‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 72 sur 250 · IV. AA' ^ i · texte numérisé non relu

IV. AA' ^ i

Sophocle se servit donc le plus souvent des Stasima tétrastrophiques ; il n'en a jamais composé de plus longs. Rarement il fit usage de la forme épodique ou de la simple unité binaire.

Les dates de ses tragédies n'ont guère d'influence sur la construction qu'il adoptas. Le Stasimon n'est plus qu'un intermède habituel qui se place après chaque Épisode. On attend d'avance la suite presque invariable de ses strophes ; on sait combien de temps ce chant durera ; on compte sur les quelques minutes de répit agréable qu'il doit procurer, comme nous comptons nous-mêmes sur les entr'actes dans nos théâtres. Il fait partie intégrante du drame, mais il perd la liberté de ses développements ; sans doute, il est encore éloigné de la décrépitude, mais il a déjà perdu l'élasticité vigoureuse des premières années.

En même temps ses rythmes sont simplifiés. Le nombre des strophes logaédiques pures ou mélangées d'éléments iambiques, est tel qu'elles forment seules, à part cinq ou six exceptions, tous les Stasima des sept tragédies de Sophocle. Leur structure est assez peu variée; les tétrapodies y dominent fréquemment. Tous les autres rythmes ont subi des pertes considérables. C'est à peine s'il reste quelques vestiges des vers ioniques, dactyliques et trochaïques.

1. AA': 668-80 = 681-93 : str. logaédiques, où les glyconiques sont en grand nombre. — BB' : 694-706 = 707-719 : iambo-logaèdes.

2. AA': 1044-58 = 1059-78: str. logaédiques, mélangées de quelques éléments iambiques. — BB': 1074-84= io85-95: épitrites; quelques éléments logaédiques et iambiques. Sur ce mélange, cf. R. et W., 2* édition, p. 844.

3.' AA' : I a 1 1-24 = 1225-38 : éléments glyconiques, iambiques et trochaïques ; cf. Gleditsch,op.ci«.,p. 212 sqq.— B: 1289-48 : éléments iambiques, glyconiques et anapestiques.

4. AA': 1556-67 = 1568-78 : iambo-logaèdes. Ce Stasimon est très court, puisqu'il n'est composé que d'une strophe et de son antistrophe ; cf. dans VÉlectre du même poète le Stasimon III.

5. Comparer la longueur respective des chants orchestiques de VAjax, de VAnti' gone et de V Œdipe à Colone.

Cette uniforaiité est un indice de ramoindrissement de la personnalité du chœur. Conserve-t-il cependant ce calme constant parce qu'il est peu touché du spectacle du drame devant lequel il est placé? Cela est peu probable. Le coryphée parle à chaque instant, dans les trimètres, aux personnages de la scène; il les encourage, il leur donne des conseils. Je croirais plutôt que toute l'attention du public se portant de plus en plus sur les acteurs, le poète se garde bien de la détourner sur l'orchestre, en l'occupant des impressions momentanées qui devraient affecter à la fin des Épisodes ceux qui s'y trouvent. Chaque spectateur est trop troublé par ses propres émotions pour se soucier beaucoup de celles que peut ressentir Tâme des choreutes.

y) EURIPIDE.

Alceste.

Page 1