‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 2 sur 250 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

LIBRAIRIE C. KLIISrCKSIECK

îi, rue de Lille, ii

fC

A Monsieur Henri WEIL

Membre de rinstitut

Hommage de profond respect.

Paul Masquerat.

INTRODUCTION

Je n'ai pas voulu étudier spécialement dans ce livre les rythmes des poètes tragiques de la Grèce. Après les travaux de G. Hermann », de Rossbach et Westphals de J. II. Heinrich

I. G. Hermann a vraiment, au commencement de ce siècle, frayé la voie, avec A. Boeckh, à tous ceux qui étudient la métrique des anciens, et surtout celle des Grecs. On trouve encore un grand profit à lire les différents traités qu'il a composés, en particulier ses Elementa doetrinae metrieae (Lipsiae, apud Fleischerum, 1816, in-8', XXIV et 816 p.), abrégés dans son Epitome doetrinae metricae, qui parut deux années plus tard. Ce manuel a eu plusieurs éditions. La quatrième et dernière est, je crois, de 1869. J'ai toujours eu entre les mains celle de 1818. (Lipsiae, apud Fleischerum, XXIV et 3i2 p.)

a. Le principal ouvrage de ces deux métriciens a eu jusqu'ici trois éditions. Comme il a été continuellement remanié, il est nécessaire de préciser les indications bibliographiques. — Première édition : Metrik der griechischen Dramatiker und Lyriker, 3 parties en 4 volumes, Leipzig, 1 854-65. Je ne la cite que pour mémoire. — Seconde édition : . Metrik der Griechen im Vereine mit den iibrigen musischen Kiinsten, 2 vol. in-8', Leipzig, Teubner. Le premier volume est de 1867 ; il est intitulé : GriechischeRhythmikundHarmonik nebst der Geschichte der drei musischen Disciplinen, von R. Westphal. Quatre parties, XXX et 744 pages, que suit im supplément de 65 pages contenant les fragments d'Aristoxène, de Psellus, d'Aristide Quinlilien, etc., et quelques restes de musique grecque. Second volume: Griechische Metrik, \on \. Rossbach und R. Westphal, 1868; deux parties, LXIVet 864 pages. — Troisième édition : Théorie des musischen Kânste der Hellenen, 3 vol. in-8«, Leipzig, Teubner. Premier volume : Griechische Jihythmik, von R. Westphal, i885, XL et 3o5 pages. Second volume : Griechische Harmonik und Melopoeie, von R. Westphal, 1886, LIV et a4o pages. Le troisième volume est double. Première partie : AUgemeine Théorie der griechischen Metrik, von R. Westphal und H. Gleditsch, 1887, XLVI et 368 pages. Deuxième partie : Griechische Metrik mit heeonderer Riicksicht auf die Strophengattungen und die iibrigen melischenMetra,\on\. Rossbach und R. Westphal, 1889, LXXU et 870 p.

Sauf indication contraire, c'est toujours à la seconde partie de ce troisième volume que je renverrai le lecteur, au cours de ce livre, en me servant des initiales R. et AV.

Westphal a encore publié chez Teubner, en 1866, une édition des Scriptores metrici graeci, qui contient riy/eipioiov iiep\ |xf-pwv xai Trsp'i uoirjjxaTwv d'Hépheslion. — En i883 parut son Aristoxenos von Tarent. Melik und JRhythmik des classischen Hellenenthums , Leipzig, Abel, in-8", LXXIV et 5o8 pages. Le second volume de cet ouvrage, texte et prolégomènes, a été publié après sa mort par les soins de F. Saran, Leipzig, Abel (Arthur Meiuer), i8y3; i6, CGXL et iio pages.

