‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 3)Chapitre 59 sur 111 · SECOND BUT · texte numérisé non relu

SECOND BUT

Uéforination.

Oisiveté , — intempérance , — ■ liaisons vicieuses : voilà les trois causes principales de corruption dans les classes pauvres. Lorsque ces habitudes sont devenues assez fortes pour surmonter les motifs tutélaires, et pour produire des crimes, on ne peut espérer de les corriger que par une éducation nouvelle ; éducation qui consiste à placer les individus dans des circonstances où il leur soit impossible de se livrer à leurs penchants, et où tout concourt à faire naître des habitudes opposées. Le premier moyen de succès, c'est la surveillance. — Les délinquants sont une classe particulière d'hommes qui ont besoin d'une inspection continuelle. Leur faiblesse est de ne savoir pas lésisler aux séductions du moment : ce

sont lies esprits defrangcs et infirmes, dont la maladie n'est pas aussi incurable ni aussi manilesle que celle des idiots et des lunaticpies ; mais il faut, comme ceux-ci, les tenir en tutelle: on ne saurait, sans imprudence , les confier à eux-mêmes.

Sous la sauvegarde de cette inspection non interrompue, sans laquelle il n'y a point de bien à espérer, la maison de pénitence que je décris renferme toutes les causes qui peuvent détruire le germe des vices, et reproduire celui des vertus. 1° Le travail. — Je conviens que la contrainte, loin d'en inspirer le goût , peut en augmenter l'aversion. IMais il faut considérer qu'ici le travail est l'unique ressource contre l'ennui, qu'étant imposé à tous , il est encouragé par l'exemple , et rendu plus agréable par une société suivie avec les mêmes personnes; de plus, il est animé par une récompense immédiate , par ce cjuart de profit qui lui ôte le caractère de la servitude , et associe le travailleur à l'entrepreneur. Ceux qui n'avaient aucun talent lucratif reçoivent, dans cette éducation, de nouvelles facultés et de nouvelles jouissances; et, à l'époque de leur élargissement, ils auront acquis une industrie plus profitable que les gains précaires de la rapine et de la fraude. 1" La tempérance. — Nous avons vu que les désordres de Botany-Bay sont tous causés ou entrel(Mius par la passion des liqueurs fortes, et qa'il

n'y a aucan moyen d'en empêcher la circulation. Ici, le mal est arrêté dans sa somxe ; pas une goutte de ce poison ne peut entrer en contre- Lande ; les transgressions sont impossibles. Il est dans la nature de Fhomme de se plier à la nécessité. Les difficultés enflamment ses désirs , mais l'impuissance absolue de les satisfaire éteint bientôt ceux qui ne tiennent qu'à des habitudes. Il y a de l'humanité dans une règle stricte qui prévient non seulement les fautes et les châtiments , mais les tentations mêmes.

3° La séparation des classes. — Le panoptique est le seul plan qui permette de former les prisonniers en petites sociétés, de les assortir, en évitant de placer ensemble ceux dont les vices seraient le plus contagieux. Ces associations ne peuvent manquer de produire entre eux des services réciproques, des affections, et d'autres habitudes favorables au caractère. 11 y aura bientôt parmi eux des maîtres et des disciples , des récompenses pour enseigner, de l'émulation pour apprendre; un sentiment d'honneur et d'estime de soi-même sera le premier fruit de l'application. Les idées d'instruction et de profit légitime remplaceront peu à peu celles de licence et de gains frauduleux. Tout cela découle de la nature de l'établissement.

Pourcpioi ne laisserai t-nn pas aux prisonniers

célibataires des deux sexes la faculté de se marier? ce serait un aiguillon puissant pour ceux (]ui aspireraient à cette récompense , et qui ne pourraient l'obtenir que par leur bonne conduite et leur industrie.

Ces petites sociétés présenteraient une sûreté de plus, celle de la responsabilité mutuelle. Il est aussi juste que naturel de leur dire : « Vous vivez ensemble , vous agissez de concert, vous avez pu prévenir le délit, et, si a'ous ne l'avez pas fait, vous en êtes complices. » Voilà donc les prisonniers convertis en gardiens et en inspecteurs. Chaque cellule est intéressée à la bonne conduite de tous ses membres. S'il y en avait une qui fût remarquable par le bon ordre , il conviendrait de lui accorder quelque distinction, quelque emblème d'approbation visible à tous. Avec un tel art, on ferait peut-être rentrer le sentiment de l'honneur dans le séjour même de l'ignominie.

