fois les deux systèmes de fils qui constituent un taffetas.
aoG. Les étoffes composées de deux ou plusieurs tons d’une même couleur sont appelées camaïeux.
207. O11 pourra faire des camaïeux à zones dégradées ou fondues par un procédé très-simple; les fils de la chaîne seront répartis en séries correspondant chacune à une zone; les zones seront alternativement taffetas et satin ; la chaîne destinée au taffetas présentera des fils plus foncés au milieu qu’aux bords de la zone, contrairement à la chaîne destinée au satin, qui présentera du fil blanc au milieu et foncé aux bords de la zone. En faisant passer une trame dont le ton sera à peu près le même que celui des fils les plus foncés de la chaîne, on aura une série de zones dégradées d’un effet agréable.
208. On conçoit d’après cela la possibilité de faire des camaïeux en employant une chaîne formée de fils
Il” PARTIE. APPLICATION.
noirs, blancs, verts, blancs, noirs, etc., répartis en séries d’inégale largeur, puis tramant avec des fils verts à la hauteur du vert de la chaîne. On pourra laisser une zone blanche étroite qui sera exécutée en satin ; tandis que les autres zones l’étant en taffetas présenteront un vert foncé où la chaîne sera noire, un vert uni où la chaîne sera verte , un vert clair où la chaîne sera blanche. En définitive, le taffetas résultant d’une chaîne noire, d’une chaîne verte et d’une chaîne blanche tramée de vert, présentera un véritable camaïeu opéré conformément au principe du mélange des couleurs.
209. Évidemment le vert pourra être remplacé par une couleur quelconque, sans que les produits cessent d’appartenir aux étoffes de la division dont nous parlons.
Effets optiques.
210. Les effets optiques des étoffes façonnées de cette division sont faciles à prévoir. Leffet naissant des oppositions produites par le simple tissage, effet qui a été apprécié dans la division précédente (200), se trouvera augmenté de-celui qui tendra à produire la différence de ton des fils employés.
Si l’étoffe façonnée présente des bandes à teinte plate d’une certaine largeur, le contraste de ton tendra à les faire voir dégradées, ou leur donnera l’aspect de ce qu’on nomme des fondus ou des ombrés.
Si l’on emploie des tons faibles et des tons foncés d’uue même couleur, il sera possible que le contraste
de ton fasse paraître le ton faible blanc, et même coloré de la complémentaire de sa propre couleur.
an. Il est évident maintenant qu’en prenant deux tons très-éloignés d’une même gamine , il sera possible à la rigueur, en variant le tissage et le mélange des deux tons, d’obtenir un nombre considérable de tons intermédiaires. C’est donc par la répartition inégale que le tissage fera de ces tons qu’il pourra opérer quelque chose d’analogue à ce que le peintre produit en mélangeant ses couleurs sur sa palette. C’est par cet artifice que l’on parvient à imiter jusqu’à un certain point un tableau avec des fils noirs et des fils blancs, comme il pourrait l’étre par la gravure en noir. Je citerai comme exemple le portrait de Jacquart exécuté par M. Carquillat.
IV e DIVISION.
ÉTOFFES FAÇONNÉES DONT LES EFFETS OPTIQUES SE B APPORTENT, SOIT A DES FILS D*UNR COULEUR OU DR PLUSIEURS COULEURS AL- LIÉES A DES FILS BLANCS OU NOIRS OU CRIS , SOIT A DES FILS DE PLUSIEURS COULEURS 9 T COMPRIS LE RLANC , LE NOIR ET LE ORIS ALLIÉS ENSEMBLE.
a ia. Les étoffes comprises dans cette division étant extrêmement nombreuses , je les distribuerai en six sections que je vais définir.
t. Étoffes façonnées présentant une couleur et du blanc, a.
ta
— et do noir.
— et du gris, deux couleurs.
une couleur et un métal, plus de deux couleurs.
1 ” Section. Étoffes façonnées présentant une couleur et du blanc.
ai 3. Toute couleur qui est contiguë au blanc gagne de l’intensité ou du ton, conformément à ce que j’ai dit du contraste de ton (i5, I er article), et cette couleur tend en outre à faire voir le blanc coloré d’une légère teinte de sa complémentaire (i5, a* article). Ainsi,
Le rouge tend à verdir le blanc.
L’orangé tend à le bleuir.
Le jaune tend k le violeter.
Le vert tend à le roser.
Le bleu tend à l’oranger.
Le violet tend à le jaunir.
Plus le ton de la couleur est élevé, plus le blanc est éclatant, soit par sa nature, soit par la vivacité de la lumière, soit par la position où il est vu , et moins la modification que la couleur tend à produire est sensible.
a 14 . Un moyen de rendre l’effet de la complémentaire moins sensible est de teinter le blanc de la couleur même qui s’y trouve contiguë. On conçoit, en effet , que cette teinte ne pouvant être perçue en même temps que la complémentaire , comme celle-ci ne peut l'être en même temps que la teinte, si la coloration du blanc est convenable, il y aura neutralisation des deux effets, du moins dans des circonstances où, sans cet artifice, auquel j’ai conseillé de recourir dans la fabrication des papiers peints et celle des tapisseries des Gobelins, la modification du blanc par la
II* PARTIE. APPLICATION. I 7g
complémentaire de la couleur qui y est juxtaposée eût été sensible.