vni

INTRODUCTION

INTRODUCTION

Schmidl', de W. Christ^ de Zambaldis, de L. IIavel4, de H. Gleditschs et de Gevaerie, j'estime qu'il reste assez peu de choses à découvrir sur ce sujet. Dans ce champ si vaste, les principales voies sont frayées, et Ton ne peut guère s'en écarter sans risquer de se perdre. Il est vrai que j'aurais pu faire une œuvre utile en reprenant et en groupant dans un livre ce que d'autres ont écrit le plus souvent dans une langue étrangère, mais depuis une trentaine d'années environ, les tragiques grecs ont été trop étudiés par les métriciens, et ceux-ci se sont mis d'accord sur un nombre trop considérable de questions, pour qu'elles ne soient pas tombées, pour ainsi dire, dans le domaine public. Aussi ai-je été tenté, au lieu de répéter ce qui est généralement admis, d'ajouter quelques faits nou-

I. J. H. Heinrich Schmidl, Die Kunstformen der griechischen Poésie und ihre Bedeutiing, Leipzig, Vogel, 4 vol. — i : Die Eurhythmie in den Chorgesàngen der Griechen, 1868, XXIV et 4^9 pages.— a : Die antike Compositionslehre , 18G9, XX, 53a et CCCLXXV pages.— 3: Die Monodien und Wechselgesange der attischen Tragodie, 1871, XXX, 170 et DXXXVII pages. — 4: Griechische Metrik, 187a, XX et 680 pages.

a. W. Christ, Metrik der Griechen und Rônier, Leipzig, Teubner, in-8*. La première édition est de 1874 (XII et 684 pages). La seconde, celle que je cite, de 1879 (Vlil

et 716 p.).

3. Fr. Zambaldi, Metrica greca e Mina, Torino, Loescher, i88a, in-8', XVI et 679 p.

4. Cours élémentaire de métrique grecque et latine, professé par Louis Havet, rédigé par Louis Duvau, Paris, Ch. Delagrave. La première édition a paru en 1886, la seconde en 1888, la troisième, entièrement remaniée (a6i p.), en 1893 ; c'est celle dont

je me suis servi.

5. H. Gleditsch a publié en i883 : Die Cantica der Sophokleischen Tragodien, nach ihrem rhythmischen Bau besprochen, Wien, Konegen, in-8*, XV et 376 pages. — En 1887, il collabora à la première partie du troisième volume du grand ouvrage de Rossbach Westphal, et en 1890, il fit paraître dans l'Encyclopédie d'iwan MûUer la deuxième édition de sa Metrik der Griechen und Rômer.

6. Fr. Aug. Gevaert, Histoire et Théorie de la musique de l'Antiquité, Gand, Annoot- Braeckman, a vol. in-4*, 1876 et 1881, XVI et 45o pages, XXIII et 65a pages.

Il faut encore mentionner E. von Leutsch, Grundriss zu Vorlesungen ûber die griechische Metrik, Gàiiingon, i84i, in-4*. — Je cite aussi les ouvrages plus élémentaires de L. Mûller, Metrik der Griechen und Rômer, deuxième édition, Leipzig, i885, XII, 86 pages. La première édition de ce traité a été traduite par Legouëz, introduction de E. Benoist, Paris, Klincksieck, 188a, in-ia*. — Plessis : Traité de métrique grecque et latine, Paris, 1889, X et 336 pages, in-ia*, chez le même Klincksieck. — M. M. Dufour a fait paraître chez A. Colin, en 1893, un Traité de rythmique et de métrique grecques, in-8*, i5a pages. Cet ouvrage avait été précédé d'une Étude sur la constitution rythmique et métrique du Drame grec, publiée dans les Travaux et Mémoires des Facultés de Lillei 1893, t. III, Mémoire n* 10. (Scansion des parties lyriques de l'£/ecir« et de VŒdipe-Ro, de Sophocle, des Bacchantes et de V Electre d'Euripide.)

veaux a la masse déjà fort nombreuse de ceux que Ton connaît déjà.