4° Les ms truc lions. — Indigence , ignorance et crime ont une étroite parenté. Instruire les prisonniers qui n'ont pas passé l'âge docile, c'est faire plusieurs biens à la fois : l'instruction est d'un grand secours pour changer les habitudes de l'esprit par un nouveau fonds d'idées, et pour relever, à leurs propres yeux , des êtres dégradés par l'infériorité de leur éducation. Les diverses études peuvent remplir utilement les loisirs de

ce jour dans lequel des travaux mécaniques sont suspendus, et qu'on ne peut pas employer tout entier au service religieux. Il y a de la prudence et de l'humanité à remplir ainsi tous les intervalles de cette journée , sans abandonner à euxmêmes des esprits vides, pour qui l'oisiveté est un fardeau difficile à porter. Mais l'objet va plus loin encore, surtout pour les jeunes gens, qui sont toujours en grande proportion dans le nombre total. 11 faut que leur prison soit leur école , pour les mettre en état d'en sortir sans y rentrer. Le service religieux doit être rendu attrayant pour être efficace ; il doit s'accomplir dans l'intérieur de la maison, sans que les prisonniers quittent leur cellule. La loge centrale s'ouvre , le public est admis , le culte est approprié à la nature de l'établissement : une musique grave ajoute à l'impression des solennités religieuses: les instructions sont adaptées aux besoins de ceux qui doivent les recevoir. Le chapelain chargé du service n'est pas un étranger pour eux ; c'est un bienfaiteur qui leur donne des soins journaliers, quisuit les progrès de leur amendement, qui est leur interprète et leur témoin auprès de leurs chefs. Comme protecteur, comme instituteur, comme ami (|ui les console et qui les éclaire , il réunit tous les titres qui peuvent le rendre un objet do respect et d'affection. Combien d'hommes sensi-

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bles et vertueux postulcraionl une place qui oflVe à la religion des conquêtes plus intéressantes que les rc'gions sauvages de l'Afrique et du Canada!

J'avoue toutefois qu'une connaissance approfondie du cœur humain inspire une grande défiance sur la reformation des criminels. L'expérience ne justifie que trop souvent cette maxime d'un po'éte :

L'hoDoeur est comme une île escarpée et sans bords, On n'y peut plus reutrer dès qu'on en est dehors.

Mais les hommes les plus défiants , les plus incrédules pour le bien , accorderont du moins qu'à cet égard il y a une grande différence à faire, selon l'âge des délinquants et la nature des délits. La jeunesse est une cire molle qui se laisse façonner; l'âge mûr, inflexible, résiste à de nouvelles impressions. Quantité de méfaits n'ont point de racines profondes dans le cœur, mais tiennent à des positions, des séductions, des exemples, el surtout à l'indigence , malesuada famés . Des actes d'une vengeance soudaine ou d'un emportement subit ne supposent pas de la perversité. Ces distinctions sont justes ; on ne les conteste pas, et l'on doit convenir que le régime pénitentiel que nous avons décrit présente les moyens les plus efficaces pour am.endcr ceux qui ont conservé I. i5

quelque principe sain et honnête. Je citerai bientôt une preuve de fait à l'appui de cette théorie.

TftOlSiblE Btr.

SLij)prcssion du pouvoir de nuire.

Quoi qu'il en soit de la réformation interne qui corrige la volonté même, le panop tique possède toutes les conditions requises pour ôter le pouvoir de commettre de nouveaux délits.

Sous ce chef il faut considérer les prisonniers dans deux époques : — celle de leur emprisonnement,— celle qui est postérieure à leur libération.