21 5 . Au lieu d’employer un blanc teinté de la couleur de la soie qu’on y juxtapose, on peut disséminer dans la soie blanche de la soie colorée en évitant de faire un glacé; car, dans ce dernier cas, si «l’on détruisait la modification du blanc lorsqu’on verrait à la fois les deux éléments du glacé, il y aurait une position où le blanc seul apparaîtrait.
216. Les conséquences de tout ce qui précède relativement à la structure des étoffes façonnées en général ( introduction au quatrième point de vue ) et à ce que je viens de dire (ai 3 , 214, a 1 5 ), sont faciles à tirer pour prévoir les effets de l’association du blanc et d’une couleur dans les étoffes façonnées.
i° Pour la confection des étoffes façonnées , composées de deux tissus montrant exclusivement l’un la chaîne et l’autre la trame (gourgouran, satin liséré) vous aurez le contraste de ton le plus grand que le tissage puisse produire entre les deux systèmes de fils donnés, si le blanc forme l’endroit du tissu qui, toutes choses égales d’ailleurs, est le plus brillant , et la couleur, l’endroit du tissu qui l’est le moins.
a" Vous diminuerez ou vous neutraliserez la modification colorée que la couleur tend à produire sur le blanc, en employant un blanc teinté convenablement de la couleur même que vous y juxtaposez, et en élevant le ton de cette couleur.
3 ° Si vous juxtaposez au blanc un tissu-taffetas
l8o II* PARTIE. APPLICATION.
formé de blanc et de la couleur donnée, en d’autres termes un glacé , il arrivera , lorsque le tissu agira sur l’œil à la fois comme blanc et comme couleur, qu’il présentera un contraste de ton moindre que si la couleur eût été pure; lorsqu’au contraire l’œil le verra dans une position plus favorable à la vision de la couleur, le contraste sera plus grand.
4° Évidemment si la couleur était pure dans un des tissus ( 3 °) et le taffetas composé de la couleur et du blanc, on pourrait considérer l’étoffe façonnée comme un camaïeu rentrant dans les étoffes de la 3 * division (ao6 et 207 ) toutes les fois que le taffetas agirait sur l’œil comme couleur mêlée de blanc ; tandis qu'il pourrait arriver, soit par la position même de l’étoffe à l’égard du spectateur, soit par le ton et la proportion de la couleur mêlée au blanc, que le taffetas juxtaposé à la couleur se comporterait comme un tissu blanc dans lequel la modification que cette couleur tend à produire n’apparaîtrait pas, par la raison qu’elle serait modifiée par la couleur même alliée au blanc dans le taffetas.
217. M. Mésiat, professeur si habile de l’art de fabriquer les étoffes de soie, m’a donné une étoffe façonnée , composée d’un fond de sergé bleu par la trame et d’un satin blanc par la chaîne, représentant des parapluies ouverts , qui est très-propre à étudier les effets de la juxtaposition du blanc et des couleurs. Dans la position où le satin réfléchit le plus de lumière blanche, il paraît blanc; dans le cas où il en réfléchit une quantité convenable, il paraît d’un
Il' PAHTIE. APPLICATION. I H I
gris orangé, c’est-à-<)ire teint de la complémentaire du bleu; enfin, s’il n’en réfléchissait qu’excessivement peu, il paraîtrait ombré, sans teinte rousse pour ainsi dire.
a* Section. Étoffes façonnées présentant une couleur et du noir.
ai8. Toute couleur qui est contiguë au noir perd de son intensité ou delà hauteur de son ton, d’après ce que j’ai dit du contraste de ton ( 1 5 , i" article), et elle tend à faire voir ce noir teinté de sa complémentaire (i 5 , a* article). Ainsi,
Le rouge tend à verdir le noir.
L'orangé (end à le bleuir.
Le janne tend » te violeter.
Le vert tend à le rougir.
Le bleu tend à l’oranger.
Le violet tend à le jaunir.
Nous avons vu que l’éclat de la lumière qui éclaire le blanc juxtaposé à une couleur teud à effacer l’effet de la teinte que la couleur juxtaposée tend à produire (ai 3 ). Avec le noir, le contraire a lieu. Plus la lumière est vive, et plus la modification qu’il reçoit de la complémentaire de la couleur juxtaposée est sensible. D’un autre côté, plus la complémentaire tle la couleur juxtaposée au noir est claire, brillante, et plus le ton intense du noir est affaibli. C’est ce qui explique pourquoi le bleu, le violet, le vert même, abaissent tant le ton du noir.
219. Un moyen de rendre l’effet de la complémentaire moins sensible sur le noir est de prendre
Il* PARTIR. APPLICATION.
la couleur qu’on doit y juxtaposer à un ton faible, et de teinter le noir de cette couleur même, afin de neutraliser l’effet de la complémentaire, comme j’ai prescrit de le faire pour le blanc (ai 4 ).
