‹ Théorie du droit constitutionnel français esprit des constitutions de 1848 et de 1852 et des sénatusconsultes organiques précédé d'un essai sur le pouvoir constituant et d'un précis historique des constitutions francaisesChapitre 77 sur 567 · B CT DE LA LÉGISLATION. —ASCÉTISME · texte numérisé non relu

B CT DE LA LÉGISLATION. —ASCÉTISME

veloppé la théorie que je viens d indiquer. Seulement, il appelle « utilité » ce que j’appelle « bonheur; » et ce simple changement de termes lui a valu la réprobation de beaucoup de jurisconsultes et de philosophes. Il distingue avec soin l’utilité publique de l'utilité privée et subordonne la seconde à la première; on n’en a pas moins signalé en lui l’apôtre de l’égoïsme. Dans son catalogue des plaisirs, il place au premier rang les jouissances morales et intellectuelles ; ce qui n’a pas empêché de l’accuser d’épicuréisme. Mais une méthode qui débarrasse la législation et la morale de l’arbitraire du sentiment interne et des hypothèses religieuses devait susciter à son auteur trop d’adversaires prévenus.

216. Les jurisconsultes ascétiques ou religieux adoptent aussi pour devise le bonheur de l’homme ; seulement, ils entendent par là, non pas un bonheur présent et terrestre, mais la félicité future promise en des lieux inconnus par le livre fondamental de leur religion : en d’autres termes, ils reculent la difficulté. Ils ne poussent pas néanmoins leur système jusque dans ses dernières conséquences qui obligeraient l’homme à se laisser mourir de faim pour atteindre plus vite le but désiré. Ils tolèrent la satisfaction des besoins irrésistibles; mais ils défendent la satisfaction des désirs, lorsque de la privation il doit résulter simplement une souffrance, et non la destruction complète de l’individu. L’homme, selon eux , n’a pas reçu la faculté de jouir pour l’exercer, mais pour la réprimer. La sagesse n’est pas l’art de restreindre les jouissances dans le cercle au delà duquel elles deviennent nuisibles : elle est la volonté de les supprimer absolument. Le législateur devrait , par suite , soumettre les hommes aux plus terribles épreuves, pour leur donner l’occasion de mériter, après leur mort , une récompense plus glorieuse.

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