Pendant la première, supposez-les aussi mendiants que vous voudrez, quels crimes pourront-ils commettre sous le principe d'une inspection non interrompue, divisés par cellules, jamais assez forts pour une révolte, ne pouvant s'unir et conspirer sans être aperçus, responsables les uns pour les autres, privés de toute communication au dehors, sevrés de liqueurs fortes (ces stimulants de toutes les entreprises hardies), et sous la main d'un gouverneur qui peut aussitôt isoler Fhommc dangereux? La seule énumération de ces circonstances inspire une sécurité complète. Qu'on se rappelle le tableau de Botany-Bay; le contraste est aussi frappant qu'il puisse l'être.

La prévention des crimes de la part des délin-

tjuanls prisonniers est cncorq^en raison de la ditliciilfc de leur évasion; et quel système donne à cet e'gard une sûreté comparable à celle du panoplique !

Par rapport aux prisonniers élarj^is, la seule garantie absolue est dans leur réformation.

Indépendamment de cet heureux effet, sur lequel on peut compter dans ce plan plus que dans tout autre, les prisonniers libérés auront pour la plupart acquis, par les économies qu'on aura faites pour eux sur le quart de profit de leur travail, un pécule qui les mettrait à l'abri des tentations immédiates, et leur donnerait le temps de faire valoir les ressources de l'industrie qu'ils ont acquise durant leur captivité.

Ce n'est pas tout: j'ai réservé pour cet article la mention d'un moyen très ingénieux dont l'auteur du panoptique a fait le supplément de celte mesure pénale. Il a donné une attention particulière à la position dangereuse , à l'état critique des prisonniers libérés, rentrant dans le monde après une détention de plusieurs années, sans amis pour les recevoir, sans réputation pour les protéger, sous la défaveur d'un caractère suspect, et plusieurs peut-être, dans les premiers transports de joie de leur liberté recouvrée , aussi peu capables d'en user avec discrétion que des esclaves qui viennent de rompre leurs fers. C'est

par là que Fauteur a été conduit à l'idée d'un établissement auxiliaire, où les prisonniers élargis passeraient, au sortir du panoptique , pour y faire un séjour plus ou moins long, d'après la nature de leur délit , et leur conduite antérieure. Le détail de l'exécution n'est pas de mon sujet ; il me suffit de dire que, dans cette clôture privilégiée, ils auraient divers degrés de liberté, des occupations de leur choix , le salaire entier de leurs travaux , avec un prix fixe et modique pour leur entretien , le droit d'aller et venir en consignant une somme pour caution; — plus d'uniforme de prisonnier, — plus de marque humiliante. La plupart, dans ce premier moment d'embarras où ils n'ont point encore d'objet assuré , choisiraient eux-mêmes une retraite si convenable à leur situation ; mais il sera bon d'en faire une loi. Ce séjour passager, ce noviciat servirait à les conduire par degrés à leur liberté entière, à former la nuance entre l'état de captivité et l'indépendance , à fournir une épreuve de la sincérité de leur amendement. C'est là une juste précaution contre des individus auxquels on ne peut pas accorder sans danger une confiance immédiate et absolue.

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QIATRIÙME BIT.

Compensation ;\ la partie lé^ée.

Dans nos systèmes de jurisprudence , quand un délinquant est puni corporellemcnt , il est censé avoir satisfait à la Justice: on n'exige pas, en général, qu'il lasse compensation à la partie lésée.

11 est vrai que, dans le plus grand nombre de cas, cette compensation serait inexigible. Les délinquants sont ordinairement de la classe indigente, ejc nihilo nihilfit.

Si leur emprisonnement est oiseux, loin de pouvoir satisfaire à la partie lésée, ils continuent à être une charge pour la société.

Si on les condamne aux travaux publics, ces travaux, rarement assez lucratifs pour couvrir les frais de leur entretien, ne fourniront pas un surplus.

Il n'y a qu'un plan comme celui du panoptique dans lequel, par la combinaison des travaux et l'économie de l'administration , on puisse obtenir un bénéfice assez grand pour offrir au moins quelque portion d'indemnité aux parties lésées. M. Benlham avait pris à cet égard des engagements dans le contrat passé avec le ministère. Dans les prisons de Philadelphie, on prélève sur la part de profit qu'on alloue aux prisonniers

23o MAISON DE PENITENCE,

les frais de la poursuite et de la procédure : un pas de plus, et l'on arrive jusqu'à l'indemnité des parties lésées.

ClNQllLSli; BIT,

Économie.