110. Au lieu d’employer un noir teint de la complémentaire , on peut distribuer dans le noir la couleur même juxtaposée. J’ai vu un exemple propre à démontrer cette règle dans la belle collection de tissus de M. Mésiat. C’était uue étoffe à dessins rouges sur fond noir ; la partie de ce fond voisine du dessin paraissait verte, mais les lignes noires alternées avec la couleur pour former des ombres dans le dessin donnaient un ensemble plus noir que le fond.
in. Les conséquences à déduire de ce qui précède pour prévoir les effets de l’association du noir et d’une couleur sont évidentes.
i° Pour la confection de celles des étoffes façonnées qui se composent de deux tissus montrant exclusivement l’un la chaîne et l’autre la trame ( gourgotiran, satin liséré), vous aurez le contraste le plus grand possible que le tissage puisse produire entre les deux systèmes de fils donnés, si le noir apparaît dans le tissu qui, toutes choses égales d’ailleurs, est le plus sombre, et la couleur dans le tissu qui l’est le moins.
i° Vous diminuerez ou vous neutraliserez la modification colorée que la couleur tend à produire sur le noir, en employant un noir teinté de la complémentaire de la couleur que vous y juxtaposez,
et en abaissant le ton de cette couleur, afin de rehausser le plus possible le ton du noir.
3° Si vous juxtaposez au noir un tissu du genre taffetas formé de noir et d’une couleur donnée, ou, en d’autres termes, un glacé , il arrivera lorsque ce tissu agira à la fois comme noir et couleur, qu’il présentera un contraste de ton moindre que si la couleur eût été pure; lorsqu’au contraire l’œil le verra dans une position plus favorable à la vision de la couleur, le contraste sera plus grand.
4° Évidemment, si la couleur était pure dans un des tissus (3°) et le taffetas composé de la couleur et de noir, on pourrait considérer l’étoffe façonnée comme un camaïeu rentrant dans les étoffes de la 3* division (ao 6, 207), toutes les fois que le taffetas agirait sur l’œil comme une couleur mêlée de noir; tandis qu’il pourrait arriver, soit par la position de l’étoffe à l’égard du spectateur, soit par le ton et la proportion de la couleur mêlée au noir, que le taffetas juxtaposé à la couleur se comporterait comme un tissu noir dans lequel la modification que celleci tend à produire n’apparaîtrait pas, car l’effet en serait neutralisé par la couleur même alliée au noir dans le taffetas.
3* Section. Étoffes façonnées présentant une couleur et du gris.
aaa. Toute couleur qui est contiguë au gris normal gagne en éclat et en pureté; car, en vertu du contraste, c’est de l’ombre que le gris normal tend à faire disparaître dans la couleur qui s’y trouve juxtaposée. D’un autre côté le gris se teinte toujours plus ou moins sensiblement de la complémentaire de la couleur qui y est contiguë. Ainsi,
Le rouge donne du vert au gris.
L’orangé lui donne du bleu.
Le jaune lui donne du violet.
Le vert lui donne du rouge. ' •
Le bleu lui donne de l’orangé. :'7>
Le violet lui donne du jaune.
Je dis que le rouge donne du vert au gris, et ainsi de suite pour les autres couleurs, et non qu’il tend'». verdir le gris, comme j’ai dit qu’il tend à verdir le blanc et même le noir (ai 3, ai8), parce qu’en effet les modifications produites avec le blanc et le noir •ont loin d’être toujours sensibles , si la lumière n’est pas favorable à l’observation des phénomènes , c’està-dire si elle n’est pas faible pour le blanc, si elle n’est pas brillante pour le noir; tandis que les modifications de teinte du gris juxtaposé à des couleurs le sont toujours. Ce résultat est une conséquence toute simple des deux autres; car, le gris réfléchissant moins de lumière blanche que le blanc et en en réfléchissant plus que le noir, il est évidemment dans la condition moyenne la plus favorable possible,
Il* PARTIE. APPLICATION. 1 85
comme exemple des modifications que les couleurs tendent à produire en vertu du contraste simultané dans la teinte des surfaces qui sont contiguës à des couleurs.
aa3. Le gris juxtaposé avec une couleur étant constamment teint de la complémentaire de cette couleur, il faut nécessairement, pour détruire l’effet de cette modification, recourir aux procédés que nous avons prescrits plus haut pour le blanc et le noir(ai4, ai 5, a 19 , aao). En conséquence,
i°Pour la confection de celles des étoffes façonnées qui se composent de deux tissus montrant exclusivement l’un la chaine et l’autre la trame (gourgouran, satin liséré), vous aurez le contraste le plus grand possible que le tissage puisse produire entre les deux systèmes de fils donnés, si le gris apparaît dans le tissu, qui, toutes choses égales d’ailleurs, est le plus sombre, et la couleur dans le tissu qui l’est le moins.
a° Vous diminuerez ou vous neutraliserez la modification colorée que la couleur tend à produire sur le gris en employant un gris teinté de la couleur que vous y juxtaposez. ,
aa4* On a fabriqué à Lyon des étoffes à bandes de gros de Naples alternées avec des bandes de tissu à jour, d’un effet aussi remarquable qu’il est instructif pour le sujet qui nous occupe maintenant. Dans mon ouvrage sur le contraste simultané des couleurs, j’ai considéré tous les tissus à jour de fils blancs comme des tissus gris et non comme des tissus blancs , par la
l86 II* PARTIE. À PPLIC ATI Oit .