De nos jours, en effet, la composition technique d'un chœur de Sophocle n'offre plus de difficultés bien considérables. Sans doute, on pourra discuter longtemps encore sur certaines questions d'eurythmie, et même quelques mètres d'une nuance indécise seront quelquefois confondus avec d'autres. Les légères incertitudes de ce genre sont familières à tous les esprits qui aiment à remonter le cours des âges, et à vivre dans les siècles disparus. Nous comprenons dans leur ensemble les écrivains de la Grèce, mais si nous examinons à la loupe les mots dont ils se sont servis, les syllabes se brouillent souvent et deviennent incertaines. Dira-t-on cependant que l'antiquité hellénique soit illisible, parce que ceux qui s'en occupent doivent connaître à fond la critique des textes? Cette science existait déjà chez les Alexandrins, qui la jugèrent nécessaire pour comprendre et admirer le vieil Homère.

Ainsi la vérité absolue n'existe pas plus sur ce point que sur les autres. Chacune des pierres qui composent le vaste édifice de nos connaissances n'a qu'une solidité relative, mais cet édifice lui-même est inébranlable dans sa masse. C'est pourquoi je n'ai pas hésité à donner comme fondement à ce livre les travaux de ceux qui m'ont précédé. Son assiette sera, je l'espère, assez stable, pour ne pas inspirer à ceux qui le liront de trop grandes inquiétudes.

Voici en quelques mots son objet. Quand nous étudions aujourd'hui les pièces des lyriques modernes, nous saisissons d'un coup d'œil leur structure presque toujours uniforme. Ils se servent le plus souvent de ce que les Grecs auraient appelé la composition monostrophique. Alcée, Sappho et Horace, pour ne citer que les plus connus, l'avaient déjà employée avant eux dans leurs Odes. Il existait des dispositions plus compliquées, dont les anciens eux-mêmes nous ont parlé. Ce sont ces formes extérieures, dont j'ai voulu suivre et

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expliquer le développciiicut hislorique, dans les tragédies grecques qui nous ont été conservées.

Je ne me suis pas contenté d*en dessiner les lignes d'après un système de notation qui m*a paru commode». Toute cette algèbre, agrémentée de demi-cercles et d'accolades, ne pourrait satisfaire qu'un esprit superficiel. De plus, la structure de ces poèmes intéresse assez peu les modernes, qui Tont délaissée. A quoi servirait donc de tracer le dessin que forme l'enchevêtrement des vers, récités et chantés, qui les composent ? Ne serait-ce pas tomber dans le défaut de ceux qui s'imagineraient connaître l'aménagement d'un temple, pour avoir compté le nombre de ses portes et de ses colonnes ? J'ai donc voulu pénétrer dans le sanctuaire et marquer les rapports de son harmonie intime, qui échappe aux profanes, avec sa symétrie extérieure, qui frappe tous les regards.

On ne doit pas, en effet, forcer l'esprit à se contenter de la scansion seule des vers lyriques de l'antiquité. Cette scansion est en somme assez peu intéressante, et la nomenclature des pieds grecs fort rébarbative. Sans doute il faut connaître, après un examen approfondi, toutes les règles que les anciens euxmêmes ont suivies quand ils construisaient leurs strophes. Cela est aussi indispensable que de savoir ses lettres pour lire un livre; mais il ne faut pas s'en tenir a ces notions élémentaires. De même, en effet, que pour bien épeler un mot, l'enfant doit quelquefois en saisir auparavant la signification, qui lui est indiquée par le contexte, de même il est indispensable, pour bien étudier les rythmes, de pénétrer le sens des syllabes avec lesquelles ils se confondent.

1. Je remprunte aux Allemands. Les lettres g^recques majuscules A. B. F. etc., désignent les strophes ; les antistrophes, qui leur répondent, sont notées par la même lettre, marquée du signe prime à sa partie supérieure de droite : A'. B'. V. Les épirrhèmes iambiques ou anapestiques, qui selon la croyance générale étaient récités avec un accompagnement de flûte, sont représentés par les minuscules correspondantes, d'après le môme système : aa'. Pfl'. yy'. — Sur celte question du débit mélodramatique, j'adopte les conclusions connues de W. Christ. Cf. Die Parakataloge im griech. und riim. Drama. {Abhandl. d. hay. Akad., i CL, i3"* vol., p. 179 sqq.)

