‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 172 sur 250 · Alceste, V · texte numérisé non relu

Alceste, V

LES CHANTS ALTERNES DES ACTEURS

Que pouvait répondre le mari à ces suprêmes paroles ? Sa situation était assez embarrassante. C'était lui, après tout, qui avait accepté que sa femme mourût à sa place. Il aurait eu mauvaise grâce à se plaindre. Euripide, pour tourner la difficulté, a grand soin de précipiter sa réponse » . En glissant sur sa propre douleur, Admète ne fait pas trop penser à lui. Il reste presque inaperçu dans un coin de la scène, où il a raison de se dissimuler.

Peut-être sera-t-on surpris de voir Alcestc, qui semble n'avoir plus qu'un souille de vie, retrouver des forces soudaines, pour faire un long discours à son époux, et pour entendre de sa bouche de longues protestations de fidélité à sa mémoire 3. C'était une coutume des tragiques grecs, de faire chanter leurs personnages, avant d'expliquer dans des trimètres la raison de leur émotion 3. Les modernes procèdent autrement. Dans l'économie de leurs drames, ils suivent plutôt une marche ascendante, qui se termine par la catastrophe quand l'émotion, par une longue analyse, est arrivée progressivement à son comble. 11 y a autant de convention chez les uns que chez les autres.

Deux acteurs prenaient part à cette scène ; un seul chantait, l'autre récitait. Dans VAndromaque, la complication s'accuse avec plus de force, puisque les strophes sont partagées chacune entre deux personnages, qui chantent six fois en alternant.

Trois personnages sont sur le théâtre. En réalité, le jeune Molossos, comme Eumèlos dans la Monodie de VAlcesiCy ne chantait pas la partie qui lui est attribuée». C'est là du moins l'opinion générale. Il était remplacé par un acteur dans la coulisse. Ménélas répond aux couplets de la mère et de l'enfant par des anapestes qu'accompagnait le

joueur de flûte.

La veuve d'Hector et son fils ont été condamnés à mort par Ménélas, que sa fille Hermione, pendant l'absence de Néoptolème, a poussé à cette cruauté. Ils se lamentent avant de mourir, et Molossos, sur les conseils de sa mère, supplie le roi de le laisser vivre. Celui-ci reste inflexible et ne se départ pas un instant du caractère odieux et lâche dont Euripide l'a revêtu.

Ménélas est un des personnages de l'époque héroïque qui paraissent avoir particulièrement déplu à notre poète. Il l'a presque toujours assez maltraité a. 11 était peut-être dangereux pour un tragique, dont le succès était en somme assez médiocre, de faire marcher cet antique roi d'un pays ennemi d'Athènes de pair avec les plus nobles héros de r Attique. En étalant en plein théâtre sa perfidie, sa cruauté, sa faiblesse, Euripide avait une occasion facile de critiquer indirectement toute la descendance de ses sujets et un moyen infaillible de plaire à la foule athéniennes. Il ne semble pas que Sophocle ait jamais eu ces faiblesses.

A.NDROMAQUE : 5oi — 5M 4.

A : Andromaque. Molossos. And. Mol. And. Mol. a : Ménélas.

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