raison que leurs fils, qui réfléchissent la lumière, composent avec leurs interstices, qui lui donnent passage, un ensemble dont l’action sur l’oeil correspond à celle d’une surface blanche parsemée de parties noires, ou, en d’autres termes, cet ensemble apparaît à l’œil à l’instar d’une surface grise. En assimilant les bandes à jour à ces tissus , on explique parfaitement la modification optique qu’elles reçoivent des bandes de gros de Naples auxquelles elles sont contiguës. Le gros de Naples est-il jaune , la bande à jour paraît violette complémentaire du jaune; est-il violet, la bande à jour, par la même raison, paraît jaune; enfin le gros de Naples est-il blanc, la bande à jour paraît d’un gris normal. Je rappellerai à ce sujet, comme extension de la considération précédente , que dans une verrière on fait naître le gris de la réunion de petites pièces de verre blanc entourées de lames de plomb étroites.
4' Section. Étoffes façonnées de deux couleurs.
11$. J’ai exposé ailleurs avec détail les effets que produisent sur moi les assortiments binaires du rouge, del’orangé, du jaune, du vert, du bleu, du violet, et les effets de ces mêmes assortiments avec le blanc, le gris et le noir ( De la loi du contraste simultané des couleurs, page 1 1 1 ) ; loin d’avoir quelque chose à ajouter ou à modifier à ce que j’ai dit, je dois me borner ici à un résumé concis de ce qui est applicable aux étoffes de soie, considérées au point de vue où je les envisage dans cet ouvrage.
336. Lorsqu’on veut parler aux yeux par des harmonies de contraste en associant deux couleurs ensemble dans une étoile façonnée, l’association binaire des couleurs complémentaires est préférable à toute autre, et l’effet en est constamment satisfaisant. Je cite pour exemples
L'association du rouge arec le vert.
— bleu avec l'orangé.
— jaune avec le violet.
337. L’assortiment binaire des couleurs simples, le rouge , le jaune et le bleu , pris à des tons convenables, est préférable à l’assortiment binaire d’une de ces couleurs avec une couleur binaire dont elle est un des éléments. Exemples :
Rouge et jaune vont mieux que rouge et orangé.
Songe et bleu Jaune et rouge Jaune et bleu Bleu et rouge Bleu et jaune
rouge et violet, jaune et orangé, jaune et vert, bleu et violet, bleu et vert.
338. L’assortiment du rouge, ou du jaune ou du bleu, avec une couleur binaire contenant la première, me paraît d’un effet d’autant plus beau comme contraste que la couleur simple est essentiellement plus lumineuse que ne l’est la coulenr binaire. Par exemple ,
Rouge et violet vont mieux que bleu et violet.
Jaune et orangé — rouge et orangé.
Jaune et vert — bleu et vert.
339. Si les harmonies du contraste ne présentent aucune difficulté, il n’en est pas de même des harmonies d’analogues, c’est-à-dire de l’association de
II* 1*AHT11£. APPLICATION.
couleurs appartenant à des gammes qui se trouvent très-rapprochées l’une de l’autre dans le cercle chromatique ( De la loi (lu contraste simultané îles couleurs, page 89); et en général cette sorte d’association est plus nuisible aux tons légers qu’aux tons foncés des mêmes gammes ; par exemple , le rose clair et le bleu tendre perdent évidemment de leur fraîcheur, tandis que le rouge et le bleu foncé peuvent former une belle association.
a 3 o. Lorsqu’il s’agit de juxtaposer deux couleurs de gammes voisines, au lieu de chercher à augmenter le contraste des couleurs, il est souvent préférable de chercher à les rapprocher en faisant une harmonie d’analogue de nuances; ainsi, qu’il s’agisse de l’association d’un rouge et d’un rouge orangé, au lieu de chercher un rouge tirant sur le violet, il vaudra mieux prendre un rouge tirant sur l’orangé, et prendre celui-ci, qui est naturellement moins brillant que le rouge orangé, à un ton un peu plus élevé que le dernier.
a 3 i. Quant aux modifications optiques q«ie deux couleurs reçoivent de leur juxtaposition mutuelle, elles sont toujours faciles à déduire d’après le principe du contraste de ton et de couleur, et d’après le principe du mélange; en effet, si elles ne sont pas à la même hauteur, la plus claire devient plus claire, et la plus foncée plus foncée (1 5 , 1" article), puis la complémentaire de l’une des couleurs s’ajoute à l’autre couleur (1 5 , 2' article), et, d’après le principe du mélange («4), il est aisé de savoir le produit du mélange
Il' PARTIE. APPLICATION. I 89
de chacune des couleurs avec la complémentaire de la couleur qui s’y trouve juxtaposée.
5' section. Étoffes façonnées présentant une couleur et un métal.
a3a. Il s’en faut beaucoup que l’ou ait généralement des idées justes sur l’effet réel de l’argent et de l’or employés concurremment avec la soie dans le tissage de certaines étoffes façonnées du prix le plus élevé; il ne sera donc point inutile au but que je me propose d’atteindre d’entrer dans quelques détails à ce sujet. Je commencerai par traiter de l’effet de l’argent constituant la matière d’un dessin qui apparaît sur un fond de couleur; je supposerai d’abord que le métal est poli et disposé de manière à réfléchir autant que possible la lumière comme le ferait une surface plane, puis j’examinerai le cas contraire ; enfin, je considérerai les effets de l’or employé de ces deux manières.