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Mais au delà des r> tlimes, il y avait encore la forme lyrique. Cette dernière n'était pas asservie à la pensée qu'elle renfermait, autant que ces rythmes eux-mêmes, mais elle n'en était pourtant pas séparée. Le lien qui les réunissait était plus souple, mais il était aussi solide. Le caractère du poète, sa fantaisie, son art, l'influence du temps oii il vivait, ses goûts particuliers varièrent presque à l'infini cette admirable symétrie des lignes qui est essentielle au génie grec. Les molles draperies que l'artiste jetait sur ses pensées tombèrent en plis gracieux, qui voilèrent, sans les cacher, leurs contours subtils. Préciser ce dessin de la forme lyrique pour saisir plus facilement la pensée qui serpente dans son entrelacement, tâcher de découvrir les règles si précises de la première, pour suivre la marche ordinaire de la seconde, telle est la double fin vers laquelle j'ai dirigé mon effort.

Athènes, au V siècle avant notre ère, vit la tragédie se développer avec une vigueur surprenante. La naissance de cet art et sa destinée aux siècles suivants resteront, il est vrai, toujours obscures, mais il nous est parvenu un nombre suffisant de drames pour que la théorie que je tente soit assez appuyée, et par conséquent légitime. Nous possédons encore, comme chacun sait, trente-deux tragédies grecques, sept d'Eschyle, sept de Sophocle, dix-sept d'Euripide, et le Rhésos, d'auteur inconnu i. Elles ont toutes été composées, à part cette dernière, pendant une période continue d'environ soixante-dix ans. Ces trente-deux pièces nous apportent donc des données

I. Je laisse de côté le Cyclope. Les parties lyriques des drames de ce genre étaient peu étendues, comme ces drames eux-mêmes,et elles ressemblaient à celles des tragédies ordmaires. ILfaul pourtant remarquer les trois strophes égales A, A', A" : 495-602 --oo3 — 5io 5ii--5i8, de rythme ionique. La seconde strophe est attribuée au Cyclope, et les deux autres aux ^^ix^^pi*- Cette disposition ne se trouve pas une seule rois dans les tragédies qui nous ont été conservées. Sur la structure du Cyclope cf M Croiset, Notoire de la littérature grecque, m, Paris, ,891, p. 4084 1 a. - Quant aux fragments, je me suis abstenu de les étudier, parce qu'ils m'auraient fourni assez peu de matière, et que j'aurais été entraîné dans des discussions trop longues. - Je cite

Xl'jTnT^i^lfTJ'''' ''''"*"^''' ^''^^^'' ^'P^^'^' '^ ^""/^'^^ ^V'-^^ l'^ éditions d, ntIL, nrXDOBF-MEKLER et NAUCK, publiées toutes trois chez Teubner

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nombreuses sur le lyrisme tragique, pendant les trois derniers quarts du V siècle, pour que nous puissions en suivre la marche dans son détail.

La chronologie joue donc ici un assez grand rôle. Aussi ai-je dressé, en tête de ce livre, un tableau des dates ou certaines, ou probables des diflérents drames. Pour ces dernières, j'ai pris soin de ne citer que les opinions les plus autorisées, de peur que l'on ne m'accusât d'y substituer la mienne afin de justifier ma théorie. J'ajoute que dans les cas où l'accord ne s'est pas fait entre les philologues, j'ai toujours suivi les plus modérés. Ces dates sont d'ailleurs peu précises, et je me suis souvent contenté de placer telle tragédie avant telle autre, sur l'année de laquelle nous avons des renseignements certains.

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