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LE PLUS SOUVENT LE CHŒUR DÉFILE EN SILENCE

Des trente-deux tragédies grecques qui nous ont été conservées, on en compte treize dans lesquelles le chœur entre dans le théâtre au son de la flûte et des anapestes. Ceux-ci appartenaient au coryphée dans

4. 'AvTi'{;à>|iO'j;- avTKTtpôço'j;. EuptTCiSYjç 'Içiyeveia ty) ev Taypoi;.

5. C'est l'opinion de G. Hermann lui-même, o quum omnis responsio, etiam quae non metri paritate continelur, ut quae in sententiarum et cantici modorum similitudine est, àvTi'flTTpoçoç dicatur. » Édition d'Iphig. en Tauride, note du v. i23 (Berolini, i833).

6. Ce procédé est constant dans les chants dochmiaques et iambiques.

7. Cf. Bally, De Earipidis tragoediarum partibus lyricis quaestiunculae, Diss. inau^., Berolini, 1889, p. 17.

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les plus anciens drames. Plus tard, l'acteur s'en empara, comme on l'a vu dans le Prométhée, En restreignant de plus en plus l'étendue de la Parodos, on ne tarda pas à laisser de côté cette ouverture, et les choreutes qui apparaissaient sans rien dire, se mettaient à chanter dès qu'ils étaient arrivés i . Ainsi le lecteur moderne n'est averti de leur présence que par les vers lyriques qu'il rencontre dans le texte, après

le Prologue.

Cette simphfication se produisit de bonne heure. On peut dire qu'après les Suppliantes et les Perses, le récitatif n'était plus indispensable. Il fallait bien que dans les premiers drames le chœur défilât dans l'orchestre, puisqu'il était le personnage principal, et que le théâtre athénien n'avait pas de rideau. L'art débutait; la mise en scène, qui n'atteignit jamais à la perfection où elle fut portée chez les modernes, semblait nécessiter cette ouverture. Elle servait à dissimuler une imperfection.

On ne tarda pas à trouver mieux. Dès que le poète disposa de deux acteurs, il put commencer la pièce par des trochées ou des iambes. Le chœur entrait quand le public écoutait le Prologue. Quelque temps encore, on continua d'employer ce défilé orchestique, c'est-à-dire que l'on lira un parti avantageux de ce qui avait été une obligation gênante.

Il était pourtant assez malaisé, quand le drame commençait par un Prologue scénique, de faire réciter au coryphée des anapestes qui pussent intéresser les spectateurs. Dans les tragédies d'Euripide, en particuUer, on sait, avant l'arrivée de ce personnage, tout ce qu'il est nécessaire de connaître : le récitatif risquait donc de faire double emploi. Aussi, dans VHécube, la Parodos ne revient sur aucun des faits racontés par l'ombre de Polydore : elle contient un récit comparable à celui des messagers traditionnels.

Au surplus, ce défilé avait un caractère de majesté tranquille, qui convenait surtout à l'ancien drame d'Eschyle et à l'immensité indécise de ses horizons. La passion individuelle paraissait mesquine sur une scène si vaste : le chœur, au contraire, soutenait bien le regard, et son groupement régulier lui offrait un spectacle qu'il pouvait détailler avec complaisance. Quand l'acteur eut pris de l'importance, et qu'aux

I. On pourrait noter quelques exceptions. Dans VHéraclès, la Parodos ne contient pas d'anapestes, et cependant le chœur marche en la chantant.

tableaux illimités de l'époque archaïque on eut substitué des éludes précises et de^ caraclères isolés, les mouvements plaslicjues des choreutes, leur noblesse un peu froide et leur personnalité ilotlaiite furent déplacés en face des luttes fiévreuses de la scène, de ses i)assions brûlantes et de ses gestes emportés. Eschyle lui-même avait senti la nécessité de modifier sa manière, puisque dans les Sept contre Thèbes, ses choreutes, au lieu d'apparaître en une troupe bien ordonnée, se précipitaient à la débandade et pleins d'efrroi dans le théâtre; mais ces transformations ne pouvaient avoir lieu que dans des circonstances particulières. Elles sont en somme assez rares. On i)référa le ])lus souvent supprimer les systèmes anapestiques, et faire chanter des strophes à l'orchestre, seul, ou aidé par les acteurs.