Effets de C argent.
a33. Plus la surface du dessin se rapproche du plan et plus elle est polie, plus l’effet de la lumière réfléchie spéculairement a d’intensité à l’égard d’un spectateur placé convenablement pour en recevoir l’impression. Mais que le spectateur change de place, les effets seront absolument différents ; il y aura des positions où le dessin paraîtra entièrement ombré, noir, ou du moins gris foncé; il y en aura d’autres
Il* PARTIE. APPLICATION.
où la lumière émanée irrégulièrement du métal étant assez intense pour en faire paraître la surface grise, celle-ci paraîtra teinte de la complémentaire du fond. Conséquemment
Sur un fond rouge le dessin d’argent apparaîtra vert.
orangé
bleu.
jaune
violet.
vert
rose.
bleu
orangé
violet
jaune.
a34- Si l’argent est mat, le spectateur, placé dans la position où le métal aurait tout son brillant spéculaire s’il était poli, n’apparaît plus de cette manière; il se rapproche, par l’éclat, de l’argent poli, lorsque celui-ci apparaît légèrement ombré, mais avec cette différence pourtant que le métal mat est moins gris ou plus blanc.
a35. L’or, comme corps doué de l’éclat métallique, est dans la catégorie de l’argent; mais la couleur qui lui est propre donne lieu à des remarques spéciales que ne comporte pas l’emploi du métal blanc. Effectivement, si un fond bleu-violet complémentaire de la couleur de l’or fait que, conformément à la loi du contraste appliquée à la juxtaposition des couleurs mutuellement complémentaires, ce métal apparaît toujours delà teinte qu’il tient de sa nature, dans toutes les positions où le spectateur peut recevoir de la lumière qu’il réfléchit, il n’en sera plus de même si des tissus d’or apparaissent sur des fonds de couleurs non complémentaires de la leur.
Il* PARTIE. APPLICATION. igl
Sur dd fond bleu les dessins d’or paraîtront plus orangés.
— vert — — rouge*.
— violet — — jaunes.
Quoique la couleur de l’or soit modifiée par ces fonds, cependant on ne peut dire quelle le soit d’une manière désavantageuse.
' Il en est autrement des fonds rouge, jaune et orangé.
Sur un fond ronge , principalement sur un fond rouge clair et orangé, plutôt que foncé et violet, Yor, en prenant du vert , perd trop de la couleur à laquelle il donne son nom. C’est surtout dans les positions où il arrive moins de lumière spéculaire à l’œil du spectateur que la modification est plus sensible et que la beauté de la couleur du métal est plus abaissée.
Sur un fond jaune , l’or perd trop de sa couleur jaune par suite de la neutralisation que produit la complémentaire du fond ajoutée à la teinte du métal, surtout dans la position où il arrive à l’œil moins de lumière spéculaire.
Sur un foml orangé , l’or perd d’autant plus de la beauté de sa couleur que celle du fond se rapproche davantage de la teinte du métal.
a36. Tout ce que j’ai dit de l’influence du brillant métallique et du inat de l’argent en général, sur le contraste naissant de la juxtaposition de ce métal avec des fonds de couleur, est applicable à l’or, en tenant compte, bien entendu, de la couleur propre à ce dernier.
a37. Une conséquence de ce qui précède est donc
iga II* PABTIE. APPLICATION.
que, plus la surface d’un métal est polie et brillante, plus elle s’approche d’être plane et plus se trouvent restreintes les positions où le métal apparaît avec tout son éclat, et plus conséquemment il existe de positions où il paraîtra noir, terne, gris ou de la couleur de la complémentaire du fond. Il y a donc avantage, dans les tentures où l’on veut montrer les métaux avec l’éclat qui leur est propre dans le plus grand nombre de positions possible, de les disposer sous la forme de petites parties saillantes qui rayonneront le plus possible de la lumière qui tombe sur leur surface dans toutes les directions. Si l’on veut moins d’éclat, on aura recours à du métal mat.
a38. Une conséquence des mêmes faits, c’est l’avantage que l’on pourra tirer de l’emploi de soies jaunes, orangées et même blanches, dans certaines fabrications où l’on serait tenté d’employer des métaux. Je citerai comme exemple, à l’appui de ce que j’avance, le bel effet de dessins de soie jaune et orangée sur un fond cerise , que j'ai remarqué dans une étoffe de la belle collection de M. Mésiat. Sans doute , l’effet dont je parle est préférable à ce qu’il aurait été si l’on eût substitué l’or à la soie. Enfin j’ajoute encore que la soie employée comme je le dis n’a pas l’inconvénient de l’argent , qui noircit par les émanations sulfurées, et de l’or, qui noircit par la même cause , parce qu’il est allié avec du cuivre.
Il' PARTIR. APPLICATION.