Dire qu'à mérite égal entre deux plans , le plus économique doit être préféré , c'est avancer une proposition qui paraîtra bien triviale à tous ceux qui ne savent pas que la dépense d'une entreprise en est souvent la recommandation secrète, et que, dans les états riches, l'épargne est une vertu contre laquelle il existe une conspiration générale.

Dans le contrat pour le | anoptique, mille cojivicts devaient coûter à l'état 12 liv. st. par tête , sans y comprendre les frais de construction, qui, étant portés à 20,000 liv. st., et ceux du terrain évalués à 10,000 liv. st. (prenant l'intérêt à cinq pour cent), ajoutaient 1 liv. st. 10 sch. pour chacun d'eux : dépense totale par individu , i3 liv. st. 10 sch.

11 faut se rappeler que, dans le même temps, la dépense moyenne de chaque cojivict, dans la Nouvelle-Zélande , était de 07 liv. st., presque le triple. De plus, l'auteur du panoptique assurait:

1° Une indemnité aux parties lésées ;

2' Il allouait un quart du profit aux prisonniers;

y II devait y avoir une réduction future dans les frais du gouvernement.

Une nouvelle entreprise , comme celle du panoptique , destinée à embrasser plusieurs branches d'industrie, ne donne pas d'abord ses plus grands bénéfices : elle peut être onéreuse dans Torigine et ne devenir fructueuse que par degrés. Il faut du temps pour établir les travaux, pour mettre en culture les terrains appliqués à rentretien de la maison, pour former des élèves, pour régler des habitudes, pour perfectionner, en un mot, tout le système économique. M. Bentham avait fait une condition expresse de la publicité de tous ses comptes; et si les bénéfices, comme on avait lieu de le croire , devenaient considérables , le gouvernement aurait pu s'en prévaloir, dans les contrats subséquents, pour obtenir des termes plus favorables. M. Bentham, d'après les calculs sur lesquels il avait consulté des personnes expérimentées, présumait qu'en peu de temps les cojivictsne coûteraient plus rien à l'état.

Laissant à part tout ce qu'il peut y avoir d'hypothétique dans ce résultat, il est évident qu'une maison de pénitence domestique doit être moins coûteuse qu'un établissement colonial. J'en ai dit. les raisons sous le même chef, en parlant de Botany-Bay.

Je viens de montrer la convenance de ce plan par rap|3ort à tous les buts de la peine : il me reste à observer qu'il atteint son objet sans produire aucun de ces inconvénients collatéraux qui abondent dans la déportation coloniale; — point de séjour prolongé dans les galères aA^ant le départ; — point de hasards d'une longue navigation ; — point d'entassement d'hommes dans les vaisseaux , ni de mortalité contagieuse ; — point de danger de famine; — point de guerre intestine avec des sauvages ; — point de rébellions;— point d'abus d'autorité de la part des chefs; — en un mot, absence entière de ces maux accessoires et accidentels dont chaque page offre un exemple dans l'histoire de la colonie pénale. Quelle immense économie dans l'emploi de la peine ! Elle ne va plus se disséminer et se perdre sur des rochers arides et dans des déserts lointains ; elle conserve toujours sa nature de peine légale, de peine juste et méritée, sans se convertir en maux de toute espèce qui n'excitent plus que la pitié : elle est toute en vue ; elle est toute en service ; elle ne dépend phis du hasard ; son exécution n'est plus abandonnée à des soins subalternes, à des mains mercenaires : le législateur qui l'ordonne •en surveille incessamment l'administration.

Le succès qu'on peut obtenir d'une maison de pénitence bien ordonnée n'est plus aujourd'hui

une simple probabilité , fondée sur des raisonnements : rexpérience est faite ; elle a réussi , même au-delà de ce qu'on avait espéré. Les quakers de Pcnsylvanie en ont eu Tlionneur; c'est un des plus beaux fleurons de ceUe couronne d'humanité qui les distingue entre toutes les sociétés chrétiennes. Ils ont eu long-temps à lutter contre les obstacles ordinaires : — la force des préjugés, rindifférence du public, la routine des tribunaux, et la repoussante incrédulité des froids raisonneurs.

