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d'hommes. î ans la plupart des malfaiteurs, et surtout des malfaiteurs novices, la religion est plutôt oubliée que détruite : mais les impressions qu'ils en ont reçues sont faibles et faciles à effacer : que deviendront-elles dansime prison? toute la force de l'opinion y sera dirigée contre les notions religieuses. Ce n'est pas à dire que , dans un tel lycée , il s'établisse des controverses et des disputes philosophiques sur l'idée d'un Dieu, sur la vérité de la révélation , sur l'authenticité des témoignages qui lui servent de base ; il n'y aura pas là des manichéens, des hobbistes, des spinosistes , des professeurs dogmatiques d'incrédulité; il n'y aura pas de disciples subtils de Boulanger, de Bayle et de Fréret: mais les arguments n'en feront que plus d'effet pour être assortis à la capacité de l'audience ; les bouffonneries d'un plaisant seront une logique suffisante pour ses camarades ; la satire des ministres de la religion sera une réfutation complcLe de la religion même ; et le brave qui soutiendra hautement qu'il n'y a que des lâches qui se laissent intimider par les menaces d'une autre vie , est sûr de toucher la fibre la plus sensible d'un tel auditoire.
m. — Enfin, cetle association de criminels leur fournit le moyen le plus sûr de se perfectionner dans la science , dans la pratique , dans tout le mystère du crime.
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Leur conversation , comme nous l'avons déjà dit , dirigée par la vanité des parleurs et par l'intérêt des écouteurs, toin^ne naturellement sur leurs exploits criminels. Chacun se plaît à entrer dans le détail des moyens ingénieux , des fraudes, des impostures auxquelles il a du son succès. C'est là qu'on communique tous les secrets du métier, les préparatifs, les moyens de déguisement et d'évasion , enfin les stratagèmes de cette guerre antisociale. Si les anecdotes du crime ont un attrait de curiosité pour tout le monde , combien ne sont-elles pas plus intéressantes pour ceux dont elles flattent les penchants, et qu'elles instruisent des moyens de les satisfaire ! Ainsi se forme un dépôt d'expérience auquel chacun contribue : celui qui ne connaissait qu'une branche de cette industrie malfaisante devient bientôt un adepte dans toutes les autres. Elle n'est donc que trop bien fondée, cette expression commune, qu'une prison est une école de perversité : avec cette différence, que cette école de vice l'emporte de beaucoup sur les écoles proprement dites , par la force des motifs qui opèrent sur les disciples, et par l'efficacité des moyens d'instruction. Dans les écoles proprement dites , le stimulant le plus ordinaire est la crainte, qui lutte contre l'inclination à l'oisiveté; dans ces écoles de vice , le stimulant est l'espérance, qui concourt
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avec les penchants habituels : dans les premières, la science n'est enseignée que par un maître plus ou moins habile; dans les autres, chacun contribue à l'instruction de tous : dans l'école légitime, l'élève a des amusements plus séduisants que ses occupations de commande; dans l'école du crime, cet enseignement vicieux devient la principale récréation d'un état de tristesse et de contrainte.
On dira peut-être que les malhonnêtes gens cherchent toujours ceux qui leur ressemblent, et qu'en prison , ou hors de prison , ils vivront toujours en mauvaise compagnie.
Observons, d'abord, que cela n'est pas exactement vrai. Qu'un malhonnête homme vive de préférence avec de malhonnêtes gens, cela n'empêche pas que mille incidents ne le rapprochent des personnes probes, qui lui rappellent tout au moins les notions de justice et de vertu. Dans les conversations les plus communes, il entend les jugements qu'on porte sur les actions deshonnêtes, il est témoin du mépris qu'on a pour les fripons. S'il ne va pas recueillir des leçons de morale à l'église, il en recevra dans la taverne du village.
Dans le monde , il y a un mélange de bien et de mal ; mais dans une prison , toute la société est composée d'individus plus ou moins tarés. C'est donc encore pour l'homme le plus corrompu le
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séjour le plus dangereux. Que sera-ce pour cette classe de prisonniers qui ont été conduits là par lin premier délit? Ils ont cédé à la tentation de l'indigence, ils ont été entraînés par un mauvais exemple ; ils sont encore dans cet âge flexible oii le cœur n'est point endurci au mal : un châtiment bien administré leur eût été salutaire. Si , au lieu de se réformer, ils deviennent plus vicieux , s'ils passent des friponneries aux grands vols, s'ils arrivent jusqu'au brigandage et à l'assassinat, — c'est l'éducation d'une prison qu'il faut en accuser.
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