6* section. Etoffes façonnées présentant plus de deux couleurs.
a3g. Parler d’une manière détaillée de toutes les étoffes comprises dans cette section, depuis les tissus de trois couleurs qui ont le moins de complexité, jusqu’à ceux qui satisfont au luxe le plus recherché par leurs images variées de formes et de couleurs, serait s’éloigner du but essentiel de cet ouvrage , pour entrer dans les détails d’un traité complet de la fabrication des étoffes de soie, ou pour revenir sur plusieurs points qui font partie de mon ouvrage de la loi du contraste simultané des couleurs. Je ne doute pas que ce qui précède, et les notions générales que l’on trouve exposées dans l’ouvrage dont je viens de rappeler le titre, ne suffisent au fabricant qui , après les avoir étudiées, se proposera de les appliquer à la confection des étoffes façonnées qui doivent présenter à la vue trois couleurs au moins; d’après ces motifs, je me bornerai à quelques considérations sur les effets généraux des étoffes de cette catégorie.
il\o. Les étoffes façonnées à dessins les plus simples, comme zones, carreaux, dans lesquelles on compte plus de deux couleurs , sans comprendre parmi celles-ci le blanc, le noir et le gris, présentent deseffets fort différents, suivant que l’étendue respective des parties diversement colorées permet à l’œil de les voir toutes sans confusion avec les teintes qui leur sont propres, ou que l’étendue de chacune
II e PARTIE. APPLICATION .
d’elles est si petite, que l’œil , dans l’impossibilité d’eu saisir les limites, n’a qu’une vision confuse de l’ensemble. Pour les mêmes couleurs juxtaposées de la même manière, conformément aux règles du contraste, on peut établir en principe que, dans le premier cas, elles apparaissent de la manière la plus avantageuse sous le rapport de l’intensité, de l’éclat et de la pureté; tandis que, dans le second, une neutralisation de couleurs complémentaires donne constamment lieu à du gris, lequel ne serait pas coloré si la neutralisation était parfaite. Mais un tel résultat de l’emploi des couleurs n’est point à l’avantage du fabricant ou du dessinateur; et aujourd’hui rien de plus propre à démontrer cette opinion, que la vue des cachemires fabriqués en France depuis quelques années; les couleurs y sont tellement multipliées, et conséquemment chacune occupe si peu d’étendue , qu’en regardant ces tissus, d’assez près même, ils paraissent gris. Si donc on en vante les dessins orientaux , on ne peut en louer les effets de couleur, puisque ces derniers sont exactement inverses de ceux qu’on qualifiait d’admirables à l’époque où la France apprenait à connaître les cachemires de l’Inde.
a4 1 . Mais après avoir parlé de l’emploi des couleurs de la manière la plus favorable à leur beauté, je reproduirai une remarque faite ailleurs : c’est que les effets de deux couleurs seulement ou de deux couleurs associées au blanc, au noir ou au gris, sont souvent bien préférables, grâce à l'harmonie de leur ré-
II« PARTIE. APPLICATION. ig5
partition, ainsi qu’à la simplicité et à l’élégance du dessin, aux effets produits à plus grands frais par un dessin plus compliqué de forme et de couleurs.
242. Si nous passons à des dessins moins simples que ne le sont les zones , les carreaux ; par exemple, aux dessins des damas, des lampas, exécutés avec plusieurs couleurs tranchantes dont l’ensemble s’éloigne absolument des harmonies d’analogues , je renverrai aux règles que j’ai données dans mon ouvrage sur la loi du contraste simultané des couleurs; mais je 11e dissimulerai pas que les étoffes monochromes ou des camaïeux à dessins de ce genre me paraissent d’un meilleur goût que les premiers, surtout s’il s’agit de tentures ; car pour peu qu’on veuille se rendre compte des effets d’une étoffe destinée à cet usage, on verra combien il est difficile de satisfaire à l’harmonie d’un ameublement en employant une tenture de plusieurs couleurs tranchantes, concurremment avec des fauteuils, des canapés, des divans, des tapis ; et à mon sens il est bien préférable d’établir des contrastes de couleur entre les différents meubles qui doivent être réunis dans une même pièce, plutôt qu’entre les diverses parties d’un même objet.
243. Disons quelques mots des étoffes uniquement destinées à l’ameublement le plus recherché, présentant des images de fleurs, d’oiseaux, d’insectes ; dans ce cas, les couleurs les plus variées des modèles qu’on a choisis peuvent être employés, et les contrastes de couleur les plus prononcés n'ont aucun des inconvénients que je viens de signaler; il y a
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plus : je préférerai alors des couleurs tranchées et variées à des couleurs de gammes voisines; je préférerai une coloration tendant plutôt aux teintes plates qu’aux dégradations du clair-obscur, non pas seulement par la raison de l’économie du prix d’exécution, mais surtout à cause de la supériorité de l’effet du tissu employé comme tenture. J’ajoute que des fleurs en guirlandes , en couronnes, en bouquets , que des oiseaux, des insectes, exigeant toujours pour la beauté de l’effet d’apparaître sur un fond d’une certaine étendue, n’ont jamais l’inconvénient des bigarrures qu’on peut reprocher aux dessins des damas, deslampas, à plusieurs couleurs tranchantes (a4a); enfin , j’insisterai sur la nécessité d’assortir les fonds conformément aux règles du contraste, afin de tirer le meilleur parti possible de la couleur du dessin , et de remplir la condition prescrite par le principe de la vue distincte. (Voyez Dr la f^oi du contraste simultané des couleurs, pagê 656.)
