II. GENRE MIXTE
i* CoMMOi Antistrophiques et Asymétriques : A A'. — B F.
Sophocle : Philoctète 409
— Œdipe a Colone .... 4oi • Euripide : Oreste 4o8
RÉSUMÉ
Le Commos s'est donc toujours efforcé de rompre les liens qui comprimaient ses forces et Tempêchaient de s'épanouir à l'aise. Cet acheminement progressif vers la liberté n'a subi aucun arrêt. Le Commos entrelacé, où l'équilibre antistrophique est dissimulé avec tant d'habileté, parce qu'on sent qu'il gêne et qu'on n'ose pas encore
s'en affranchir, est postérieur à la construction simple d une dizaine d'années environ. De même, l'épirrhème anapestique a été employé après l'iambique : or, dans celui-ci l'égalité binaire est de règle ; dans celui-là, elle est une exception'. Le thrène lyrique lui-même, sorte de dialogue chanté à toutes les époques par la scène et l'orchestre, commence dès 435 à briser le moule étroit dans lequel il avait été jusquelà renfermé. C'est à partir de cette date que le genre libre, après quelques essais de conciliation, commence à prendre décidément le pas sur son prédécesseur.
Eschyle seul sut bâtir de vastes édifices lyriques, où les matériaux sont groupés avec des oppositions savantes, qui attirent et enchantent le regard. Sophocle a déjà presque entièrement oublié cet art prestigieux, et Euripide n'en a plus conservé le moindre souvenir. On vit de bonne heure le danger que présentait une symétrie si bien ordonnée. Il ne suffît pas que la façade d'un monument soit fastueuse, il faut aussi que l'aménagement intérieur réponde à une telle magnificence. Aussi Sophocle diminua-t-il les proportions si audacieuses des thrènes eschyléens : il éleva des temples gracieux dont les fines ciselures soutiennent l'examen le plus attentif. Euripide n'aima pas la discrète harmonie de son rival. A ces constructions toujours un peu étroites, il préféra la liberté du plein air, son horizon illimité et l'irrégulière multiplicité de ses détails. Il paraît pourtant avoir présumé de ses forces. La poésie thrénétique commença à déchoir le jour où elle fut maîtresse d'elle-même. Son organisme trop faible avait besoin d'un soutien extérieur. Dès qu'il lui manqua, loin de croître en tous sens, elle s'étiola et ne tarda pas à défaillir.
I. C'est pour cette raison que j'ai volontairement confondu dans le tableau qui précède VAgamemnon avec les autres pièces de Sophocle. Eschyle, il est vrai, s'est servi de l'anapeste dans les épirrhèmes du thrène de sa pièce, mais ils sont aussi réguliers que les iambes de son successeur.