Philoctète, 1075 sqq
LES COMMOI. 197
Resté seul en scène, celui-ci commence à chanter. Dans toute la partie initiale, dont les strophes lyriques ont une certaine étendue, il parle de sa caverne, de son arc, de la joie d'Ulysse, et des oiseaux que ses flèches ne tueront plus. Ces plaintes régulières, où le poète semble imiter les Monodies euripidéennes, sans d’ailleurs en reproduire les défauts, sont chaque fois suivies d’un couplet du coryphée, pendant le chant duquel le protagoniste pouvait se reposer et reprendre haleine.
La seconde partie commence dès que le chœur essaie de persuader à l’infortuné de quitter son île et de faire voile vers Troie. Ce conseil n’est pas émis sans quelques précautions, mais au fond les paroles du coryphée n'ont pas une autre signification. Dès lors tout équilibre binaire est rompu2. L'humeur irritable de Philoctète reparaît subitement : il ne veut pas qu'on lui parle de ce voyage. Il ordonne au chœur de s’en aller; puis il le supplie de revenir. Malgré ces fluctuations extérieures, sa volonté reste inébranlable. Düût Zeus le foudroyer, il ne s’embarquera pas3. Il finit par un souhait, où l’on voit à quel degré d’obstination il est arrivé : il voudrait avoir une épée, une hache, une arme quelconque pour se couper lui-même la tête et les membres, plutôt que de céder.
Cette fin, où l’exagération est évidente, peut faire sourire le lecteur : à un tel degré, la passion touche au comique. Philoctète sent peut-être que son entêtement est déraisonnable, maïs il s’est juré à lui-même de ne pas partir, et il ne partira pas. Il a donc besoin de se raidir pour être fidèle à la parole qu'il s’est donnée, et la peur de faiblir, ou même d’en avoir l'air, le pousse, sans qu’il en ait conscience, à outrer ses déclarations. Dans un moment de calme, il a reconnu lui-même que ses emportements le faisaient déraisonner5.
Ce que je dois noter dans cette étude, c’est que l’économie régulière du Commos est bouleversée à l'instant précis où l’on parle à Philoctète
1, Ibid, 1163-0.