S* on voulait placer la figure humaine dans des étoffes de luxe, il faudrait distinguer deux cas, ce me semble: celui où elle serait associée à des images de couleurs variées sans qu’on eût l’intention de sacrifier celles-ci à la première (^45), et le cas où elle serait l’objet principal de la composition (a46).
a45. Dans le premier cas, la figure humaine serait réduite de beaucoup de sa grandeur naturelle ; elle serait drapée plutôt que nue , présentée de la manière la plus simple sous le double rapport du dessin et du coloris, isolée plutôt que groupée avec d’an-
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très figures de son espèce; elle apparaîtrait comme ornement ou comme allégorie plutôt que comme figure historique ou portrait, et il est entendu que les draperies comportent l’emploi des couleurs vives et tranchées en harmonie avec celles des autres images.
2 ^ 6 . Dans le second cas, exceptionnel à mon sens, mais qui peut se présenter, lorsqu’il s’agit de l’ameublement d’une pièce de médiocre étendue et d’une destination grave , on pourrait imaginer une tenture où la figure humaine, tout en apparaissant sous la forme allégorique, serait l’objet principal de la composition , et devrait l’emporter par l’effet sur tout ce qui l’environne. Mais je ne voudrais pas un grand nombre de couleurs rappelant la peinture proprement dite; il faudrait que l’exécution se rapprochât de celle d’un camaïeu de plusieurs tons.
a47- Enfin, lorsque les tentures ne doivent pas être encadrées dans du bois, du métal, etc., on ne saurait être trop difficile sur le choix du dessin des bordures; car bien souvent cet assortiment est absolument négligé , par la raison que peu de personnes apprécient la grande influence qu’il a sur la beauté de l’ensemble.
DE LA FABRICATION DES ÉTOFFES DE SOIE CONSI- DÉRÉE RELATIVEMENT A LA VILLE DE LYON.
248. Je terminerai ce petit ouvrage par quelques considérations que me suggèrent l’importance de la fabrication des étoffes de soie en général et mes vœux pour la prospérité de la ville de Lyon en particulier.
249- H n’est pas douteux que les communications fréquentes établies aujourd’hui entre toutes les nations du monde civilisé, communications qui ne peuvent que s'accroître et jamais se restreindre, 11e tendent à disperser dans tous les pays habités les industries dont les produits usuels sont l’objet. Pour que la France ne déchoie pas du rang où son industrie et son commerce l’ont élevée, elle doit apporter tons ses soins à la bonne fabrication des objets dont la matière première reçoit une valeur considérable de la forme que l’art lui donne : par là , lui sera conservé l’empire de la mode, dont elle est en possession depuis Louis XIV. Nul doute que les relations commerciales fondées sur l’exportation de ces objets ne soient une occasion de faire connaître davantage au dehors et d’y propager des produits usuels d’une faible valeur, que nos ateliers élaborent en quantités
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considérables, mais qui , en raison même de leur facile fabrication , sont exposés, plus que tout autre, à subir sur les marchés étrangers une concurrence active et mu I ! i pliée.
a5o. Parmi les produits usuels d’une consommation considérable , on peut mettre les étoffes de soie unie, et compter au nombre des objets de luxe les étoffes façonnées. Les premières, d’une fabrication facile, doivent donc, plus que les autres, rencontrer la concurrence étrangère; après elles viennent les étoffes façonnées, les plus simples d’abord, et les plus complexes ensuite : car, évidemment, les conditions de succès où se trouve placée l’industrie étrangère lui sont bien moins favorables pour la fabrication des étoffes façonnées que pour celle «les étoffes unies : aussi aucune crainte sérieuse n’est permise, je crois, sur le résultat de la lutte dont les premières peuvent être l’objet, tant que la fabrique de Lyon la soutiendra avec le concours des forces dont elle dispose déjà depuis longtemps. En effet, elle trouvera moyen de résister efficacement à la concurrence étrangère dans ses efforts à confectionner, au plus bas prix possible, les étoffes façonnées simples du plus bel effet et du meilleur usage, et dans le soin qu’elle mettra à élever la fabrication îles étoffes façonnées les plus chères au plus liant degré de perfection , eu égard à l’élégance et à la correction du dessin, ainsi qu’à l’emploi de couleurs aussi stables que brillantes. Que ceux qui se livrent à la fabrication de ce genre d’étoffes déploient leur activité, et, avec les ressources dont ils dispo-
sent, qu’ils tentent des innovations approuvées par le goût , comme l’ont fait quelques fabricants de papiers peints dans leur industrie; et sans doute la mode, en accueillant les produits de leurs efforts, en propagera l’usage en France , aussi bien qu’à l’étranger.
2&i. Lyon a tous les éléments de prospérité pour la fabrication et le commerce des étoffes de soie. Les pays de France où le climat assure la vie du mûrier et où l’on élève le plus de vers à soie sont à ses portes; toute sa population et celle des campagnes qui l’environnent depuis plusieurs siècles ont l’habitude de soumettre les cocons produits par ces vers aux préparations si diversifiées dont ils sont l’objet, depuis le simple dévidage jusqu’aux opérations où leur fil apparaît dans les étoffes avec la blancheur brillante qui lui est propre à l’état de pureté, ou avec les couleurs les plus variées qu’il doit à l’art du teinturier. Maintenant, que l’on tienne compte de l’admirable position de Lyon au confluent de la Saône et du Rhône, de l’abondance de ses capitaux, de l’institution d’une faculté des sciences et d’une faculté des lettres, dont les cours sont suivis par des auditeurs assidus et réfléchis; enfin de deux institutions auxquelles la prospérité de la fabrication des étoffes de soie est, à mon sens, plus que jamais attachée, je veux parler de l’école des beaux-arts et de la Martinière, et l’on sera convaincu que cette grande cité n’a rien à désirer en outre des avantages quelle tient de la nature, et des institutions dont elle a été dotée à
la fois par le gouvernement et par son administration municipale.