Sur la maison de pénitence de Philadelphie , outre les rapports officiels du directeur , nous avons deux relations de voyageurs désintéressés, dont l'accord fait preuve, d'autant plus qu'ils ne portaient dans cet examen ni les mêmes préjugés, ni les mêmes vues: Fun est Français, le duc de Liancourt, très versé dans le régime des hôpitaux et des prisons; l'autre est un Anglais, le capitaine Turnbull, plus occupé des sciences maritimes que des objets politiques.

Tous deux nous représentent l'intérieur de cette prison comme une scène d'activité paisible et régulière. On n'y voit ni hauteur ni rigueur de la part des geôliers, ni insolence ni bassesse de la part des prisonniers. La parole est douce avec eux : on ne se permet pas même une expression blessante. Si quelque faute est commise, la seule

peine du coupable est une clôture solitaire de quelques jours, et Fenregistrement de sa faute sur un livre où chacun d'eux a un compte ouvert pour le mal comme pour le bien. La santé , la décence et la propreté régnent partout. Rien qui offense les sens les plus délicats ; point de bruit, point de chants, point de conversation tumultueuse. Chacun, appliqué à son ouvrage, craint d'interrompre celui des autres; on maintient avec soin cette paix extérieure, comme favorable à la réflexion et au travail , et très propre à prévenir cet état d'irritation si commun ailleurs entre les gardiens et les captifs.

« Je fus surpris, dit le capitaine ïurnbull , de trouver une femme exerçant les fonctions de geôlier : ce fait ayant excité ma curiosité, je fus informé que son mari avait eu le même emploi avant elle. Au milieu des soins qu'il avait donnés àsafdle, attaquée de la fièvre jaune en 1790, il prit la même maladie et en mourut, laissant aux prisonniers le regret d'avoir perdu un ami et un protecteur. En considération de ses services, sa veuve fut choisie [)Our luisuccéder. Elle s'acquitte de tous ses devoirs avec autant d'attention que d'humanité. »

S attendait-on à trouver de pareils traits dans les registres d'une prison-.' et ne jappellent-ilspas plutôt cette j)einture d'un âge d'or à venir, tracée

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par la main d'un prophète : « Le loup habitera avec l'agneau, et un enfant sera leur guide. »

Je ne puis me refuser à transcrire deux autres faits qui n'ont pas besoin de commentaire. «Pendant la fièvre jaune en 1793, on eut bien de la peine à trouver des gardes pour les malades à rhopital de Busli-IIill. On eut recours à la prison. La demande lut faite, et le danger du service fut expliqué ùu\ coiwicts ; il s'en offrit autant qu'on en avait besoin. Ils furent fidèles à leurs fonctions jusqu'à la conclusion de cette scène tragique .aucun deux ne demanda de salaire avant l'cpoquc de fe'largissement. »

« Les femmes donnèrent une autre preuve de bonne conduite pendant le cours de la contagion. On les pria de céder leurs bois de lit pour l'usage des malades à l'hôpital : elles offrirent de bon cœur les lits mêmes. »

O vertu, oîù vas-ta te cacher ! s'écriait un philosophe ', témoin d'un acte de probité de la part d'un mendiant. Eût-i! été moins surpris d'une bienfaisance héroïque dans une prison criminelle?

Quelle différence entre ces femmes , émules des sœurs de la charité, et celles de la Nouvelle- Zélande, pires que les hommes! Quelle différence

' Le philos. ipiie donl jo pailo est l'autour du Misanthrope.

entre ces hommes qui vont servir des malades au péril de leur vie, et ceux de Botany-Bay, qui mettent le feu aux hôpitaux et aux prisons, remplis de leurs compagnons d'infortune !

Cette bonne conduite des prisonniers, ne fùtelle qu'une simple suspension de vices et de délits, serait déjà un grand point gagné. Voyons maintenant si la réforme va plus loin.

« De tous les convicts condamnés pendant les cinq dernières années, dit TurnbuU , il n'y en a pas cinq sur cent qui aient été remis en prison pour de nouveaux délits. » (Pag. 48.)

