BB
L'un est silencieux, l’autre récite des périodes anapestiques qu'accompagne le joueur de flûte : la rapaxazahoy" l'empêche d'entendre ce bruit lointain. Les cris continuent. Le chœur en fait une première description r; il rappelle le rôle qu'il va jouer, pour s’assurer qu'il le sait; il revient sur l'intensité de ces plaintes; ilen donne la raison, et il finit, en insistant sans se lasser, sur les clameurs effrayantes du protagoniste?. À cet instant précis, Philoctète arrive sur la scène, en boiïtant. Cette troisième couple de strophes n’a donc été écrite que pour augmenter l'attention du public, à mesure que grandissaient, en se rapprochant, les cris de l’infortuné.
Le texte actuel, quelque irrégulière que paraisse la forme lyrique, ne doit pas être modifié. Il ne faut pas chercher à égaliser les périodes anapestiques, et il est certain qu'aucun épirrhème ne peut trouver sa place entre B et B'8.
Ê) PARODOI SANS ÉPIRRHÈMES.
Sur le théâtre athénien, un état assez calme de l’âme trouvait dans la récitation accompagnée des iambes ou des anapestes sa véritable expression; au contraire, l'émotion y a toujours été traduite, surtout dans les thrènes, par le chant des vers lyriques. Dès que le choreute ou l'acteur est affecté d’une impression un peu vive, dès qu’il éprouve, ne fût-ce qu’un instanth, une impulsion, un choc qui trouble sa tranquillité et dérange l'équilibre de son âme, l'écrivain a toujours soin d’accuser ces variations intérieures par un changement extérieur du rythme.
Cet art subtil, l'un des charmes de la tragédie grecque, a été employé dans les Parodoï qui vont suivre, où, contrairement à celles
. Tournure affirmative : 205: BdXket Bande L'étipx phoyra.. .; négative : 207 sqq : oùÉ pe der Bapeta Tn\00Ev aVda TpUG AVE.
2. Tournure négative : 212: où poAndv oÙûpryyos Éxwv...; affirmative : 215 : dr’ &vayxas Boï rnawndy lwdv.
3. Ces six strophes ne sont pas chantées à l’unisson par le chœur. On peut admettre avec Muff, op. cil., p.228 sqq., que la première et la dernière couples étaient attribuées successivement à chacun des parastates, et BB'° aux demi-chœurs.
4. J'en trouve deux exemples tout à fait curieux dans l’Jon et l’Iphigénie en Tauride. Ion et Oreste soulignent de trimètres les couplets lyriques de Créuse et d’Iphigénie. Quand ils ont à mentionner un fait particulièrement propre à les émouvoir, ils chan-
gent de rythme, et se servent de vers chantés. Cf. Jon, 1501; Iphigénie en Tauride, 832, 867. Voir le chap. V de ce livre.
qui précèdent, les acteurs chantent, comme les choreutes auxquels ils répondent. Pourquoi les anapestes ou les iambes scéniques ne suiventils plus les strophes, en formant un contraste avec elles? C’est que ces drames commencent sur un ton plus ému que les autres. La scène et l'orchestre, ces deux forces opposées, dont la lutte donne la vie qui lui est propre à l'organisme de la tragédie, sont dès le commencement du poème emportées par la passion qui les maîtrise. La tapaxaradoyf ne suffit donc plus ni à l'acteur, ni aux choreutes.
C’est ainsi que dans les deux Électre, celle de Sophocleet celle d’Euripide, la Parodos ne contient pas une seule syllabe qui ne soit chantée : la douleur du protagoniste, qu'exaspère l'attente, et dans laquelle se mêlent d'ardents désirs de vengeance, est arrivée, dès l’ouverture du drame, à un degré d’acuité tel, qu'il pleure et se répand en lamentations passionnées. Nous voilà bien loin de l’Zon, du Philoctète et du calme de leurs acteurs.
J'étudie à dessein ces deux tragédies en même temps, parce que l’on saisira mieux ainsi la ressemblance de leurs formes. On ne sait pas laquelle a précédé l’autre : c'est une question encore discutée. Pour Wilamowitz, Euripide a écrit sa pièce avant Sophocle, et il a été imité par lui. Je pencherais plutôt vers l'opinion opposée 1.
Sophocle, ÉLECTRE : 121—2502.
À : Chœur, Électre. A’: Chœur, Électre.
Re OR LS Es TR SNS RAR A x Le
1, Hermes: XVIII, p. 214-263 : Die beiden Elektren. — Opinion contraire : Ferdinand Flessa : Die Prioritätsfrage der Sophokleischen und Euripideischen Elektren, und ihr Verhältniss zu einander, sowie zu den Choephoren des Aeschylos. Progr. Bramberg, 1882. — H. Weil (cf. préface d’Électre) croit aussi qu'Euripide a composé sa pièce après celle de Sophocle.
2. AA!-191-136 — 137-152: dactylo-trochées, comme BB': 153-172 — 173-192. — TL’ : 193-212 — 213-232, mélange d’anapestes lyriques et de dactylo-trochées ; 205 — 295 paraît être un monom. dochmiaque, il n’est guère à sa place. Voir les Cantica de Gleditsch, p. 4o sqq., qui change légèrement le texte traditionnel et y trouve un dimètre anapestique, dont le troisième pied est un procéleusmatique. Pour le détail de A — 233-250, je ne puis que renvoyer au livre de ce métricien, p. 45 sqq.: les anapestes dominent toujours.
Euripide, ÉLecrne : 167—2121.
A: Chœur, Électre. A’: Chœur, Électre.
Une Monodie, attribuée à la fille d'Agamemnon, précède le premier chœur de ces deux drames. Il est probable que les choreutes défilaient pendant les dernières mesures que chantait la jeune vierge. Cette hypothèse paraît d'autant plus vraisemblable, que Sophocle a écrit son Solo en anapestes. En tout cas, la Parodos des deux Électre ne servait pas à accompagner l'entrée du chœur, puisqu'il la commence, dès qu'il est arrivé dans le théâtre 2. ;
Chez Sophocle, sept strophes, formant trois couples et une épode, sont réparties entre l'orchestre et Electre, qui alternent.
Euripide s’est contenté de deux strophes jumelles, qu'il partage comme son rival. Dans les deux tragédies, la disposition est identique. La longueur seule diffère.
Euripide a pu être plus court, ayant eu la précaution d’avertir le public par la bouche de son aèroëpyes, du sujet de son drame, et de l'esprit dans lequel il voulait le traiter. Il a montré dans le Prologue son Électre en habits de paysanne, et l’on a entendu converser à l’aurore, devant une humble cabane, la fille de Clytemnestre et le Laboureur, qui passe pour être son maris. Dans sa longue Monodie#, la jeune fille a complaisamment détaillé toute l’histoire du meurtre de son père. Ainsi les trimètres d’un côté, le Solo de l'acteur de l’autre, apprennent au spectateur tout ce qu'il faut qu’il sache. La Parodos qui suit sera abrégée; le rôle du chœur surtout n’aura qu’une minime importance : c’est un fait qui se rencontre trop souvent chez Euripide, pour qu'il soit toujours accidentel.
Dans l'autre tragédie, au contraire, la fille d'Agamemnon ne parait pas dans le Prologues. Il est vrai que les spectateurs ont entendu quelqu'un gémir dans la coulisse6, et qu’ils ont pu, avec le gouver-
1. AA": 167-212 : str. logaédiques, pleines d'éléments glyconiques. 2. Cf. Eurip., Electre : fhuüov, 168.
3. Contre les railleries des petits-maîtres du temps, cf. 50 sqq.