25 a. Il n’entre pas dans mon sujet d’apprécier l’influence que Cari même reçoit des écoles des beauxarts, où de nombreux élèves sont admis sans peine, ni de suivre les conséquences de cet état de choses dans la nécessité, où se trouve l’administration, de disséminer souvent entre vingt artistes, la plupart médiocres, l’exécution d’une œuvre qu’elle n’aurait confiée qu’à un seul dans d’autres circonstances; je n’examine pas le défaut d’harmonie, si fâcheux, résultant quelquefois de la part que plusieurs autorités ont prise à la décoration d’un même monument; enfin je n’ai point à m’occuper des effets de l’industrie et de la société actuelle sur l 'art, devant en traiter dans un autre ouvrage: je veux parler ici d’un fait qui, de toute évidence, à mon avis, n’a pas été parfaitement apprécié: c’est l’influence des écoles des beaux-arts sur l’industrie appliquée à confectionner des produits qui frappent les yeux par la forme et la couleur, indépendamment des usages particuliers auxquels ils peuvent être propres. Si l’influence des artistes sortis de nos écoles des beaux-arts sur le goût de la nation est incontestable, quelque faible que soit d’ailleurs le nombre de ceux qui laissent un nom à la postérité, il existe beaucoup d’élèves de ces écoles que la société ne connaît point comme artistes, et dont cependant elle subit l’influence, sans le savoir, pour une foule de productions auxquelles ils ont coopéré dans les ateliers de l’industrie; et si un observateur voulait tracer l’histoire
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de cette influence, afin d’apprécier le mérite de chacun, il est tels inconnus dont la part serait belle, nonseulement dans ce qui a créé la prospérité d’un établissement, la fortune d’une personne, auxquels ces inconnus ont été attachés, mais encore dans les bonnes traditions transmises par eux à des ouvriers qui coopéraient à leurs travaux de tous les jours. C’est donc à ce dernier point de vue que l’administration supérieure et l’administration municipale des cités industrielles doivent se placer, si elles veulent apprécier tous les avantages que l’industrie retire de. l’enseignement des beaux-arts, eu égard à l’influence qil’il exerce pour propager dans tous les rangs de la société le bon goût de la forme et de la couleur, et maintenir conséquemment à la France le sceptre de la mode.
2 53. Si lecole des beaux-arts satisfait aux besoins de la fabrique de Lyon , en donnant l’instruction à tous ceux qui se sentent quelques dispositions à ap- pliquer le dessin, la peinture et même la sculpture à l'industrie ; si les facultés offrent à la jeunesse et à lâge mûr les moyens d’approfondir les lettres et les sciences , d’un autre côté, la Martinière , fondée avec les 2 millions légués par le major-général Martin à sa ville natale, vient compléter, de la manière la plus libérale, tout ce que cette puissante cité pouvait faire en faveur de l’instruction de la classe ouvrière. Grâce à la munificence du major Martin ; grâce au docteur Eynard, qui aussi a enrichi la Martinière de ses dons; grâce au concours éclairé de l'académie et
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du pouvoir municipal de Lyon , par lequel ont été définies clairement les conditions que devait remplir la nouvelle institution , pour être aussi avantageuse à la classe ouvrière qu’utile au pays; grâce enfin à l’honorable M. H. Tabareau, qui a consacré une partie de sa vie à y organiser un système d’enseignement aussi fructueux par ses résultats que remarquable au point de vue philosophique, l’ouvrier lyonnais a éprouvé les bienfaits de la civilisation clans les soins donnés à ses enfants par la cité; il a vu leur condition s’élever au moyen de l’instruction qu’ils reçoivent aujourd’hui, à partir de la salle d’asile et de l’école primaire jusqu’à la Martinière; il a senti , en considérant qu’elle avait manqué à son enfance, que la société actuelle n’avait besoin que de calme et de sécurité pour améliorer son sort et celui de sa famille.
L’enseignement de la Martinière, en propageant ainsi, sous le point de vue exclusivement pratique, les notions des sciences physico-mathématiques, indispensables désormais à tout progrès industriel, complète donc, avec l’enseignement de l’école des beaux-arts, tout ce qu’il importe à la classe ouvrière de connaître. Ces institutions vraiment libérales, parce qu’elles sont parfaitement appropriées au genre d’instruction qu’elles doivent répandre, composent donc un ensemble propre à rassurer pleinement les amis du pays, par rapport au résultat des luttes que subira l’industrie lyonnaise sur les marchés étrangers, en même temps qu’il est un beau modèle à imiter
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pour toutes les administrations des villes industrielles, dont la pensée ne sépare pas les progrès des arts des intérêts de ceux qui y contribuent par leurs bras et leur intelligence.