A. LES STROPHES LYllIQl ES SONT VTTRllU ÉES IMQl EMENT

V i;ouc:nESTi\E.

Je ne dirai que quelques mots des chœurs qui vont suivre. Comme facteur n'y joue aucun rôle, ils sont toujours antistrophiques. Leur forme régulière entre toutes est calquée, sauf quelques exceptions, sur celle du Stasimon, et le rôle qu'ils jouent dans le drame consiste à séparer le Prologue du premier Episode.

On compte deux Parodoi de ce genre dans Escliyle, deux dans Sophocle et sept dans Euripide. En voici le dessin ;

Eschyle, Choéphores : AA'. BB'. ff. A » 2a —83.

Elmémdes: AA. BB. Ff'^ ,43-i^8.

Sophocle, Œdipe-Roi : AA'. BB'. IT'3 i5i — qi5.

Trachimennes : AA'. BB'. r^» 94 — i/io.

1. A... à : 23-83 : sir. iambiqucs, parsemées de quelques éléments trochaïques; cf. R. et W., p. 270 sqq.

a. Le coryphée commence par trois trinièlres : i4o-2. Tout ce qui suit est iambicodochmiaquc; cf. R. et W., p. 782 sq. Les vers 170-0 sont des dimèlres doclimiaques, dont le second élément est probablement acalalectique ; cf. Christ, Metrik, p. 43i.

3. AA': i5i-8 = iSq-OO : str. daclyliques ; cf. R. et W., p. 109 sq. C'est le seul endroit où Sophocle ait employé ce rythme; le second élément est d'ailleurs iambique, et le quatrième anapeslique. Voir aussi Zambaldi, Metrica greca e latina, p. 090. — RR' : 1C7- 78=179.89: dactylo-trochées. — rr' : 190-202 = 203-215: str. iambiqucs; cf. R. et W., p. 298.

4. AA': 9/1-1021= io3-iii: dactylo -épitrites; cf. R. et W., p. 482 sq. — RR':

LES PARODOI. 45

Euripide, Hippolyte : AA'. BB'. F » 121 — 169.

A>DU0MAQLE : AA'. BB'2 117 — i^^-

Héraclès: AA'. B^ 107—137.

Suppliantes : AA'. BB'. I f ^ /»2 — 8G.

Phkmcie.\:ses : AA'. B— ff -^ . 1 20a — 260.

IpiiigémeaAulisiAA'.B — Ff'.AA'. EE'^ iG4-3o2.

Bacchantes : A. BB'. Ff. A^ 64— 169.

On voit combien Sophocle et Euripide sont plus courts qu'Eschyle. La Parodos de YŒdipc-Roi est formée de trois couples de strophes, comme celle des Euménidcs. Dans ce genre nouveau, Fun est le plus long chœur que Sophocle ait écrit, et jamais, au contraire, Eschyle

112-121 = i22-i3i : les deux premiers vers sont formés de quatre cola dactyliqucs, le reste est glyconique, et la finale est un phérécratéen ; cf. R. et W., p. 721 sq. — V: 1 39-140 : str. iambique; cf. R. et W., p. 298 sq.

1. AA': i2i-i3o= i3i-i4o: str. logaédiques ; cf. R. et W., p. 727.— RR: i4ii5o = i5i-i6o: str. glyconiques ; cf. R. et W., 709. — P : iGi-169, l'épode est logaédique, avec quelques cola iambiqucs.

2. AA': 117-125= 12G-134: dactylo-trochées; cf. R. et W., p. .389 sq. — RR' : i35i4o= i4i-i46: môme rythme.

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