A New-York, quoique le résultat ait été moins favorable, il démontre encore les bons effets de ce système. « Durant les cinq ans qui expirent en 1801, dit le principal administrateur de la maison de pénitence ( M. Eddy ) , dans le compte rendu à ses concitoyens, de trois cent quaranteneuf prisonniers qui ont été élargis, par l'expiration de leur sentence ou par un pardon , vingtneuf seulement ont été convaincus de nouveaux délits; et de ces vingt-neuf, seize étaient étrangers. De quatre-vingt-six pardonnes , huit ont été ressaisis pour de nouvelles offenses, et de ces huit, cinq étaient étrangers. »

11 faut observer toutefois , pour se tenir en garde contre toute exagération, que, de ces prisonniers libérés, plusieurs ont pu se dépayser et

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commettre des crimes dans les provinces voisines, ne voulant pas s'exposer à rausière emprisonnement de New-York ou de Philadelphie ; car un risque de mort est moins effrayant pour les hommes de cette trempe qu'une captivité lahorieuse. On a sur ce point des preuves de fait.

Le succès de ces établissements a tenu sans doute en grande partie au zèle éclairé des fondateurs et des inspecteurs; mais il a des causes permanentes : — la sobriété, — Findustrie, — les récompenses données à la bonne conduite.

La règle essentielle de sobriété a été l'exclusion des liqueurs fortes: on ne permet aucun breuvage fermenté , pas même la petite bière. L'abstinence a paru plus facile que la modération. L'expérience a prouvé que le stimulant des liqueurs fortes n'a qu'un effet passager , et qu'une nourriture abondante et simple, avec l'eau pour toute boisson , rend les hommes plus propres à des travaux soutenus. <c Plusieurs de ceux qui viennent dans la prison de New-York (Eddy, pag. 49 ) , avec une constitution affaiblie par l'intempérance et la débauche, ont repris en peu de temps, sous ce régime , leur santé et leur vigueur. »

MM. de Liancourt et TurnbuU sont entrés dans des détails plus précis. Nous apprenons d'eux que, depuis l'adoption de ce système , le compte du médecin , qui montait annuellement à douze cents

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dollars et au-delà, s'est- trouvé réduit à cent soixante. Le dernier donne une preuve encore plus forte de la salubrité de cette prison.

« Pendant l'automne de 1790 ( dit-il, pag. 20), quand la fièvre jaune élcndait ses ravages sur la cité de Philadelphie et ses environs, de deux cents prisonniers, il n'y en eut que six attaqués de la maladie , et envoyés à l'hôpital, »

Cet exposé, dans lequel j'omets beaucoup de circonstances favorables, sans en supprimer aucune d'un genre opposé, ])araît suffisant pour démontrer la supériorité des maisons de pénitence sur le système de la déportation. Si les résultats ont été si avantageux en Amérique , pourquoi le seraient-ils moins en Angleterre? les hommes y sont-ils d'un autre nature ? les caractères pervers y sont-ils plus opiniâtres? les motifs employés sur eux seront-ils moins puissants.'* Le mode nouveau, proposé par l'auteur du panoptique, offre un perfectionnement sensible de la méthode des Américains: l'inspection est plus complète, l'instruction plus étendue , les évasions plus difficiles ; la publicité est augmentée sous tous les rapports; la distribution des prisonniers par cellules et par classes obvie à l'inconvénient du mélange, rjui subsiste encore dans la maison de pénitence de Philadelphie. Mais ce qui vaut plus que tout le reste , c'est que la responsabilité de l'adminis-

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trateur est liée , dans le système du panoptiquc, avec son intérêt personnel, au point qu'il ne peut négliger aucun de ses devoirs sans être le premier à en souffrir, et que tout le bien qu'il fait à ses prisonniers, il se le fait à lui-même. La religion et Fhumanité ont animé les fondateurs des maisons de pénitence en Amérique; mais ces principes généreux seront-ils moins forts quand ils seront réunis à l'intérêt de la réputation et de la fortune? réputation, fortune, les deux grandes sauvegardes de tout établissement public , — les seules peut-être à qui la politique puisse se fier constamment, — les seules dont l'action ne soit pas sujette à se ralentir, — les seules qui, pouvant toujours être d'accord avec la vertu, peuvent encore faire son œuvre, et la remplacer quand elle manque.

2l\o peines capitales.

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